<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Coll&#232;ge Robert Doisneau</title>
	<link>http://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/</link>
	<description>Site officiel du coll&#232;ge Robert Doisneau de Gonesse</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?id_rubrique=27&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Coll&#232;ge Robert Doisneau</title>
		<url>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L144xH62/siteon0-35da3.jpg?1704032627</url>
		<link>http://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/</link>
		<height>62</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Un roi &#224; red&#233;couvrir : Louis XIII.</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article460</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article460</guid>
		<dc:date>2008-12-20T15:11:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Voltaire disait de lui : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Malade triste, sombre, insupportable &#224; lui-m&#234;me &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Michelet &#233;crivait &#224; son sujet : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Maigre Jupiter &#224; moustache pointue &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le propos est incisif, un brin cruel. Mais il r&#233;v&#232;le combien, aujourd'hui encore, la personnalit&#233; de Louis XIII m&#233;rite la r&#233;habilitation &#224; laquelle elle n'e&#251;t apparament pas droit. Les historiens ne comprirent jamais tout &#224; fait Louis XIII. On lui opposa la figure &#233;crasante d'un Richelieu. On en f&#238;t ce souverain m&#233;diocre, ind&#233;cis et m&#233;lancolique qu'il ne (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voltaire disait de lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malade triste, sombre, insupportable &#224; lui-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet &#233;crivait &#224; son sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maigre Jupiter &#224; moustache pointue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos est incisif, un brin cruel. Mais il r&#233;v&#232;le combien, aujourd'hui encore, la personnalit&#233; de Louis XIII m&#233;rite la r&#233;habilitation &#224; laquelle elle n'e&#251;t apparament pas droit. Les historiens ne comprirent jamais tout &#224; fait Louis XIII. On lui opposa la figure &#233;crasante d'un Richelieu. On en f&#238;t ce souverain m&#233;diocre, ind&#233;cis et m&#233;lancolique qu'il ne f&#251;t pas. On le jugea sans beaucoup de volont&#233; et certains se pl&#251;rent &#224; conserver de son r&#232;gne le seul souvenir du puissant cardinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portrait injuste ? Oui, sans doute. Les sp&#233;cialistes du XVII&#176; si&#232;cle fran&#231;ais soulignent &#224; juste titre que l'on ne peut r&#233;duire Louis XIII et sa politique aux jugements orient&#233;s de quelques biographes mal inform&#233;s. Le souverain pr&#233;para beaucoup plus qu'on ne le cr&#251;t longtemps l'organisation de cette monarchie administrative sur laquelle devait reposer par la suite le pouvoir absolu du Roi- Soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image inexacte. A qui en attribuer la responsabilit&#233; ? A Voltaire ? S&#251;rement. Mais d'autres ne sont pas en reste. Que l'on relise les pages d'un Dumas (Celles des Trois Mousquetaires) et l'on d&#233;couvrira les traits de ce monarque terne que Michelet d&#233;crit dans sa tr&#232;s longue histoire de France. La vision d'un homme d'Etat sans envergure que le charisme rayonnant de Richelieu &#233;clipse. Une vision ch&#232;re &#224; Victor Hugo puisque le g&#233;nial &#233;crivain explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il (Richelieu) est le flambeau. Le roi (Louis XIII), c'est la lanterne qui le sauve du vent sous sa vitre un peu terne.... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vision &#233;galement tr&#232;s r&#233;pandue au coeur m&#234;me des manuels scolaires de l'&#233;cole r&#233;publicaine. Les chapitres et leurs intitul&#233;s se succ&#232;dent, identiques &#224; eux- m&#234;mes au cours des g&#233;n&#233;rations : &#171; La France de Richelieu &#187;, &#171; Les r&#233;formes de Richelieu &#187;, &#171; Richelieu et la Noblesse &#187;, &#171; L'oeuvre de Richelieu &#187;. Comme si Louis XIII n'avait pas &#233;t&#233; davantage que le spectateur passif du pouvoir. Comme si, jusqu'en 1642, Richelieu avait d&#233;cid&#233; de tout sans jamais devoir tenir compte des opinions de celui &#224; qui il devait pourtant sa carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII, un roi m&#233;connu, mal jug&#233;, cela est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r. Pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, il y a la personnalit&#233; encombrante du Cardinal. Mais l'explication ne suffit pas. Malgr&#233; ses r&#233;ussites au service de la Monarchie, ses d&#233;cisions avis&#233;es, Sully n'a jamais voil&#233; la post&#233;rit&#233; du &#171; bon roi Henri IV &#187;. Les deux hommes ont travaill&#233; ensemble. La m&#233;moire collective les associe &#233;troitement comme si isol&#233;s, l'un et l'autre, ils ne pouvaient conserver leur part de souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII et ses graves soucis de sant&#233; ont en revanche profond&#233;ment marqu&#233; les esprits. Le souverain na&#238;t presque malade. Les d&#233;sordres intestinaux dont il souffre jusqu'&#224; sa mort (sans doute les manifestations extr&#234;mes d'une affection de Crohn) n'en finissent pas de se compliquer. Une crise a&#239;gue laisse pr&#233;sager le pire &#224; l'&#233;poque de ses 26 ans. Il se r&#233;tablit de peu mais les douleurs ne lui laisseront plus un moment de r&#233;pit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une constitution fragile, un teint p&#226;le, une faiblesse physique chronique, les historiens ont parfois eu la tentation de ne retenir que cela. En oubliant souvent un peu vite que le roi f&#251;t &#224; ses heures un chef de guerre valeureux, partageant volontiers le quotidien difficile de ses troupes, couchant la nuit &#224; m&#234;me la paille d'une grange, exposant sa personne au danger de la mitraille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII doit-il finalement sa r&#233;putation de souverain effac&#233; aux deux r&#232;gnes prestigieux qui encadr&#232;rent son existence ? La question est l&#233;gitime. Il n'&#233;tait pas &#233;vident de succ&#233;der &#224; un Henri IV. Il n'&#233;tait pas plus simple de pr&#233;c&#233;der un Louis XIV. Le prince b&#233;arnais s&#251;t accomplir ce que les derniers Valois n'avaient pu r&#233;aliser avant lui : la r&#233;conciliation d'un royaume &#233;puis&#233; par quarante ann&#233;es de luttes religieuses, la restauration d'un Etat monarchique s&#251;r de lui-m&#234;me et de ses possibilit&#233;s, la reconstruction &#233;conomique d'un pays en qu&#234;te de renouveau et de repos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le ma&#238;tre de Versailles e&#251;t pour sa part le go&#251;t du pouvoir et de sa mise en sc&#232;ne. Il imprima de sa personnalit&#233; charismatique la seconde moiti&#233; du XVII&#176; si&#232;cle. Il laissa apr&#232;s son d&#233;part une oeuvre immense dont le petit Louis XV et le R&#233;gent re&#231;urent l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fils d'un roi qui rend&#238;t la France &#224; elle-m&#234;me, p&#232;re d'un roi autoritaire et certain de sa gloire, Louis XIII peine aujourd'hui encore &#224; trouver la place qui lui revient. Son r&#232;gne est longtemps pass&#233; inapper&#231;u. Les historiens ne s'y sont jamais beaucoup attard&#233;s. Pourtant les ann&#233;es 1610-1643 ont &#224; coup s&#251;r poursuivi les r&#233;alisations de Henri IV. Elles ont aussi pr&#233;par&#233; et annonc&#233; l'heure de Louis XIV. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout autant que Richelieu, qu'il appr&#233;ciait pour ses qualit&#233;s politiques, le souverain f&#251;t convaicu de la n&#233;cessit&#233; qu'il y avait &#224; d&#233;velopper une administration moderne &#224; travers laquelle l'Etat pourrait imposer son autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII, caract&#232;re sans envergure ? Victime de constantes ind&#233;cisions, de perp&#233;tuels atternoiements ? Le portrait ne r&#233;siste pas &#224; la lecture des quelques r&#233;cits fournis &#224; son propos. Confront&#233; tr&#232;s jeune aux r&#233;alit&#233;s quotidiennes du pouvoir, le Bourbon ne manqua jamais, quand il le fallait, de d&#233;voiler aux siens la nature profonde de son temp&#233;rament. Ses acc&#232;s de col&#232;re, la brutalit&#233; de ses d&#233;cisions purent marquer les esprits de la Cour. Mais Louis XIII tenait &#224; rappeler qu'il &#233;tait le ma&#238;tre du royaume. Le sacre de Reims faisait de lui le premier personnage du pays. Il n'avait &#224; rendre compte de son gouvernement qu'&#224; Dieu seul et, &#224; ce titre, sa politique ne pouvait souffrir aucune contestation. Cela, il convenait de ne pas l'oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Concini, le 24 Avril 1617, retentit indiscutablement comme l'une des ruptures essentielles du r&#232;gne. Le meurtre du favori ach&#232;ve une p&#233;riode. Il en ouvre une autre. Louis XIII le confie d'ailleurs lui-m&#234;me &#224; ses familiers : d&#233;sormais lib&#233;r&#233; de cet aventurier italien qui ne lui a &#233;pargn&#233; aucune humiliation, il entend bien exercer seul ce pouvoir dont on l'a si longtemps priv&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Premier &#233;clat d'autorit&#233;. D'autres suivent, comme autant de t&#233;moignages donn&#233;s &#224; ceux qui douteraient encore que le roi ne f&#251;t pas cet homme effac&#233; dont les romans de Dumas d&#233;crivent le portrait sans beaucoup de complaisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie de M&#233;dicis, c'est l'autre affaire de Louis XIII. Une affaire en v&#233;rit&#233; bien compliqu&#233;e. Troublante personnalit&#233; que cette princesse italienne arriv&#233;e de Florence pour &#233;pouser Henri IV. Marie aime le pouvoir passionn&#233;ment. Non pour lui-m&#234;me mais pour ce qu'il repr&#233;sente : des richesses, des r&#233;compenses, des titres, du prestige. Les historiens la jugent frivole, l&#233;g&#232;re, priv&#233;e d'intelligence politique. Il y a sans doute du vrai dans tout cela. Elle d&#233;ploie n&#233;anmoins assez de talent pour conduire la R&#233;gence et placer autour d'elle, aux postes les plus lucratifs, ses prot&#233;g&#233;s, les Concini en t&#234;te. Pour son fils ain&#233;, elle n'a gu&#232;re d'affection (Elle lui pr&#233;f&#232;re depuis toujours le cadet de la famille, Gaston d'Orl&#233;ans) et le tient dans un m&#233;pris que la Cour a bien not&#233;. La disparition de son prot&#233;g&#233; italien l'&#233;loigne du pouvoir. Louis XIII ne lui pardonnera jamais compl&#232;tement les s&#233;ances orageuses du Conseil au cours desquelles il d&#251;t supporter son ironie et ses remarques moqueuses. Entre le fils et la m&#232;re, les relations atteignent un tel point de rancoeur qu'il faudra toute l'habilit&#233; d'un Richelieu pour obtenir du souverain et de la vieille reine une r&#233;conciliation lourde d'arri&#232;res- pens&#233;es (Et passag&#232;res...). Un jeu compliqu&#233; dont le cardinal retire finalement un poste de principal ministre au service de la Couronne. Les retrouvailles n'auront du reste qu'un temps. Marie ne saura pas r&#233;sister bien longtemps &#224; ses d&#233;mons. Remerci&#233;e le soir de la Journ&#233;e ds Dupes, elle ach&#232;vera son existence en exil, &#224; Cologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII et Richelieu. Les rapports qu'entretiennent les deux hommes jusqu'&#224; la disparition du cardinal en 1642 produisent aujourd'hui encore une litt&#233;rature abondante. Les manuels scolaires de la III&#176; R&#233;publique d&#233;voilaient &#224; travers leurs pages le tableau d'un monarque aux ordres de son ministre. Qui ne conna&#238;t pas la belle gravure, mille fois reproduite, du roi install&#233; &#224; son bureau, concentr&#233; sur les notes que lui dicte Richelieu par dessus l'&#233;paule, comme un instituteur se pencherait sur le travail de son &#233;l&#232;ve ? Image d'Epinal demeur&#233;e c&#233;l&#232;bre et pourtant inexacte que les historiens critiquent &#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien &#233;v&#234;que de Lu&#231;on sait ce qu'il doit &#224; son ma&#238;tre. En 1630, alors qu'il pense l'heure de sa disgr&#226;ce arriv&#233;e, Louis XIII le retient finalement aupr&#232;s de lui. La &#171; Journ&#233;e des Duppes &#187; est sans doute un grand moment du r&#232;gne. Elle marque d'une part la rupture d&#233;finitive (et th&#233;&#226;trale) entre Marie de M&#233;dicis et le cardinal (Le second devait &#224; la premi&#232;re son ascension politique avant que ne survienne le temps des brouilles). Elle consacre d'autre part le discr&#233;dit de la Reine- M&#232;re et la victoire de son adversaire r&#233;solu. D&#233;sormais, le ministre ne devait plus quitter la compagnie du souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Louis XIII et son serviteur, les relations ne sont jamais tr&#232;s simples. Les humeurs royales varient au gr&#232;s de la maladie. Les coups de col&#232;re assombrissent la fin du r&#232;gne et compliquent la position de Richelieu. L'homme l'a d'ailleurs bien compris. Evoquant les tensions qui quelques fois surgissent &#224; l'occasion d'une s&#233;ance de travail, il confie &#224; son entourage proche : &#171; Il m'est bien plus facile de conqu&#233;rir des territoires que les quatre pieds carr&#233;s du cabinet de Sa Majest&#233; &#187;. La remarque r&#233;v&#232;le combien le cardinal saisit la fragilit&#233; de sa position &#224; la Cour. Une position patiemment conquise que la seule parole du roi peut ruiner. Louis XIII reste le ma&#238;tre en tout, le pr&#233;lat ne l'oublie pas. Certes, la m&#233;fiance et les doutes qui le d&#233;vorent le conduisent &#224; faire surveiller de pr&#232;s la reine Anne d'Autriche dont il se m&#233;fie. Mais jamais il ne perdra de vue que sa &lt;br class='autobr' /&gt;
carri&#232;re politique d&#233;pendait du monarque et des faveurs que celui-ci d&#233;ployait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ENFANCE D'UN ROI AUTORITAIRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII na&#238;t le 27 Septembre 1601, au ch&#226;teau de Fontainebleau. Les historiens sont remarquablement bien inform&#233;s de ses premi&#232;res ann&#233;es (Pour l'&#233;poque, cela est plut&#244;t rare). Jean H&#233;rouard, appel&#233; aupr&#232;s du dauphin dont il est le m&#233;decin personnel (Il le demeure d'ailleurs jusqu'&#224; sa mort en 1628), laisse les six volumes d'un journal o&#249; il consigne dans le moindre de ses d&#233;tail la vie intime du patient dont on lui a confi&#233; les soins. Le vieux savant a derri&#232;re lui une longue carri&#232;re pass&#233;e au service des Valois. Il soigne Charles IX puis Henri III, assiste au massacre de Blois (Le 23 D&#233;cembre 1588, le roi fait assassiner le duc de Guise et le cardinal de Lorraine). Henri IV lui conserve sa confiance et place l'h&#233;ritier de la dynastie entre ses mains expertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII vit les d&#233;buts de son existence au palais de Saint- Germain-en- Laye. Il y partage avec ses fr&#232;res et soeurs les jeux et les pr&#233;occupations de l'enfance. N&#233;anmoins, les frasques conjugales de son p&#232;re le confrontent tr&#232;s vite &#224; des r&#233;alit&#233;s douloureuses. Henri IV, que chacun &#224; la Cour sait grand s&#233;ducteur, multiplie les liaisons (Gabrielle d'Estr&#233;e, Henriette d'Entragues) et laisse &#224; sa mort plusieurs b&#226;tards. Les nouveaux-n&#233;s sont &#233;lev&#233;s en compagnie des princes l&#233;gitimes (Certains obtiendront plus tard des titres prestigieux tels C&#233;sar et Henri, devenus respectivement duc de Vend&#244;me et duc de Verneuil). Le dauphin l'accepte mal. Ses col&#232;res violentes, ses &#233;clats d'autorit&#233; t&#233;moignent de ce en quoi les psychologues modernes verraient s&#251;rement une profonde souffrance. Le petit gar&#231;on impose &#224; ses compagnons une personnalit&#233; d&#233;j&#224; marqu&#233;e. Il a sans doute d&#232;s cette &#233;poque une haute opinion de ce qu'il repr&#233;sente et du rang qu'il tient. Il est le futur h&#233;ritier de France, il veut le montrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les arts militaires int&#233;ressent sa curiosit&#233;. On lui fabrique une petite armure, on lui offre ses premi&#232;res &#233;p&#233;es. Il parade dans les jardins du ch&#226;teau, tel un g&#233;n&#233;ral &#224; la t&#234;te de ses troupes. Il a le go&#251;t du commandement. Ses compagnons se pr&#234;tent de plus ou moins bonne gr&#226;ce aux ordres qu'il r&#233;serve pour chacun. Quelques fois, la garde du palais accepte ses jeux et ex&#233;cute sous son regard s&#233;v&#232;re de savantes manoeuvres. On observe cela, amus&#233;. Mais on le pressent aussi d&#233;j&#224; : le petit gar&#231;on saura plus tard imposer sa personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII a profond&#233;ment aim&#233; son p&#232;re. Henri IV t&#233;moigne d'ailleurs &#224; ses enfants un attachement d'autant plus remarquable que, bien apr&#232;s, le petit Louis XIV, lui, recherchera en vain l'affection d'un p&#232;re disparu trop t&#244;t. Le roi surveille l'&#233;ducation des prince, il se tient inform&#233; de leurs progr&#232;s et de leurs premiers pas. Il peut &#224; l'occasion d&#233;ployer beaucoup de rudesse et exiger le fouet pour un &#233;cart de conduite. Mais il sait aussi consacrer une partie de son temps aux pensionnaires de Saint- Germain. La sc&#232;ne est d'ailleurs rest&#233;e c&#233;l&#232;bre : un jour que l'ambassadeur du doge de Venise se pr&#233;sente au Louvre pour un entretien officiel, il trouve le souverain &#224; quatre pattes, le dauphin juch&#233; sur son dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII quitte ses fr&#232;res et soeurs en 1609 et s'installe &#224; la Cour. Il n'a pas encore huit ans. On songe pourtant d&#233;j&#224; &#224; son &#233;ducation politique. Nouveaux rep&#232;res, nouvel univers. Et puis brutalement, ce 14 Mai 1610, on vient annoncer le pire : quelques heures plus t&#244;t, un &#233;trange personnage, post&#233; rue de la Feronnerie, s'&#233;tait jet&#233; sur le roi Henri &#224; bord de son carosse, un couteau dissimul&#233; sous les plis de sa cape. Le souverain n'avait pas surv&#233;cu &#224; ses blessures. L'attentat de Ravaillac traumatise &#224; jamais le prince. H&#233;rouard, en observateur attentif de l'&#233;v&#232;nement, r&#233;v&#232;le dans ses carnets ce jour-l&#224; les larmes d'un enfant &#233;perdu &#224; qui l'on r&#233;v&#232;le sans m&#233;nagement la mort de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1610-1617 : LES ANNEES DE LA REGENCE ET DE CONCINI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste meurtrier de Ravaillac produit, on s'en doute, beaucoup d'&#233;moi. Les nouvelles se bousculent aux portes du Louvre : le coup de poignard, l'arrestation du criminel, le d&#233;c&#232;s du monarque, le transport de son corps sanglant jusqu'aux appartements royaux.....&lt;br class='autobr' /&gt;
La Reine laisse aller ses pleurs et des t&#233;moins de la triste journ&#233;e notent que ses cris d&#233;sesp&#233;r&#233;s courent le long des couloirs du palais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les imp&#233;ratifs politiques de la succession s'imposent sit&#244;t l'&#233;v&#232;nement connu. Henri IV vient peut &#234;tre de dispara&#238;tre mais l'Etat, lui, demeure. Les premi&#232;res discussions s'engagent, deux heures &#224; peine apr&#232;s l'assassinat. Louis XIII n'a pas encore atteint l'&#226;ge de la majorit&#233;. On songe &#224; organiser une r&#233;gence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui y si&#233;gera ? On pense naturellement aux princes de sang. Cond&#233; dispose des plus solides arguments. Mais, il n'est pas sur place. (Il est parti &#224; Bruxelles mettre son &#233;pouse &#224; l'abri des avances du souverain d&#233;funt). Le comte de Soissons pourrait lui aussi pr&#233;tendre au pouvoir. Quelques d&#233;m&#233;l&#233;s avec d'autres courtisans pour une sombre affaire de pr&#233;s&#233;ance le tiennent &#233;loign&#233; de Paris. Il y a aussi Conti. Il est b&#232;gue, sourd et &#224; moiti&#233; idiot. On l'oublie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les larmes de la reine bouleversent la Cour, mais Marie de M&#233;dicis conserve &#224; l'esprit ses int&#233;r&#234;ts propres. Elle s'en va trouver le Parlement au Couvent des Augustins et demande &#224; ce que l'assembl&#233;e d&#233;signe dans les d&#233;lais les plus brefs un gouvernement. La veuve &#233;plor&#233;e dispose du soutien des magistrats. Ceux-ci ne font aucune difficult&#233; &#224; lui confier le pouvoir au nom du petit Louis XIII. L'affaire est vite conclue (Le duc d'Epernon, &#233;p&#233;e en main, invite d'ailleurs les juges &#224; presser leurs d&#233;bats). Ce qui a premi&#232;re vue pourrait choquer (On se pr&#233;occupe d&#233;j&#224; de la succession du roi Henri IV alors que le cadavre de celui-ci n'est pas encore froid) t&#233;moigne pourtant d'une clairvoyance politique essentielle. En de tels moments, il est toujours &#224; craindre que ne se produise une usurpation. N'importe quel aventurier ambitieux, pour peu qu'il soit soutenu de forces militaires ou d'une puissance &#233;trang&#232;re, pourrait tenter le pari d'un coup de force. Le meurtre de Henri IV laisse craindre l'ex&#233;cution d'un complot pr&#233;par&#233; en grand secret. Qui sait si Ravaillac n'est pas l'agent de personnalit&#233;s puissantes, r&#233;solues &#224; abattre la maison des Bourbons ? Le roi d&#233;funt ne manquait pas d'ennemis. La campagne qu'il pr&#233;parait contre les Habsbourgs d'Autriche lui valait depuis un moment d&#233;j&#224; de profondes inimiti&#233;s. Aussi surveille-t-on plus particuli&#232;rement, ce soir du 14 Mai 1610, l'ambassade d'Espagne. Des troupes se placent aux points strat&#233;giques de la capitale. Mais aucune nouvelle alarmante ne parvient au Louvre (L'interrogatoire de Ravaillac quelques jours avant son terrible supplice n' apporte d'ailleurs aucun &#233;l&#233;ment permettant de conclure &#224; l'organisation d'une conjuration internationale. Le criminel, un exalt&#233;, on s'en rend compte assez rapidement, a agi de sa propre initiative).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une t&#226;che compliqu&#233;e attend la r&#233;gente. D'une part, il lui revient de maintenir la paix civile entre les Catholiques et les Protestants (Ce qu'elle s'emploie &#224; faire tr&#232;s vite en confirmant l'Edit de Nantes et les garanties qu'il offre aux r&#233;form&#233;s). Elle doit d'autre part garder un oeil attentif sur les grandes familles princi&#232;res du royaume. Beaucoup pourraient vouloir profiter de la minorit&#233; royale et contester l'autorit&#233; d'un Etat monarchique en construction. Enfin, des questions de politique ext&#233;rieure restent sans solution : l'Espagne demeurera-t-elle l'ennemie &#224; abattre ? Poursuivra-t-on les desseins b&#233;liqueux de Henri IV aux fronti&#232;res du royaume ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Autant de dossiers &#224; &#233;tudier, autant d'interrogations &#224; r&#233;soudre. Marie de M&#233;dicis n'est pas son &#233;poux. Elle n'est pas non plus Catherine de M&#233;dicis et d&#233;voile bien moins de talent que son aieule &#224; conduire le gouvernement. Les historiens soulignent ses incapacit&#233;s, son indolence, son avidit&#233;. On la taxe volontiers de l&#233;g&#232;ret&#233;, de frivolit&#233;. On la soup&#231;onne aujourd'hui encore de n'avoir pens&#233; qu'&#224; ses int&#233;r&#234;ts propres. Le portrait est peut &#234;tre un peu s&#233;v&#232;re quoique sans doute exact &#224; certains &#233;gards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;nes du pouvoir en main, la souveraine place aux postes essentiels de l'Etat (Et donc aux plus lucratifs....) ses amis et ses prot&#233;g&#233;s. On peut &#233;videmment le lui repprocher mais, les ann&#233;es suivantes, Richelieu, Mazarin, Colbert ou Louvois ne feront pas autrement. La pratique est ancienne (Catherine de M&#233;dicis l'a &#233;prouv&#233; au XVI&#176; si&#232;cle) : r&#233;ussir sa carri&#232;re politique au service du roi implique que l'on soit &#224; la t&#234;te d'un vaste r&#233;seau d'oblig&#233;s et d'amis que l'on r&#233;compense par l'octroi de pensions ou de charges. A la Cour, les hostilit&#233;s sont parfois telles qu'il vaut mieux songer &#224; pr&#233;server ses arri&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me est que Marie s'entoure bien mal. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, elle porte une affection toute sp&#233;ciale &#224; son amie d'enfance et soeur de lait, L&#233;onora Galiga&#239;, italienne comme elle, venue la suivre en France au moment de son mariage. L&#233;onora n'est pas plus dangereuse qu'une autre mais elle a &#233;pous&#233; un aventurier florentin Concino Concini, personnage ambitieux et surtout tr&#232;s int&#233;ress&#233;. L'ascension politique de la reine est une aubaine pour le couple. Elle ouvre au nouveau favori le chemin du conseil et place entre ses mains avides une fortune colossale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Concini, tout a &#233;t&#233; dit, tout a &#233;t&#233; &#233;crit. De son vivant m&#234;me, il est la cible de tr&#232;s violents pamphlets. Ses adversaires, plus nombreux &#224; mesure qu'il s'enrichit et peuple le gouvernement de ses cr&#233;atures, lui repprochent un go&#251;t excessif pour l'argent. Malversations financi&#232;res, d&#233;tournements, accaparement des caisses de l'Etat, compromission avec les ennemis du royaume, aucune accusation ne lui est &#233;pargn&#233;. On le juge incapable de diriger le pays et surtout coupable de tromper la confiance du roi. Ses origines italiennes lui valent beaucoup d'hostilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il vraiment ? Concini est-il ce personnage si peu aimable que les t&#233;moignages de l'&#233;poque d&#233;crivent ? Il est s&#251;r que l'homme s'est largement r&#233;compens&#233; des services rendus &#224; la Couronne. La reine lui octroie la dignit&#233; de Mar&#233;chal, le gouvernement de P&#233;ronne, Montdidier et Roye. Il ach&#232;te le marquisat d'Ancre avant d'&#234;tre nomm&#233; Premier Gentilhomme de la Chambre. Cette rapide promotion sociale d&#233;cha&#238;ne bien &#233;videmment les rancoeurs. Mais d'autres que lui ont en leur temps m&#234;l&#233; des int&#233;r&#234;ts personnels et &#224; une carri&#232;re politique. A sa mort, en 1661, Mazarin laisse cette fortune immense qu'il r&#233;pugnait &#224; devoir quitter et qu'il avait accumul&#233; depuis son entr&#233;e au gouvernement. Avant lui, Richelieu ne s'est pas oubli&#233; non plus. Apr&#232;s lui, Colbert saura tout autant se satisfaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les estimations r&#233;alis&#233;es du tr&#233;sor amass&#233; par Concini r&#233;v&#232;lent que le favori italien abandonne &#224; sa mort bien moins de richesses que ses adversaires le supposaient. On a vraissemblaement surestim&#233; ses patrimoines fonciers et financiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bilan dresser de son action au service de l'Etat ? En mati&#232;re de politique ext&#233;rieure, l'homme encourage tout autant que la reine les possibilit&#233;s d'un rapprochement avec l'Espagne catholique (Rapprochement qui aboutit en 1615 aux mariages princiers de Bordeaux). Les milieux protestants en con&#231;oivent de tr&#232;s vives inqui&#233;tudes. N&#233;anmoins, en ce d&#233;but de XVII&#176; si&#232;cle, le voisin pyr&#233;n&#233;en demeure redoutable. La France, encore convalescente des guerres de religion, n'est pas en mesure de soutenir une campagne militaire contre Philippe III. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'int&#233;rieur du royaume, Concini poursuit ce que Henri IV avait commenc&#233; avant lui : la construction d'un Etat monarchique renforc&#233; et certain de ses moyens. Une construction que compl&#232;teront les plus importantes figures du si&#232;cle un peu plus tard mais qui heurte profondemment la Noblesse et ses int&#233;r&#234;ts. De puissants lignages (Les Cond&#233;, par exemple) profitent de la minorit&#233; du souverain pour r&#233;v&#233;ler leurs ambitions et s'imposer au gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Florentin, comme bien des serviteurs du pouvoir, affronte &#224; la Cour un puissant parti de m&#233;contents. Ses origines &#233;trang&#232;res et modestes lui interdisent, du point de vue de la vieille aristocratie, toute pr&#233;tention &#224; conduire les destin&#233;es du pays. Les coutumes issues du pass&#233; (On se souvient de cette &#233;poque ancienne o&#249; le roi, suzerain supr&#234;me de la pyramide f&#233;odale, gouvernait entour&#233; de ses seigneurs) r&#233;servent ce privil&#232;ge aux princes de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Grands, Cond&#233; en t&#234;te, acceptent mal l'influence de Concini aupr&#232;s de la reine. Cond&#233; n'est pas n'importe qui. Il est le descendant direct de Saint- Louis. A ce titre, il pourrait pr&#233;tendre au Tr&#244;ne si les Bourbons venaient &#224; dispara&#238;tre sans h&#233;ritier. Les d&#233;cisions de la r&#233;gente suscitent autant sa crainte que ses protestations. Pass&#233; &#224; la religion r&#233;form&#233;e, il critique les propositions de rapprochement offertes &#224; l'Espagne. Il exige d'autre part la r&#233;union des Etats G&#233;n&#233;raux : l'occasion lui para&#238;t trop belle de condamner les d&#233;cisions d'un gouvernement dont les ministres, &#224; la solde du favori italien, ont &#233;vinc&#233; les membres l&#233;gitimes, les Nobles. La proclamation qu'il fait publier en 1614 &#224; l'encontre du pouvoir retentit comme une lev&#233;e d'arme g&#233;n&#233;rale. Concini et ses amis sont les premiers vis&#233;s. Les seigneurs les plus en vue du royaume s'engagent dans l'aventure. Marie de M&#233;dicis n'a pas les moyens militaires et financiers de conduire une guerre contre Cond&#233; et son parti. Elle choisit de n&#233;gocier au trait&#233; de Sainte- M&#233;n&#233;hould le 15 Mai 1614. Si elle refuse de renoncer aux mariages royaux dont elle pr&#233;pare l'organisation pour l'ann&#233;e suivante, elle consent &#224; rassembler les Etats- G&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e des d&#233;put&#233;s des trois ordres &#224; Paris au mois d'Octobre 1614 pr&#233;c&#232;de de tr&#232;s vifs d&#233;bats. La Noblesse pr&#233;sente ses revendications : les travaux de la justice et le contr&#244;le des tribunaux appartienent aux gentilshommes. Le Tiers- Etat ne doit se consacrer qu'&#224; ses seules activit&#233;s traditionnelles : produire et nourrir le royaume. La v&#233;nalit&#233; des offices judiciaires et l'h&#233;r&#233;dit&#233; des charges (par lesquelles les milieux de la bourgeoisie urbaine r&#233;ussissent &#224; p&#233;n&#233;trer le monde parlementaire puis &#224; s'y maintenir sur plusieurs g&#233;n&#233;rations) doivent &#234;tre supprim&#233;es. Les membres concern&#233;s r&#233;pliquent aussit&#244;t et r&#233;clament, qu'en contrepartie, les pensions accord&#233;es &#224; la Cour soient abaiss&#233;es. Quelques questions d'ordre religieux compliquent &#233;galement les discussions (Tandis que le Tiers- Etat r&#233;clame l'inscription dans les cahiers de dol&#233;ances d'un article soulignant que le roi demeure pleinement souverain en son royaume, le Clerg&#233; exige que l'autorit&#233; spirituelle du pape en France soit conserv&#233;e et que l'on observe les d&#233;cisions adopt&#233;es par le Concile de Trente. Ce dont ne veut d'ailleurs absolument pas le pouvoir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue s'ach&#232;ve sur un constat d'&#233;chec. Chacun des trois ordres exprime &#224; la r&#233;gente ses propres revendications. Celle-ci promet d'examiner les dossiers et de satisfaire les d&#233;put&#233;s sur les questions les plus &#233;pineuses (La v&#233;nalit&#233; des offices, les pensions de la Noblesse et l'arrestation des conseillers corrompus. Ce dernier point vise pr&#233;cis&#233;ment Concini et sa clique). Mais aucune des r&#233;formes attendues ne vient. En 1616, Cond&#233; et les grands f&#233;odaux pr&#233;parent une autre r&#233;volte. La publication d'un nouveau manifeste contre le gouvernement de la R&#233;gence ouvre les hostilit&#233;s. Marches militaires &#224; travers les provinces du pays, pillages, ravages des campagnes contraignent Marie de M&#233;dicis &#224; n&#233;gocier une fois encore. Le trait&#233; de Loudun (Mai 1616) offre aux m&#233;contents de nombreuses garanties en m&#234;me temps qu'il fragilise la position de Concini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concessions obtenues n'ont pourtant pas assagi Cond&#233;. Le prince ne se lasse pas de comploter. Son orgueuil, ses attitudes hautaines, ses perp&#233;tuelles manigances deviennent &#224; un tel point insuppoortables que la reine le fait emprisonner &#224; la Bastille. Sit&#244;t connu de la capitale, l'&#233;v&#232;nement jette dans les rues la foule furieuse. Concini est la cible principale des protestaions. Quelques &#233;meutiers exalt&#233;s forcent les portes de sa demeure et en saccagent l'int&#233;rieur. L'&#233;motion s'appaise mais elle r&#233;v&#232;le combien le ministre italien cristalise sur sa personne les rancoeurs de l'opinion publique. A aucun moment il n'a &#233;t&#233; question de contester la l&#233;gitimit&#233; royale. Comme souvent en de telles circonstances, la responsabilit&#233; du souverain n'est pas engag&#233;e. Les critiques portent essentiellement sur ses conseillers que l'on imagine corrompus et de tr&#232;s mauvaise intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Concini est certes compliqu&#233;e. Ses origines &#233;trang&#232;res le desservent. Son go&#251;t pour l'argent ne lui sera jamais pardonn&#233;. N&#233;anmoins, l'homme d&#233;ploie beaucoup de maladresse quant aux rapports qu'il entretient avec le dauphin. C'est peut &#234;tre l'une de ses erreurs les plus graves : l'aventurier florentin ne compr&#238;t jamais la personnalit&#233; v&#233;ritable du jeune Louis XIII. Autant que Marie de M&#233;dicis, il multiplie les provocations. On se souvient de cette sc&#232;ne terriblement humiliante o&#249;, &#224; l'occasion d'une s&#233;ance au conseil, la R&#233;gente cong&#233;die vertement son fils et le met &#224; la porte, lui demandant de bien vouloir aller &#171; s'&#233;battre ailleurs &#187;. Spectateur de l'incident, Concini imagine pouvoir agir de la sorte. Un jour qu'il rencontre l'adolescent dans un couloir du Louvre, il lui lance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sire, Votre Majest&#233; me permettra bien de me couvrir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et sans m&#234;me attendre de r&#233;ponse, il d&#233;pose son chapeau sur la t&#234;te. Une autre fois, comme il apprend que Marie de M&#233;dicis n'a pas voulu donner au souverain mille &#233;cus, il s'en va le trouver et lui propose les quelques pi&#232;ces de sa propre bourse. Le dauphin en con&#231;oit une honte piquante et, naturellement, il refuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; l'&#233;cart du pouvoir, isol&#233; du reste de la Cour, livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, Louis XIII murit en silence son d&#233;pit. L'amiti&#233; qu'il porte &#224; Albert de Luynes, un petit noble venu de sa Provence natale pour conduire les services de la fauconnerie royale, &#233;claire son morne quotidien. L'homme a peut &#234;tre une vingtaine d'ann&#233;es de plus que lui. Mais il partage sa passion des oiseaux de chasse et accepte de devenir le confident de ses doutes. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une conversation &#224; une autre, Luynes finit par &#233;voquer la disparition de l'encombrant Concini. Une disparition par laquelle l'affirmation politique du prince passe n&#233;cessairement. Louis XIII h&#233;site pourtant. Risquerait-il un coup de force incertain contre le favori de sa m&#232;re ? L'histoire montre combien l'assassinat (ou plus simplement l'arrestation) d'un personnage aussi puissant que l'Italien peut produire &#224; l'int&#233;rieur du royaume de graves d&#233;sordres (Le souvenir d'un Henri III faisant ex&#233;cuter le duc de Guise au ch&#226;teau de Blois se rappelle sans doute &#224; lui). Cela dit, l'arrogance du couple florentin para&#238;t ne plus conna&#238;tre de limites. (Un jour que le roi produit un peu de bruit dans sa chambre, L&#233;onora Galiga&#239;, log&#233;e au dessus, lui fait dire qu'elle a la migraine et qu'elle souhaiterait pouvoir se reposer. Ce &#224; quoi Louis XIII r&#233;plique : &#171; Si sa chambre est expos&#233;e au bruit, Paris est bien assez grand pour qu'elle en trouve une autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luynes pr&#233;pare en secret les plans de la conjuration. Il s'associe quelques amis s&#251;rs et les pr&#233;sente &#224; son ma&#238;tre. Les discussions s'&#233;ternisent. Se d&#233;barasser de Concini, d'accord. Mais de quelle fa&#231;on ? Faut-il publier une proclamation de rupture et prendre les armes contre le gouvernement ? Luynes pourrait mettre sa r&#233;sidence d'Amboise au service du projet. Mais ensuite ? Qui peut garantir une victoire en cas de guerre civile ? L'arrestation du ministre italien ne vaudrait-elle pas mieux ? Mais il ne sera pas forcemment ais&#233; de mettre la main sur lui. Concini ne se d&#233;place jamais sans son escorte personnelle, une centaine de gentilshommes, d'oblig&#233;s, de serviteurs r&#233;solus &#224; le d&#233;fendre quoi qu'il en co&#251;te. Et s'il venait lui-m&#234;me &#224; se d&#233;battre ? Faudrait-t-il le tuer sur place ? On attend bien &#233;videmment une r&#233;ponse du roi. Le gar&#231;on tremble &#224; la seule id&#233;e de commettre l'irr&#233;parable. Luynes insiste. Ses paroles rappellent au timide adolescent tout le m&#233;pris que Concini d&#233;ploie &#224; son &#233;gard. Lui, le souverain du royaume, l'oint du Seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalament on se d&#233;cide &#224; s'emparer du favori. L'action doit se produire au Louvre, &#224; l'entr&#233;e du palais que l'on aura au pr&#233;alable arang&#233;e en sourici&#233;re. C'est ici, entre la porte Bourbon et la porte de l'enceinte Philippe- Auguste, que Concini sera le plus vuln&#233;rable. L'op&#233;ration est pr&#233;vue pour le Dimanche 23 Avril 1617. Mais la question demeure, toujours sans r&#233;ponse : comment agira-t-on si la victime du complot d&#233;voile quelques v&#233;l&#233;it&#233;s de d&#233;fense ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;ageant, fonctionnaire royal, tranche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faudra le tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, on guette la r&#233;action du souverain. Louis XIII se tait. Il baisse les yeux. Les conjur&#233;s interpr&#233;tent cela comme un consentement. Qui se chargera de la sinistre besogne ? M. de Mesme, lieutenant civil veut bien conduire l'arrestation du proscrit. Mais quant &#224; l'assassiner de sang froid, il n'en est pas question. Le geste est trop grave. Finalement, le capitaine des gardes du corps, le baron de Vitry accepte la redoutable mission. Toutefois, il r&#233;clame que le roi donne, en pr&#233;sence de ses associ&#233;s, un accord explicite. L'adolescent baisse les yeux, une fois encore. Cela suffit &#224; convaincre tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dimanche 23 Avril, dans la matin&#233;e, Concini se pr&#233;sente aux portes du Louvre. On l'a inform&#233; qu'une affaire semblait se pr&#233;parer et qu'il en &#233;tait la cible principale. Le Florentin n'a pas eu d'autre geste que de hausser les &#233;paules. Il le sait bien, Luynes ne le porte pas dans son coeur et fr&#233;quente depuis un moment d&#233;j&#224; le roi. Mais tout &#224; son orgeuil et surtout certain de ses appuis, il n'a pas estim&#233; devoir s'en inqui&#233;ter. Luynes est un personnage sans volont&#233;. Quand bien m&#234;me aurait-il le d&#233;sir de voir son adversaire dispara&#238;tre, l'audace lui manquerait de passer &#224; l'acte. En cela, Concini se trompe. C'est d'ailleurs l&#224; l'essentiel de son erreur politique : il sous-estime depuis longtemps la d&#233;termination de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme monte directement aux appartements de la reine. Louis XIII a bien pr&#233;cis&#233; que rien ne devait &#234;tre entrepris en pr&#233;sence de sa m&#232;re. Les conjur&#233;s patientent donc jusqu'&#224; sa sortie. Mais coup impr&#233;vu, le favori emprunte un escalier auquel personne n'avait song&#233;. Il faut remettre l'op&#233;ration au lendemain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Lundi 24 Avril, vers les dix heures du matin, Concini arrive comme &#224; l'acoutum&#233;e entour&#233; de son escorte. Il a rev&#234;tu de magnifiques v&#234;tements brod&#233;s d'or. Il s'avance entre la porte de Bourbon et la porte de l'enceinte Philippe- Auguste. La lecture d'une lettre absorbe toute son attention. Vitry s'est port&#233; au point strat&#233;gique et cherche du regard sa victime. La garde personnelle du Florentin est si compacte qu'il ne parvient pas &#224; le distinguer de ses compagnons. Il s'apper&#231;oit bient&#244;t que celui-ci est pass&#233; juste sous ses yeux sans qu'il le remarque. Il fait volte face d'un bond, le rattrappe et pose sa main sur son &#233;paule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur, le roi m'a command&#233; de me saisir de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concini le fixe incr&#233;dule. Il porte la main &#224; son &#233;p&#233;e et fait un pas en arri&#232;re. Les conjur&#233;s venus aupr&#232;s de Vitry imaginent que le puissant ministre se pr&#233;pare &#224; lutter. Son cri &#171; A me &#187; pr&#233;cipite les &#233;v&#232;nements. Cinq coups de feu claquent. L'homme s'effondre aussit&#244;t, bless&#233; &#224; mort. Une balle l'a atteint entre les deux yeux, deux autres &#224; la joue et &#224; la gorge. Une avalanche coup pleut sur le cadavre. Vitry encourage ses amis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tue, tue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il crie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive le roi ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escorte de la victime n'a pas un geste. Seuls deux gentilshommes saisissent leurs &#233;p&#233;es mais Vitry pr&#233;vient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est de l'autorit&#233; du roi ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suffit &#224; calmer les ardeurs. Quelques uns des gardes personnels du favori abattu s'empresse d'exprimer leur attachement au roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII est le premier inform&#233; des &#233;v&#232;nements. Il se pr&#233;cipite &#224; l'un des balcons du palais et lance pour Vitry :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grand merci, grand merci &#224; vous ! A cette heure je suis roi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il donne ses premiers ordres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dieu soit lou&#233; ! Me voil&#224; roi ! Qu'on m'aille qu&#233;rir les vieux serviteurs du feu roi mon p&#232;re et anciens conseillers de mon conseil d'Etat. C'est par le conseil de ceux la que je me veux gouverner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient annoncer &#224; Marie de M&#233;dicis la mort de son prot&#233;g&#233;. La nouvelle ne lui tire aucune &#233;motion particuli&#232;re. Comme on lui demande si elle souhaite annoncer le drame &#224; sa vieille amie L&#233;onora Galiga&#239;, elle r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai assez &#224; faire moi-m&#234;me ! Si on ne veut pas lui dire la nouvelle, qu'on la lui chante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque, enfin avertie, L&#233;onora r&#233;clame que Marie la re&#231;oive pour se consoler ensemble du d&#233;sastre, la souveraine jette ces quelques paroles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai assez &#224; faire moi-m&#234;me ! Qu'on ne me parle pus de ces gens-l&#224; ! Je leur avais bien dit qu'il y avait longtemps qu'ils dussent &#234;tre en Italie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle attitude, une telle ingratitude ont de quoi choquer. Sans doute en des circonstances aussi dangereuses pour elle, Marie garde &#224; l'esprit ses propres int&#233;r&#234;ts. C'est bien vers le roi qu'il faut se tourner maintenant. En tous les cas, le sort de L&#233;onora Galiga&#239; para&#238;t d&#233;finitvement scell&#233;. Quelques soldats p&#233;n&#232;trent sans douceur dans ses appartements. Tandis qu'on l'emm&#232;ne pour la Bastille (o&#249; elle devait s&#233;journer plusieurs semaines avant son ex&#233;cution comme sorci&#232;re), quelques mains avides se saisissent des bijoux dont elle a en vain tent&#233; de dissimuler la pr&#233;sence. Au m&#234;me moment, on r&#233;v&#232;le &#224; la capitale la disparition de Concini. Une foule, tout &#224; la fois ivre de joie et de sang, se porte au Louvre o&#249; l'on a entrepos&#233; la d&#233;pouille du favori italien. La fureur populaire se laisse aller aux pires exc&#232;s : train&#233; de rues en rues, lapid&#233;, battu, le cadavre maudit est un moment pendu par les pieds. Puis un grand b&#251;cher finit d'en consumer les restes au milieu de la liesse g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir m&#234;me, Louis XIII r&#232;gle ses comptes. Entour&#233; des courtisans venus l'applaudir et le saluer, le roi se r&#233;pand en larmes de joie. Son triomphe est complet. Les rancoeurs accumul&#233;es depuis la mort de son p&#232;re lui tire des remarques acerbes &#224; l'&#233;gard du ministre italien. Il r&#233;serve pour l'assembl&#233;e r&#233;unie autour de lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je veux que vous me voyiez tous. Servez-moi bien ! Je vous serai bon roi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelieu est pr&#233;sent sur place. En 1617, il n'est pas encore cardinal. Il dispose d'un petit &#233;v&#234;ch&#233;, sans gloire, celui de Lu&#231;on. Il a surtout fait le mauvais choix, celui de Marie de M&#233;dicis dont il est le prot&#233;g&#233; depuis ses d&#233;buts politiques. La fin de Concini retentit pour lui comme une d&#233;fa&#238;te d&#233;finitive. Il ne peut rien esp&#233;rer du nouveau ma&#238;tre, cela il le sait. Quand il s'avance &#224; son tour pour rendre ses hommages, Louis XIII l'accable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh bien ! Me voil&#224; d&#233;barasser de votre tyranie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le pr&#233;lat semble vouloir bredouiller une vague parole de regret, il ach&#232;ve :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Allez, allez ! Otez-vous d'ici !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelieu se retire de la Cour peu apr&#232;s. L'homme n'a pourtant pas dit son dernier mot. Il reviendra au pouvoir sept ans plus tard. C'est l&#224; sans doute tout son g&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Marie de M&#233;dicis sollicite aupr&#232;s de son fils une entrevue particuli&#232;re, il lui fait dire sans plus de commentaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis trop emp&#234;ch&#233; pour cette heure ! Ce sera pour une autre fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, il n'y a plus de doute possible, la France s'est d&#233;couvert un nouveau ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1617-1624 : LOUIS XIII A L'EPREUVE DU POUVOIR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fastes du triomph&#233; pass&#233;, Louis XIII prend les commandes du pouvoir. Il fait remplacer les conseillers de sa m&#232;re par les anciens ministres de Henri IV. Luynes est sans doute, apr&#232;s son ma&#238;tre, le grand vainqueur de la journ&#233;e du 24 Avril 1617. Le roi le conserve aupr&#232;s de lui et r&#233;compense son d&#233;voument par l'octroi de dignit&#233;s prestigieuses (Le petit noble proven&#231;al devient duc et pair du royaume). Jusqu'&#224; la disparition de celui-ci en 1621, l'adolescent garde pour son compagnon plus &#226;g&#233; une affection indefectible. Les historiens se sont beaucoup interrog&#233;s quant &#224; la nature exacte des relations entre les deux hommes. Amour platonique ? Peut- &#234;tre. Il est certain que Luynes r&#233;ussit &#224; se maintenir dans l'intimit&#233; du souverain et en contr&#244;le strictement l'acc&#232;s. Cette position privil&#233;gi&#233;e lui permet surtout d'imposer ses choix politiques. Il incarne en cela la figure traditionnelle du favori, comme pouvait l'&#234;tre Concini au c&#244;t&#233; de Marie de M&#233;dicis. Aux XVI&#176;- XVII&#176; si&#232;cles, le favori est un personnage essentiel de la monarchie. Tout &#224; la fois confident du souverain dont il partage les doutes et les secrets et conseiller plus ou moins avis&#233;, il s'impose comme celui par qui l'on passe obligatoirement avant une entrevue royale. Il assume pour son ma&#238;tre les cons&#233;quences d'une politique mal comprise ou impopulaire. Les col&#232;res de l'opinion publique se cristalisent autour de lui. Il pr&#233;serve de la sorte les fonctions sacr&#233;e du souverain. En Espagne, le syst&#232;me est particuli&#232;rement abouti. Philippe III s'appuie largement sur son favori, le duc de Lerme. En Angleterre, le duc de Buckingham joue un r&#244;le similaire aupr&#232;s de Charles 1er. &lt;br class='autobr' /&gt;
Luynes d&#233;voile malheureusement peu d'intelligence politique. Les historiens le jugent m&#233;diocre souvent incomp&#233;tent. Sa rapide ascencion aupr&#232;s du roi lui vaut, comme Concini en son temps de profondes inimiti&#233;s. Les Grands s'agitent &#224; nouveau et complotent. Cette fois, ils mettent &#224; leur t&#234;te la Reine- M&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie de M&#233;dicis s'est &#233;loign&#233;e de la Cour apr&#232;s le coup de force de 1617. Elle a rejoint sa r&#233;sidence de Blois et para&#238;t attendre des jours meilleurs. Le Duc d'Epernon prend quelques contacts avec elle et lui propose le commandement d'une r&#233;volte nobiliaire. L'italienne saisit l'occasion offerte et r&#233;ussit &#224; quitter son ch&#226;teau, d&#233;jouant en m&#234;me temps la surveillance de ses gardiens. Elle gagne le palais de son alli&#233; &#224; Loches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pensant devoir appaiser le m&#233;contentement des princes, Louis XIII fait lib&#233;rer Cond&#233; de la Bastille en Octobre 1619. Mais les rancoeurs se cristallisent autour de Luynes et de ses amis. En 1620, la rupture est consomm&#233;e. Plusieurs seigneurs mettent leurs troupes en ordre de marche et se rangent aux c&#244;t&#233;s de la Reine- M&#232;re. Les protestations portent sur la politique conduite et visent essentiellement le favori. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e royale rencontre les forces rebelles, aux Ponts-De-C&#233;. L'engagement est bref . Il s'ach&#232;ve par la victoire du souverain. Le conflit que certains contemporrains de l'&#233;poque qualifient de &#171; dr&#244;lerie &#187;, parce qu' on y voit une m&#232;re affronter son fils, pr&#233;c&#232;de la r&#233;conciliation entre Marie et Louis XIII. L'artisan principal en est Richelieu revenu de son exil en Avignon. Les n&#233;gociations aboutissent au retour de la reine au Conseil, en 1622. Le pr&#233;lat retire de ses services le chapeau de Cardinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agitations nobiliaires sont-elles &#224; peine apais&#233;es que d'autres soucis viennent accaparer l'esprit du souverain. Depuis les d&#233;buts du XVII&#176; si&#232;cle et les garanties que leur avait accord&#233; l'Edit de Nantes, les milieux protestants du royaume s'&#233;taient &#224; peu pr&#232;s tenus tranquilles. N&#233;anmoins, se souvenant des r&#233;solutions prises par Henri IV le jour de sa conversion (Le B&#233;arnais devait r&#233;tablir le culte catholique dans sa province natale, traditionnellement acquise au Calvinisme), Louis XIII exige d&#232;s 1617 que les &#233;v&#234;ques soient investis des biens dont les Guerres de Religion les avaient priv&#233;s. Sit&#244;t publi&#233;e, la d&#233;cision royale provoque de tr&#232;s vives r&#233;actions. L'assembl&#233;e protestante de Loudun en Septembre 1619 d&#233;voile quelques v&#233;l&#233;it&#233;s de r&#233;sistance. Le pouvoir r&#233;agit brutalement. Une exp&#233;dition militaire men&#233;e par le roi lui-m&#234;me descend sur le B&#233;arn. Int&#233;gr&#233;e au domaine de la Couronne, la r&#233;gion perd le privil&#232;ge de disposer de son propre Conseil souverain. Louis XIII confirme le Parlement de Pau mais impose le retour de la foi apostolique et romaine. L'affaire est r&#233;v&#233;latrice de la d&#233;termination du Bourbon &#224; n'accepter de ses sujets aucune tentative de contestation, quelles qu'en soient les formes. Le culte r&#233;form&#233; est tol&#233;r&#233; mais le catholicisme demeure, au m&#234;me titre que l'Etat monarchique, le ciment d'une soci&#233;t&#233; encore travers&#233;e de profonds particularismes provinciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire rallume la col&#232;re des populations calvinistes. A la Rochelle, une assembl&#233;e de d&#233;put&#233;s huguenots choisit la rupture. Lev&#233;e de troupes, confiscations des imp&#244;ts pr&#233;lev&#233;s au nom de la Couronne, les d&#233;cisions adopt&#233;es &#224; l'issue des d&#233;bats retentissent comme autant de coups port&#233;s &#224; la l&#233;gitimit&#233; du roi. Une personne aussi p&#233;n&#233;tr&#233;e du caract&#232;re sacr&#233; de ses fonctions que peut l'&#234;tre Louis XIII n'imagine pas accepter de telles v&#233;l&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance. Les hostilit&#233;s tournent pourtant mal : alors qu'elles ont renonc&#233; &#224; marcher sur La Rochelle, trop bien d&#233;fendue par son syst&#232;me fortifi&#233;, les forces royales &#233;chouent devant Montauban, en D&#233;cembre 1621. (Une place forte conc&#233;d&#233;e aux r&#233;form&#233;s apr&#232;s l'Edit de Nantes). &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, une s&#233;rie de victoires militaires emport&#233;es l'ann&#233;e suivante (Si&#232;ge de Montpellier, entre autre) contraignent le duc de Rohan (Plac&#233; &#224; la t&#234;te de la r&#233;bellion) &#224; n&#233;gocier. Le trait&#233; de Montpellier (Octobre 1622) enterrine une situation de statut quo. Moyennant des promesses d'ob&#233;issance et de loyaut&#233;, les protestants conservent les places fortes de La Rochelle et Montauban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1624-1630 : L'HEURE DE RICELIEU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luynes dispara&#238;t le 15 D&#233;cembre 1621. Louis XIII en &#233;prouve quelques sentiments de tristesse mais les relations entre les deux hommes se sont d&#233;grad&#233;s depuis les mois pr&#233;c&#233;dents. La molesse et les faiblesses du favori ont fini par d&#233;tourner le roi de lui. Quand on annonce sa fin (le gentilhomme contracte une fi&#232;vre pourpre), le monarque se porte &#224; son chevet et verse des larmes sin&#231;&#232;res. Il quitte pourtant le malheureux avant son dernier soupir. A la Cour, on ne s'&#233;meut gu&#232;re du d&#233;c&#232;s. Le souverain confie d'ailleurs aux siens ne plus vouloir s'attacher de compagnon intime. Pense-t-il ainsi se garder d'une influence trop encombrante et conserver intacte sa propre autorit&#233; ? Quelques uns au Louvre le pensent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une personnalit&#233; autrement plus r&#233;solue que le duc de Luynes pr&#233;pare patiemment son heure : Richelieu. Les temps difficiles de la disgr&#226;ce ont pass&#233;. Le pr&#233;lat a su tirer parti des brouilles survenues entre Louis XIII et sa m&#232;re. Son habilit&#233; remarquable, ses talents de diplomate ont ouvert le chemin du conseil pour Marie de M&#233;dicis. Ses services lui ont valu les gratitudes royales et de prestigieuses r&#233;compenses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il dispose d'une &#233;vidente influence sur sa protectrice, il manque &#224; Richelieu l'essentiel : un fauteuil de ministre. Le souverain sait ce qu'il doit au puissant eccl&#233;sisastique ; pourtant il se m&#233;fie particuli&#232;rement de son caract&#232;re trop marqu&#233;. Aussi h&#233;site-t-il longtemps &#224; entendre les paroles de la reine-m&#232;re qui ne se lasse pas de lui en vanter les m&#233;rites. Il finit n&#233;anmoins par se r&#233;soudre : le 29 Avril 1624, Richelieu entre au Conseil. Son rang au coeur de l'Eglise le place au-dessus des autres membres. Les d&#233;buts sont quelque peu d&#233;licats. Le souverain n'accorde au nouveau venu qu'un r&#244;le consultatif. Mais l'ambitieux pr&#233;lat d&#233;voile assez de comp&#233;tences pour se rendre rapidement indispensable. Les premi&#232;res tensions apparaissent d'ailleurs &#224; cette occasion. Le surintendant des finances, La Vieuville, accepte mal l'emprise croissante du cardinal sur ses coll&#232;gues. (Le paradoxe m&#233;rite d'autant plus d'&#234;tre soulign&#233; qu'il a lui m&#234;me encourag&#233; la nomination de son adversaire pour en obtenir les faveurs de la Reine- M&#232;re). Un jeu subtil s'engage autour du roi. Remarques acerbes, confidences, r&#233;v&#233;lations, chacun s'emploie &#224; provoquer la disgr&#226;ce de l'autre. En somme un &#233;pisode ordinaire du quotidien des hommes de pouvoir au XVII&#176; si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Richelieu emporte la partie. En Ao&#251;t 1624, le souverain notifie &#224; La Vieuville son arrestation pour diverses malversations (C'est du moins ce dont l'accuse son ennemi). Le ministre est emprisonn&#233; au ch&#226;teau d'Amboise. Ce jour-l&#224;, le cardinal triomphe. Il s'impose comme le ma&#238;tre du Conseil. Mais, les responsabilit&#233;s politiques qu'il cumule cristalisent rapidement sur lui beaucoup d'imiti&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, un complot (Le premier d'une longue liste) r&#233;v&#232;le combien sa position &#224; la Cour est fragile. La gravit&#233; de l'affaire conduit le pouvoir &#224; prendre des sanctions d'une extr&#234;me s&#233;v&#233;rit&#233; (Les conjur&#233;s pr&#233;voyaient l'assassinat de Richelieu et peut-&#234;tre la d&#233;position de Louis XIII). A l'origine de la conspiration, un personnage de temp&#233;rament singulier : Gaston d'Orl&#233;ans. Le prince est le fr&#232;re du roi. Beaucoup de choses ont &#233;t&#233; d&#238;tes et &#233;crites &#224; son popos. Les t&#233;moignages de ceux qui ont v&#233;cu &#224; ses c&#244;t&#233;s donnent de lui le portrait d'un homme fantasque, brouillon, indisiciplin&#233;, grand s&#233;ducteur et amateur d'arts. La st&#233;rilit&#233; du mariage royal (A cette date, Louis XIII et son &#233;pouse Anne d'Autriche n'ont toujours pas offert d'h&#233;ritier au pays) lui laisse entrevoir le Tr&#244;ne. Ses perp&#233;tuelles manigances, ses tractations secr&#232;tes empoisonnent le quotidien des Bourbon. Ruptures, r&#233;bellion, r&#233;conciliations rythment le cours de son existence tumultueuse. Port&#233; &#224; la t&#234;te des r&#233;voltes ouvertes du r&#232;gne parce que son rang prestigieux le d&#233;signe naturellement, Gaston d'Orl&#233;ans abandonne vite ses compagnons quand il sent le sort des armes tourner &#224; son d&#233;savantage. On connait sa rapidit&#233; &#224; venir trouver le souverain pour d&#233;noncer des complices tout autant impliqu&#233;s que lui et r&#233;clamer indulgence. N&#233;anmoins &#224; la premi&#232;re occasion, ses vieux d&#233;mons le saisissent facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1626, Richelieu et Marie de M&#233;dicis pensent le marier &#224; la duchesse de Bourbon-Montpensier. La jeune femme n'a pas de charme particulier mais elle dispose en contrepartie d'une fortune immense. Gaston escomptait s'unir &#224; une princesse &#233;trang&#232;re (Sans doute pour occuper une place plus importante de l'&#233;chiquier europ&#233;en). Les plans du ministre le de&#231;oivent. Il n'en faut pas davantage pour qu'il envisage l'organisation d'une conspirtaion d'envergure. Son serviteur fid&#232;le, Ornano, le rejoint. D'autres suivent : Cond&#233;, le comte de Soissons, le duc de Vend&#244;me (Un b&#226;tard de Henri IV), Anne d'Autriche elle-m&#234;me. Chacun pense d'abord &#224; ses propres int&#233;r&#234;ts et critique les projets matrimoniaux du pouvoir pour des raisons personnelles. (Cond&#233; veut donner sa fille &#224; Gaston d'Orl&#233;ans, Soissons esp&#232;re obtenir la main de la duchesse de Montpensier pour lui, Anne s'inqui&#232;te du risque que le mariage de son beau-fr&#232;re pourrait incarner : qu'adviendrait-il si celui-ci obtenait un h&#233;ritier ? ). Mais tous les m&#233;contents s'accordent sur un m&#234;me point : Richelieu est devenu encombrant. Sa politique heurte les grandes familles princi&#232;res. Il est l'homme &#224; abattre. Des lettres r&#233;dig&#233;es de la main m&#234;me de Gaston arrivent en Espagne, en Angleterre et en Hollande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels desseins pr&#233;cis poursuivent les membres du complot ? L'assassinat du ministre ? Celui-ci l'affirme clairement quand il r&#233;dige ses m&#233;moires. (Il appelle d'ailleurs aupr&#232;s de lui une garde importante de mousquetaires). A-t-on cherch&#233; l'abdication de Louis XIII au profit de son fr&#232;re ? Rien de tr&#232;s clair dans tout cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est certain n&#233;anmoins que plusieurs indiscr&#233;tions finissent par compromettre l'affaire. Des querelles malheureuses d&#233;lient les langues et mettent Richelieu au courrant de tout. D&#233;but Mai 1626, Ornano est arr&#234;t&#233; puis emprisonn&#233;. On craint qu'il ne r&#233;v&#232;le tout de l'aventure. Gaston sent le vent tourner contre lui. Comme il le fera plusieurs fois encore, il se pr&#233;cipite chez son fr&#232;re, tout penaud. Les vagues promesses qu'il fait de se tenir tranquille engage le roi &#224; un geste d'indulgence dont il n'est pourtant pas toujours coutumier. (Dans les faits, il ne pouvait certainement rien entreprendre contre son cadet. Le pardon s'imposait). En revanche, les complices du prince repentant sont moins chanceux. Tandis que l'on enferme au ch&#226;teau d'Amboise les Vend&#244;me, les mousquetaires royaux mettent la main sur Henri de Talleyrand, comte de Ch&#226;lais. Le jeune homme (Il pr&#232;s de trente ans) n'est pas davantage coupable que ses amis mais ses origines familiales (Il arrive de la petite noblesse provinciale) en font un bouc &#233;missaire bien trouv&#233;. Les conjur&#233;s s'entendent pour lui attribuer l'enti&#232;re responsabilit&#233; du complot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gar&#231;on n'est pourtant pas le plus impliqu&#233;. L'amour qu'il porte &#224; la belle duchesse de Cheuvreuse (une confidente de la reine Anne d'Autriche) lui fait commettre l'imprudence fatale. Sans doute n'a-t-il pas saisi tout le danger que pouvaient pr&#233;senter ses compromissions aupr&#232;s de Gaston d'Orl&#233;ans. Une chambre criminelle se d&#233;place &#224; Nantes o&#249; le gentilhomme est retenu prisonnier. On laisse entendre que des aveux lui &#233;pargneraient l'&#233;chaffaud. Le malheureux r&#233;v&#232;le tout ce que l'on veut. Docilit&#233; bien vaine. Les juges n'ont aucune cl&#233;mence : le proc&#232;s s'ach&#232;ve sur un verdict de mort. Quand il refuse sa gr&#226;ce au condamn&#233;, Louis XIII ne t&#233;moigne pas davantage de mansu&#233;tude. Tout juste accorde-t-il au comte le privil&#232;ge de ne pas subir l'application de la Question (Une suite terrible de tortures employ&#233;es pour obtenir des renseignements de derni&#232;re minute). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ex&#233;cution se tient le 19 Ao&#251;t 1626. Elle est v&#233;ritablement atroce. La nuit pr&#233;c&#233;dente, les amis de Chalais ont enlev&#233; le bourreau. On d&#233;signe un d&#233;tenu sans aucune exp&#233;rience pour le remplacer. L'op&#233;ration tourne tr&#232;s mal. Paralys&#233; &#224; la seule id&#233;e de devoir accomplir la t&#226;che infamante, le novice frappe le coup d&#233;nud&#233; du jeune homme &#224; trente quatre reprises (Des t&#233;moignages rapportent que le supplici&#233; crie jusqu'au vingti&#232;me coup).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux semaines auparavant, Richelieu a c&#233;l&#233;br&#233; le mariage de Gaston et de la duchesse de Montpensier. Sans doute le pr&#233;lat tire-t-il de la c&#233;r&#233;monie sa propre revanche sur une noblesse d&#233;cidemment bien indisciplin&#233;e. Les f&#234;tes se prolongent plusieurs jours. Le cadet du roi se laisse prendre par les r&#233;jouissances et s'&#233;tourdit dans les plaisirs. (Tandis que le malheureux Chalais se morfond entre les quatre murs de sa prison). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#232;nement ne dispense pas la reine de quelques explications. Louis XIII la fait venir devant lui. Anne d'Autriche proteste de son innocence autant qu'elle le peut sans toutefois emporter la conviction royale. Elle s'en tire avec de s&#233;v&#232;res reproches. Mais la m&#233;fiance de Richelieu ne lui laissera plus un instant de r&#233;pit. On apprend au m&#234;me moment l'exil d&#233;finitif de la duchesse de Cheuvreuse et le ralliement de Cond&#233; au ministre victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques temps apr&#232;s, une nouvelle affaire vient compliquer les rapports des Grands au cardinal. A l'origine du conflit, l'&#233;dit de F&#233;vrier 1626 par lequel le roi interdit la pratique traditionnelle des duels. L'usage remonte &#224; loin. Il est un aspect essentiel de la culture seigneuriale. Il offre un mod&#232;le de comportement que les princes reproduisent lorsqu'ils estiment devoir relever un honneur bless&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'honneur. Dans les milieux nobiliaires, cela compte parfois bien plus qu'une terre, un ch&#226;teau, un patrimoine financier. L'honneur se transmet d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. On en h&#233;rite. On en connait le prix et la valeur. Sans honneur, pas de noblesse possible. Les deux &#233;l&#233;ments sont intimement li&#233;s. Un gentilhomme priv&#233; de sa r&#233;putation ne trouve plus &#224; se marier, on le d&#233;laisse. Son lignage s'eteind rapidement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une parole malheureuse, une remarque ironique, un geste d&#233;plac&#233; suffisent &#224; engager la renomm&#233;e personnelle et familiale. La gravit&#233; m&#234;me de l'affront n&#233;cessite de celui qui en est la victime l'exigeance d'une r&#233;paration imm&#233;diate. Une r&#233;paration que l'on obtient &#224; la pointe de l'&#233;p&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se battre en duel implique l'accomplissement d' un rituel complexe dont on accepte les termes. Du d&#233;fi jet&#233; &#224; l'affrontement devant t&#233;moin en passant par le choix du terrain sur lequel se r&#232;glera la querelle, le processus impose des r&#232;gles pr&#233;cises et codifi&#233;es. Aux temps de l'Ancien R&#233;gime, on se bat beaucoup. Souvent pour des pretextes futilites. Ce qui aujourd'hui semblerait ne rien m&#233;riter d'autre que n&#244;tre indiff&#233;rence suffisait &#224; justfier autrefois le spectacle d'un combat singulier au cours duquel les participants pouvaient perdre la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La patiente construction de l'Etat monarchique sous les Bourbons criminalise progressivement les duels. Elle conteste &#224; la Noblesse le privil&#232;ge d'appliquer sa propre justice. Une justice que seul le roi d&#233;livre, que nul ne peut rendre &#224; sa place et &#224; laquelle il n'est pas permis de se soustraire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le fond, deux logiques difficilement conciliables se heurtent. Celle d'une soci&#233;t&#233; nobliaire dans laquelle une affaire d'honneur l&#233;gitime le recours aux armes. Celle d' un Etat attentif &#224; maintenir son autorit&#233; et prot&#233;ger l'ordre public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri IV indique la voie que suivent apr&#232;s lui Louis XIII et Richelieu. Le texte de 1626 pr&#233;voit certes de lourdes peines pour les fauteurs de trouble. Mais la peine de mort n'est requise que dans les cas extr&#234;me o&#249; le combat s'ach&#232;ve par le d&#233;c&#232;s d'un adversaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La s&#233;v&#233;rit&#233; des sanctions encourues n'engage pourtant pas le seigneur Montmorency- Boutteville &#224; davantage de prudence. Le jeune homme s'est fait des duels une sp&#233;cialit&#233;. Il a risqu&#233; son existence vingt et une fois d&#233;j&#224;. Une nouvelle affaire le conduit &#224; en d&#233;coudre au coeur de Paris, Place Royale. On ne pouvait violer plus ouvertement l'&#233;dit du souverain. La rencontre tourne mal et s'ach&#232;ve sur une rixe crapuleuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le coupable r&#233;ussit &#224; fuir avant l'arriv&#233;e des mousquetaires. Son arrestation intervient un peu plus tard. Le verdict dress&#233; &#224; l'issue du proc&#232;s devant le Parlement de Paris t&#233;moigne d'une duret&#233; exemplaire. Le gentilhomme est condamn&#233; &#224; mort, la sentance appliqu&#233;e en Juin 1627 malgr&#233; les protestations de la Noblesse. Ni les pleurs de la famille Montmorency ni ses supplications n'ont raison de la d&#233;termination souveraine. Louis XIII ne se laisse pas fl&#233;chir. Tout cela sous l'oeil attentif et r&#233;joui d'un Richelieu qui avait dit &#224; son ma&#238;tre un peu avant : &#171; Il est question de couper la gorge aux duels ou aux &#233;dits de sa Majest&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le contenu du message est clair : nul ne doit, &#224; aucun titre, se dispenser d'ob&#233;ir aux d&#233;cisions du pouvoir. En m&#234;me temps qu'il refuse sa gr&#226;ce au supplici&#233;, le roi r&#233;v&#232;le combien ses convictions politiques sont solides : l'autorit&#233; de l'Etat (dont il poursuit la construction avec son ministre) ne peut assur&#233;ment souffrir aucune contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres motifs de m&#233;contentement cristalisent les r&#233;sistances de la soci&#233;t&#233; &#224; la monarchie. Les probl&#232;mes fiscaux de la Couronne dressent contre Louis XIII une s&#233;rie d'oppositions croissantes &#224; mesure que les ann&#233;es passent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les op&#233;rations militaires engag&#233;es aux fronti&#232;res ou &#224; l'int&#233;rieur (Contre les forces protestantes, par exemmple), les pensions accord&#233;es aux Grands de la Cour alourdissent les besoins financiers du souverain et n&#233;cessitent une r&#233;forme compl&#232;te du syst&#232;me de perception des imp&#244;ts traditionnels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au XVII&#176; si&#232;cle, la situation est complexe. Plusieurs provinces du royaume ont conserv&#233; le droit de d&#233;terminer elles-m&#234;me les montants des contributions &#224; fournir. Ce sont les pays d'Etat. Les d&#233;put&#233;s &#233;lus de la Noblesse, du Clerg&#233; et du Tiers-Etat s'y organisent en assembl&#233;e pour n&#233;gocier avec les repr&#233;sentants du pouvoir. Les discussions sont souvent longues et difficiles. Les versements demeurent g&#233;n&#233;ralement en de&#231;&#224; des exigeances royales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la Monarchie, l'enjeu est bien compris : r&#233;cup&#233;rer la ma&#238;trise des modes de pr&#233;l&#233;vements fiscaux et en am&#233;liorer l'efficacit&#233;. Une politique de cette nature provoque, on s'en doute, de violentes protestaions car elle confisque &#224; son profit les pr&#233;rogatives que se sont arrog&#233; les assembl&#233;es d'Etat. Les contestations int&#233;ressent tous les milieux sociaux : la Noblesse parce qu'elle envisage les d&#233;cisions du roi comme autant de coups port&#233;s &#224; ses privil&#232;ges ; le Tiers-Etat parce qu'il craint les effets d'une pression fiscale trop forte. &lt;br class='autobr' /&gt;
De nouveaux personnages apparaissent, les &#233;lus. Auxiliaires fid&#232;les de l'Etat dans plusieurs provinces du pays, ils proc&#232;dent aux perc&#233;ptions dont le roi et son conseil ont d&#233;termin&#233; les sommes. La transition ne se fait pas toujours sans violence. Si des r&#233;gions acceptent finalement leur transformation en Pays d'Election, d'autres r&#233;sistent davantage. L'arriv&#233;e et l'installation des &#233;lus provoquent en Quercy une s&#233;rie d'&#233;meutes tr&#232;s graves. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Languedoc et la Provence r&#233;ussissent &#224; conserver le privil&#232;ge de demeurer Pays d'Etat mais ils acceptent en contrepartie le paiement de contributions plus &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux pr&#233;occupations finan&#231;i&#232;res de Louis XIII (Pr&#233;occupations qui ne cesseront de s'accro&#238;tre au fil du r&#232;gne), s'ajoute le probl&#232;me protestant. La paix sign&#233;e &#224; Montpellier n'est dans le fond qu'une tr&#234;ve sans lendemain. Elle n'apporte aucune solution v&#233;ritable aux inqui&#233;tudes des r&#233;form&#233;s. L'esquisse d'un rapprochement franco-anglais (La soeur du roi &#233;pouse Charles Ier Stuart) appaise un moment les Huguenots. Rapprochement dont on mesure du reste assez vite les fragilit&#233;s. Les ambitions maritimes de Richelieu d'une part et de Buckingham d'autre part (Le favori de Charles 1er) compliquent les rapports entre Paris et Londres. Des deux c&#244;t&#233; de la Manche, on cherche surtout &#224; s'assurer le contr&#244;le du commerce atlantique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encourag&#233; &#224; la Cour par le parti d&#233;v&#244;t (Ceux qui derri&#232;re Anne d'Autriche conseillent une alliance espagnole au nom du catholicisme), le ministre obtient quelques contacts avec Madrid. Un an plus tard, les n&#233;gociations aboutissent &#224; un trait&#233; d'amiti&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#232;nement provoque la rupture. Les deux meneurs de la cause calviniste, Rohan et son fr&#232;re Soubise, l&#232;vent une nouvelle arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Rochelle apara&#238;t tr&#232;s vite comme le point n&#233;vralgique de la r&#233;volte. A l'abri de ses fortifications imprenables, la cit&#233; organise le combat. Un permier engagement sur mer tourne au d&#233;savantage des forces rochelaises et place Louis XIII en position de sup&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'intervention d'une flotte conduite par Buckingham relance la campagne. La perte de R&#233; (Investie par les Anglais) laisse un moment craindre le pire. N&#233;anmoins, l'arriv&#233;e &#233;nergique de Louis XIII retourne la situation. La reprise de l'&#238;le pr&#233;c&#232;de de peu l'assassinat de Buckingham et ouvre pour La Rochelle un si&#232;ge tr&#232;s dur. Deux exp&#233;ditions d&#233;p&#233;ch&#233;es depuis Londres tentent sans succ&#232;s d'obtenir la lev&#233;e du blocus.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'int&#233;rieur des murs, l'existence quotidienne des habitatnts se d&#233;grade. La faim s'installe. Elle est atroce. Elle ne vient pourtant pas &#224; bout de la d&#233;termination rochelaise. Les autorit&#233;s de la ville organisent l'expulsion des bouches inutiles. Sacrifice vain car la position des assi&#233;g&#233;s devient vite intenable. Une ann&#233;e apr&#232;s le d&#233;but des op&#233;rations, la place forte pr&#233;sente enfin sa capitulation. Louis XIII p&#233;n&#232;tre dans un immense cimeti&#232;re. La population est tomb&#233;e &#224; 6000 &#226;mes (28000 avant la guerre). &lt;br class='autobr' /&gt;
La Rochelle paye tr&#232;s ch&#232;rement son mouvement de r&#233;bellion : tandis que l'on d&#233;mant&#232;le ses fortifications, elle perd grand nombre de privil&#232;ges. Le souverain lui retire son conseil municipal et ses statuts particuliers. N&#233;anmoins, sur les remarques avis&#233;es de Richelieu qui lui rappelle la fid&#233;lit&#233; pass&#233;e de la ville pour la Monarchie, il consent &#224; accorder son pardon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit se poursuit en Languedoc o&#249; Rohan n'a pas d&#233;pos&#233; les armes. La venue de Louis XIII sur place et les succ&#232;s militaires qu'il accumule (Il prend Privas, Al&#232;s et soumet le Vivarais) accel&#232;rent la fin des hostilit&#233;s. L'Edit de gr&#226;ce d'Alais confirme les dispositions de l'Edit de Nantes, offre une amnistie g&#233;n&#233;rale mais ote en contrepartie aux Huguenots le privil&#232;ge de poss&#233;der leurs propres places de s&#251;ret&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire obtenue conforte la position de Richelieu. Elle affermit l'autorit&#233; royale sur des provinces parfois promptes &#224; se r&#233;volter. Elle compl&#232;te enfin l'installation d'un ordre monarchique plus solide. Le cardinal consacre d'ailleurs son s&#233;jour en Languedoc (pour les n&#233;cessit&#233;s de la campagne militaire) au d&#233;mant&#233;lement des fortifications d'une vingtaine de villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; propos d'une question de politique ext&#233;rieure que les relations entre le ministre tout-puissant et Marie de M&#233;dicis se d&#233;gradent brutalement. On s'en souvient, le pr&#233;lat devait &#224; la Reine- m&#232;re sa carri&#232;re et ses r&#233;ussites au service de la Monarchie. Ses brillants talents de diplomate lui avaient valu de la souveraine le chapeau de cardinal et une place au Conseil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Richelieu comprend n&#233;anmoins que le trait&#233; sign&#233; avec l'Espagne r&#233;v&#232;le des signes de fragilit&#233; &#233;vidents. Les int&#233;r&#234;ts franco-espagnols se heurtent en Italie du Nord, principalement lorsque surviennent les interrogations pos&#233;es par la succession au duch&#233; de Mantoue. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#232;nement introduit &#224; la Cour de violentes tensions. Du point de vue de Marie et de ceux qui la suivent le maintien de la foi romaine en Europe passe par l'alliance des deux grandes puissances catholiques du continent. Quite &#224; m&#233;nager les suceptibilit&#233; de Madrid aux fronti&#232;res. Les discordes produites par l'affaire de Mantoue sont secondaires. Elles ne valent pas le risque d'une rupture (voire d'un conflit) avec le puissant voisin pyr&#233;n&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelieu voit surtout en l'Espagne un &#233;l&#233;ment fondamental du dispositif Habsbourg. La vieille dynastie incarne pour le royaume un danger permanant parce qu'elle exerce aux fronti&#232;res une pression militaire redoutable. La succession au duch&#233; de Mantoue offre &#224; Louis XIII l'occasion de s'imposer en Italie du Nord et de briser en m&#234;me temps l'encerclement s&#233;culaire du territoire. Le cardinal craint toutefois de s'engager trop ouvertement contre les forces espagnoles. La France n'est pas encore pr&#234;te &#224; une guerre ouverte. Aussi se contente-t-il d'organiser une s&#233;rie de coups de main militaires sans pour autant rompre avec Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le dernier duc de Mantoue meurt en D&#233;cembre 1627, il ne laisse derri&#232;re lui aucun h&#233;ritier direct. Le duc de Nevers, un cousin du d&#233;funt, pr&#233;sente les plus s&#233;rieux atouts &#224; la succession. Mais il est prince fran&#231;ais. Ses pr&#233;tentions au pouvoir risquent de faire glisser le duch&#233; du c&#244;t&#233; des Bourbons. Cela, les Habsbourgs ne peuvent le tol&#233;rer. L'empereur est le suzerain traditionnel des souverains de Mantoue. A ce titre, il peut refuser d'accorder &#224; Nevers l'investiture de ses domaines. Et c'est d'ailleurs ce qu'il fait rapidement. Aux yeux du pr&#233;tendant, peu importe. Le soutien que garantit Louis XIII le convainc de tenter un coup de force militaire : ses troupes s'emparent du duch&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Espagne ne tarde pas &#224; r&#233;agir. Le soul&#232;vement protestant en France et les op&#233;rations engag&#233;es &#224; la Rochelle retiennent le roi sur d'autres fronts. L'occasion est trop belle de mettre le si&#232;ge devant Casale (L'une des villes essentielles de la r&#233;gion). N&#233;anmois, les troupes d&#233;p&#233;ch&#233;es depuis Madrid pi&#233;tinent sous les remparts de la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;ril huguenot pass&#233;, Richelieu pr&#233;pare une intervention militaire en Italie du Nord. L'enjeu est essentiel : il s'agit avant tout de secourir Casale et de confirmer le duc de Nevers dans ses pouvoirs. Mais les objectifs de l'exp&#233;dition visent aussi le contr&#244;le de la Savoie et du passage des Alpes. Le roi se place lui-m&#234;me &#224; la t&#234;te de ses troupes. Quelques semaines de marche permettent de brillants succ&#232;s. Toutefois, l 'apparition d'une grave &#233;pid&#233;mie de peste (Dont la circulation des arm&#233;es fran&#231;aises, espagnoles ou imp&#233;riales encourage la progression) puis la perte de Mantoue tomb&#233;e aux mains des Habsbourgs ternissent les premi&#232;res r&#233;ussites. Finalement, un l&#233;gat envoy&#233; par le pape obtient une tr&#234;ve g&#233;n&#233;rale. Encore inconnu en 1630, son nom devait par la suite &#234;tre promis &#224; un grand avenir : Mazarin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit appara&#238;t suffisament grave pour que les puissances europ&#233;ennes engag&#233;es dans l'affaire envoient &#224; Ratisbonne (O&#249; se tiennent les n&#233;go&#231;iations) de nombreux ambassadeurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cardinal joue gros. Il sait qu'&#224; la Cour sa politique agressive nourrit les oppositions du parti des d&#233;v&#244;ts. Marie de M&#233;dicis ne lui pardonne pas ses intransigeance pour l'Espagne. On l'accuse abondamment des difficult&#233;s financi&#232;res du royaume : plut&#244;t que de porter attention aux maux du peuple, Richelieu songerait bien davantage &#224; la guerre et &#224; la gloire qu'il pourrait en tirer. D&#251;t-il pour cela accroitre les imp&#244;ts et soumettre les campagnes &#224; une terrible mis&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le ministre sent d'autant plus son influence vaciller qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque Louis XIII se remet lentement d'une grave maladie intestinale. L'&#233;tat du roi est tel que l'on pense un momet sa disparition toute proche. Son r&#233;tablissement surprend peut &#234;tre ceux qui pr&#233;paraient sa succession (Et particuli&#232;rement Gaston d'Orl&#233;ans, fort d&#233;&#231;u lorsque les m&#233;decins lui annoncent la gu&#233;rison de son fr&#232;re...). L'&#233;v&#232;nement retentit comme un s&#233;rieux avertissement. Le monarque n'a pas encore d'h&#233;ritiers, l'avenir de la dynastie demeure tr&#232;s fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles parvenues de Ratisbonne en Octobre 1630 ne sont pas bonnes. Elles ruinent les plans du cardinal. Les n&#233;go&#231;iations engag&#233;es tournent au d&#233;savantage de Louis XIII et pr&#233;voient l'&#233;vacuation des troupes fran&#231;aises du Nord de l'Italie. Les ambassadeurs arriv&#233;s de Paris n'ont pas os&#233; s'imposer aux Imp&#233;riaux. Ils ont c&#233;d&#233; sur tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le parti espagnol exulte. L'&#233;chec de Ratisbonne, c'est l'&#233;chec de Richelieu et de sa politique belliqueuse. C'est aussi la victoire de la Reine M&#232;re et de ceux qui soutiennent une alliance avec Madrid. On pense la carri&#232;re du ministre bris&#233;e et lui-m&#234;me se pr&#233;pare &#224; quitter le palais. Il reste au souverain &#224; parler mais nul n'a plus gu&#232;re de doute quant &#224; la disgr&#226;ce du pr&#233;lat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange journ&#233;e en v&#233;rit&#233; que ce 10 Novembre 1630. Cette journ&#233;e dont la post&#233;rit&#233; devait conserver le souvenir &#224; travers le t&#233;moignage de ses principaux protagonistes. Une journ&#233;e que l'on retiendrait comme celle des &#171; Dupes &#187;. Pour Richelieu, un coup politique fameux. Pour Louis XIII un &#233;clat d'autorit&#233; dont on se souviendrait longtemps. Pour Marie de M&#233;dicis, une humiliante d&#233;convenue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant au premi&#232;res heures de la matin&#233;e, les jeux paraissent faits. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Reine- M&#232;re fait appeler son fils au Palais du Luxembourg pour une entrevue priv&#233;e dont chacun, &#224; la Cour, connait la teneur. Le roi se porte sur place, seulement accompagn&#233; du Mar&#233;chal de Bassompierre et de son ami Saint- Simon. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conversion s'engage. Elle est plut&#244;t courtoise. La vieille Florentine, tellement certaine de tenir sa victoire, consent &#224; reporter le renvoi de Richelieu, le temps d'achever les op&#233;rations militaires en Italie du Nord. A ce moment, elle en est s&#251;re, le ministre vit ses derni&#232;res heures au service de l'Etat. Comment pourrait-il d'ailleurs en &#234;tre autrement ? Le camouflet de Ratisbonne ne laisse au souverain aucun choix v&#233;ritable : l'erreur diplomatique de Richelieu engage la place de la France sur l'&#233;chiquier internationale. Il doit se retirer. Et peut &#234;tre m&#234;me, plus tard, r&#233;pondre de sa politique devant la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute Marie n'a-t-elle pas mesurer tout le g&#233;nie de son ancien prot&#233;g&#233;. Le cardinal est un homme de pouvoir. Il conna&#238;t parfaitement le monde tr&#232;s particulier de la Cour, des complots que l'on pr&#233;pare dans les antichambres, des propos que l'on &#233;change dans le secret d'une alc&#244;ve. Il est surtout bien inform&#233;. Ses espions l'ont averti de l'entretien organis&#233; au Luxembourg. Il a tout compris : la visite de Louis XIII au palais le place en grand p&#233;ril. Nul doute que la vieille femme ne mette &#224; profit l'occasion pour emporter la conviction royale et obtenir sa d&#233;ch&#233;ance. S'il veut sauver sa carri&#232;re, Richelieu doit intervenir et s'imposer dans la conversation. Qui mieux que lui pourrait plaider sa propre cause ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Brutalement, sans qu'on ne l'attende le moins du monde, il surgit dans la pi&#232;ce, par une porte d&#233;rob&#233;e. Il &#233;tait temps d'ailleurs. Le prince semblait dispos&#233; &#224; entendre les exigences de son interlocutrice et se r&#233;soudre au renvoi de celui &#224; qui, pourtant, il devait l'affermissement de son autorit&#233; sur le royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La venue impr&#233;vue de Richelieu tombe tr&#232;s mal pour Marie de M&#233;dicis. D'autant plus mal que le ministre r&#233;v&#232;le tout le g&#233;nie politique dont il est capable. Il s'agenouille humblement aux pieds de son ancienne ma&#238;tresse et d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je m'assure que vous parliez de moi. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup est fameux car il encourage la Reine- M&#232;re &#224; des propos v&#233;h&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous &#234;tes un fourbe qui sait bien jouer la com&#233;die. Tout ce que vous fa&#238;tes n'est que pure m&#244;merie et un man&#232;ge pour me tromper encore une fois ! Ingrat ! Perfide ! Vous trompez le roi et trahissez l'Etat pour votre propre grandeur et celle des V&#244;tre ! Je vous chasse ! Sortez ! Je vous d&#233;fends jamais de para&#238;tre devant moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII contemple un moment la sc&#232;ne puis il intervient aupr&#232;s de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Madame ! Mais Madame que d&#238;tes vous ? Que fa&#238;tes vous ? Vous me d&#233;sobligez ! Vous me torturez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Florentine para&#238;t ne plus vouloir s'appaiser. Elle lance &#224; son fils :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne pourrai plus assister &#224; vos conseils ni me trouver avec M. de Richelieu en quelque lieu que ce soit quand il y sera. Il faut donc que vous vous s&#233;pariez de l'un ou l'autre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cardinal r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est bien plus raisonnable que ce soit moi qui m'en aille. Aussi bien je ne veux plus vivre puisque j'ai perdu les faveurs de la reine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une derni&#232;re r&#233;v&#233;rence, le pr&#233;lat dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de l'affaire se perd quelque peu en confusion. Les t&#233;moins de la journ&#233;e offrent des &#233;v&#232;nements ult&#233;rieurs &#224; l'entrevue des r&#233;cits mal accord&#233;s. Nul ne peut dire d'ailleurs avec certitude de quelle mani&#232;re s'ach&#232;ve la conversation entre le roi et son encombrante m&#232;re. Pour les uns, le souverain se serait emport&#233; contre Marie et aurait con&#231;u de ses propos insultants une profonde col&#232;re. Pour les autres, il se serait retir&#233; peu de temps apr&#232;s Richelieu. Son ami Saint-Simon rapporte pour sa part dans les m&#233;moires qu'il commet avant de mourir l'immense lassitude du monarque, l'orage pass&#233;. Allong&#233; sur le lit qu'il avait fait install&#233; au fond de son cabinet, Louis XIII &#233;coute les remarques avis&#233;es du c&#233;l&#232;bre &#233;crivain. Saint-Simon prend clairement le parti du cardinal : la Reine- M&#232;re est peut &#234;tre de bonne volont&#233; mais ses passions et ses col&#232;res la prennent vite. Ses favoris ne sont pas toujours de bon conseil et ils la conduisent souvent &#224; des d&#233;cisions malheureuses. Richelieu est autrement plus fin. Il a l'exp&#233;rience du pouvoir, ses talents politiques ont par le pass&#233; tir&#233; la Monarchie de situations compliqu&#233;es. Se peut-il que le roi se s&#233;pare de lui ? La France y perdrait &#224; coup s&#251;r un ministre remarquable. Beaucoup profiterait de l'occasion pour r&#233;v&#233;ler leurs ambitions et s'imposer &#224; la Reine- M&#232;re si elle devait retrouver son si&#232;ge au Conseil. Un autre Concini s'empresserait alors de mener le royaume sur des chemins dangereux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne fait aucun doute, Richelieu est v&#233;ritablement l'homme dont le pays a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi &#233;coute patiemment. Garder aupr&#232;s de lui le cardinal et se d&#233;faire de Marie ? Conserver sa confiance &#224; la vieille Florentine pour exiler Richelieu ? Louis XIII &#233;prouve peut &#234;tre &#224; cet instant tout le poids de son m&#233;tier. Une d&#233;cision mal avis&#233;e engagerait n&#233;cessairement les destin&#233;es du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les propos de Saint- Simon finissent pourtant par emporter sa conviction : Richelieu a bien des fois prouv&#233; ses capacit&#233;s politique. C'est donc la Reine- M&#232;re qu'il faudra remercier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; pr&#233;venir le principal int&#233;ress&#233; des conclusions de l'entretien. Le soir, Louis XIII lui fait dire qu'il l'attend au petit pavillon de Versailles. Au moment de grimper dans le carosse qui doit le conduire au lieu de rendez-vous, le ministre s'interroge. Le roi veut le voir. Est-ce pour lui annoncer sa disgr&#226;ce ? Ou plut&#244;t le confirmer dans ses fonctions ? Se peut-il que Marie ait en fin de compte triomph&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie de M&#233;dicis, justement. La princesse italienne savoure la victoire qu'elle pense d&#233;j&#224; tenir. Une foule de courtisans s'est port&#233; &#224; sa rencontre. On l'entoure, on l'acclame, on la f&#233;licite. Ennivr&#233;e du succ&#232;s qu'elle suppose avoir obtenu sur son adversaire r&#233;solu, elle se laisse prendre par l'euphorie du moment. Elle imagine retrouver les fauteuils du Conseil et son influence perdue. En cela &#224; coup s&#251;r, elle est la premi&#232;re des dup&#233;s de ce 10 Novembre 1630.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Versailles, une toute autre sc&#232;ne se joue. Bien plus &#233;mouvante, bien plus intense. Quand il p&#233;n&#232;tre dans le cabinet particulier du souverain, celui-ci l'accueille, un sourire aux l&#232;vres, avec ses quelques paroles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai en vous monsieur le cardinal un excellent serviteur, tellement capable et fid&#232;le que je regarde comme une obligation de vous prot&#233;ger, d'autant plus que j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin du respect et de la reconnaissance que vous avez toujours eus pour la reine, ma m&#232;re. D'ailleurs, si vous vous &#233;tiez conduit autrement, je vous aurai abandonn&#233;. J'appliquerai tout mon pouvoir &#224; vous prot&#233;ger contre vos ennemis qui ont organis&#233; une cabale pour vous perdre....Je veux que vous continuiez &#224; me servir.... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet instant, Richelieu est assur&#233; qu'il a emport&#233; la partie. N&#233;anmoins, bien loin d'en tirer toute la satisfaction qu'il pourrait, il verse d'abondantes larmes et demande &#224; son ma&#238;tre de le laisser partir en exil. Puisqu'il a perdu la confiance de celle &#224; qui il doit toute sa carri&#232;re, il ne veut plus conduire les affaires de l'Etat. Le propos est particuli&#232;rement habile car il t&#233;moigne de son d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le pouvoir et ses fastes. Il confronte aussi Louis XIII &#224; une &#233;ventualit&#233; dangereuse : si Richelieu se retirait, qui pourrait bien le remplacer ? Le souverain n'a en v&#233;rit&#233; pas d'autre solution. Le ministre est d&#233;cidemment l'homme de la situation. La France ne saurait se passer de lui. Louis XIII lui intime bien &#233;videmment l'ordre de demeurer &#224; son service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, Richelieu et son ma&#238;tre paraissent &#224; Paris, &#224; bord du m&#234;me carosse. Une mani&#232;re magistrale de proclamer aux ennemis du ministre que le monarque lui conserve sa confiance enti&#232;re. Comme souvent en de telles circonstances, l'affaire s'ach&#232;ve sur une s&#233;rie de disgr&#226;ces. Quelques personnalit&#233;s impliqu&#233;es aupr&#232;s de la Reine- M&#232;re quittent le conseil. D'autres sont emprisonn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie ne se r&#233;soud pas &#224; accepter le verdict de son fils. Les paroles conciliantes de Richelieu ne l'appaisent pas. Elle accepte &#224; peine de recevoir les &#233;missaires qu'il lui fait parvenir. Au roi qui l'encourage &#224; d'autres sentiments pour le ministre, elle r&#233;pond &#171; qu'elle pr&#233;f&#233;rerait mourir plut&#244;t que de se trouver en sa pr&#233;sence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun argument ne peut finalement la raisonner : ni les supplications de Richelieu (qui prend tout le soin n&#233;cessaire &#224; afficher la profonde douleur que lui cause les attitudes de la vieille italienne), ni les reproches du roi. C'est l&#224; tout le temp&#233;ramment de Marie : obstin&#233;e et but&#233;e jusque dans la mort (Elle ne pardonnera jamais au cardinal son succ&#232;s). Le pape est peut &#234;tre celui qui, de tous, a le mieux saisi les complexit&#233;s du personnage : &#171; Elle a une t&#234;te telle qu'un marteau romprait plut&#244;t le fer ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1630-1643 : GUERRES, COMPLOTS ET REVOLTES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1630 marque un nouveau tournant du r&#232;gne de Louis XIII. Marie de M&#233;dicis, finalement vaincue, (La vieille femme devait mourir en 1642 &#224; Cologne o&#249; elle avait choisi de s'exiler), le ministre poursuit les &#233;tapes essentielles de son programme politique. Sur le plan ext&#233;rieur, conjurer le p&#233;ril Habsbourg et prot&#233;ger les fronti&#232;res. Sur le plan int&#233;rieur, contr&#244;ler l'indiscipline des Grands et imposer l'ordre monarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle conspiration (survenue en 1632) rappelle n&#233;anmoins combien le souvenir du malheureux comte de Chalais hante les m&#233;moires. L'affaire est d'autant plus grave pour le pouvoir que le puissant duc de Montmorency se trouve en &#234;tre le principal instigateur. L'homme appartient &#224; une tr&#232;s ancienne famille de la Noblesse. Son rang lui a permis d'obtenir du roi une charge de gouverneur au Languedoc. Le personnage est ambitieux. Il r&#233;clame depuis quelques temps une &#233;p&#233;e de conn&#233;table. Il estime surtout que son intervention aupr&#232;s de Richelieu quand celui-ci subissait les attaques de ses adversaires les plus r&#233;solus, n'a pas &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e. D&#233;cu, un brin aigri, il prend quelques contacts avec les Etats du Languedoc et propose l'organisation d'un soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements du pass&#233; montre que la province et le pouvoir royal entretiennent des relations conflictuelles. Les r&#233;formes fiscales engag&#233;es &#224; Paris laissent craindre que le souverain ne finisse par retirer &#224; la r&#233;gion ses privil&#232;ges traditionnels et envoie sur place son propre personnel administratif. (L' Assembl&#233;e du Languedoc n&#233;gocie les sommes &#224; verser au titre de l'imp&#244;t). Quelques ann&#233;es auparavant, la question avait provoqu&#233; des troubles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Montmorency sait tout cela. Il dispose dans le Midi de puissants soutiens. Sa client&#232;le regroupe aupr&#232;s de lui les principaux lignages de la province. Aussi, lorsqu'il publie sa proclamation de r&#233;volte, beaucoup de gentilshommes le suivent volontiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rumeurs du complot parviennent aux oreilles de Gaston d'Orl&#233;ans. L'occasion lui para&#238;t trop belle de prendre la t&#234;te d'une nouvelle intrigue. Il s'entend avec Montmorency et le rejoint, suivi de mercenaires &#224; sa solde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les forces royales rallient le Midi. Un engagement militaire se produit &#224; Castelnaudary. Les r&#233;volt&#233;s ont le dessous et rompent le contact. Tandis que l'on se saisit du gouverneur, Gaston d'Orl&#233;ans s'&#233;chappe et gagne l'&#233;tranger. Le Parlement de Toulouse (qui n'a pas voulu se ranger aux c&#244;t&#233;s des conjur&#233;s) instruit le proc&#232;s de Montmorency. Le prince y t&#233;moigne d'une remarquable dignit&#233;. Mais il est condamn&#233; &#224; mort pour trahison et ex&#233;cut&#233; &#224; Toulouse (30 Octobre 1632). Le supplice provoque dans la r&#233;gion un vif &#233;moi et des t&#233;moins de la sc&#232;ne r&#233;v&#232;lent les larmes que versent les juges au moment de prononcer le verdict. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;lans de compassion ne fl&#233;chissent pourtant pas la d&#233;termination de Louis XIII. Sans doute le souverain et son ministre voient-ils dans la s&#233;v&#233;rit&#233; du ch&#226;timent un exemple d'autorit&#233; &#233;loquant et le moyen d'en finir avec un lignage nobiliaire d&#233;cidemment remuant (Les Montmorency n'avaient manifest&#233; jusqu'&#224; l&#224; qu'une ob&#233;issance &#224; la Couronne bien ti&#232;de. Le malheureux gouverneur pouvait &#234;tre le propre filleul de Henri IV et le compagnon de jeu du roi, peu importait. Il fallait surtout contr&#244;ler l'indisipline des Grands et poursuivre la politique monarchique). &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, conscient que l'&#233;chauffement des esprits risquerait de provoquer d'autres mouvement de col&#232;re, Louis XIII confirme aux Etats du Languedoc leurs privil&#232;ges fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;tablissement de l'ordre int&#233;rieur pr&#233;c&#232;de de quelques ann&#233;es seulement la rupture franco-espagnole (1635). Une rupture officielle. Depuis l'affaire de Mantoue et le si&#232;ge de Casale, les relations entre Paris et Madrid se sont compliqu&#233;es. Les Habsbourgs, engag&#233;s dans la Guerre de Trente Ans aupr&#232;s des puissances catholiques, acceptent mal les n&#233;go&#231;iations que les Bourbons poursuivent avec les Su&#233;dois (Port&#233;s &#224; la t&#234;te du camps protestant) et les Hollandais (qui n'en finissent pas d'affronter les successeurs de Philippe II aux Pays- Bas). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;occup&#233; du danger huguenot et des agitations constantes de la Noblesse, Louis XIII s'est bien gard&#233; d'intervenir dans le conflit europ&#233;en. N&#233;anmoins la victoire des Imp&#233;riaux &#224; Nordlingen (emport&#233;e sur la Su&#232;de) bouscule les strat&#233;gies. L'&#233;v&#232;nement retentit comme une tr&#232;s mauvaise nouvelle. Il offre surtout au voisin pyr&#233;n&#233;en l'occasion de s'imposer aux fronti&#232;res du pays. La signature d'un trait&#233; avec les Provinces-Unies et la Su&#232;de pr&#233;cipite les pr&#233;paratifs de campagne. Un coup de force de Philippe IV sur l'Electorat de Tr&#234;ve (Dont les Bourbons garantissent la protection) fournit le pr&#233;texte &#224; une d&#233;claration de guerre (19 Mai 1635).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une offensive fran&#231;aise lanc&#233;e sur les Pays- Bas ouvrent les hostilit&#233;s. Quelques succ&#232;s initiaux laissent entrevoir une victoire rapide. Mais la conclusion d'une paix intervenue entre l'Empereur et l'Electeur de Saxe retourne la situation : de nombreux princes et villes allemands rejoignent le camps des Habsbourgs et d&#233;laissent les Su&#233;dois. Louis XIII ne dispose plus de l'autre c&#244;t&#233; du Rhin que de quelques soutiens ind&#233;fectibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;sultats glorieux de la diplomatie imp&#233;riale arrivent pour l'Espagne au bon moment. Ils lib&#232;rent Philippe IV de ses adversaires et lui laissent les mains libres pour organiser l'invasion de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1636, les forces de Madrid s'avancent dans les plaines du Nord. La perte de Corbie, dernier rempart avant Paris, jette la panique dans la capitale. La situation est suffisamment grave pour d&#233;cider Louis XIII et Richelieu &#224; gagner Compi&#232;gne d'o&#249; ils prennent personnellement la direction des op&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le moral d&#233;clinant de l'envahisseur (Mal ravitaill&#233;s, les soldats espagnols d&#233;sertent les rangs) et les succ&#232;s emport&#233;s par les Hollandais plus au Nord sur les arri&#232;res de l'adversaire permettent de reprendre quelques places fortes (Dont Corbie).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les marches militaires successives &#224; travers les provinces de la Champagne, de la Picardie et de la Bourgogne placent les populations au coeur du conflit. Comme souvent en cette &#233;poque o&#249; les troupes trouvent &#224; se payer sur les campagnes et les villes occup&#233;es, le monde paysan subit les ravages de mercenaires d&#233;soeuvr&#233;s, d&#233;racin&#233;s et mal encadr&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, une victoire su&#233;doise contraint les Imp&#233;riaux &#224; se replier au d&#233;l&#224; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers mois de la guerre s'ach&#232;vent donc sur un statut- quo. Si l'Espagne n'a pu exploiter &#224; son profit les r&#233;ussites obtenues sous les remparts de Corbie, la France n'a pas davantage su conclure le retrait ennemi en Allemagne. (Entre les deux royaumes, le conflit devait se prolonger vingt-quatre ann&#233;es et aboutir &#224; la paix des Pyr&#233;n&#233;es en 1659). &lt;br class='autobr' /&gt;
Menac&#233; sur ses fronti&#232;res septentrionales, Louis XIII pense pouvoir profiter des affaires de Catalogne et du Portugal en 1640 et porter le danger au plus au Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne est une province essentielle de la p&#233;ninsule ib&#233;rique. Ses privil&#232;ges fiscaux traditionnels (que les souverains Habsbourgs ont jusque l&#224; respect&#233;) lui permettent de n&#233;gocier avec la Couronne les sommes vers&#233;es au titre de l'imp&#244;t. Le financement des campagnes militaires aux Pays- Bas et en Allemagne conduit Philippe IV et son ministre Olivar&#232;s &#224; exiger des contributions extraordinaires. Jamais les institutions catalanes n'ont &#233;t&#233; aussi ouvertement pi&#233;tin&#233;es. L'oligarchie r&#233;gionale se proclame en &#233;tat de r&#233;bellion et tourne ses regards vers le voisin fran&#231;ais. Quand on lui propose le comt&#233; de Barcelone et la souverainet&#233; sur la province, Louis XIII intervient. Une s&#233;rie de succ&#232;s militaires (Prise de Perpignann) permet aux troupes du roi de franchir les Pyr&#233;n&#233;es et d'entrer &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1640 est d&#233;cidemment une tr&#232;s mauvaise ann&#233;e pour la monarchie espagnole. A l'autre bout du territoire, le Portugal secoue lui-aussi la domination pesante des Habsbourgs. Ce petit royaume apparu sur les marges occidentales de la p&#233;ninsule ib&#233;rique aux temps de la Reconquista appartient depuis 1580 &#224; l'immense empire espagnol (La disparition de S&#233;bastien 1er au cours d'une exp&#233;dition militaire contre les Maures provoque une grave crise dynastique (1578). Philippe II juge l'occasion trop belle de s'imposer sur le Tr&#244;ne de Lisbonne. Il garantit n&#233;anmoins au pays le maintien de ses coutumes institutionnelles. Cette prudence remarquable permet aux successeurs du souverain de conserver la Couronne soixante ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du XVII&#176; si&#232;cle, les rapports entre Portugais et Habsbourgs &#233;voluent puis tournent &#224; l'aigre. Les exigences fiscales de la Monarchie finissent par provoquer de graves tensions. La famille des Bragance se porte &#224; la t&#234;te des oppositions de la Noblesse. Aux d&#233;ceptions d'ordre &#233;conomique (Le commerce lusitanien profite assez peu des avantages que les possessions coloniales offrent &#224; la Castille ou l'Aragon et subit au Br&#233;sil les effets de la piraterie hollandaise), politiques (Olivar&#232;s pr&#233;pare l'int&#233;gration des Cort&#232;s du Portugal &#224; ceux de Castille) s'ajoute le sentiment d'une humiliation permanante (Les Maranes, par exemple, si mal jug&#233;s de Madrid) et la certitude que Philippe IV engage le pays dans des affaires qui ne sont pas les siennes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un soul&#232;vement populaire confie les r&#234;nes du pouvoir &#224; Jean de Bragance. Le nouveau roi recherche aussit&#244;t des appuis. Paris offre des garanties solides et son soutien militaire. Quelques troupes d&#233;p&#233;ch&#233;es sur place s'engagent aux c&#244;t&#233;s des Portugais. Le conflit s'&#233;ternise pourtant sur pr&#232;s de trois d&#233;cennies. En 1668, bien apr&#232;s la disparition de Louis XIII et de Richelieu, Charles II renoncera finalement &#224; la Couronne de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les difficult&#233;s int&#233;rieures de l'Espagne profitent &#224; la France, d'autres affaires accaparent pourtant l'&#233;nergie du Bourbon et de son ministre. En 1639, une immense r&#233;volte paysanne, surgie en Normandie, bouscule l'autorit&#233; monarchique. A l'origine du mouvement, un motif fiscal. Une rumeur, partie d'on ne sait trop o&#249; (Comment souvent d'ailleurs en de tel cas), annonce l'&#233;tablissement sur la province de la gabelle. Cette taxe du sel concerne l'essentiel du royaume depuis fort longtemps mais la r&#233;gion &#233;tait parvenue jusque l&#224; &#224; conserver le privil&#232;ge de ne pas la payer. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire n'est pas in&#233;dite. Elle intervient au contraire dans un contexte tr&#232;s troubl&#233;. Les n&#233;cessit&#233;s de la guerre alourdissent les imp&#244;ts et conduisent le monde des campagnes au bord de la r&#233;bellion. Quelques ann&#233;es plus t&#244;t (1635), des bandes organis&#233;es de paysans, les Croquants, ont une premi&#232;re fois sem&#233; l'agitation dans la vall&#233;e de la Garonne, au P&#233;rigord et en Angoumois. La r&#233;bellion s'est propag&#233; sur des dizaines de paroisses, souvent encadr&#233;e par quelques gentilshommes de la noblesse locale. Des succ&#232;s initiaux ont offert aux insurg&#233;s le contr&#244;le de bourgs ruraux. Mais l'intervention des forces royales venues du Pays- Basque a &#233;touff&#233; le soul&#232;vement et ramen&#233; le calme. Les Croquants ont surtout exprim&#233; leurs lassitudes. Quelles lassitudes ? Celles de taxes et d'imp&#244;ts trop lourds &#224; supporter. Celles du percepteur d&#233;test&#233; venu prendre ce que l'on poss&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens r&#233;fl&#233;chissent toujours aux &#233;meutes rurales du XVII&#176; si&#232;cle. Ils essayent d'en d&#233;terminer les causes profondes, les modalit&#233;s, les processus. Les travaux accomplis sur le sujet pr&#233;cisent que le ph&#233;nom&#232;ne concerne pour l'essentiel le r&#232;gne de Louis XIII. Il perd de son intensit&#233; &#224; l'&#233;poque du Roi- Soleil pour devenir beaucoup plus rare au XVIII&#176; si&#232;cle. Les comparaisons &#233;tablies d'un soul&#232;vement &#224; l'autre admettent certes qu'il existe des sp&#233;cificit&#233;s propres &#224; chacune des r&#233;gions envisag&#233;es. Mais les sp&#233;cialistes de la question soulignent aussi que le d&#233;clenchement des r&#233;voltes paysannes r&#233;pond &#224; un sch&#233;ma pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements de col&#232;re se produisent en g&#233;n&#233;ral dans les paroisses rurales de premi&#232;re importance, sur la place du march&#233;. Le fait ne proc&#232;de pas du hasrd. Dans les campagnes, le march&#233; est un lieu essentiel de la sociabilit&#233; villageoise. On s'y rencontre pour vendre et acheter. Mais on vient aussi y &#233;changer les derni&#232;res nouvelles, y conclure des contrats. En p&#233;riode de tension (Famines, &#233;pid&#233;mies, guerres....), les esprits s'y &#233;chauffent plus facilement qu'ailleurs. L'annonce d'une d&#233;cision royale mal comprise, mal v&#233;rifi&#233;e ou souvent imagin&#233;e produit g&#233;n&#233;ralement les premiers d&#233;bordements. Les motifs d'agitation sont pour la plupart d'ordre fiscal : l'augmentation de la taille, l'&#233;tablissement d'une taxe particuli&#232;re, l'arriv&#233;e de collecteurs....&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux premi&#232;res &#233;motions succ&#232;de la prise des armes. Les hommes s'organisent et trouvent de quoi se battre. On s'en prend volontiers aux agents du fisc. Les agressions peuvent s'achever sur le meurtre des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles de l'insurection se r&#233;pandent assez vite d'un bourg &#224; un autre. Les &#233;meutiers parcourent les chemins de campagne et cherchent le soutien de la noblesse locale. Un gentilhomme sans grande fortune accepte parfois de se mettre &#224; la t&#234;te du mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les motivations du soul&#232;vement sont toujours les m&#234;mes : le roi n'est jamais directement vis&#233;. On critique bien davantage ses conseillers que l'on juge corrompus ou attentifs de leurs seuls int&#233;r&#234;ts. Le souverain est per&#231;u comme celui que l'on trompe ou que l'on informe mal. Les r&#233;voltes prennent parfois le caract&#232;re de v&#233;ritables fronts d'opposition parce qu'elles impliquent une province enti&#232;re et re&#231;oivent le soutien du monde urbain. La soci&#233;t&#233; parlementaire profite de l'occasion pour exprimer ses propres revendications et rappeler ses privil&#232;ges. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, la bourgeoisie s'inqui&#232;te vite des exc&#232;s sanglants de la r&#233;bellion (Les &#233;lites municipales disposent souvent de biens fonciers aux p&#233;riph&#233;ries imm&#233;diates des villes) et encourage le retour au calme. Abandonn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, les bandes paysannes affrontent les troupes royales sans beaucoup d'illusion. La disproportion des forces en pr&#233;sence est telle que les accrochages militaires se terminent par la d&#233;fa&#238;te des combattants ruraux. Vient l'heure de la r&#233;pression. Elle est parfois tr&#232;s dure (M&#234;me si le pouvoir prononce aussi une amnestie g&#233;n&#233;rale) et s'ach&#232;ve par l'ex&#233;cution des insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement des Nus- Pieds de Normandie en Juillet 1639 suit ce m&#234;me processus. La certitude que le roi s'appr&#234;te &#224; &#233;tablir sur la province le paiment de la gabelle comme il existe ailleurs dans le royaume produit &#224; Avranches une premi&#232;re flamb&#233;e de col&#232;re. Quelques semaines suffisent &#224; propager les troubles jusqu'&#224; Rouen o&#249; l'on massacre des percepteurs. Les insurg&#233;s se choisissent un certain Gorin comme meneur. Ils appellent les autres provinces du royaume &#224; les suivre et projettent m&#234;me de marcher sur Paris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louis XIII et Richelieu d&#233;p&#234;chent sur place les mercenaires &#233;trangers du colonel Gassion. Les rebelles sont finalement d&#233;fa&#238;ts devant Avranches. La r&#233;pression marque de son implacable s&#233;v&#233;rit&#233; les m&#233;moires. Tandis que le chancelier S&#233;guier s'installe &#224; Rouen avec des pouvoirs exceptionnels, les tribunaux envoient &#224; la potence des dizaines de personnes. Plusieurs villes de Normandie, un peu trop complaisantes &#224; l'endroit des &#233;meutiers, perdent une part de leurs privil&#232;ges (Caen, Vire, Avranche....). Le Parlement de Rouen, qui a du reste montr&#233; bien peu d'empressement &#224; &#233;touffer le mouvement, est suspendu une ann&#233;e enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le ch&#226;timent est exemplaire. Il r&#233;v&#232;le surtout la volont&#233; royale de mater d&#233;finitivement les agitations du monde rural et d'imposer une fois encore sur le royaume l'ordre monarchique. La brutalit&#233; des peines prononc&#233;es en Normandie ram&#232;ne certes le calme dans les campagnes pour plusieurs ann&#233;es. Mais d'autres troubles devaient se produire sous le r&#232;gne de Louis XIV, jusqu'aux derni&#232;res ann&#233;es du XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV justement. Le futur ma&#238;tre de Versailles voit le jour quelques mois avant la r&#233;volte des Nus- Pieds, le 5 Septembre 1638. Pour Louis XIII, il &#233;tait temps. Le mariage c&#233;l&#233;br&#233; &#224; Bordeaux en 1615 n'avait encore donn&#233; &#224; la France aucun h&#233;ritier. La Cour s'inqui&#233;tait de ne point voir arriver celui qui, un jour, devait conduire les destin&#233;es du pays. Sans doute de son exil &#224; l'&#233;tranger, Gaston d'Orl&#233;ans se r&#233;jouissait-il de la sant&#233;e d&#233;clinante de son fr&#232;re et des querelles fr&#233;quentes qui l'&#233;loignaient de son &#233;pouse. Autant de signes encourageants pouvant lui laisser penser qu'un jour il succederait finalement au roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les historiens se sont longtemps interrog&#233;s quant aux rapports conflictuels que Louis XIII et Anne d'Autriche ont entretenu jusqu'&#224; la fin du r&#232;gne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est peu douteux que le roi n'aim&#226;t jamais v&#233;ritablement celle qu'on offr&#238;t &#224; sa main. Peut &#234;tre &#233;prouve-t-il pour la petite princesse espagnole quelques &#233;lan de tendresse les premiers temps de l'union mais l'incompr&#233;hension s'installe du reste assez vite dans le m&#233;nage. Anne d'Autriche ne manque certes pas de charme. Ses portraits renvoient aujourd'hui encore le visage agr&#233;able d'une belle jeune femme, douce et charmante. Mais la fille de Philippe III conserve pour son pays un attachement secret. A ce titre d'ailleurs, Richelieu lui r&#233;serve une m&#233;fiance suspecte et on la soup&#231;onne d'entretenir avec son fr&#232;re une correspondance compromettante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attitudes de la souveraine ne sont pas toujours tr&#232;s claires. Elle doit se justifier de ses comportements au lendemain de l'affaire Chalais (Une sc&#232;ne particuli&#232;rement humilante o&#249; la malheureuse affronte les regards r&#233;probateurs de son mari et de Richelieu). Les attirances qu'elle a pour le beau Buckingham lorsque celui-ci vient &#224; Paris r&#233;clamer au nom de son ma&#238;tre (Charles Ier) la main de Henriette de France, la desservent. Une entrevue secr&#232;te alimente les rumeurs mais nul n'aura jamais de preuve quant &#224; l'existence de relations intimes (Alexandre Dumas fera bien plus tard de l'&#233;v&#232;nement un roman c&#233;l&#232;bre). Il n'en demeure pas moins que Louis XIII con&#231;oit de la situation une vive col&#232;re et le fringant Britannique est promptement raccompagn&#233; jusqu'en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute les manies de Richelieu compliquent-elles bien davantage les rapports du couple royal qu'elles ne les appaisent. Fille d'Espagne, h&#233;riti&#232;re d'une dynastie dont les Bourbon redoutent tout sp&#233;cialement les ambitions europ&#233;ennes, Anne d'Autriche ne pourra jamais &#233;chapper aux espions du cardinal (Ce qui rend d'ailleurs tout &#224; fait impossible l'hypoth&#232;se d'une passion adult&#233;rine dont Louis XIV aurait &#233;t&#233; le fruit. La rumeur a fait long feu mais elle ne repose sur aucun &#233;l&#233;ment concret). La d&#233;claration de guerre que Louis XIII notifie &#224; Madrid en 1635 p&#232;se tr&#232;s lourd pour la reine. On scrute le moindre de ses gestes, on interpr&#233;te la plus br&#234;ve de ses d&#233;clarations, on d&#233;pouille son courrier. Il n'est pas improbable qu'elle ait pu transmettre &#224; Philippe IV quelques informations d'importance secondaire. Mais, soigneusement tenue &#224; l'&#233;cart du Conseil (Ce dont Richelieu s'assure tout particuli&#232;rement) elle ne peut apporter gu&#232;re plus aux Espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la naissance d'un h&#233;ritier parait ne jamais devoir se r&#233;aliser. A tel point que le roi lui-m&#234;me pense dispara&#238;tre sans post&#233;rit&#233;. La naissance de Louis XIV au ch&#226;teau de Saint- Germaine-En-laye retentit pour le pouvoir comme une d&#233;livrance inesp&#233;r&#233;e. L'arriv&#233;e d'un deuxi&#232;me fils (Philippe d'Orl&#233;ans en 1640) conforte plus tard le souverain dans la certitude que la branche a&#238;n&#233;e des Bourbons est effectivement sauv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les grossesses successives de la reine am&#233;liorent quelques temps les relations entre les deux &#233;poux. L'&#233;claircie est pourtant passag&#232;re et les t&#233;moignages de l'&#233;poque rapportent aujourd'hui les violentes disputes du couple. (Un jour que le petit Dauphin- il n'a sans doute pas deux ans- d&#233;couvre son p&#232;re au saut du lit coiff&#233; de son bonnet pour la nuit, il prend peur et se met &#224; crier. Louis XIII en con&#231;oit une vive col&#232;re et accuse la reine de monter le prince contre lui. Il menace de lui retirer la gerde de ses gar&#231;ons. Une menace qu'Anne d'Autriche redoutera d'ailleurs jusqu'&#224; la mort de Richelieu et de son mari).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la personnalit&#233; complexe du monarque explique-t-elle aux historiens la nature orageuse des rapports qu'il entretient avec la fille de Philippe III. Une complexit&#233; que les effets chroniques de la maladie n'arrangent certes pas. Une complexit&#233; que les derni&#232;res d&#233;ceptions sentimentales doubl&#233;es d'un ultime complot politique aggravent bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine de la derni&#232;re grande affaire du r&#232;gne, un personnage extravagant, brouillon, fantasque, le marquis de Cinq- Mars. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui est-il ? D'abord un jeune homme dont le physique sans imperfection a profondemment marqu&#233; les esprits de l'&#233;poque. Henri Coiffier de Ruz&#233; arrive de la petite noblesse. (Son p&#232;re est le marquis d'Effiat, l'un des nombreux amis de Richelieu). Le cardinal le prend sous son aile alors qu'il n'est encore qu'un jeune enfant. A dix neuf ans, il rencontre Louis XIII. L'entrevue ne proc&#232;de pas du hasard. Le pr&#233;lat en a pr&#233;vu les circonstances. La liaison que le roi entretient depuis quelques temps avec Madame de Hautefort (Une liaison purement platonique) ne laisse pas Richelieu sans inqui&#233;tude. Le ministre pense pouvoir contenir l'influence de la belle courtisane par les charmes de son prot&#233;g&#233;. Le souvenir jadis du duc de Luynes laisse esp&#233;rer pour lui un titre de favori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; de Cinq- Mars op&#232;re rapidement. Sa figure bien fa&#238;te et ses attitudes courtoises &#233;clairent le morne quotidien de Louis XIII (Il ne reste plus au souverain que quatre ann&#233;es d'existence). Les historiens ont longtemps cherch&#233; &#224; pr&#233;ciser la nature des rapports entre les deux hommes. Y avait-il davantage qu'un amour platonique ? (Beaucoup de lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites quant aux tendances homosexuelles du Bourbon). Il est difficile d'en savoir plus. Quoi qu'il en soit, l' homme us&#233; (Il n'a pas encore d&#233;pass&#233; la quarantaine mais les souffrances de la maladie lui rendent l'allure d'un vieillard) s'attache profondemment &#224; ce compagnon arriv&#233; au bon moment. Comme souvent en de telles circonstances, titres et pensions pleuvent : Henri re&#231;oit la charge de Grand Ma&#238;tre de la Garde- Robe puis devient Grand Ecuyer de France. Il obtient aussi le comt&#233; de Dammartin. Ses amis l'appellent Monsieur Le Grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ascension identique &#224; celle-ci aurait de quoi tourner la t&#234;te du plus raisonnable des courtisans. Il en fallait bien moins &#224; un jeune gar&#231;on fougueux, frivole et ambitieux. Cinq- Mars se laisse prendre dans un tourbillon de luxe et de volupt&#233;s. Qui pourrait en v&#233;rit&#233; le lui repprocher ? D'autres ont go&#251;t&#233; les plaisirs du pouvoir. L'ennui est que l'&#233;tourdi commet souvent d' incroyables maladresses et oublie un peu vite ses devoirs de sujet. Il a trouv&#233; en Louis XIII un homme fragile et d&#233;vou&#233;. Cet homme est pourtant le ma&#238;tre du pays et une parole mal consid&#233;r&#233;e pourrait le briser. Cela, visiblement, Cinq-Mars ne l' entend pas. La compagnie de celui &#224; qui il doit pourtant ses r&#233;ussites l'encombre. Les disputes s'accumulent, suivies de r&#233;conciliations passag&#232;res. Que l'on relise les lettres de Louis XIII &#224; Richelieu et l'on comprendra le d&#233;sespoir d'un morribond en fin de vie, parfois rabour&#233; par ce favori ingrat qu'il aime malgr&#233; tout. Un personnage malheureux qui, bien que roi de France, s'abaisse jusqu'&#224; obtenir du bel adolescent un ti&#232;de pardon. Tout cela, on le devine surprend. Cinq- Mars n'en retire pourtant aucune le&#231;on de sagesse et de modestie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gar&#231;on poursuit en fait la r&#233;alisation de ce projet qui le tient tout entier. Un projet au coeur duquel Marie de Gonzague, princesse gracieuse et fortun&#233;e, occupe une place essentielle. Il voudrait l'&#233;pouser. Mais priv&#233; de duch&#233; et de pairie, il ne peut arriver &#224; rien. Ses origines modestes le desservent. Il croit pouvoir obtenir aupr&#232;s de Richelieu les titres qu'il convoite. Quand Henri lui pr&#233;sente sa requ&#234;te, le cardinal laisse aller sa col&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous devez vous souvenir que vous &#234;tes un simple gentilhomme &#233;lev&#233; par la faveur et que le marquis de Sourdis a fait un grand honneur &#224; votre fr&#232;re Martin un rand honneur en lui donnant sa famille. Je ne sais comment vous osez pr&#233;tendre &#224; une telle alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq- Mars r&#233;plique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma m&#232;re approuve ce mariage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi le pr&#233;lat r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous d&#238;tes vrai, votre m&#232;re est folle. Et si la princesse Marie pense &#224; ce mariage, elle est encore plus folle que votre m&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi apprend un peu plus tard l'incident. Il s'en va trouver son favori et tente de le faire revenir &#224; davantage de raison. Il ne pouvait plus mal tomber. Henri s'emporte. La v&#233;h&#233;mence des propos qu'&#233;changent les deux hommes a de quoi &#233;tonner, m&#234;me trois si&#232;cles et demi apr&#232;s, surtout si l'on songe que l'un d'eux est le ma&#238;tre du royaume. Quand Louis XIII en vient &#224; reprocher au marquis son inclinaison naturelle &#224; la paresse, il r&#233;torque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur ce point je ne puis changer et je ne ferai pas mieux qu'auparavant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle assurance, un tel aplomb auraient sans doute d&#233;contenanc&#233; le plus autoritaire des monarques. Le souverain reste un moment silencieux. Jamais il n'a vu un serviteur lui parler avec tant d'effronterie. Pouss&#233; aux derni&#232;res limites de sa patience, il &#233;voque l'&#233;ventualit&#233; d'une disgr&#226;ce. Cinq- Mars jette dans une attitude de d&#233;fi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; j'y suis tout pr&#234;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si je n'&#233;tais plus sage que vous, je sais ce que j'aurais &#224; vous r&#233;pondre l&#224;- dessus. Ayant envers moi des obligations, vous ne devriez pas me parler de la sorte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup le ton monte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai que faire de votre bien ! Je suis tout pr&#234;t &#224; vous le rendre, je m'en passerai fort bien ! D'ailleurs je serai aussi content d'&#234;tre Cinq- Mars que Monsieur Le Grand. Et quant &#224; changer de mani&#232;re de vivre, je ne puis vivre autrement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Etant de pareille humeur vous me feriez plaisir de ne point me voir, s'&#233;crie le roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je le ferai volontiers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans davantage attendre que Louis XIII prenne cong&#233; de lui, Henri quitte la pi&#232;ce. La querelle se poursuit un moment encore dans la cour du ch&#226;teau. Puis les deux compagnons se s&#233;parent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une timide r&#233;conciliation intervient quelques jours plus tard mais le caract&#232;re ombrageux du marquis finit par lasser le souverain. Au palais, rien de ceci ne passe inapper&#231;u et quelques personnages comprennent vite le parti qu'ils peuvent obtenir de Cinq- Mars. Le jeune homme r&#233;serve pour Richelieu une rancoeur maintenant d&#233;finitive. Ne serait-il pas la pi&#232;ce id&#233;ale d'un complot contre le cardinal ? Beaucoup le croient volontiers et cherchent &#224; le rencontrer. Il n'en faut pas davantage pour flatter l'orgueil d&#233;mesur&#233; du parvenu. Les courtoisies, les amabilit&#233;s qu'on lui prodiguent le touchent &#224; tel point qu'il se pense bient&#244;t tout &#224; fait indispensable. &lt;br class='autobr' /&gt;
De ce sentiment exacerb&#233; devait na&#238;tre la derni&#232;re conspiration du r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, au coeur de cette affaire rocambolesque, cousue de fil blanc, Louis XIII t&#233;moigne d'une attitude tr&#232;s peu claire. A-t-il encourag&#233; son favori sur la voie qui devait le conduire jusqu'&#224; l'&#233;chaffaud du boureau ? A-t-il un moment s&#233;rieusement song&#233; &#224; la disparition de Richelieu ? Il est tr&#232;s difficile de le dire mais les propos qu'il tenait r&#233;guli&#232;rement pouvaient le laisser croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour qu'il se plaint de son ministre et du vide que celui-ci a fait tout autour de lui (&#171; Il a perdu tous mes amis. Au reste il me tient dans une contrainte insupportable. Je voudrais qu'il y ait eu contre lui un parti en France comme il y en avait autrefois contre le Mar&#233;chal d'Ancre &#187;), Cinq- Mars s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sire, vous &#234;tes le ma&#238;tre ! Que ne renvoyez- vous pas le cardinal !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII appaise aussit&#244;t ses ardeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout beau ! N'allez pas si vite ! Le cardinal est le plus grand serviteur que la France ait eu. Je ne saurais me passer de lui. Le jour o&#249; il se d&#233;clarerait contre vous, je ne pourrais m&#234;me pas vous conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici sans doute r&#233;side toute l'ambiguit&#233; des attitudes royales. Le souverain sait fort bien ce qu'il doit &#224; son encombrant serviteur. Il ne s'interdit pourtant pas de se r&#233;pandre aupr&#232;s de ses familiers en plaintes am&#232;res et douloureuses. Un esprit raisonnable se serait bien gard&#233;, malgr&#233; tout, de t&#233;moigner trop de d&#233;pit &#224; l'endroit du cardinal. Cinq- Mars n'est pas de ceux-l&#224;. Il oublie toute mod&#233;ration et se laisse emporter par l'intr&#233;piidit&#233; de son caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour que Louis XIII confie au capitaine des mousquetaires, Monsieur de Tr&#233;ville, ses malheurs, le marquis s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; chassez-le donc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi se contente d'un silence puis &#233;voque bri&#232;vement les difficult&#233;s que poseraient une telle disgr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, il faut l'assassiner, s'enflamme Henri. Quand il viendra dans l'appartement du roi puisque ses gardes ne le suivent pas jusque ici !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je serais alors excommuni&#233; ! Monsieur le Cardinal est &#233;ccl&#233;siastique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adolescent ne se laisse pas d&#233;monter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Envoyez &#224; l'Espagne un courrier, sire. Et vous verrez bien que l&#224; bas tout autant qu'ici, on souhaite la paix et que Monsieur de Richelieu demeure le seul obstacle &#224; l'amiti&#233; que Madrid nous porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faudrait une personne de confiance pour porter une lettre de cette nature jusqu'en Espagne, remarque le roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon serviteur, Fran&#231;ois de Thou se porte garant de l'affaire. Un seul ordre de Votre Majest&#233;, et il prendra la route des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, Louis XIII confie &#224; son favori et Fran&#231;ois de Thou deux courriers leur donnant pouvoir d'engager en son nom les n&#233;go&#231;iations avec Madrid et Rome. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire est particuli&#232;rement p&#233;rilleuse surtout si l'on songe &#224; l'efficacit&#233; des espions de Richelieu. Peu importe. Cinq-Mars est tellement certain de tenir sa revanche qu'il en oublie toute prudence. Le roi ne lui a jamais confi&#233; que l'ex&#233;cution d'une mission diplomatique, pr&#233;alable ordinaire &#224; des n&#233;go&#231;iations de paix. Il en conclut tenir l'autorisation de conduire une redoutable conspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certitude d'autant plus in&#233;branlable qu'un personnage s'est joint &#224; l'affaire : Gaston d'Orl&#233;ans. Le prince n'a rien perdu de son temp&#233;rament ombrageux et attend depuis longtemps l'occasion de renouer avec ses vieux d&#233;mons. Les calculs de Cinq- Mars lui paraissent excellents. Il contacte le jeune ambitieux et propose les services de son fid&#232;le Fontrailles, bossu de naissance peut &#234;tre mais tr&#232;s habile et fort discret. Les deux hommes tombent d'accord. Il est convenu que Fontrailles passera en Espagne pour y rencontrer Olivar&#232;s (Le ministre de Philippe IV) et lui remettra en mains propres un document dans lequel les conjur&#233;s r&#233;v&#232;lent les &#233;tapes essentielles de leur strat&#233;gie : Gaston d'Orl&#233;ans ferait mouvement sur Paris &#224; l'instant m&#234;me o&#249; les Espagnols franchiraient le Rhin. On mettrait &#224; la disposition des troupes quelques places fortes de mani&#232;re &#224; pouvoir s'y replier en cas de revers. Les pages du manuscrit portent le nom des principaux int&#233;ress&#233;s. Celui de Cinq- Mars figure en bonne place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fontrailles passe les Pyr&#233;n&#233;es sans encombre et rencontre Olivar&#232;s. L'entrevue conforte les espoirs de la conspiration. Le favori se laisse convaincre et remet &#224; son interlocuteur une lettre de r&#233;ponse encourageante. Tout para&#238;t donc aller pour le mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; ce que des imprudents ne commettent quelques indiscr&#233;tions. Les conjur&#233;s ont-ils trop parl&#233; ? Certains se sont-ils laiss&#233;s aller &#224; de dangereuses confidences ? Nul ne pourrait v&#233;ritablement le dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les correspondances qu'elle entretient avec Cinq- Mars, Marie de Gonzague pr&#233;vient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vos projets sont connus de Paris aussi s&#251;rement que l'on sait que la Seine coule sous le Pont- Neuf ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques t&#233;moignages d'&#233;poque pr&#233;tendent m&#234;me que l'on s'&#233;change sous le manteau des copies du trait&#233; avec l'Espagne. Il n'en fallait certainement pas autant aux services de Richelieu pour d&#233;couvrir toute la gravit&#233; de l'affaire. Aujourd'hui encore, il est bien difficile de saisir les raisons pour lesquelles le complot f&#251;t si vite &#233;vent&#233;. Travail efficace des espions du cardinal ? Bavardages d'un complice maladroit ? On ne sait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Anne d'Autriche, tenue inform&#233;e de l'&#233;v&#232;nement depuis ses d&#233;buts mais tr&#232;s inqui&#232;te de la tournure que prenaient les choses, pourrait aussi avoir transmis les d&#233;tails du plan. Quoi qu'il en soit, les coupables s'&#233;parpillent rapidement quand la police proc&#232;de aux premi&#232;res arrestations. Fontrailles dispara&#238;t sans demander son reste. Un d&#233;guisement de Capucin lui permet de gagner Sedan et peu apr&#232;s l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaston d'Orl&#233;ans tremble. Son implication est telle qu'il ne peut raisonnablement esp&#233;rer &#233;chapper aux enqu&#234;tes. Quand on lui annonce l'inculpation de ses complices, il s'empresse de faire parvenir &#224; Richelieu une lettre bien &#233;coeurante lorsque l'on sait toutes ses manigances :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon cousin, le roi mon seigneur m'a fait l'honneur de m'&#233;crire quel a &#233;t&#233; enfin l'effet de la conduite de ce m&#233;connaissant Monsieur le Grand. C'est l'homme du monde le plus coupable de vous avoir d&#233;plu apr&#232;s tant d'obligations. Aussi est-ce pour vous mon cousin que je conserve mon estime et mon amiti&#233; toutes enti&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, Richelieu n'est pas dupe un instant. Poussant le raffinement de la vengeance jusqu'&#224; ses derni&#232;res limites, il transmet une copie du trait&#233; secret au prince. Gaston saisit qu'il est perdu. Les paroles du ministre ne l'encourage pas &#224; beaucoup d'optimisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Votre faute est si grande que je ne puis r&#233;pondre de rien ! Votre vie m&#234;me est menac&#233; car vous avez commis un attentat que la cl&#233;mence humaine ne peut absoudre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On propose n&#233;anmoins au cadet du roi un arrangement : des aveux sinc&#232;res pourraient le sauver et d&#233;tourner la col&#232;re de son fr&#232;re. Gaston ne fait aucune difficult&#233; &#224; se laisser convaincre et d&#233;voile tout ce qu'il sait. Ses propos chargent le malheureux Cinq- Mars et lui &#244;tent tout b&#233;n&#233;fice. Il en arrive &#224; reconna&#238;tre le trait&#233; confi&#233; &#224; Fontrailles et authentifie sur le manuscrit sa propre signature. Il est fils de France, ses confessions suffisent &#224; condamner le jeune marquis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci n'a d'ailleurs pas cherch&#233; &#224; fuir. Quand un valet vient l'informer que l'on se pr&#233;pare &#224; l'arr&#234;ter, il pr&#233;f&#232;re se rendormir. Aujourd'hui encore, on ne peut v&#233;ritablement pr&#233;ciser l'identit&#233; de celui qui envoya ce domestique surgi de nulle part. Songeant &#224; l'amiti&#233; qu'il avait jadis &#233;prouv&#233; pour son bouillonnant favori, le roi voul&#251;t-il le sauver in extr&#233;mis ? Peut &#234;tre. En tous les cas, Cinq- Mars laisse filer l'occasion. Le lendemain matin, le 16 Juin 1642, les mousquetaires viennent se saisir de lui. Il est enferm&#233; dans la citadelle de Montepellier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers interrogatoires n'apportent aucun &#233;l&#233;ment concluant. Quand ses juges le pressent de donner la v&#233;rit&#233;, l'adolescent se contente de r&#233;torquer qu'il pr&#233;f&#233;rerait mourir que de se condamner par sa propre bouche. Les r&#233;v&#233;lations de Gaston l'ont plac&#233; dans une position d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Rien ne peut plus le sauver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq- Mars et Fran&#231;ois Le Thou sont transf&#233;r&#233;s &#224; Tarascon puis men&#233;s ensuite jusqu'&#224; Lyon o&#249; doit se tenir leur proc&#232;s. Richelieu redoute &#224; ce point une &#233;vasion des accus&#233;s qu'il les accompagne lui-m&#234;me jusqu'au bout du voyage. &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'imagine sans peine l'immense d&#233;ception de Louis XIII lorsque le cardinal apporte, triomphant, les preuves accablante de la trahison. Le roi a en vain voulu croire que son favori &#233;tait innocent du crime dont on l'accusait. Les paroles de son fr&#232;re jointes aux copies du trait&#233; pass&#233; avec l'Espagne ne laissent plus de doute possible. Le souvrain se r&#233;signe &#224; laisser la justice poursuivre son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Craint-on pourtant que le malheureux monarque ne c&#232;de &#224; un ultime mouvement de piti&#233; et n'accorde sa gr&#226;ce ? C'est probable. En tous les cas, on lui rapporte les propos que Cinq- Mars avait tenu de lui quelques temps auparavant &#224; l'occasion d'une nouvelle crise intestinale. Comme des courtisans pensaient devoir s'informer aupr&#232;s du favori de la sant&#233; royale, celui-ci s'&#233;tait content&#233; de r&#233;pondre sans davantage de pr&#233;cision : &#171; Il tra&#238;ne &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il apprend ces paroles, Louis XIII laisse &#233;clater sa col&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah le m&#233;chant ! Il e&#251;t voulu que je fusse mort ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s s'ach&#232;ve sur un verdict de mort. Le 12 Septembre 1642, les deux condamn&#233;s sont conduits sur la place des Terreaux o&#249; l'on a dress&#233; l'&#233;chaffaud. Des t&#233;moins de l'&#233;v&#232;nement racontent que Cinq- Mars conserve toute sa prestance. Le terrible c&#233;r&#233;monial de l'ex&#233;cution ne lui tire aucune parole de d&#233;pit ou de r&#233;volte. On note que sa t&#234;te gracieuse tombe au second coup de hache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelieu ne lui survit que trois mois. A peine a-t-il le temps d'ordonner la destruction du ch&#226;teau que le supplici&#233; poss&#233;dait dans la r&#233;gion de Langeais. Fin Novembre 1642, une fi&#232;vre brutale le prend. Le 4 D&#233;cembre, il rend son dernier soupir. Sa disparition (Que l'on attendait depuis des ann&#233;es tant sa sant&#233; semblait &#224; ce point vacillante) retentit comme un &#233;v&#233;nement politique consid&#233;rable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louis XIII en con&#231;oit bien plus de tristesse et d'inqui&#232;tude que de soulagement. Inqui&#232;tude parce que le cardinal laisse derri&#232;re lui une oeuvre consid&#233;rable &#224; poursuivre. Beaucoup de r&#233;alisations restent &#224; mener. Quelques temps avant de s'&#233;teindre, le ministre avait recommand&#233; au roi les services d'un italien encore peu connu, mais promis &#224; un brillant avenir : Mazarin. Dernier coup de g&#233;nie puisque l'avenir devait montrer &#224; quel point Richelieu avait vu juste. Mazarin sut tout autant que son pr&#233;d&#233;cesseur conduire d'une main de ma&#238;tre les affaires de l'Etat et se d&#233;faire des indisciplines de la Noblesse. Le 5 D&#233;cembre, Louis XIII l'appelle au conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute la derni&#232;re grande d&#233;cision du r&#232;gne. La maladie emporte les forces r&#233;duites que le roi conserve encore. Les m&#233;decins ne parviennent plus &#224; le soulager. Il se f&#226;che d'ailleurs r&#233;guli&#232;rement contre eux et les accuse de lui causer bien davantage de souffrance que de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne fallait pas me donner tant de rem&#232;des qui m'ont ruin&#233; les entrailles &#187; s'&#233;crie-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'Avril 1643, imaginant avec beaucoup de lucidit&#233; que sa fin prochaine risque de laisser &#224; la Reine et au Cardinal Mazarin une succession compliqu&#233;e (Louis XIV n'est encore qu'un petit gar&#231;on), il organise la R&#233;gence et r&#233;clame que son &#233;pouse en prenne la t&#234;te. Gaston d'Orl&#233;ans re&#231;oit la Lieutenance g&#233;n&#233;rale du royaume. Le mourrant rencontre une derni&#232;re fois le petit dauphin venu &#224; son chevet et lui prodigue d'ultimes recommandations. Il meurt deux jours plus tard, le 14 Mai 1643.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCLUSION.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de dresser le juste portrait d'un personnage historique, trois si&#232;cle et demi apr&#232;s sa mort. Louis XIII souffre toujours de ses compl&#233;xit&#233;s. Quel souvenir conserver de lui ? T&#226;che difficile &#224; mener aujourd'hui encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup se sont pl&#251;s &#224; d&#233;crire l'image d'un souverain ind&#233;cis, faible et domin&#233;. Il y a dans cela une part de vrai. Que l'on songe aux ann&#233;es incertaines de la R&#233;gence et l'on retiendra l'influence d'un duc de Luynes aupr&#232;s du jeune roi. Soyons pourtant justes. En 1617, Louis XIII est encore un adolescent. Il subit les brimades et les humiliations de sa propre m&#232;re. Concini le d&#233;laisse quand il ne le rabaisse tout simplement pas. Le jeune homme manque d'assurance, cherche ses rep&#232;res. Peut-il seul affronter le caract&#232;re charismatique de Marie de M&#233;dicis ? A-t-il les moyens politiques d'imposer par lui-m&#234;me son autorit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Luynes arrive au bon moment. Il est plus &#226;g&#233;, il a plus d'exp&#233;rience. Il sait surtout &#233;couter la parole du souverain, recueillir ses confidences et surtout cerner les contours de sa personnalit&#233; tourment&#233;. Il lui offre l'occasion d'en finir avec Concini et de r&#233;v&#233;ler la nature profonde de son temp&#233;rament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi beaucoup reproch&#233; au roi ses moments de faiblesses. Les relations tr&#232;s particuli&#232;res qu'il entretient avec Cinq- Mars soulignent une inclinaison certaine &#224; se laisser dominer. Sans doute les effets chroniques de la maldie finissent-elles par &#233;mousser les r&#233;actions du monarque quand le jeune favori multiplie par les effronteries que ses comportements fantasques et brouillons lui font commettre. Louis XIII vit n&#233;anmoins une fin de r&#232;gne compliqu&#233;. Des relations conjugales agit&#233;es (Anne d'Autriche porte en cela une part de responsabilit&#233;), la pr&#233;sence envahissante de Richelieu, la r&#233;currence des d&#233;sordres int&#233;rieurs (Complots de la Noblesse, r&#233;voltes populaires....) &#233;puisent son &#233;nergie. L&#224; encore, Cinq- Mars arrive au bon moment. Le beau marquis apporte dans l'ordinaire royal une &#233;claircie. Les historiens n'ont jamais pu pr&#233;ciser la nature des relations entre les deux hommes. Le souverain s'est-il &#224; ce point senti isol&#233; qu'il ait laiss&#233; le jeune adolescent s'imposer &#224; lui ? Quelques t&#233;moignages pourraient le laisser penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pourtant qu'un aspect de la personnalit&#233; du Bourbon. Il y a le Louis XIII parfois irr&#233;solu, pris de doutes et de questions. Il y a aussi un Louis XIII beaucoup plus s&#251;r de son autorit&#233;. Le roi est convaincu des devoirs que lui impose son rang. Il n'a jamais dout&#233; &#234;tre mont&#233; sur le Tr&#244;ne par les gr&#226;ces de Dieu. A ce titre, ses d&#233;cisions ne devaient souffrir aucune contestation. La construction de l'Etat monarchique telle que la poursuivra apr&#232;s lui Louis XIV, il en est un artisan essentiel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses col&#232;res ont pu marquer les esprits de la Cour. L'assassinat de Concini appara&#238;t bien comme une premi&#232;re rupture du r&#232;gne. Luynes et ses amis ont sans doute initi&#233; l'affaire. Mais Louis XIII peut seul ordonner l'ex&#233;cution du favori et tenter le pari d'un coup de force. Il aurait tout aussi bien pu renoncer. Il n'&#233;tait pas forc&#233;ment &#233;vident pour un adolescent inexp&#233;riment&#233; de s'imposer par un attentat politique. L'attitude du monarque au soir de cette journ&#233;e sanglante &#233;voque d'ailleurs clairement le caract&#232;re d'un homme sans doute encore jeune mais jaloux de son pouvoir. Le 24 Avril 1617, Louis XIII &#233;prouve le sentiment d'une immense d&#233;livrance. Concini disparu, il s'impose enfin &#224; ceux qui ne lui ont jamais beaucoup exprim&#233; de consid&#233;ration : une reine- m&#232;re exil&#233;e, un Richelieu disgr&#226;ci&#233;....Le roi laisse aller son go&#251;t naturel pour l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souverain souffreteux et malingre que les historiens ont souvent imagin&#233; alit&#233;, Louis XIII a &#233;t&#233; un grand roi de guerre. Il y a l&#224;, peut &#234;tre, une tradition propre &#224; la dynastie des Bourbons (Si l'on songe que les derniers Valois, apr&#232;s Henri II, ont men&#233; peu de campagnes militaires). Henri IV n'a jamais m&#233;nag&#233; ses efforts en ce domaine. On le retrouve en premi&#232;re lignes des affrontements qu'il conduit contre les forces catholiques ou espagnoles. A sa mort, en 1610, il se pr&#233;pare &#224; rejoindre les fronti&#232;res o&#249; une affaire de succession l'oppose aux Habsbourgs. Apr&#232;s lui, Louis XIV engage le royaume dans une s&#233;rie de conflits militaires et prend lui-m&#234;me la t&#234;te des op&#233;rations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louis XIII ne demeure pas davantage en retrait. On le trouve sur beaucoup de fronts : &#224; Compi&#232;gne o&#249; il s'est port&#233; au devant des troupes d'invsion, &#224; La Rochelle o&#249; les Protestants offrent une r&#233;sistance acharn&#233;e &#224; ses arm&#233;es, en Italie du Nord lorsque se pose la question de Mantoue, en Languedoc quand la Catalogne s'offre &#224; la Couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le portrait d'un souverain pass&#233; sous la coupe de son ministre tiendrait-elle davantage les critiques ? Ce sont les relations Richelieu- Louis XIII qu'il est n&#233;cessaire de reconsid&#233;rer ici. Quels entiments le roi portait-il &#224; son ministre ? Amiti&#233; sin&#231;&#232;re ? Admiration ? M&#233;fiance ? Il n'est pas &#233;vident d'y voir clair. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est pour le moins certaine : Louis XIII a tr&#232;s t&#244;t su d&#233;celer chez son serviteur une remarquable clairvoyance politique. Quand le 10 Novembre 1630, le pr&#233;lat para&#238;t devoir tomber sous les coups de la Reine- M&#232;re, il le sauve in- extr&#233;mis et lui renouvelle sa confiance. Aurait-il choisi l'exil de sa propre m&#232;re s'il n'avait senti chez celui qui devait demeurer &#224; ses c&#244;t&#233;s jusqu' &#224; la mort un formidable g&#233;nie pour les affaires de l'Etat. La Journ&#233;e des Dupes consacre la carri&#232;re de Richelieu. D&#233;sormais, l'ancien &#233;v&#234;que de Lu&#231;on dispose aupr&#232;s de son ma&#238;tre d'une confiance enti&#232;re. Sa victoire sur le parti d&#233;v&#244;t lui permet enfin d'engager le royaume de France contre l'Espagne. Certes, &#224; l'issue des premi&#232;res hostilit&#233;s, la victoire n'est pas au rendez-vous mais, l'ann&#233;e du d&#233;sastre de Corbie, Louis XIII n'imagine pas pour autant devoir se s&#233;parer de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi a toujours su ce qu'il devait &#224; son ministre de talent. Il suit r&#233;guli&#232;rement ses avis, m&#234;me au moment o&#249; la trahison de Cinq- Mars &#233;clate au grand jour. Mais en appr&#233;cie-t-il davantage les qualit&#233;s personnelles de l'homme ? Sur ce point, les choses paraissent moins assur&#233;es. Louis XIII reconna&#238;t d'incontestables comp&#233;tences au cardinal dont la justesse des d&#233;cisions lui font penser et dire (Notamment &#224; Cinq- Mars) qu'aucun personnage ne pourrait mieux conduire les destin&#233;es de la France. Mais entre les deux hommes, les relations sont parfois complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelieu n'a jamais &#233;t&#233; un Olivar&#232;s. Si le favori espagnol tient une part importante du quotidien de Philippe IV (Il assiste &#224; son lever, organise jusqu'&#224; la vie intime de son ma&#238;tre et en partage tous les instants), le cardinal conserve plus de distance. Il ne jouera pas le r&#244;le d'un Luynes. Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'entretienne avec le monarque aucune correspondance personnelle. Au contraire. Louis XIII le garde inform&#233; de tout, lui r&#233;v&#232;le les attitudes frondeuses de Cinq- Mars. Certains courriers abordent &#224; l'occasion des sentiments plus intimes. On y d&#233;couvre d'ailleurs l'image d'un homme mourrant, &#224; ce point malheureux qu'il en ressente le besoin de s'&#233;pancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; mesure que le r&#232;gne se prolonge, les rapports durcissent. Louis XIII et Richelieu sont tout aussi souffrants l'un que l'autre. La maladie exacerbe sans doute &#224; la longue les caract&#232;res. Un roi aigri, moins patient. Un ministre d&#233;sormais certain de son pouvoir et qui le montre plus volontiers. Il n'en faut pas davantage pour que les choses tournent vite &#224; l'aigre. Des t&#233;moignages laissent entendre qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1640 Louis XIII songe &#224; se s&#233;parer du pr&#233;lat. La mort intervient au bon moment pour les deux hommes mais il n'est pas s&#251;r que la carri&#232;re de Richelieu ait dur&#233; bien plus longtemps s'il avait v&#233;cu. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;pilogue peut &#234;tre naturel d'une collaboration (si l'on peut oser ce mot) loin d'&#234;tre toujours paisible. A relire les sources du XVII&#176; si&#232;cle, le roi donne v&#233;ritablement l'impression de supporter la pr&#233;sence encombrante de son serviteur. Les propos qu'il t&#233;moigne &#224; ses familiers (et qui tromperont finalement Cinq- Mars) le r&#233;v&#232;lent bien. Mais il n'en est pas moins convaincu qu'il ne peut d&#233;cidemment priver le royaume de ses services.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations du roi et de son ministre furent &#224; ce point complexes qu'il n'est pas &#233;vident, aujourd'hui encore, d'en saisir toutes les logiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux hommes demeurent pourtant dans les m&#233;moires comme des personnages indissociables. Louis XIII aurait-il &#233;t&#233; Louis XIII sans Richelieu ? Richelieu aurait-il Richelieu sans Louis XIII ? Une telle question ne trouvera jamais de r&#233;ponse, &#233;videmment. Mais, apr&#232;s tout, pourquoi ne pas se la poser ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce qu'il faut retenir du chapitre sur la monarchie absolue de Louis XIV.</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article446</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article446</guid>
		<dc:date>2008-10-18T19:04:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Quand il dispara&#238;t, le 14 Mai 1643, Louis XIII laisse le pouvoir &#224; son jeune fils de cinq ans,[* Louis XIV.*] L'enfant n'est pas encore en &#226;ge de r&#233;gner. Sa m&#232;re, [*Anne d'Autriche et le Cardinal Mazarin*] (Un Italien venu s'installer &#224; la Cour de France) conduisent les affaires de l'Etat en son nom. &lt;br class='autobr' /&gt;
Troubles et agitations politiques compliquent la p&#233;riode de la r&#233;gence (1643-1661). [*La Noblesse*], attentive &#224; prot&#233;ger ses privil&#232;ges traditionnels, profite de la minorit&#233; royale pour s'imposer. Les (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;4&#232;me&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand il dispara&#238;t, le 14 Mai 1643, Louis XIII laisse le pouvoir &#224; son jeune fils de cinq ans,[* Louis XIV.*] L'enfant n'est pas encore en &#226;ge de r&#233;gner. Sa m&#232;re, [*Anne d'Autriche et le Cardinal Mazarin*] (Un Italien venu s'installer &#224; la Cour de France) conduisent les affaires de l'Etat en son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troubles et agitations politiques compliquent la p&#233;riode de la r&#233;gence (1643-1661). [*La Noblesse*], attentive &#224; prot&#233;ger ses privil&#232;ges traditionnels, profite de la minorit&#233; royale pour s'imposer. Les princes (Cond&#233;, Conti....) entendent contenir l'autorit&#233; monarchique. Les soul&#232;vements militaires de [*la Fronde (1648-1653)*] contraignent Mazarin (D&#233;test&#233; pour ses origines &#233;trang&#232;res et sa d&#233;termination &#224; r&#233;duire l'indiscipline des Grands) au choix d'un exil temporaire. Louis XIV conservera de cette &#233;poque un souvenir douloureux (Une nuit de Janvier 1649, il quitte &#224; la lueur des flambeaux un Paris en &#233;tat de r&#233;volte). Il gardera aussi de l' &#233;v&#232;nement une m&#233;fiance d&#233;finitive pour la capitale et pr&#233;f&#233;rera s'installer &#224; [*Versailles.*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fronde vaincue, Mazarin revient en France. Le cardinal italien ach&#232;ve sa carri&#232;re de principal ministre en[* Mars 1661*]. Sa disparition retentit comme une rupture politique consid&#233;rable :[* le jeune Louis XIV annonce son intention de gouverner seul.*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)Louis XIV et son pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV r&#232;gne en[* monarque absolu*]. Il dispose des trois pouvoirs traditionnels de la Couronne. Il d&#233;cide des lois [*(Le pouvoir l&#233;gislatif)*] et les fait appliquer dans les provinces du royaume [*(Le pouvoir ex&#233;cutif).*] Il contr&#244;le la justice et ses tribunaux dont il peut casser les verdicts. Il juge en dernier recours les affaires les plus graves [*(Pouvoir judiciaire).*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV demeure tr&#232;s attach&#233; au principe du [*Droit Divin*]. Le roi n'est pas un personnage ordinaire. La c&#233;r&#233;monie du [*sacre*] (&#224; Reims) le d&#233;signe[* comme responsable de ses sujets devant Dieu*]. Plac&#233; sur le Tr&#244;ne par la volont&#233; c&#233;leste pour conduire le gouvernement de son pays, il re&#231;oit des pouvoirs sp&#233;ciaux (La gu&#233;rison des Ecrouelles). Les atteintes &#224; sa personne sont les crimes les plus graves (Crime de l&#232;se-majest&#233;) car [*elles &#233;branlent l'ordre divin.*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention toutefois. Bien que monarque absolu, Louis XIV doit respecter [*les Lois Fondamentales du royaume*] (Un ensemble d'usages anciens que les rois observent depuis des si&#232;cles). Il prot&#232;ge l'Eglise et le catholicisme. La Couronne qu'il porte ne lui appartient pas. Il ne peut en disposer &#224; sa guise et doit la remettre, au moment de mourir, &#224; son parent masculin le plus proche. Enfin, le souverain ne peut gouverner sans se soucier des privil&#232;ges traditionnels de [*la Noblesse, des Parlements ou des assembl&#233;es provinciales (Bretagne, Provence...).*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)Louis XIV et son gouvernement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV s'entoure de collaborateurs pr&#233;cieux pour accomplir son m&#233;tier. [*Les intendants*] repr&#233;sentent l'autorit&#233; royale &#224; travers le pays. [*Ils l&#232;vent les imp&#244;ts (Taille...), maintiennent l'ordre, dirigent les tribunaux. Ils informent le monarque des troubles qui se produisent parfois dans une r&#233;gion*] et d&#233;pendent enti&#232;rement de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV sait aussi s'attacher les services de ministres efficaces. [*Colbert*] est le plus c&#233;l&#232;bre d'entre eux. Ses responsabilit&#233;s sont consid&#233;rables : il s'int&#233;resse &#224; l'&#233;conomie du royaume, aux finances de la Monarchie, au commerce, aux manufactures.....[*Louvois*] apporte ses soins &#224; l'arm&#233;e. Les ministres assistent le roi dans ses Conseils et essayent de placer leurs enfants aux postes les plus importants du gouvernement. La famille des Colbert ou des Louvois- Le Tellier accomplit aupr&#232;s du monarque de prestigieuses carri&#232;res politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Louis XIV et Versailles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIV se fait b&#226;tir le magnifique[* palais de Versailles*]. Il y d&#233;ploit toute sa gloire et met en sc&#232;ne son pouvoir. Les fastes de la Cour du Roi- Soleil produisent l'admiration des souverains europ&#233;ens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louis XIV expose sa propre existence aux regards des courtisans du ch&#226;teau. Le moindre instant de son quotidien est l'occasion d'une c&#233;r&#233;moni&#233; r&#233;gl&#233;e &#224; la lettre o&#249; chacun doit tenir la place qui lui est assign&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Louis XIV est au centre de la vie &#224; Versailles. Il d&#233;cide, surveille, offre ses faveurs (ou les retire), organise. Les f&#234;tes et les soir&#233;es soulignent l'&#233;tendue de sa puissance. Les artistes les plus connus se pressent aupr&#232;s de lui et composent &#224; sa demande ballets, pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, trag&#233;dies. &lt;br class='autobr' /&gt;
[*Moli&#232;re*] est un &#233;crivain tr&#232;s appr&#233;ci&#233;. Ses com&#233;dies divertissent le roi mais[* elles sont aussi parfois objet de scandale (Tartuffe....)*] car elles critiquent certains aspects de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise au XVII&#176; si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
[*Lully*] d&#233;voile &#224; la Cour ses talents de musicien tandis que le g&#233;nie d'un[* Racine*] produit des oeuvres promises &#224; une post&#233;rit&#233; durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les d&#233;c&#232;s successifs survenus dans la famille royale (Louis XIV perd son &#233;pouse, Marie-Th&#233;r&#232;se puis son fils, le Grand Dauphin, son petit-fils et l'a&#238;n&#233; de ses arri&#232;re-petit-fils) endeuillent Versailles. A la fin de sa vie, le roi n'est plus qu'un vieillard tourment&#233; de souffrances dont le dernier h&#233;ritier [*(Le futur Louis XV)*] n'a pas encore cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4)La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise sous Louis XIV.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise du XVII&#176; si&#232;cle est [*une soci&#233;t&#233; d'ordres*].[* Le Clerg&#233; assume le Salut spirituel du royaume*] et rassemble dans ses rangs les grands pr&#233;lats de l'Eglise (Ev&#234;ques, Cardinaux), les membres de communaut&#233;s monastiques et les religieux d'origine modeste (Les cur&#233;s de paroisse). [*La Noblesse d&#233;fend le pays par les armes*]. Les grandes familles princi&#232;res (Comtes et ducs) se consacrent au m&#233;tier de la guerre et suivent Louis XIV dans les nombreux conflits de son r&#232;gne. [*Le Tiers-Etat est l'ordre le plus important par son poids d&#233;mographique. Il nourrit le royaume de son activit&#233; et r&#233;unit pr&#232;s de 95% de la population.*] Tous les horrizons sociaux y sont repr&#233;sent&#233;s : du brassier mis&#233;rable au paysan ais&#233;, de l'artisan modeste au n&#233;go&#231;iant enrichi, du domestique sans fortune au bourgeois puissant....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*La soci&#233;t&#233; du XVII&#176; si&#232;cle est in&#233;galitaire.*] Si le Clerg&#233; et la Noblesse disposent de [*leurs privil&#232;ges fiscaux traditionnels*], le Tiers-Etat supporte le poid d'imp&#244;ts et de taxes tr&#232;s lourds :[* la taille, la gabelle, la d&#238;me.....*] &lt;br class='autobr' /&gt; N&#233;anmoins, les occasions d'ascension sociale sont moins rares qu'il pourrait para&#238;tre. Certains membres issus de la bourgeoisie commer&#231;ante finissent par rejoindre l'ordre de la Noblesse (Achat de terres ou d'offices prestigieux, mariages...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence des Fran&#231;ais &#224; l'&#233;poque du Roi- Soleil est souvent incertaine. Le monde des campagnes affronte [*les &#233;pid&#233;mies ou les famines meurtri&#232;res quand les r&#233;coltes n'ont pas &#233;t&#233; bonnes*] (Plusieurs crises agricoles provoquent la mort de milliers de sujets au cours du r&#232;gne de Louis XIV : celles de 1661-1662, de 1693-1694 et de 1709-1710). Aux d&#233;sastres climatiques s'ajoutent les guerres successives du souverain (La guerre de D&#233;volution 1667-1668, la guerre de Hollande 1672-1678, la guerre de la Ligue d'Augsbourg 1689-1697, la guerre de Succesion d'Espagne 1701- 1713) dont la conduite finit par ruiner le pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les col&#232;res paysannes s'expriment &#224; l'occasion de soul&#232;vements ponctuels mais sanglants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*Souverain catholique, Louis XIV exige de ses sujets qu'ils aient la m&#234;me religion que lui.*] En 1685, il fait interdire en France le Protestantisme [*(Edit de Fontainebleau).*] De nombreux R&#233;form&#233;s choisissent alors de s'exiler. Les autres se convertissent pour &#233;chapper aux gal&#232;res ou [*aux terribles dragoandes*]. N&#233;anmoins, dans les C&#233;vennes, la population s'organise et affronte les soldats du souverain pour conserver sa religion. [*Les Camisards*] m&#232;nent une guerre difficle que les arm&#233;es royales s'&#233;puisent &#224; remporter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1808 : Napol&#233;on en Espagne. </title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article439</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article439</guid>
		<dc:date>2008-09-28T10:09:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Des ann&#233;es apr&#232;s le d&#233;sastre de Waterloo, tandis qu'il se morfondait sur le petit &#238;lot de Sainte H&#233;l&#232;ne, Napol&#233;on devait reconna&#238;tre l'immense responsabilit&#233; que la guerre d'Espagne avait tenu dans sa chute : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cette guerre d'Espagne a &#233;t&#233; une v&#233;ritable plaie, la cause premi&#232;re des malheurs de la France &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, en 1808, &#224; quelques jours d'envoyer Murat sur Madrid, l'Empereur n'entretient gu&#232;re de doute quant &#224; la r&#233;ussite de son entreprise militaire par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es. Un &#171; enfantillage &#187;, le propos (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des ann&#233;es apr&#232;s le d&#233;sastre de Waterloo, tandis qu'il se morfondait sur le petit &#238;lot de Sainte H&#233;l&#232;ne, Napol&#233;on devait reconna&#238;tre l'immense responsabilit&#233; que la guerre d'Espagne avait tenu dans sa chute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette guerre d'Espagne a &#233;t&#233; une v&#233;ritable plaie, la cause premi&#232;re des malheurs de la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en 1808, &#224; quelques jours d'envoyer Murat sur Madrid, l'Empereur n'entretient gu&#232;re de doute quant &#224; la r&#233;ussite de son entreprise militaire par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es. Un &#171; enfantillage &#187;, le propos lui appartient, que la Grande Arm&#233;e, toute aur&#233;ol&#233;e de ses victoires remport&#233;es aux quatre coins de l'Europe, devait accomplir sans beaucoup de difficult&#233;. Exc&#232;s de confiance ? Vraissemblablement. Mais aussi, et surtout, lourde erreur d'appr&#233;ciation. Napol&#233;on est, en un certain sens, victime des repr&#233;sentations de son temps. Pas davantage que la plupart de son entourage, il n'&#233;value dans leur juste mesure les donn&#233;es &#233;conomiques et politiques de la p&#233;ninsule ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs du XVIII&#176; si&#232;cle sont g&#233;n&#233;ralement mal inform&#233;s des r&#233;alit&#233;s espagnoles et d&#233;crivent un pays livr&#233; au fanatisme religieux, &#224; l'obscurantisme, &#224; l'ignorance. Certes, il existe dans tout cela quelques v&#233;rit&#233;s sur lesquelles il faudra revenir plus loin. Mais certains intellectuels ont parfois la tentation d'assombrir le portrait plus que de raison. Qu'en est-il exactement ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La Philiosophie des Lumi&#232;res et ses id&#233;es ont fini par infiltrer la cour de Madrid o&#249; l'on connait aussi bien qu'ailleurs les pages d'un Voltaire et d'un Montesquieu. Des traductions circulent de mains en mains et ouvrent les &#233;lites du royaume &#224; des perspectives politiques nouvelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
On r&#233;fl&#233;chit &#233;galement &#224; l'artisanat, au commerce. Des soci&#233;t&#233;s apparaissent. Celle de Madrid, la Real Sociedad Economica de Madrid, est particuli&#232;rement c&#233;l&#232;bre. Ses recherches abordent, entre autre, le domaine de l'agronomie et encouragent le d&#233;veloppement d'une agriculture plus moderne. La Monarchie n'est d'ailleurs pas en marge du mouvement : Charles III multiplie les cr&#233;ations d'accad&#233;mies litt&#233;raires ou artistiques : la Real Academia Espanola, la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, la Real Academia de Historia, la Real Jardin Botanico de Madrid.... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les transformations concernent &#233;galement le monde scolaire. La disparition des J&#233;suites offre &#224; l'Etat l'occasion d'imposer son contr&#244;le sur les universit&#233;s. A S&#233;ville, Pablo de Olavide introduit de profondes r&#233;formes &#233;ducatives. Aux m&#233;thodes de la scolastique m&#233;di&#233;vale sur lesquelles s'appuyait la formation des &#233;tudiants succ&#232;de une autre mani&#232;re d'envisager l'enseignement, de nouveaux programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures du pouvoir r&#233;v&#232;lent que les pr&#233;occupations de la Couronne int&#233;ressent l'&#233;conomie du royaume. L'assouplissement des r&#233;gimes douaniers am&#233;liorent les &#233;changes int&#233;rieurs. Les grands ports de la p&#233;ninsule accueillent sur leurs quais les cargaisons venues de l'empire am&#233;ricain et du reste de l'Europe (Bilbao, Valence, Barcelone). N&#233;go&#231;iants hollandais et fran&#231;ais s'installent volontiers dans les grandes villes du pays. D'autre part, l'apparition de manufactures royales (Les porcelaines du Retiro) en Castille dynamise les r&#233;seaux commerciaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Charles III entend corriger le d&#233;peuplement chronique dont souffre certaines r&#233;gions du territoire. Si l'Andalousie appara&#238;t comme un espace o&#249; les densit&#233;s de population atteignent des niveaux tr&#232;s &#233;lev&#233;s, l'Estr&#233;madure fait toujours figure d'espace abandonn&#233;. L'implantation de municipalit&#233;s attirent sur place de nombreux migrants, arriv&#233;s parfois de tr&#232;s loin (Empire germanique, par exemple). &lt;br class='autobr' /&gt;
Outre mer, quelques exp&#233;ditions scientifiques aux Philippines, en Afrique ou en Am&#233;rique d&#233;voilent les comp&#233;tences et la curiosit&#233; de navigateurs espagnols. L'un d'eux, Celestino Mutis entretient d'ailleurs avec le c&#233;l&#232;bre Alexandre Von Humbolt des relations de franche camaraderie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;alisations de la dynastie Bourbon et ses belles r&#233;ussites en certains secteurs de l'activit&#233; &#233;conomique ne doivent pas cependant occulter l'existence de difficult&#233;s r&#233;curentes. Difficult&#233;s financi&#232;res d'abord (La mis&#232;re demeure une r&#233;alit&#233; largement partag&#233;e de la soci&#233;t&#233;. Vagabonds, brigands ou marginaux errent sur les chemins de Castille ou d'Aragon en qu&#234;te de larcins et de rapines &#224; commettre). &lt;br class='autobr' /&gt;
Difficult&#233;s diplomatiques ensuite. L'Espagne peine &#224; s'imposer sur la sc&#232;ne internationale. Enjeu essentiel du conflit que Louis XIV conduit de 1701 &#224; 1714, la Monarchie ib&#233;rique subit l'influence du puissant voisin fran&#231;ais. La signature de trait&#233;s successifs (Les pactes de familles) p&#232;se lourdement sur la politique internationale de Madrid. Les successeurs de Philippe V (Le petit-fils du Roi Soleil) s'engagent, bon gr&#233;, mal gr&#233;, aux c&#244;t&#233;s de Louis XV lorsque celui-ci se trouve pris dans la guerre de succession de Pologne (1733-1739), la guerre de succesion d'Autriche (1740-1748) ou la guerre de Sept Ans (1756-1763).&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution et les &#233;v&#232;nements de l'&#233;t&#233; 1789 introduisent n&#233;anmoins une inflexion brutale des rapports. Charles IV, arriv&#233; sur le tr&#244;ne l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, redoute que les principes de la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen ne franchissent les Pyr&#233;n&#233;es. Les crispations et les inqui&#233;tudes du pouvoir aboutissent au contr&#244;le scrupuleux des publications litt&#233;raires. En m&#234;me temps qu'elles soumettent la presse &#224; une censure rigoureuse, les autorit&#233;s surveillent plus &#233;troitement la Sociedades Economicas de Amigos del Pais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture franco- espagnole survient en Mars 1793. L'ex&#233;cution de Louis XVI rassemble contre la jeune R&#233;publique des puissances europ&#233;ennes aux abois. Les Bourbons rejoignent les rangs de la coalition mais les op&#233;rations men&#233;es &#224; la fronti&#232;re tournent mal. A l'issue de quelques succ&#232;s initiaux, les arm&#233;es de Charles IV sont contraintes au repli. Les troupes de la Convention s'avancent en Catalogne et en Guipuzcoa. Le souverain n'a plus gu&#232;re d'espoir quant &#224; la victoire un temps esp&#233;r&#233;e. La signature du trait&#233; de B&#226;le (Juillet 1795) d&#233;tache la p&#233;ninsule ib&#233;rique de l'alliance anglaise et aboutit aux accords de Ildefonso (1796) par lesquels Paris et Madrid r&#233;tablissent les vieilles solidarit&#233;s dynastiques. L'Espagne y gagne un ennemi de taille, Londres. Elle y perd surtout ses marges de manoeuvre diplomatique et accepte de lier son destin &#224; celui du puissant voisin pyr&#233;n&#233;en. Aussi, lorque Napol&#233;on pr&#233;pare la diversion n&#233;cessaire &#224; son d&#233;barquement sur le sol britannique, la flotte de Charles IV rejoint les b&#226;timents fran&#231;ais de l'amiral Villeneuve. La bataille de Trafalgar (Octobre 1805) s'ach&#232;ve sur un tragique d&#233;sastre et offre &#224; l'Angleterre, malgr&#233; la disparition du prestigieux Nelson, la ma&#238;trise d&#233;finitive des mers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficult&#233;s &#233;conomiques, recul international, revers militaires, les Bourbons affrontent &#233;galement les pires d&#233;chirements familiaux. Au coeur des querelles, quatre personnages complexes, victimes de leurs passions et de leurs faiblesses, bien incapables de contenir les ambitions napol&#233;oniennes quand l'Empereur porte son regard au del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord Charles IV. La post&#233;rit&#233; a conserv&#233; de son r&#232;gne un pi&#232;tre souvenir. Ce descendant de Louis XIV a souvent manqu&#233; d'energie politique. Un physique ingrat (Du moins Goya le montre-t-il sur le portrait qu'il r&#233;alise du roi et des siens en 1800- Une t&#234;te &#233;trangement petite sur un corps de haute taille), un caract&#232;re parfois violent (Des t&#233;moignages rapportent qu'&#224; l'occasion d'une collation, le souverain jette &#224; la figure de son &#233;pouse une tasse de chocolat bouillant), un d&#233;sint&#233;r&#234;t &#233;vident pour les affaires de l'Etat (Charles passe la plupart de son temps &#224; chasser en for&#234;t ou &#224; accomplir des travaux de s&#233;rurerie), rien ne semble devoir embellir la triste image du monarque. &lt;br class='autobr' /&gt;
La reine Marie- Louise de Parme ne parait pas davantage capable de relever le cr&#233;dit des Bourbons. Affect&#233;e d'une laideur repoussante (La malheureuse femme conserve de ses ennuis dentaires- elle perd toute sa dentition tr&#232;s jeune- la bouche sans gr&#226;ce d'une vieillarde), d&#233;laiss&#233;e d'un mari qui n'a jamais &#233;prouv&#233; pour elle beaucoup de d&#233;sir et pourtant tr&#232;s attentive &#224; ses apparences (Elle fait venir de France ou d'ailleurs les robes &#224; la mode ou passe de nombreuses heures &#224; entretenir ses coiffures), la ma&#238;tresse de l'Escorial s'&#233;tourdit dans les plaisirs d'aventures passag&#232;res. Les favoris se succ&#232;dent dans la couche royale (Quelques nobles, des valets, des soldats de la garde....) et alimentent les commentaires de la Cour. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;ritier du Tr&#244;ne est le prince des Asturies, Ferdinand. Le jeune homme voue &#224; ses parents, et particuli&#232;rement son p&#232;re, une haine f&#233;roce. Ses ambitions le portent &#224; convoiter la Couronne et esp&#233;rer que le r&#232;gne paternel ne se prolongera pas trop. Sournois de temp&#233;ramment, il intrigue, et complote au milieu de compagnons dont il s'est attach&#233; la fid&#233;lit&#233;. Malgr&#233; tout, ses craintes le gardent de franchir le pas ultime. Priv&#233; de volont&#233; politique, et d'audace, Ferdinand attend son heure, d&#233;vor&#233; d'amertume et d'aigreur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour achever ce tragique tableau, Manuel Godoy. Le personnage arrive d'une famille sans fortune. Son p&#232;re est un vieil officier. Son fr&#232;re, Luis, a obtenu un temps les faveurs de la reine avant de devoir se retirer. Manuel dispose d'atouts physiques auxquels la voluptueuse Marie- Louise succombe d'ailleurs rapidement. Le nouveau favori d&#233;couvre aupr&#232;s de la souveraine (Il a pourtant seize ans de moins qu'elle) une ma&#238;tresse toute acquise &#224; ses charmes. En 1840, elle lui &#233;crit encore du fond de son exil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ta m&#233;moire et ta renomm&#233;e ne finiront qu'avec le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godoy songe naturellement &#224; ses propres int&#233;r&#234;ts et contr&#244;le l'acc&#232;s au couple royal. La profonde admiration que le malheureux Charles IV lui conserve ouvre sous ses pas le chemin du pouvoir. Les charges et les distinctions honorifiques s'accumulent. En 1792, il devient duc d'Alcudia, conseiller d'Etat puis, supr&#234;me cons&#233;cration, Premier Ministre. Le parvenu est au fait de sa puissance. Il ne se passe bient&#244;t plus un jour sans que le monarque ne le visite dans ses appartements et l'aide le matin &#224; se v&#234;tir (Une marque d'amiti&#233; pour laquelle les Grands de l'aristocratie se d&#233;chireraient volontiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, une telle ascension politique produit &#224; la Cour de violentes jalousies. La noblesse n'a pas oubli&#233; les origines modestes du favori. Ferdinand est sans aucun doute le plus r&#233;solu &#224; provoquer sa chute. Mais Godoy garde aupr&#232;s de ses protecteurs un cr&#233;dit complet. Sa position demeure trop solide pour que l'on puisse songer s&#233;rieusement &#224; sa disgr&#226;ce. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devenu Prince de La Paix en 1795, r&#233;compens&#233; d'une terre royale lui apportant chaque ann&#233;e un million de r&#233;aux (40 millions de francs- or), l'homme conduit sa propre politique internationale. Au coeur d'une Europe agit&#233;e (Les &#233;v&#232;nements de 1789 ont boulvers&#233; l'ordre traditionnel du continent), il a saisi le b&#233;n&#233;fice d'une alliance fran&#231;aise (L'Angleterre demeure lointaine). La d&#233;convenue de Trafalgar est certes ressentie comme une vive humiliation mais Godoy juge n&#233;cessaire le maintien des relations d'amiti&#233; avec Napol&#233;on. Il esp&#232;re surtout obtenir du puissant vainqueur d'Austerlitz la r&#233;compense qu'il convoite tant : une principaut&#233;, quelque part en Europe. Mais les n&#233;gociations n'aboutissent pas, l'Empereur d&#233;ploie bien peu d'empressement &#224; satisfaire les espoirs du favori espagnol. Manuel est d&#233;cu. Estimant &#234;tre la malheureuse victime d'un march&#233; de duppes, il noue quelques contacts avec la Russie et l'Angleterre. Une lettre parvient m&#234;me jusqu'&#224; Moscou. Le ministre y d&#233;crit sa col&#232;re pour un alli&#233; d&#233;cidemment bien ingrat. Le coup est dangereux. Puis catastrophique lorsque Paris finit par obtenir une copie de la correspondance secr&#232;te. Godoy r&#233;alise qu'il s'est plac&#233; dans une position p&#233;rilleuse. Il envoit, tout penaud, des excuses. Napol&#233;on accepte de clore l'incident sans pour autant oublier. Une attitude surprenante si l'on pense aux intransigeances du souverain apr&#232;s les succ&#232;s qu'il vient de remporter sur l'Autriche, la Russie et la Prusse. Les vaincus d'Austerlitz, de Iena ou de Friedland sont trait&#233;s sans beaucoup de mansu&#233;tude et renoncent au contr&#244;le de r&#233;gions enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indulgence gratuite ? Non. L'Empereur a plus que jamais besoin des bonnes gr&#226;ces espagnoles. Ses ambitions le portent par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es, au Portugal. Ce petit royaume de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, sur lequel r&#232;gne la vieille dynastie des Bragance, conserve pour l'Angleterre son amiti&#233; traditionnelle. Depuis les d&#233;buts du XVIII&#176; si&#232;cle, Lisbonne accueille sur ses quais les cargaisons arriv&#233;es d'Outre Manche et y exp&#233;die sa production de Porto. Quand Napol&#233;on d&#233;cr&#232;te l'interdiction du commerce avec la Grande Bretagne et impose sur les c&#244;tes europ&#233;ennes un blocus total, les n&#233;gociants lusitaniens refusent de rompre avec Londres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris se f&#226;che et menace. Le pays met beaucoup de mauvaise volont&#233; &#224; se soumettre, il n'est en ce cas d'autre solution que celle des armes. Le g&#233;n&#233;ral Junot re&#231;oit le commandement d'une exp&#233;dition militaire. L'affaire est vite conduite : en Novembre 1807, les troupes fran&#231;aises investissent Lisbonne. Le souverain Jean VI et sa famille s'embarquent vers le Br&#233;sil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour conclure l'entreprise, il a fallu obtenir des Bourbons l'autorisation de traverser l'Espagne. Godoy et ses ma&#238;tres se sont bien s&#251;r empress&#233;s d'accepter. Mais tout service a un prix : Napol&#233;on propose &#224; Charles IV le partage du Portugal dont il r&#233;serve &#224; son ministre une principaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrang&#232;re aux n&#233;gociations diplomatiques du monarque, la population espagnole &#233;prouve bien du mal &#224; supporter la pr&#233;sence encombrante de troupes imp&#233;riales sur son territoire. Les arm&#233;es fran&#231;aises s'&#233;tirent le long des routes, envahissent les villes, les villages et les places fortifi&#233;es de Castille. Entre civils et soldats, la cohabitation est d&#233;licate. Elle produit beaucoup de lassitude. Le m&#233;contentement grandit, le sentiment se r&#233;pand que Napol&#233;on cherche, sous le pr&#233;txte d'op&#233;rations au Portugal, &#224; &#233;tablir sa domination sur la p&#233;ninsule ib&#233;rique toute enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'agitation gagne. A Madrid, des moines et des pr&#234;tres exhalt&#233;s attisent la col&#232;re et portent de violentes accusations &#224; l'encontre du pouvoir. Comme souvent en de telles circonstances, on se cherche un coupable id&#233;al. Qui d'autre pourrait mieux que Godoy endosser un r&#244;le si ingrat ? Confront&#233; aux rancoeurs de ses adversaires, mal aim&#233;, jalous&#233; pour sa r&#233;ussite politique et son ascension, le ministre appara&#238;t comme la cause essentielle des maux dont souffre le royaume. Ses machinations perp&#233;tuelles, ses complots, ses tractations secr&#232;tes porteraient la responsabilit&#233; de l'occupation napol&#233;onienne autant qu'elles tromperaient les Bourbons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sa r&#233;sidence &#224; Aranjuez o&#249; il est venu passer quelques jours, Charles IV sent la situation lui &#233;chapper. Incertain quant &#224; son avenir imm&#233;diat, l'homme envisage de fuir &#224; l'&#233;tranger. Marie- Louise et Godoy se rangent &#224; cet avis. Ferdinand s'y oppose. Sans doute le prince a-t-il saisit combien les &#233;v&#232;nements lui sont favorables. Le roi parti, il s'imposerait naturellement sur le tr&#244;ne vacant. Il est d'ailleurs d'autant plus r&#233;solu &#224; demeurer sur place qu'il sait &#224; quel point les Espagnols conservent pour la dynastie un attachement sinc&#232;re. Nul ne songerait &#224; contester sa l&#233;gitimit&#233; si, d'aventure, Charles IV franchissait la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 Mars 1808, coup de th&#233;&#226;tre politique. Ferdinand, bien soutenu des milieux militaires, re&#231;oit la Lieutenance G&#233;n&#233;rale du royaume &#224; l'issue d'une s&#233;ance au Conseil. La d&#233;cision du souverain place Godoy dans une position d&#233;licate. (Le ministre n'a aucune illusion quant aux sentiments que lui voue le plus acharn&#233; de ses ennemis). N&#233;anmoins, Ferdinand se fait rassurant. Au malheureux favori venu lui pr&#233;senter ses hommages, il d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu es mon ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en m&#234;me temps qu'il donne au vieil amant de sa m&#232;re un baiser de r&#233;conciliation, il transmet ses ordres &#224; un officier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Prince de la Paix est un traitre. Il veut entrainer mon p&#232;re dans sa fuite. Emp&#234;chez-le d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit suivante, quelques troupes marchent sur l'h&#244;tel de Godoy. Les portes de la r&#233;sidence volent en &#233;clat, une horde de soldats surexcit&#233;s se r&#233;pand dans les b&#226;timents. Le prot&#233;g&#233; de Charles IV (Quoiqu'en cet instant, le roi ne puisse plus grand chose pour lui) est tir&#233; de son sommeil. Il entend des cris terribles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mort au traitre ! Vive le roi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passe &#224; la h&#226;te un v&#234;tement et gravit un petit escalier menant aux combles du palais. Il se refugie sous une couche &#233;paisse de tapis. Les assaillants parcourent les couloirs, &#224; sa recherche. On ne le trouve pas. Son &#233;pouse, une ni&#232;ce de Marie- Louise, et un tout jeune enfant, compl&#232;tement terroris&#233;s se tiennent dans une pi&#232;ce. On s'&#233;carte respectueusement. Ce n'est pas aux Bourbons que l'on en veut mais bien davantage &#224; celui par qui, on le pense, sont advenues les d&#233;convenues du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On informe Charles IV de l'affaire. Le souverain ne veut pas abandonner son vieux compagnon. Imaginant encore pouvoir le sauver, il publie en toute urgence un d&#233;cret lui &#244;tant ses fonctions politiques. La nouvelle parvient &#224; Madrid. Le peuple exulte et acclame Ferdinand. &lt;br class='autobr' /&gt;
Godoy, dissimul&#233; dans le grenier de sa propri&#233;t&#233; pendant trente six heures, se risque &#224; regagner les appartements o&#249; il loge. Il n' a rien bu ni mang&#233; depuis les jours pr&#233;c&#233;dents. Un soldat le reconna&#238;t et donne aussit&#244;t l'alerte. La nouvelle de l'arrestation se r&#233;pand d'un bout &#224; l'autre d'Aranjuez. La foule accourt. On encercle le malheureux, on l'insulte, on lui crache au visage, on le bouscule sans douceur. Le ministre si d&#233;test&#233; &#233;chappe de peu au lynchage : une escorte d&#233;p&#233;ch&#233;e sur place le conduit entre les murs d'une &#233;curie o&#249; sa s&#233;curit&#233; imm&#233;diate semble plus assur&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ferdinand est pr&#233;venu des d&#233;bordements. Il rejoind l'infortun&#233;. Le prince trouve Godoy en bien mauvais &#233;tat : le visage sanglant, une cuisse s&#233;v&#232;rement entaill&#233;e, il se pr&#233;cipite aux genoux du Bourbon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je demande gr&#226;ce &#224; Votre Majest&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tragique de la sc&#232;ne impressionne peut-&#234;tre le nouveau Lieutenant G&#233;n&#233;ral. Il r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Messieurs, prenez grand soin de cet homme. Il sera jug&#233; selon la gravit&#233; de ses crimes. Que l'on veille &#224; sa personne d'ici le proc&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sa retraite, Charles IV suit les p&#233;rip&#233;ties de la crise. L'emprisonnement du favori le ronge d'amertume et de d&#233;sespoir. Il choisit finalement de signer son abdication. Investi de la plenitude du pouvoir, Ferdinand reviendrait peut &#234;tre &#224; de meilleurs sentiments et accepterait d'&#233;pargner le favori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Napol&#233;on observe les difficult&#233;s espagnoles. Que pr&#233;voit-il pour le royaume ? Aujourd'hui encore, les historiens ont du mal &#224; cerner ses intentions du moment. Il n'est pas s&#251;r que le souverain ait tout de suite song&#233; &#224; installer sur le Tr&#244;ne de Madrid un membre de sa propre famille. En D&#233;cembre 1807, il rencontre son fr&#232;re Lucien. Les discussions portent sur le mariage de sa fille Charlotte avec le Prince des Asturies. Plus que de renverser les Bourbons, Napol&#233;on envisage &#224; cette &#233;poque une alliance matrimoniale. Mais les tractations &#233;chouent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux mois plus tard, avant m&#234;me que ne survienne l'affaire d'Aranjuez, Murat re&#231;oit le commandement d'une exp&#233;dition sur Madrid. Fin F&#233;vrier 1808, le g&#233;n&#233;ral franchit la fronti&#232;re et s'avance sur la capitale. Les ordres ne sont pas clairs. Faut-il maintenir en place et soutenir la dynastie regnante ? S'agit-il de prendre le pouvoir par la force et pr&#233;parer l'arriv&#233;e des Bonaparte en Espagne ? Murat ignore tout des plans de son ma&#238;tre. Il esp&#232;re, peut &#234;tre un peu na&#239;vement, recevoir la Couronne. Cela n'est pas si ridicule. Par le pass&#233;, plusieurs mar&#233;chaux et autres personnalit&#233;s de l'arm&#233;e imp&#233;riale ont recu pour r&#233;compense une principaut&#233;, un duch&#233;, un royaume. Pourquoi l'Empereur n'agirait-il pas de la sorte ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Officiellement, Ferdinand VII est toujours le ma&#238;tre du pays. Godoy attend, entre les murs de sa prison, le proc&#232;s que le roi lui a promis. On organise d'ailleurs son transfert sur Madrid. L'entr&#233;e du favori d&#233;chu dans la ville est l'occasion d'une nouvelle humiliation : le prisonnier appara&#238;t &#224; la population en un bien triste &#233;tat, charg&#233; de fer, l'habit d&#233;chir&#233; et t&#226;ch&#233; de sang. Le m&#234;me jour, les troupes fran&#231;aises sont en vue. Le d&#233;fil&#233; militaire fait forte impression. Murat ouvre la marche, grimp&#233; sur une magnifique monture et v&#234;tu de son meilleur uniforme. N&#233;anmoins, les officiers pass&#233;s, l'admiration des Madril&#232;nes retombe : les soldats de la Grande Arm&#233;e n'ont pas la belle allure de leur commandant. Mal accoutr&#233;s, perdus dans des habits trop amples ou us&#233;s, ils produisent &#224; leur passage les quolibets m&#233;prisants des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murat prend ses quartiers. Charles IV et Marie- Louise lui font parvenir un premier courrier. Le couple y d&#233;crit les tourments de Godoy, ses supplications, ses souffrances intol&#233;rables. La reine multiplie les lettres (Pr&#232;s d'une vengtaine en un mois). Murat accepte d' intervenir et r&#233;clame que l'on adoucisse la d&#233;tention du prisonnier. On organise son transfert dans une r&#233;sidence plus confortable. Les Espagnols consentent finalement &#224; le lib&#233;rer. Remis aux Fran&#231;ais, le favori grimpe &#224; bord d'une berline et gagne Bayonne o&#249; Napol&#233;on doit le rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 Mars 1808, Ferdinand VII para&#238;t dans Madrid. Murat n'a recu aucune instruction le concernant. Il envoie &#224; Paris un message encourageant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Votre Majest&#233; est attendue comme le Messie ....Votre Majest&#233; peut disposer de l'Espagne comme Elle le voudra. Elle est ador&#233;e de la Nation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme, bien mieux pr&#233;par&#233; aux arts de la guerre qu'&#224; la subtitilit&#233; diplimatique, saisit mal la situation. Le d&#233;ploiement de ses troupes dans la capitale blesse l'orgueil espagnol. La fuite de Godoy, dont les Fran&#231;ais portent la responsabilit&#233;, complique les rapports avec la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux Tuileries, Napol&#233;on h&#233;site encore. Certes, les nouvelles parvenues de la p&#233;ninsule ib&#233;rique laissent imaginer que le royaume ne bougerait pas si les Bonaparte venaient &#224; r&#233;cup&#233;rer la Couronne. Pourtant, le comte de Tournon, tout juste arriv&#233; de Madrid, avertit : tant que l'Empereur conserve son soutien au souverain Bourbon, rien n'est &#224; craindre en Espagne. Mais que l'on songe &#224; remplacer Ferdinand, le soul&#232;vement serait imm&#233;diat et g&#233;n&#233;ral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;diction funeste, et pourtant tr&#232;s juste, &#224; laquelle Napol&#233;on refuse de croire. Les d&#233;chirements de la famille royale lui inspirent beaucoup de m&#233;pris. Aux yeux du conqu&#233;rant corse, Charles IV est un personnage sans envergure, son fils n'a pas plus d'intelligence politique. Il sera finalement ais&#233; de les forcer &#224; abdiquer, l'un et l'autre. D&#233;but Avril, il prend le chemin de Bayonne. Il y arrive le 14 et s'installe au ch&#226;teau de Marrac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es, l'ambassadeur de France rencontre Ferdinand VII et lui sugg&#232;re de rejoindre l'Empereur afin d'obtenir la reconnaissance de sa Couronne. Il n'y a dans cette proposition aucune arri&#232;re pens&#233;e. Pas plus que Murat le diplomate ne saisit v&#233;ritablement les plans de son ma&#238;tre. Ferdinand accepte le conseil. Quelques jours plus tard, il galoppe vers la fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
On informe Charles IV de l'entrevue. Le vieux roi redoute que l'alli&#233; fran&#231;ais ne confirme le Prince des Asturies dans ses pouvoirs. Il quitte aussit&#244;t son palais pour Bayonne, avec &#224; l'esprit l'intention de d&#233;noncer les conditions par lesquelles il a d&#251; abdiquer. Marie- Louise est du voyage. Elle a appris que Godoy est en route, lui- aussi. Sans doute cela emporte-t-il sa d&#233;cision d'accompagner son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand arrive le premier. Napol&#233;on le re&#231;oit poliment et partage en sa compagnie un excellent d&#238;ner. N&#233;anmoins, aucune des paroles que l'invit&#233; esp&#233;rait ne vient. L'Empereur ne daigne pas m&#234;me l'appeler &#171; Altesse &#187;. L'Espagnol est d&#233;cu. Quelques jours plus tard, comme il cherche &#224; quitter la r&#233;sidence avec son fr&#232;re Carlos, venu lui aussi &#224; Bayonne, un d&#233;tachement de gendarmes intervient et le ram&#232;ne dans ses appartements. Il r&#233;alise que l'on ne le laissera plus repartir. Il envoit un courrier &#224; son oncle o&#249; il pr&#233;vient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis prisonnier. M&#233;fie toi de ces maudits Fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de chance. Les services imp&#233;riaux interceptent la lettre. Le ch&#226;teau de Marrac s'est transform&#233; en une inextricable sourici&#232;re. Rien ne peut plus emp&#234;cher la d&#233;ch&#233;ance des Bourbons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Charles IV et Marie- Louise arrivent le 30 Avril. Godoy est l&#224; depuis peu. Le vainqueur d'Austerlitz se porte &#224; la rencontre du couple. Il embrasse chaleureusement la souveraine et propose son bras au roi quand vient le moment de gravir les escaliers du palais (Charles souffre de la goutte). Les conversations sont courtoises et polies. Mais Napol&#233;on a d&#233;j&#224; jug&#233; ses invit&#233;s : triste figure que ce descendant de Louis XIV ; ridicule presonnage que cette reine repoussante de laideur. &lt;br class='autobr' /&gt;
On invite Ferdinand &#224; para&#238;tre devant ses parents. La r&#233;union de famille tourne mal. Elle produit le plus d&#233;satreux des effets. Napol&#233;on &#233;crit d'ailleurs un peu plus tard &#224; son fid&#232;le Colaincourt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'ai ici toute la famille d'Espagne. Ils sont tr&#232;s anim&#233;s les uns contre les autres. La division entre eux est port&#233;e au dernier point. Tout cela pourrait bien se terminer par un changement de dynastie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles IV, debout, sa longue canne en main, menace : Ferdinand s'est assis sur un Tr&#244;ne qu'il ne lui revient pas d'occuper. S'il s'obstine &#224; conserver une Couronne usurp&#233;e par la force, lui et ses compagnons seront trait&#233;s en rebelles. Le prince bredouille quelques mots et jette un regard &#233;perdu vers Napol&#233;on. Celui-ci, observateur muet de la sc&#232;ne, n'a pas un mouvement. Visiblement, il soutient son vieil alli&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pris en faute, le jeune homme semble c&#233;der. Il propose une r&#233;union des Cort&#232;s, seuls autoris&#233;s &#224; lui retirer ses pouvoirs. Les coutumes du pays ne pr&#233;voient pas que l'on puisse abdiquer en terre &#233;trang&#232;re. La d&#233;cision doit &#234;tre prise en Espagne. On risque bien, sinon, de d&#233;noncer une r&#233;solution accept&#233;e sous la contrainte. L'argument est juste. Mais Charles IV s'emporte. Le geste rageur, il brandit sa canne sur le prince. Marie-Louise laisse d&#233;border son d&#233;pit, de violentes insultes &#224; la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; T&#234;te de m&#251;le, coeur de tigre ! &#187; crie-t-elle &#224; son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la famille royale donne &#224; Napol&#233;on le triste spectacle de ses d&#233;chirements, la col&#232;re gronde sur les rues de Madrid. Les nouvelles de Bayonne tardent &#224; venir. Les esprits s'&#233;chauffent et l'on finit par douter du retour des souverains. L'infant Francisco reste seul au palais. Une d&#233;cision arriv&#233;e de France complique la situation : l'Empereur r&#233;clame que le petit gar&#231;on rejoigne ses parents &#224; la fronti&#232;re. Cette fois, la mesure est comble. La population supporte depuis plusieurs semaines l'arrogance de l'occupant, les patrouilles quotidiennes de l'arm&#233;e, l'attitude hautaine de Murat. Elle r&#233;alise maintenant que l'on cherche l'abdication des Bourbons. Nul n'a plus d'illusions quant aux intentions de Napol&#233;on : pr&#233;parer l'installation d'un monarque &#233;tranger sur le Tr&#244;ne. Un po&#232;te avait pr&#233;venu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ecoute, Napol&#233;on, si en fid&#232;le alli&#233; tu as envoy&#233; tes troupes, tu trouveras dans la nation amiti&#233; et bonne union. Si un autre objet te guide, tu r&#232;gneras en Espagne, mais sur les Espagnols, non ! &#187;. Jamais avertissement n'aura aussi vite &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est g&#233;n&#233;rale. La fi&#232;vre gagne les pav&#233;s madril&#232;nes. On pr&#233;voit l'organisation d'un complot. Le plan des conjur&#233;s : attirer les officiers fran&#231;ais au spectacle d'une course de taureaux puis les massacrer au milieu de la foule. Des centaines de paysans sont appel&#233;s en renfort pour le coup et arrivent de leurs camapgnes. L'op&#233;ration doit se produire le 3 Mai. Deux jours avant la date fix&#233;e, on pr&#233;vient Murat de l'affaire. Les troupes sont maintenues dans les casernes. Va-t-on en rester l&#224; ? Des milliers de personnes se tiennent pr&#234;tes &#224; agir. Il faut saisir l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du 2 Mai 1808, un &#233;v&#233;nement met le feu aux poudres et d&#233;clenche l'insurrection. Aux abords du palais, la foule s'apper&#231;oit que l'Infant Francisco pr&#233;pare son d&#233;part. Un cri se r&#233;pand aussit&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Trahison ! Que l'Infant ne parte pas ! Mort aux Fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute a-t-on pass&#233; des consignes aux manifestants. Quand para&#238;t la voiture du prince, les &#233;meutiers se pr&#233;cipitent sur l'attelage. On ouvre la porti&#232;re du v&#233;hicule pour r&#233;cup&#233;rer le petit passager. Il n' y est pas. Au m&#234;me instant, un homme crie depuis l'un des balcons du palais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que nos lo llevan ! (&#171; Ils nous l'enl&#232;vent &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est remarquablement jou&#233;e. Une vague de col&#232;re parcourt les rangs. L'apparition de Francisco &#224; l'une des fen&#234;tres, et les baisers qu'il envoit &#224; la populace (Un geste qu'on lui a demand&#233; d'accomplir) galvanise les esprits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un officier de Murat, bien mal avis&#233; vues les circonstances, se pr&#233;sente. On se saisit de lui, on le frappe, on le tra&#238;ne. L'intervention d'un d&#233;tachement le sauve de peu. Mais l'incident engagent les premi&#232;res violences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les quartiers de la capitale se soul&#232;vent les uns apr&#232;s les autres. Quelques soldats napol&#233;oniens isol&#233;s sont pris &#224; parti et massacr&#233;s. Les Madril&#232;nes ont gagn&#233; les toits pour en d&#233;tacher les tuiles. Une pluie serr&#233;e de projectiles s'abat sur les patrouilles fran&#231;aises. Il y a beaucoup de victimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
On instruit Murat des progr&#232;s de l'insurrection pendant que des &#233;meutiers investissent les h&#244;pitaux de la ville &#224; la recherche de militaires convalescents. Toute la population semble avoir pris les armes. Des armes d&#233;risoires au regard des moyens dont dispose l'occuppant : des couteaux, des gourdins, des piques. Pour les mieux &#233;quip&#233;s, un vieux fusil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les acteurs de la r&#233;volte ? De petites gens, sans fortune, arriv&#233;s des milieux les plus modestes : une majorit&#233; d'artisans, des vagabonds, des marginaux. Finalement bien peu de bourgeois. Le &#171; Dos de mayo &#187; est avant tout l'expression d'un m&#233;contentement populaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes ne sont pas en reste. Tout autant que les hommes, on les trouve en premi&#232;re ligne des combats. Des noms demeur&#233;s &#224; la post&#233;rit&#233; galvanisent les &#233;nergies. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une part celui de Manuela Malasana. Cette brodeuse de 15 ans log&#233;e au num&#233;ro 18 de la rue San Andreas participe aux &#233;v&#232;nements. Elle tombe entre les mains des Fran&#231;ais. Elle porte sur elle une paire de ciseaux. Cela suffit &#224; la condamner comme &#233;meuti&#232;re. Elle est fusill&#233;e peu apr&#232;s. Les Espagnols entretiennent autour de sa m&#233;moire une l&#233;gende glorieuse. Un quartier de Madrid, une station de m&#233;tro portent aujourd'hui son nom. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre personnalit&#233; d'envergure, Clara Del Reye, tu&#233;e au cours des affrontements, &#224; l'&#226;ge de 47 ans, avec, sans doute son mari et l'un de ses fils. Une plaque install&#233;e sur la facade de l'Eglise de la Buena Dicha lui est consacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bordements se multiplient. Murat dispose pour ramener le calme de 30000 hommes. Dans l'imm&#233;diat, il s'agit de d&#233;gager la place du palais royal. Un peloton de grenadiers y met en batterie deux canons. On lance les sommations d'usage. La foule, port&#233;e au comble de l'exasp&#233;ration, ne veut rien entendre. Une premi&#232;re salve tir&#233;e en l'air n'a pas d' effet notable. Les &#233;meutiers refusent de se disperser. Un deuxi&#232;me tir fauche cette fois les rangs. La mitraille emporte de nombreux corps. Les pav&#233;s rougissent de sang. Une indescriptible panique gagne les esprits. Les survivants de la fusillade refluent sur la calle Mayor et les rues proches. Le massacre renforce plus qu'il ne brise la d&#233;termination des Madril&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murat rejoint la porte San Vincente. Son Etat- Major l'accompagne. Il donne ses ordres : quatre colonnes de soldats s'avancent sur la puerta Del Sol. C'est ici que les insurg&#233;s ont regroup&#233; leurs forces. La bataille est violente. Les Madril&#232;nes opposent aux Fran&#231;ais toute la r&#233;sistance dont ils sont capables. Les plus d&#233;termin&#233;s rejoignent les toits d'o&#249; ils d&#233;versent une pluie meurtri&#232;re de projectiles. D'autres infiltrent les caves et ouvrent le feu depuis les soupirails. La garde des Mamelouks subit de tr&#232;s lourdes pertes. Mais les charges successives de la cavalerie fendent la foule brutalement. L'engagement est tel que Daumesnil a deux chevaux tu&#233;s sous lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nul n'est &#233;pargn&#233;. Un coup de feu tir&#233; des fen&#234;tres d'un couvent abat un soldat. L'instant d'apr&#232;s, les grenadiers investissent le b&#226;timent et y massacrent tous les moines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment, les insurg&#233;s semblent sur le point de l'emporter. La population est parvenue &#224; s'emparer du parc d'artillerie de Monteleone. Fusils et pistolets circulent de mains en mains. On installe en batterie les canons de la place. Les Fran&#231;ais concentrent leurs offensives sur la position. Sans r&#233;sultat, le terrain reste aux mains des Espagnols. Il faut songer au repli. Quand on l'informe de la situation, Murat fulmine. Il fait envoyer sur les lieux de nouveaux renforts. Cette fois, les &#233;meutiers sont d&#233;bord&#233;s. La cavalerie emporte la d&#233;cision du combat. La foule se disperse dans la confusion g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La venue d'un officier espagnol porteur de propositions de n&#233;go&#231;iations appaise un moment la fusillade. Du c&#244;t&#233; de la r&#233;bellion, les discussions s'engagent. Quelques r&#233;solus repoussent toute id&#233;e d'accomodement et exigent la poursuite des op&#233;rations. D'ailleurs un coup de feu anonyme, tir&#233; d'on ne sait trop o&#249;, signale la reprise des hostilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers une heure de l'apr&#232;s midi, les troupes s'emparent du parc de Monteleone. Des accrochages sporadiques se produisent encore dans les quartiers centraux de Madrid mais les forces napol&#233;onienne r&#233;tablissent le calme. En d&#233;but de soir&#233;e, le soul&#232;vement est bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;l&#233;gu&#233;s espagnols tentent d'appaiser les esprits. Les pourparlers s'engagent avec les autorit&#233;s fran&#231;aises. Mais ils n'&#233;vitent pas la r&#233;pression. Murat d&#233;cr&#232;te sur la ville l'ordre martial. Des centaines de personnes, arr&#234;t&#233;es en pleine rue parce qu'elles portent une arme ou plus simplement des traces de poudres sur les v&#234;tements, sont d&#233;f&#233;r&#233;es devant les commissions militaires de l'occupant. Les proc&#233;dures se multiplient et s'ach&#232;vent pour la plupart sur des condamnations &#224; mort. On fusille &#224; peu pr&#232;s n'importe qui. Un barbier malchanceux tombe sur une patrouille de surveillance. Il part raser un client. Les instruments qu'il a emport&#233;s avec lui suffisent &#224; justifier son interpellation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les accus&#233;s n'ont aucun moyen de se d&#233;fendre. Les interrogatoires se r&#233;sument &#224; une simple v&#233;rification d'identit&#233;. Les sentences sont appliqu&#233;es sur l'instant. Les ex&#233;cutions se succ&#232;dent toute la journ&#233;e du 3 Mai. Les insurg&#233;s prennent le chemin du Prado, du Retiro, de l'Eglise du Buen Suceso et du convent J&#233;sus, sur la montagne du Principe Pio o&#249; attendent les pelotons. Pr&#233;sent sur les lieux, Goya a laiss&#233; de ces sc&#232;nes sanglantes un t&#233;moignange tragique. Les toiles du peintre &#233;voquent dans toute sa dimention le tragique de la r&#233;pression. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui encore, toutes les victimes n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;nombr&#233;es. Les archives municipales de Madrid fournissent une liste partielle des disparus (Au combat ou les jours suivants). Les bilans ne sont pas &#233;vident &#224; &#233;tablir : 900 soldats et 60 officiers Fran&#231;ais auraient perdu la vie &#224; l'issue des affrontements. Du c&#244;t&#233; espagnol, les chiffres sont moins certains : sans doute plusieurs centaines de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle du soul&#232;vement parvient &#224; Bayonne le 5 Mai 1808. Napol&#233;on confie &#224; son entourage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A tout peuple conquis, il faut une s&#233;dition. L'alerte de madrid n'est rien. Il est regretable que Barcelone ne se soit pas soulev&#233;e. On aurait balay&#233; l&#224; aussi les mauvais sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles IV et les siens sont &#233;galement inform&#233;s des &#233;v&#232;nements. Le souverain se laisse abuser par la col&#232;re feinte de Napol&#233;on (L'Empereur lui adresse quelques reproches). Le Bourbon proteste de sa bonne foi. Il fait convoquer son fils. Le prince tente comme il le peut de se disculper des accusations que le roi et la reine portent contre lui. Non, il ne sait rien de ce qui se passe &#224; Madrid. Il n'a pas complot&#233;, ni transmis d' ordres. La fureur de Marie- Louise se d&#233;verse abondamment : insultes, menaces, elle n'&#233;pargne au jeune homme aucune humiliation. Napol&#233;on observe la sc&#232;ne sans un mot. Mais, a propos de la souveraine, il &#233;crit plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelle femme ! Quelle m&#232;re ! Elle me fait horreur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' affaire du 2 Mai pr&#233;cipite l'entrevue de Bayonne. Comme si on l'avait pris en faute, Ferdinand renonce &#224; la Couronne. Charles IV d&#233;cide de ne pas la conserver pour lui m&#234;me et charge son alli&#233; fran&#231;ais de placer sur le Tr&#244;ne un candidat de son choix. Il re&#231;oit en compensation de son acte politique la r&#233;sidence de Chambord et une rente de 6 millions. On garantit &#224; Godoy une retraite heureuse et on r&#232;gle le sort des infants : il est convenu que les petits princes suivront leurs parents en exil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques jours apr&#232;s, le fr&#232;re ain&#233; de l'Empereur, Joseph, abandonne son royaume de Naples (Donn&#233; &#224; Murat en r&#233;compense de ses services) et franchit les Pyr&#233;n&#233;es pour Madrid. Le nouveau ma&#238;tre de la p&#233;ninsule ib&#233;rique d&#233;voile beaucoup de bonne volont&#233; mais il s'appr&#234;te &#224; r&#233;gner sur un peuple humili&#233; et en r&#233;volte. Comme l'avait pr&#233;dit un peu auparavant ce po&#232;te, les Espagnols n'accepteront jamais l'installation des Bonaparte sur leur pays. Cela, Napol&#233;on ne l'a pas compris. Le signal d'un soul&#232;vement cette fois &#233;tendu &#224; l'ensemble du territoire retentit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles de la r&#233;pression se r&#233;pandent d'une ville &#224; une autre. Fin Mai, Saragosse, Barcelone, S&#233;ville sont en &#233;tat d'insurrection. On signale dans les Asturies plusieurs soul&#232;vements. L'Andalousie, la Catalogne s'agitent &#233;galement. Joseph a pris la route de Madrid. Le trajet est difficile. Des r&#233;gions enti&#232;res &#233;chappent &#224; l'autorit&#233; du nouveau roi. Le fr&#232;re de l'Empereur atteind finalement la capitale &#224; la fin du mois de Juillet 1808. Dix jours plus tard, l'humiliation que le g&#233;n&#233;ral Dupont essuie &#224; Baylen le contraint &#224; &#233;vacuer la ville (Le 19, les troupes espagnoles sont parvenues &#224; encercler une arm&#233;e fran&#231;aise trop avanc&#233;e en Andalousie. La r&#233;dition du vaincu r&#233;sonne pour les peuples europ&#233;ens comme un espoir immense. L'invicibilit&#233; militaire de Napol&#233;on para&#238;t avoir v&#233;cu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres inqui&#233;tudes parviennent du Portugal o&#249; les Anglais de Welington ont d&#233;barqu&#233; quelques temps auparavant. Un premier affrontement dans le secteur de Lisbonne, &#224; Vimeiro (Ao&#251;t 1808), tourne au d&#233;savantage de Junot. Les forces imp&#233;riales engagent les op&#233;rations de repli. La situation est suffisamment grave pour n&#233;cessiter l'intervention de Napol&#233;on en personne. Le conqu&#233;rant corse franchit les Pyr&#233;n&#233;es &#224; l'Automne (Les n&#233;gociations d&#233;licates d'Erfurt avec la Russie lui laissent un temps les mains libres. Alexandre s'engage &#224; maintenir la neutralit&#233; autrichienne sur le Rhin. On s'apper&#231;oit en fait tr&#232;s rapidement que le Tsar joue un double jeu et qu'il encourage en sous main Vienne &#224; reprendre les histilit&#233;s. En Avril 1809, une nouvelle coalition conclue entre la Grande- Bretagne et l'Autriche d&#233;clenche les op&#233;rations militaires &#224; l'Est).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; dans la p&#233;ninsule ib&#233;rique, l'Empereur s'ouvre la route de Madrid par une s&#233;rie de victoires d&#233;cisives : Burgos, le col de Somosierra (O&#249; les lanciers polonais emportent les positions ennemies &#224; l'issues de charges intr&#233;pides), Tuelda....&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 D&#233;cembre, la Grande Arm&#233;e investit la capitale. Joseph retrouve sa Couronne. Au Portugal, le succ&#232;s obtenu &#224; La Corogne (Janvier 1809) contraint les troupes anglaises &#224; rembarquer pour la Grande- Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion fran&#231;aise produit de profonds d&#233;sordres en Espagne. L'abdication de Charles IV cr&#233;&#233; un vide politique dangereux. Certes, Joseph se pr&#233;sente en successeur l&#233;gitime des Bourbons et r&#233;cup&#232;re le pouvoir. Pourtant, de nombreuses r&#233;gions du territoire ne reconnaissent &#224; son autorit&#233; aucun fondement institutionnel. Les circonstances exceptionnelles du moment confrontent les Espagnols &#224; une interrogation essentielle : la faillite de la Monarchie justifie-t-elle que le peuple puisse assumer, en attendant le retour de Ferdinand VII, la r&#233;alit&#233; du gouvernement ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les traditions, h&#233;rit&#233;es d'un tr&#232;s long pass&#233;, reposent sur le contrat que le souverain passe le jour de son av&#232;nement avec les sujets du royaume. Plac&#233; &#224; la t&#234;te de ses &#233;tats (La Castille, l'Aragon, la Catalogne, etc... dont il repecte les coutumes particuli&#232;res &#224; chacun), le roi s'appuie sur des assembl&#233;es repr&#233;sentatives (Les Cort&#232;s) dont il ne saurait interdire les r&#233;unions. Entre la Couronne et les d&#233;put&#233;s choisis pour si&#233;ger aux Cort&#232;s, les n&#233;gociations sont parfois difficiles (Surtout en mati&#232;re fiscale quand se pose la n&#233;cessit&#233; d'une contribution extraordinaire). Mais elles t&#233;moignent du rapport que le Tr&#244;ne entretient avec les Espagnols : le souverain est le d&#233;positaire des pouvoirs qui lui sont confi&#233;s pour la dur&#233;e de son r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeur&#233;es vacantes, puisque les Bourbons ont fui &#224; l'&#233;tranger, les fonctions gouvernementales &#233;choient naturellement aux corps constitu&#233;s du pays. Les premi&#232;res Juntes apparaissent dans diverses villes et provinces d'Andalousie, d'Estr&#233;madure, de Catalogne, de Galice, de Castille,etc....Ces assembl&#233;es h&#233;rit&#233;es de la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale que le roi convoquait selon les besoins du moment rassemblent un personnel tr&#232;s vari&#233; d'une r&#233;gion &#224; l'autre. Leur importance num&#233;rique n'est pas non plus la m&#234;me selon le cas que l'on consid&#232;re. Membres de la Noblesse ou du Clerg&#233; (Ev&#234;ques, abb&#233;s, moines...), bourgeoisie commer&#231;ante ou urbaine, &#233;lites de la paysannerie ou de m&#233;tiers, il est difficile d'&#233;tablir une typologie v&#233;ritablement claire des multiples juntes surgies sur le territoire (Mais aussi, il faut le souligner, dans les colonies am&#233;ricaines). Officiellement, chaque assembl&#233;e assume le pouvoir au nom de Ferdinand VII, &#224; titre int&#233;rimaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, les difficult&#233;s sont nombreuses. La lutte conduite contre l'occupant fran&#231;ais n&#233;cessite que les d&#233;cisions politiques et militaires soient prises &#224; l'&#233;chelle du pays et non plus dans un cadre strictement provincial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25 Septembre 1808, les d&#233;put&#233;s d'une Junte Centrale se r&#233;unissent pour la premi&#232;re fois &#224; S&#233;ville. Les &#233;lus ont fort &#224; faire. Non seulement, il leur revient de conduire le gouvernement (et d'accomplir la lib&#233;ration du territoire) et de prendre pour cela les mesures les plus urgentes (R&#233;organisation de l'arm&#233;e, de la fisaclit&#233;, des finances). Mais il faut aussi r&#233;fl&#233;chir &#224; l'avenir de l'Espagne, une fois Napol&#233;on chass&#233;. La question est essentielle ; elle produit des d&#233;bats passionn&#233;s. Pour les admirateurs de la R&#233;volution Fran&#231;aise et des libert&#233;s que 1789 a engendr&#233;es (Ceux que l'on pourrait qualifier de Lib&#233;raux), la Monarchie espagnole doit entreprendre de profondes r&#233;formes institutionnelles. L'&#233;laboration d'une Constitution appara&#238;t comme l'acte fondateur d'un pacte nouveau entre le roi et son peuple. Constitution imit&#233;e de ce qui a pu exister de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es mais avec des sp&#233;cificit&#233;s proprement nationales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les partisans de l'Absolutisme traditionnel restent encore nombreux (A son retour, en 1814, Ferdinand VII, s'appuira sur eux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La session extraordinaire des Cort&#232;s de Cadix en Septembre 1810, (&#224; l'initiative de la Junte centrale) aboutit &#224; la promulgation d'une constitution lib&#233;rale deux ans plus tard. Les travaux ouvrent une &#232;re nouvelle en Espagne. Les textes pr&#233;voient la disparition des taxes et des imp&#244;ts seigneuriaux. Les justices f&#233;odales et l'Inquisition sont abolies. Les pouvoirs du souverain sont limit&#233;s &#224; ceux de l'ex&#233;cutif tandis que les Cort&#232;s obtiennent le droit de d&#233;battre en mati&#232;re l&#233;gislative et ou fiscale. De nouveaux red&#233;coupages administratifs modifient la carte du territoire. On &#233;voque aussi les n&#233;cessit&#233;s d'une r&#233;forme agraire dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e de Ferdinand apr&#232;s la d&#233;fa&#238;te d&#233;finitive de la Grande Arm&#233;e marque la restauration des principes anciens &#224; travers la p&#233;ninsule ib&#233;rique. Le monarque bourbon supprime d'autant plus facilement la Constitution de Cadix que les populations &#233;prouvent un attachement tr&#232;s ti&#232;de aux valeurs du lib&#233;ralisme (L'opposition est tr&#232;s vive dans les milieux eccl&#233;siastiques). Ce lib&#233;ralisme import&#233; de l'&#233;tranger et entach&#233; du souvenir napol&#233;onien (Joseph avait lui-m&#234;me fait voter une Constitution au cours de son r&#232;gne &#233;ph&#233;m&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etranger aux d&#233;bats politiques de la Junte Centrale puis des Cort&#232;s (D&#233;bats dont il ne saisit pas forcemment tous les enjeux), le peuple s'engage corps et &#226;me dans la lutte contre l'occuppant. Si les troupes r&#233;guli&#232;res du gouvernement repli&#233; &#224; S&#233;ville affrontent les Fan&#231;ais en ordre de bataille, les populations privil&#233;gient d'autres m&#233;thodes de combat : la guerilla ou &#171; petite guerre &#187;. Les Espagnols n'ont pas invent&#233; la guerilla, celle-ci existe depuis les temps de l'antiquit&#233;. Mais ils l'&#233;tendent &#224; l'ensemble du territoire. Les soldats napol&#233;oniens d&#233;couvrent un ennemi insaisissable, dissimul&#233; au coeur du relief, dans les for&#234;ts, dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont les combattants de la guerilla ? Surtout et essentiellement de petites gens arriv&#233;es d'horrizons tr&#232;s modestes : des paysans, des artisans, des bergers mais aussi des marginaux, des vagabonds, des d&#233;racin&#233;s. Chacun se bat pour des motifs qui lui sont personnels : la patrie en danger, l'ind&#233;pendance menac&#233;e (Du moins les mieux renseign&#233;s) ou plus simplement le village, la demeure familiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vacance du pouvoir en de nombreuses r&#233;gions favorise les initiatives individuelles. La faillite de l'autorit&#233; monarchique et l'avanc&#233;e inexorable des arm&#233;es imp&#233;riales encouragent les campagnes &#224; s'organiser pour mieux se d&#233;fendre. Des bandes de guerilleros, mal pr&#233;par&#233;es, mal arm&#233;es, mais terriblement d&#233;termin&#233;es surgissent ici et l&#224;. Ce sont les &#171; partidas &#187; dont le souvenir marque pour longtemps la conscience espagnole. Beaucoup re&#231;oivent le soutien de la petite noblesse locale ou du Clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la t&#234;te de chaque Partida, le cabecilla, un chef charismatique, acclam&#233; par ses compagnons parce qu'il dispose d'&#233;loquance, d'instruction, d'astuce ou d'intelligence. De ces personnages mal connus et insaisissable, peu de renseignements. Si ce n'est le surnom de quelques uns pass&#233; &#224; la post&#233;rit&#233; : El Pastor (Le berger), El Estudiante (L'&#233;tudiant), El Medico (Le m&#233;decin), El Manco (Le manchot). Et leurs exploits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les combattants espagnols ne sont sans doute pas des professionnels de la guerre. N&#233;anmoins, chaque bande s'appuie sur une hi&#233;rarchie pr&#233;cise et imit&#233;e des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens &#224; disposition sont r&#233;duits : peu de fusils ou de pistolets. Des poignards et autres couteaux, des outils que l'on a transform&#233; en mat&#233;riel militaire. Bien que d&#233;munis, mal pourvus, les guerrilleros sont pourtant particuli&#232;rement efficaces. Ils surgissent au d&#233;tour d'un chemin, d'une for&#234;t puis disparaissent aussi vite qu'ils apparaissent. Leurs objectifs : des soldats isol&#233;s ou perdus, des convois sans protection. La tactique produit un effet remarquable : les Fran&#231;ais &#233;prouvent rapidement le sentiment d'une ins&#233;curit&#233; permanante. Nul n'est plus certain de ses arri&#232;re. Le danger survient &#224; tout instant. Un buisson, un amas de rocher, une clairi&#232;re, tout devient pr&#233;texte &#224; se m&#233;fier. Le moindre d&#233;placement de troupes prend des allures d'exp&#233;ditions incertaines, particuli&#232;rement sur l'axe Irun- Madrid : le 4 f&#233;vrier 1812, 3000 gendarmes napol&#233;oniens et deux canons accompagnent jusque dans la capitale une soixantaine de v&#233;hicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent recherch&#233;es et poursuivies par l'occupant, les Partidas b&#233;n&#233;ficient du soutient discret de la population. Quand le soir tombe, les combattants espagnols savent pouvoir compter sur l'aide d'un village acceuillant. On offre aux r&#233;sistants de quoi se nourrir, se reposer ou se soigner. Une sollicitude d'autant plus importante que les guerilleros sont &#233;quip&#233;s du minimum : une tenue demeur&#233;e fameuse (Un foulard nou&#233; sur la t&#234;te, un chapeau &#224; larges bords, une chemise de tissu grossier, un pantalon de velour), la musette o&#249; l'on glisse un morceau de pain, un peu de tabac, de chocolat, quelques affaires de rechange (Et que l'on c&#226;le sous sa nuque en guise d'oreiller, la nuit), la bourse de munitions et de poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Espagnols multiplient les coups de main. Certains succ&#232;s emport&#233;s sur les Fran&#231;ais marquent pour longtemps la m&#233;moire collective. Tel le fameux affrontement du 6 Juin 1808, &#224; El Bruch de Arriba, en Catalogne. Ce jour-l&#224;, une colonne de Napolitains command&#233;s par le g&#233;n&#233;ral Schwartz est brutalement assaillie &#224; la sorie d'un chemin. Les maquisards sont plusieurs centaines ; Quelques d&#233;serteurs et des Suisses participent &#224; l'embuscade. La fusillade est tr&#232;s violente mais les guerilleros finissent par d&#233;crocher. Ils se replient sur deux villages voisins. Les soldats engagent la poursuite et investissent les lieux. Ils se heurtent &#224; la d&#233;termination de nouveaux renforts venus secourir les fuyards. Le tocsin retentit &#224; cet instant et se r&#233;pand de bourgades en hameaux. La panique s'empare des troupes napol&#233;oniennes. Craigant se laisser prendre dans un guet appens g&#233;n&#233;ralis&#233;, Schwartz pr&#233;f&#232;re rompre le contact et se retirer. L'affaire n'est pas isol&#233;e. Elle r&#233;v&#232;le surtout les tactiques habituelles de la guerilla : des actions limit&#233;es, une capacit&#233; &#224; se d&#233;placer rapidement ou propager un foyer insurrectionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un camps comme dans l'autre, la terreur est &#224; l'ordre du jour. Aux exactions espagnoles commises &#224; l'encontre de militaires isol&#233;s et perdus r&#233;pond la r&#233;pression fran&#231;aise sur les populations. Les t&#233;moignages de quelques officiers de la Grande Arm&#233;e &#233;voquent le caract&#232;re particuli&#232;rement tragique de la guerre. Le g&#233;n&#233;ral Hugo rapporte dans ses m&#233;moires les repr&#233;sailles conduites apr&#232;s l'assassinat de trois malheureuses victimes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en vain que ces malheureux avaient demand&#233; qu'avant de les faire mourir on leur accord&#226;t les secours de la religion. Loin d'avoir &#233;gard &#224; leur pri&#232;re, on les fusilla sans piti&#233; &#224; la vue de mon d&#233;tachement et on les jeta &#224; moiti&#233; morts dans le ruisseau de la Dehesa pour achever de les faire p&#233;rir. Cette action atroce, commise de sang froid sur un malade et des non combattants p&#233;n&#233;tra tout le monde de la plus vive indignation. Elle exigeait de vigoureuses repr&#233;sailles pour produire un effet utile &#224; la cause de l'humanit&#233; et je fis prendre dans les douze prisonniers les trois qui appartenaient &#224; la bande assassine, je les fis conduire au bord de l'Adaja et les y fis fusiller, aussi sans confession, malgr&#233; leurs pri&#232;res et celles que le chapitre, ayant &#224; sa t&#234;te l'Ev&#234;que d'Avila, homme respectable et mona mi, vint m'adresser solennellement sur les lieux m&#234;me de l'ex&#233;cution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;mes sc&#232;nes tragiques en Navarre o&#249; l'on apprend le meurtre de quatre soldats. Les responsables appartiennent &#224; la Partidas de Cruchaga. La g&#233;n&#233;ral Abb&#233; r&#233;plique par la pendaison de vingt otages choisis parmi les civils. Quelques jours apr&#232;s, les Espagnols massacrent neuf grenadiers dont ils mutilent les cadavres pour mieux frapper les esprits. Trente- six d&#233;tenus, parmi lesquels les parents de guerilleros, sont aussit&#244;t fusill&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La spirale sanglante se prolonge. Aux tueries perp&#233;tr&#233;es par l'un ou l'autre adversaire, s'ajoutent les d&#233;portations de prisonniers en France. N&#233;anmoins les agissements d'un Kellerman, persuad&#233; que la r&#233;pression exerc&#233;e sur les proches des Cabecilla les plus actifs aura en fin de compte raison de la d&#233;termination populaire, n'apporte aucun r&#233;sultat v&#233;ritablement efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences de la guerilla frappent les Espagnols eux- m&#234;me. D'un village &#224; un autre, les r&#232;glements de compte sont parfois nombreux. Les premi&#232;res victimes, ceux que l'on appelle les &#171; Afrancesados &#187;, dans un sens litteral les &#171; Francis&#233;s &#187;. Il s'agit de partisans favorables &#224; l'occupant, parfois sans grande conviction. Beaucoup esp&#232;rent les r&#233;formes lib&#233;rales que le roi Joseph promet d'appliquer. Les &#171; traitres &#187;, ce terme appara&#238;t souvent dans le discours des r&#233;sistants, payent cet engagement tr&#232;s cher et subissent les terribles vengeances de leurs compatriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chefs de bandes arriv&#233;s d'horrizons obscurs, marginaux, vagabonds ou brigands recherch&#233;s, profitent du climat d'anarchie que l'insurrection produit pour multiplier les exactions sur le population. Extorsions, vols, assassinats, pillages, les motifs de plainte sont nombreux. Plusieurs t&#233;moignages rapportent les comportements brutaux de Cabecilla bien plus int&#233;ress&#233;s par leurs profits que la lutte contre l'arm&#233;e napol&#233;onienne. En Catalogne, Francesc Sauci et sa troupe exigent des habitants de la r&#233;gion toute une s&#233;rie de contributions ill&#233;gitimes. Plusieurs jeunes femmes sont emmen&#233;es en captivit&#233; pour garantir le versement des sommes. La situation conduit la junte locale &#224; ordonner la dissolution du petit groupe. Des dol&#233;ances parviennent aussi des Asturies o&#249; des guerilleros, r&#233;fugi&#233;s dans la montagne, s'attaquent r&#233;guli&#232;rement aux villages. En Navarre, le meneur Echeverria marque les esprits de ses agissements sanglants et violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la guerilla et le monde du banditisme, il n'est pas toujours &#233;vident d'&#233;tablir une distinction pr&#233;cise. Le ph&#233;nom&#232;ne atteind d'ailleurs un tel degr&#233; que plus aucune route n'est v&#233;ritablement certaine. Les Fran&#231;ais comptent parmi les premi&#232;res cibles des guet appens organis&#233;s le long des chemins. L'axe Madrid- Bayonne via Burgos est sans doute le plus dangereux pour l'occupant. Mais les diligences et leurs passagers sont aussi &#224; l'occasion ran&#231;aonn&#233;s. Un voyage dans l'Espagne de 1808- 1813 prend les allures d'un odys&#233;e dont nul ne peut jurer se tirer sain et sauf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation inqui&#232;te les autorit&#233;s. L'apparition d'unit&#233;s miliciennes traduit la volont&#233; des pouvoirs de maintenir l'ordre public &#224; travers le pays. Des colonnes de paramilitaires patrouillent sur les sentiers de montagnes et de for&#234;ts, &#224; la recherche de crimminels responsables ou particuli&#232;rement impliqu&#233;s. N&#233;anmoins, l'encadrement de la guerilla demeure probl&#233;matique tant la t&#226;che &#224; accomplir para&#238;t immense. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement massif des partidas pose d'ailleurs au gouvernement retranch&#233; &#224; S&#233;ville un redoutable souci. L'initiative des &#233;lites locales (Un noble, un pr&#234;tre, un homme plus instruit, plus astucieux que ses compagnons) pour organiser la r&#233;sistance entretient dans la population le sentiment que la Junte centrale, repli&#233;e en Andalousie, est finalement bien lointaine. Les chefs de la guerilla prennent seuls leurs d&#233;cisions, d&#233;terminent eux- m&#234;mes les coups de main &#224; r&#233;aliser. Les responsables politiques du pays y voient le risque de comportements pouvant aboutir aux d&#233;rapages d'une anarchie g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, le gouvernement, dont les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res ont subi toute une s&#233;rie d'&#233;chec au retour de Napol&#233;on, sait ce qu'il doit aux actions efficaces des guerilleros. Mais, un d&#233;cret du mois d'Avril 1809 pr&#233;cise dans quelles conditions les populations civiles peuvent prendre les armes et se battre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous les habitants des provinces occup&#233;es par les troupes fran&#231;aises, qui sont en &#233;tat de porter des armes, sont autoris&#233;s &#224; s'armer, m&#234;me avec des armes d&#233;fendues, pour attaquer et d&#233;pouiller toutes les fois que l'occasion s'en pr&#233;sentera, des soldats fran&#231;ais soit en particulier, soit en masee, s'emparer des vivres et des effets qui leur sont destin&#233;s, en un mot leur faire tout le mal et causer tous les dommages possibles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle part de la victoire est-il aujourd'hui l&#233;gitime d'accorder aux combattants de la r&#233;sistance ? Certes, le d&#233;part pr&#233;cipit&#233; de Napol&#233;on quand parviennent les nouvelles inqui&#233;tantes du Rhin (En 1809, l'Autriche croit l'heure venue d'abattre l'empire du conqu&#233;rant corse) a pes&#233; pour beaucoup dans la victoire des Espagnols. Certes, le retour des troupes anglaises, d&#233;baraqu&#233;es au Portugal, et le g&#233;nie militaire d'un Welington expliquent le repli de la Grande Arm&#233;e sur les Pyr&#233;n&#233;es (La d&#233;fa&#238;te de Vitoria en Juin 1813 ach&#232;ve la lib&#233;ration du territoire et ouvre la France &#224; l'invasion &#233;trang&#232;re. Quelques semaines plus tard, les Britanniques marchent sur Pau et Toulouse). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce serait commettre une erreur d'appr&#233;ciation que d'ignorer le r&#244;le essentiel des guerrilleros au cours du conflit. Le talent strat&#233;gique qu'ils d&#233;ploy&#232;rent lorsque les circonstances du moment l'exigeaient mirent souvent les Fran&#231;ais en difficult&#233;. L'occupant n'e&#251;t pas seulement &#224; affronter les forces r&#233;guli&#232;res du gouvernement espagnol. Il lui fallut aussi veiller constamment &#224; ses arri&#232;res et consacrer une large partie de ses effectifs &#224; des op&#233;rations de police et de maintien de l'ordre. Les vainqueurs d'Austerlitz, de Iena ou de Friedland, habitu&#233;s aux batailles en terrain d&#233;couvert, ne purent jamais vraiment contr&#244;ler les routes et les for&#234;ts d'Espagne. Pour la premi&#232;re fois depuis ses victoires aux quatre coins de l'Europe, Napol&#233;on d&#251;t affronter un adversaire aussi mobile et d&#233;termin&#233; qu'il &#233;tait insaisissable. Les troupes fran&#231;aises s'&#233;puis&#232;rent &#224; &#233;teindre l'immense mouvement de r&#233;volte que l'Empereur provoqua lorsqu'il exigea des Bourbons leur abdication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des &#233;l&#233;ments restent &#224; d&#233;couvrir sur les combattants improvis&#233;s de la guerre. Beaucoup n'ont laiss&#233; derri&#232;re aucune trace. Venus d'un monde o&#249; l'&#233;crit demeurait le privil&#232;ge d'une minorit&#233;, la plupart disparurent dans l'anonymat. Les travaux &#224; venir jetteront-ils peut &#234;tre une lumi&#232;re nouvelle sur les Partidas de 1808.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'invasion fran&#231;aise marque durablement la conscience nationale espagnole. Elle ouvre surtout un cycle de violences et de d'agitations que Ferdinand VII aura &#224; contenir quand ses partisans le porteront sur le tr&#244;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'empire napol&#233;onien abattu, la p&#233;ninsule ib&#233;rique subira pendant de longues d&#233;cennies encore les incertitudes politiques de la Monarchie. Soul&#232;vements de g&#233;n&#233;raux ambitieux, complots des milieux lib&#233;raux et des nostaliques de la Constitution de Cadix, conflits dynastiques (Les guerres carlistes surviennent des querelles familiales entre Don carlos et sa ni&#232;ce), abdication (Celle d'Isabelle II en 1868), installation d'une r&#233;publique sans lendemain, le pays ach&#232;vera son XIX&#176; si&#232;cle au coeur de d&#233;sordres r&#233;currents. Ses d&#233;sordres qui finiront par annoncer le grand orage de 1936-1939.....&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une femme dans la R&#233;volution, Charlotte Corday. </title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article424</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article424</guid>
		<dc:date>2008-05-28T19:26:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Je dois voir le citoyen Marat. Absolument. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dissimul&#233;e derri&#232;re la porte qu'elle a prudemment entrebaill&#233;e, Simone Evrard d&#233;taille l'&#233;trange jeune femme, venue une troisi&#232;me fois frapper au logis du c&#233;l&#232;bre r&#233;volutionnaire parisien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le citoyen Marat ne re&#231;oit personne. Je vous l'ai d&#233;j&#224; dit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il faut que je lui parle. Je d&#233;tiens des informations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Simone Evrard secoue la t&#234;te : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Non. C'est inutile. Partez. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inconnue esquisse un geste d'impatience. L'&#233;clat bleut&#233; de son regard, que de belles m&#232;ches (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je dois voir le citoyen Marat. Absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dissimul&#233;e derri&#232;re la porte qu'elle a prudemment entrebaill&#233;e, Simone Evrard d&#233;taille l'&#233;trange jeune femme, venue une troisi&#232;me fois frapper au logis du c&#233;l&#232;bre r&#233;volutionnaire parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le citoyen Marat ne re&#231;oit personne. Je vous l'ai d&#233;j&#224; dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut que je lui parle. Je d&#233;tiens des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Evrard secoue la t&#234;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non. C'est inutile. Partez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconnue esquisse un geste d'impatience. L'&#233;clat bleut&#233; de son regard, que de belles m&#232;ches dor&#233;es soulignent gracieusement, refl&#232;te la d&#233;termination d'une personne certaine de son devoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle insiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Permettez moi d'entrer, juste quelques minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix parvenue du fond de l'appartement retentit &#224; cet instant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui est-ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Evrard se tourne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une fille. Elle pr&#233;tend avoir des r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fais la venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille m&#233;nag&#232;re s'&#233;carte du passage, un air de regret sur le visage. Mais elle pr&#233;vient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est tr&#232;s fatigu&#233;. Vous ne devez pas rester longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visiteuse hoche la t&#234;te puis s'engage dans le couloir que lui indique la gardienne. Quelques pas, les grincements de la porte que l'on pousse discr&#232;tement, Marat appara&#238;t entre les quatre murs d'une pi&#232;ce obscure et naus&#233;abonde. Il trempe dans une baignoire couverte de draps souill&#233;s. Un linge blanc enserre sa t&#234;te. Des feuilles griffonn&#233;es s'&#233;parpillent sur la planche install&#233;e en travers de lui, comme un &#233;critoire improvis&#233;. L'homme ach&#232;ve les corrections de son dernier article. Simone Evrard laisse la jeune femme s'avancer puis dispara&#238;t dans la pi&#232;ce d'&#224; c&#244;t&#233;. La nouvelle venue a d'abord un geste d'incertitude. Le portrait de la sc&#232;ne est saisissant. Dans son intimit&#233;, Marat n'est plus le personnage fascinant dont les adversaires connaissent le talent &#224; soulever l'enthousiasme des foules parisiennes. Les chairs corrompues de l&#233;sions suintantes et sanglantes (Sans doute les marques d'un ecz&#233;ma g&#233;n&#233;ralis&#233;), le d&#233;put&#233; montagnard offre au regard le triste reflet d'un agonisant &#233;puis&#233; et sans espoir. Ses bains quotidiens de souffre et de vinaigre l'apaisent toutefois un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pose des yeux interrogateurs sur la belle fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel est ton nom citoyenne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Charlotte Corday.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'o&#249; viens-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De Caen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu as des informations pour moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlotte Corday opine du chef. Elle tire de son corsage un morceau de papier pli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Je connais le nom des Girondins r&#233;fugi&#233;s en Normandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle d&#233;pose sur l'&#233;critoire de la baignoire le document pour lequel elle a tant souhait&#233; rencontrer Marat. Celui-ci esquisse un sourire de satisfaction. Il jette un rapide regard aux quelques lignes manuscrites et saisit un feuillet sur la table. Il recopie les informations du message d'une main f&#233;brile puis interrompt son geste un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est bien. Ils seront tous vite arr&#234;t&#233;s, dit-il en consid&#233;rant la visiteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reprend son travail et ajoute, presque pour lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils iront tous &#224; la guillotine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlotte Corday s'approche doucement. Ses doigts agrippent le couteau qu'elle a dissimul&#233; dans les plis de sa robe. Puis, tout va tr&#232;s vite. La minute d'apr&#232;s, Marat g&#238;t sans vie, la t&#234;te bascul&#233;e en arri&#232;re, une plaie sanglante au torse. La lame a p&#233;n&#233;tr&#233; le poumon droit, l'aorte puis le coeur. La blessure est fatale, l'Ami du Peuple meurt aussit&#244;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
La violence du coup et le r&#226;le plaintif de la victime attirent Simone Evrard sur les lieux. Ses cris affol&#233;s se r&#233;pandent hors du logis et finissent par alerter tout l'immeuble. Charlotte n'a pas un mouvement. L'arriv&#233;e pr&#233;cipit&#233;e des voisins lui interdit d'ailleurs toute tentative de retraite. Des dizaines de mains rageuses l'empoignent pour l'entra&#238;ner sur le pallier. Des curieux incr&#233;dules se rassemblent sur les pav&#233;s de la rue, sous les fen&#234;tres de l'appartement. La foule grossit et s'agite. On interroge, on cherche &#224; savoir, on se f&#226;che, on lance quelques insultes pour la meurtri&#232;re. Charlotte Corday n'a pas un mot. L'intervention heureuse d'un d&#233;tachement de la garde nationale ram&#232;ne un peu de calme. La jeune femme se laisse conduire &#224; la prison de l'Abbaye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t interrog&#233;e, elle ne manifeste aucune mauvaise volont&#233; &#224; r&#233;pondre aux questions dont on la presse : elle s'appelle Charlotte Corday, elle est arriv&#233;e de Normandie deux jours plus t&#244;t, elle a vingt cinq ans. Du crime qu'elle vient de commettre, elle ne fait pas myst&#232;re et explique volontiers : Marat &#233;tait dangereux. Ses opinions extr&#234;mes, ses articles brutaux, ses appels constants au meurtre excitaient la haine. Il devait mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue des Cordeliers, la d&#233;pouille du d&#233;put&#233; est tir&#233;e de l'affreuse mixture dans laquelle elle trempait. Les ravages de la maladie sont tels qu'il n'est d&#233;j&#224; plus possible d'en conserver l'int&#233;grit&#233;. Assur&#233;ment, le geste de Charlotte Corday a pr&#233;cipit&#233; une fin tr&#232;s proche. Le grand orateur parisien n'aurait sans doute pas surv&#233;cu au del&#224; des quelques semaines de l&#8216;&#233;t&#233;. Marat dispara&#238;t mais il laisse apr&#232;s lui son mythe. Un mythe pens&#233;, r&#233;fl&#233;chi et organis&#233; par ses amis montagnards. L'homme assassin&#233; devient le martyr de la R&#233;volution. Pas n'importe quelle R&#233;volution. Celle de 1793, des Sans- Culottes, du peuple parisien rassembl&#233; en armes. R&#233;cup&#233;r&#233; par les soins d'un m&#233;decin, son coeur est enferm&#233; entre les parois d'une urne et s'en va rejoindre le Club des Cordeliers o&#249; les discours qu'il venait y prononcer rassemblaient une foule d'admirateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obs&#232;ques, quelques jours plus tard, sont l'occasion d'une mise en sc&#232;ne imagin&#233;e jusqu'au moindre d&#233;tail. La c&#233;r&#233;monie se prolonge de longues heures. Le peintre David en con&#231;oit toute l'organisation. Lui-m&#234;me install&#233; sur les bancs de la Montagne, aupr&#232;s de son ami Robespierre, l'artiste offre au peuple de la capitale le spectacle d' une grande d&#233;monstration de ferveur r&#233;publicaine. L'homme a voulu donner aux fun&#233;railles du d&#233;put&#233; une dimension aussi sensationnelle que mystique. L'exposition publique du cadavre (qu'il a fallu recouvrir d'un drap et abondamment arroser de vinaigre pour tromper les odeurs insoutenables d'une d&#233;composition d&#233;j&#224; avanc&#233;e), l'interminable cort&#232;ge populaire jusqu'au lieu d'inhumation, les chants, les discours enflamm&#233;s, la symbolique r&#233;volutionnaire est parfaitement mise en oeuvre. Le couteau meurtrier n'a pas seulement frapp&#233; le corps d'un homme &#233;puis&#233; de souffrances. Il a aussi atteint la Nation, le peuple fran&#231;ais, la R&#233;publique. L'acte est sacril&#232;ge, comme, en son temps, le geste de Ravaillac sur Henri IV. Le soin que porte d'ailleurs David &#224; d&#233;voiler l'entaille b&#233;ante de la lame participe de cette m&#234;me id&#233;e : la blessure n'est plus celle de Marat. Elle est celle de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lans de foi r&#233;publicaine se multiplient. Des communes adoptent le nom du conventionnel assassin&#233;. Montmartre devient Mont- Marat. Les Montagnards passent &#224; David la commande d'un tableau &#233;voquant le drame. Le peintre en r&#233;interpr&#232;te tous les &#233;l&#233;ments : des marques de la maladie, plus nulle trace. Un grain de peau lisse, livide : le corps pr&#233;sent&#233; sur la toile est totalement recompos&#233;. La blessure du couteau s'impose violemment au regard pour mieux rappeler le sacrifice du martyr et souligner dans tout son tragique le parricide. Sur la planche d&#233;pos&#233;e en travers de la baignoire, pas de feuilles griffonn&#233;es pour les derni&#232;res corrections d'un article de l'Ami du Peuple. Juste quelques assignats destin&#233;s au secours d'une famille d&#233;munie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe est n&#233;. Mais il ne renvoie qu'un reflet reconstruit de la personnalit&#233; que f&#251;t r&#233;ellement Marat. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Ami du Peuple est avant tout un homme de culture. Ses &#233;tudes achev&#233;es, il choisit de se consacrer aux sciences. Ses investigations le portent &#224; aborder l'ophtalmologie, les maladies v&#233;n&#233;riennes ou les myst&#232;res de l'&#233;lectricit&#233;. Il publie plusieurs ouvrages, voyage beaucoup, d'une ville europ&#233;enne &#224; une autre et d&#233;couvre &#224; l'occasion de ses rencontres l'abondante litt&#233;rature des Lumi&#232;re. Il y puise sans doute quelques premi&#232;res certitudes politiques. Ses r&#233;flexions le portent d'ailleurs rapidement &#224; formuler la critique de l'Absolutisme mourrant. Son trait&#233;, compos&#233; en 1774, les cha&#238;nes de l'esclavage, t&#233;moigne d'un attachement profond au principe d'une souverainet&#233; populaire. Mais il pr&#233;vient des d&#233;rives qu'il croit percevoir au coeur des si&#232;cles pass&#233;s : les r&#233;gimes confisquent toujours &#224; leur profit le pouvoir et l' utilisent pour mieux se maintenir en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des Etats G&#233;n&#233;raux au d&#233;but de 1789 lui inspire ses essais de journaliste r&#233;volutionnaire. Il d&#233;nonce les manipulations (qu'il pense d&#233;couvrir) d'une Monarchie r&#233;solue &#224; contr&#244;ler la parole du peuple. Marat trouve sa voie &#224; cette &#233;poque : d&#233;laissant d&#233;finitivement les exp&#233;rimentations scientifiques qu'il conduisait avec plus ou moins de bonheur (et &#224; propos desquelles le c&#233;l&#232;bre Volta ironisait d'ailleurs), il choisit de consacrer son engagement &#224; l'&#233;criture. Ses pamphlets rencontrent un vif succ&#232;s. Les propos y sont violents, le style agressif, la plume contestataire. Sans doute le g&#233;nie de l'ancien m&#233;decin est-il de savoir &#233;mouvoir son lectorat par l'emploi de mots justes et pr&#233;cis. Le contenu excessif des articles, volontiers pol&#233;miques, lui offre une rapide notori&#233;t&#233;. Ses textes sont essentiellement compos&#233;s pour &#234;tre lus en public, dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Septembre 1789 para&#238;t le premier num&#233;ro d'un journal promis &#224; durer, l'Ami du Peuple. Le projet est hasardeux. L'application des principes contenus dans la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen encouragent les d&#233;buts de la presse moderne, telle que nous la connaissons. Marat n'est pas le seul &#224; vouloir commenter, critiquer les d&#233;cisions politiques de son temps. Beaucoup d'autres que lui s'investissent pour la publication d'un quotidien : Camille Desmoulin et son Vieux Cordelier, H&#233;bert et son P&#232;re Dusch&#234;ne....Tenir un atelier d'imprimerie et diffuser les pages qui en sortent r&#233;clament des fonds. Beaucoup de fonds. Marat dispose de moyens limit&#233;s. Les premi&#232;res souscriptions de ses abonn&#233;s lui permettent de poursuivre ses activit&#233;s. Peut &#234;tre obtient-il le soutien de milieux financiers (voire aristocratiques) install&#233;s en Suisse. C'est du moins l'hypoth&#232;se que certains historiens ont cru devoir avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts de l'entreprise sont brillants : la plume du r&#233;volutionnaire s&#233;duit. Son style incisif et brutal plait. Marat aime la surench&#232;re, les formules propres &#224; susciter l'&#233;motion, la pol&#233;mique. Sa r&#233;ussite tient essentiellement &#224; cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques semaines apr&#232;s la prise de la Bastille, il attaque violemment la municipalit&#233; parisienne sur ses difficult&#233;s. D'autres critiques suivent : celles port&#233;es &#224; l'encontre de Necker pour sa politique ; celles adress&#233;es aux d&#233;put&#233;s de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative lorsque le roi manque son &#233;vasion &#224; Varennes ; celles destin&#233;es &#224; Lafayette quand la garde nationale fait tirer sur les manifestants du Champs de Mars, le 17 Juillet 1791. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marat multiplie les provocations verbales : plusieurs de ses formules fameuses se r&#233;pandent d'un bout &#224; l'autre de la capitale. Quand Louis XVI revient de sa fuite rat&#233;e, ne propose-t-il pas &#171; huit cents potences pour les membres de l'Assembl&#233;e &#187; qu'il soup&#231;onne de compromission avec la Monarchie ? Plus tard, il &#233;voque la n&#233;cessit&#233; &#171; d'abattre cinq mille ou m&#234;me vingt mille t&#234;tes &#187;. Ses interventions outranci&#232;res, ses positions &#224; contre courrant satisfont les attentes de son lectorat. Mais, elles inqui&#232;tent aussi profond&#233;ment car elles entretiennent un climat constant d'agitation. Le journaliste paye ses succ&#232;s de multiples poursuites judiciaires. En Octobre 1789, se sachant recherch&#233; pour les propos qu'il a tenu sur la municipalit&#233; de Paris, il interrompt la publication de son quotidien et doit un moment dispara&#238;tre. En Janvier 1790, la diffusion d'un violent pamphlet destin&#233; au ministre Necker le contraint &#224; passer en Angleterre et suspendre ses activit&#233;s. Revenu quelques temps plus tard, il amplifie l'agitation cons&#233;cutive au massacre du 17 Juillet 1791. Ses appels r&#233;p&#233;t&#233;s au soul&#232;vement d&#233;clenchent une nouvelle s&#233;rie de proscriptions. Il regagne Londres. La parution des num&#233;ros du journal ne reprend qu'au mois d'Avril 1792. Les d&#233;faites successives des arm&#233;es r&#233;volutionnaires dans le Nord, l'invasion du pays et la progression rapide des Prussiens jettent la capitale dans un climat d'excitation extr&#234;me. Marat laisse libre cours &#224; sa plume : la violence des lignes qu'il compose explique en partie la journ&#233;e du 10 Ao&#251;t 1792 et les tueries de Septembre. Il y gagne la popularit&#233; dont il se sert pour obtenir son &#233;lection &#224; la Convention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau d&#233;put&#233; rejoint les bancs de la Montagne. Ses prises de position, ses attitudes excessives (&#224; l'image du style litt&#233;raire qu'il d&#233;ploie), son accoutrement particulier (Il se pr&#233;sente &#224; ses coll&#232;gues coiff&#233; d'un large foulard rouge, la chemise ouverte) l'isolent rapidement. Les discours v&#233;h&#233;ments et brutaux, les propositions spectaculaires dont il porte la responsabilit&#233; finissent par inqui&#233;ter la plupart de ses amis. Il est finalement peu &#233;cout&#233;. Ses gesticulations provoquent peut &#234;tre l'ironie et les sarcasmes des membres de la Convention mais il n'en conserve pas moins le soutient des masses parisiennes dont ses ennemis les plus r&#233;solus, et tout particuli&#232;rement les Girondins, se m&#233;fient. Quand il attaque Brissot et ses compagnons, au printemps 1793, il d&#233;clenche contre lui une nouvelle proc&#233;dure. Arr&#234;t&#233;, puis jug&#233; devant le tribunal r&#233;volutionnaire pour ses appels r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'insurrection, il obtient finalement un acquittement victorieux. La foule ivre de joie l'accueille &#224; la sortie de l'audience et le porte en triomphe. Les d&#233;put&#233;s girondins ont sans aucun dout&#233; jou&#233; son jeu. Ils commettent, ce faisant, une grave erreur politique. Le succ&#232;s du d&#233;put&#233; montagnard ach&#232;ve de les discr&#233;diter. Ils y perdent la confiance des Sans Culottes. Ces derniers r&#233;agissent d'ailleurs tr&#232;s rapidement : le 31 Mai 1793, des centaines de manifestants cernent la Convention et exigent le renvoi du parti girondin. La pression est telle qu'elle ach&#232;ve de convaincre l'Assembl&#233;e. Les proscrits ont juste le temps d'&#233;chapper aux poursuites du Tribunal r&#233;volutionnaire pour rejoindre la province. Les Montagnards l'emportent mais Marat ne profite pas du brillant coup dont il est &#224; l'origine. La maladie de peau qu'il soigne depuis plusieurs ann&#233;es (Sans doute un ecz&#233;ma g&#233;n&#233;ralis&#233;) l'enferme chez lui. Les souffrances sont intol&#233;rables et lui interdisent de quitter ses bains de souffre. L'Ami du Peuple ne r&#233;apara&#238;t pas &#224; la Convention. C'est alors que surgit Charlotte Corday....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meurtri&#232;re est transf&#233;r&#233;e &#224; la Conciergerie le 16 Juillet. En d&#233;but de soir&#233;e, elle &#233;crit une derni&#232;re lettre &#224; son p&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pardonnez moi mon cher papa d'avoir dispos&#233; de mon existence sans votre permission. J'ai veng&#233; bien d'innocentes victimes, j'ai pr&#233;venu bien d'autres d&#233;sastres. Le peuple, un jour d&#233;sabus&#233;, se r&#233;jouira d'&#234;tre d&#233;livr&#233; d'un tyran. Si j'ai cherch&#233; &#224; vous persuader que je passais en Angleterre, c'est que j'esp&#233;rais garder l'incognito, mais j'en ai reconnu l'impossibilit&#233;. J'esp&#232;re que vous ne serez point tourment&#233;. En tous cas, je crois que vous auriez des d&#233;fenseurs &#224; Caen. J'ai pris pour d&#233;fenseur Gustave Doulcet : un tel attentat ne permet nulle d&#233;fense. C'est pour la forme. Adieu cher papa, je vous prie de m'oublier, ou plut&#244;t de vous r&#233;jouir de mon sort, la cause en est belle. J'embrasse ma soeur que j'aime de tout mon coeur, ainsi que tous mes parents. N'oubliez pas ce vers de corneille : le crime fait la honte et non pas l'&#233;chaffaud. C'est demain &#224; huit qu'on me juge. Ce 16 Juillet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle comparait devant ses juges le lendemain matin. Le tribunal contient &#224; grand peine la foule de curieux venue la contempler. Quand elle p&#233;n&#232;tre dans les lieux, entour&#233;e des quelques gardes nationaux affect&#233;s &#224; sa surveillance, Charlotte Corday pr&#233;sente le portrait d'une jeune femme gracieuse et fragile. Le silence et les regards r&#233;probateurs de l'assistance l'intimident un peu. Mais on sent bien, &#224; entendre sa voix m&#234;l&#233;e de fermet&#233; et de douceur, qu'elle ne regrette rien du geste fatal dont elle porte la responsabilit&#233;. Install&#233;e sur la chaise toute simple que l'on a pr&#233;vu &#224; son intention, elle affronte vaillamment les questions incisives du redoutable Fouquier Tinville. L'homme a derri&#232;re lui un long pass&#233; de magistrat au service de la R&#233;volution. Ses r&#233;quisitoires tranchants et implacables ont envoy&#233; beaucoup de condamn&#233;s au pied de la guillotine. Le personnage s'est b&#226;ti une r&#233;putation sanglante. Tout autant que Robespierre et ses amis, il symbolise les moments les plus tragiques de 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Charlotte Corday, la partie est perdue avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; jou&#233;e. L'accus&#233;e le sait d'ailleurs. Nul ne doute que le proc&#232;s ne s'ach&#232;ve sur un verdict de mort. N&#233;anmoins, la jeune femme a obtenu l'autorisation de choisir elle- m&#234;me l'avocat de sa d&#233;fense. Ma&#238;tre Gustave Doulcet, appel&#233; pour cette t&#226;che compliqu&#233;e, s'est d&#233;rob&#233;. Il faut dans l'urgence lui trouver un rempla&#231;ant. Un confr&#232;re, Chauveau- Lagarde, pr&#233;sente sa candidature, d'ailleurs accept&#233;e. Le magistrat &#233;tait venu assister aux d&#233;bats, en simple spectateur. Aussi n'imaginait-il pas devoir intervenir aux c&#244;t&#233;s de la meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogatoire aborde surtout les raisons de l'acte criminel. Le pr&#233;sident du tribunal, Montan&#233;, multiplie les questions : pourquoi Marat ? Qu'esp&#233;rait-elle obtenir de son geste ? Voulait-elle soutenir la cause contre r&#233;volutionnaire ? Aurait-elle agi par passion amoureuse ? Ses desseins &#233;taient-ils authentiquement politiques ? Pensait-elle frapper au coeur le parti de la Montagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens ont bien entendu voulu saisir la personnalit&#233; complexe de Charlotte Corday, fouiller son v&#233;cu, cerner ses opinions et son rapport aux &#233;v&#232;nements de la R&#233;volution. La jeune femme est n&#233;e en 1768. Elle arrive d'une famille de la petite noblesse normande. Le c&#233;l&#232;bre Pierre Corneille, un dramaturge talentueux du XVII&#176; si&#232;cle, occupe une place de sa g&#233;n&#233;alogie. Mais Jacques- Fran&#231;ois Corday d'Armont, son p&#232;re, dispose de peu : un modeste domaine, juste capable de le nourrir, lui et les siens. Comme beaucoup des enfants de son rang &#224; cette &#233;poque, Charlotte part s'installer aupr&#232;s d'un oncle. Le vieil homme, abb&#233; de son &#233;tat, lui enseigne un peu de lecture et d' &#233;criture. A treize ans, elle assiste au d&#233;c&#232;s de sa m&#232;re, &#224; l'issue d'un accouchement mal engag&#233; (Une r&#233;alit&#233; souvent v&#233;cue au XVIII&#176; si&#232;cle). Un s&#233;jour de neuf ans, &#224; l'Abbaye Aux Dames, lui offre l'occasion de compl&#233;ter son instruction. Elle d&#233;couvre la litt&#233;rature des Lumi&#232;res, appr&#233;cie la plume de Rousseau ou de Voltaire et s'int&#233;resse d&#233;j&#224; aux questions politiques du temps. Les &#233;v&#232;nements de 1789 emportent son enthousiasme. Les d&#233;bats, les discussions la passionnent. Elle lit beaucoup. Brochures, pamphlets, journaux, elle s'informe de tout, enrichit ses opinions, forge ses certitudes. Nulle pens&#233;e ne la laisse v&#233;ritablement indiff&#233;rente : elle profite, sans rien en n&#233;gliger, du bouillonnement intellectuel que produisent les premiers mois de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand surviennent les d&#233;rives de la R&#233;publique, dont elle avait volontiers accueilli l'installation, elle prend ses distances et suit attentivement l'&#233;volution des rapports de force &#224; la Convention. La mont&#233;e des Montagnards l'inqui&#232;te, les propos extr&#234;me de Marat la troublent. Elle redoute les d&#233;rapages sanglantes que les discours de Robespierre ou Saint Just pr&#233;disent. Le passage quotidien des charrettes de condamn&#233;s, aussi bien &#224; Paris qu'&#224; Caen o&#249; elle est arriv&#233;e en 1790, les premiers feux de l'insurrection vend&#233;enne la bouleversent : les ma&#238;tres du pouvoir conduisent la France &#224; sa perte d&#233;finitive et foulent du pied les belles r&#233;alisations de 1789. Quelques sympathies f&#233;d&#233;ralistes la poussent &#224; se rapprocher de Brissot, de Vergnaud et de leurs amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps 1793 annonce n&#233;anmoins une d&#233;ception am&#232;re. L'acquittement triomphal de Marat porte un coup tr&#232;s rude &#224; la Gironde et ach&#232;ve de rallier le peuple parisien aux extr&#234;mes de la R&#233;publique. Un peu plus tard, les Sans Culottes consacrent la victoire de la Montagne. C&#233;dant aux pressions de la rue, l'Assembl&#233;e accepte la proscription des meneurs girondins. Les bannis se r&#233;fugient en province, &#224; Bordeaux et en Normandie, d'o&#249; ils poursuivent un combat perdu sur les gradins de la Convention. A Caen, Charlotte se mobilise. Son engagement au service des d&#233;put&#233;s pourchass&#233;s est total. On la retrouve partout, d'une r&#233;union politique &#224; un rassemblement public. Les discours qu'elle entend, les brochures et les pamphlets qu'elle parcourt passion&#233;ment finissent de la convaincre : les Montagnards incarnent une id&#233;e de la R&#233;publique &#233;trang&#232;re &#224; ses convictions. Une R&#233;publique pesante, &#233;touffante, excessive. Charlotte Corday est avant tout une mod&#233;r&#233;e. Les d&#233;rives de la centralisation jacobine lui font horreur. Robespierre et ses amis trahissent les principes g&#233;n&#233;reux de 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Girondins pr&#233;viennent : les Montagnards conduisent le pays au bord du gouffre et parmi eux, en bonne place, Marat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marat, l'agitateur, le provocateur, &#171; le tigre assoiff&#233; de sang &#187;, &#171; la b&#234;te qui d&#233;vore la France &#187;. L'imagerie que les vaincus de la Convention d&#233;ploient pour dresser le portrait du c&#233;l&#232;bre journaliste t&#233;moigne d'une surench&#232;re verbale &#224; laquelle leur auditoire, et principalement Charlotte Corday, participe pleinement. Les paroles enflamm&#233;es d'un Barbaroux, d'un Gaudet, d'un P&#233;tion ach&#232;vent de d&#233;cider la jeune fille : l'Ami du Peuple est dangereux, il doit p&#233;rir. D&#233;but Juillet, elle prend la route de Paris, &#224; bord d'une diligence ordinaire, comme il en circule temps &#224; cette &#233;poque sur les routes fran&#231;aises. Son projet est simple : gagner l'Assembl&#233;e puis assassiner le d&#233;put&#233;. Charlotte veut donner &#224; son geste un &#233;clat tel que les m&#233;moires ne l'oublieront pas de sit&#244;t. C'est le coeur de la Montagne qu'il faut frapper, l&#224; o&#249; m&#251;rissent les d&#233;cisions criminelles du pouvoir. La petite normande a beaucoup r&#233;fl&#233;chi. Son plan est pens&#233;, &#233;tudi&#233;. Il n&#233;cessite toute une pr&#233;paration, il r&#233;pond &#224; une logique bien pr&#233;cise. La meurtri&#232;re n'est pas une t&#234;te l&#233;g&#232;re, elle a tout pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mauvaise nouvelle attend n&#233;anmoins la voyageuse : Marat est malade. Il n'est pas apparu depuis plusieurs jours. Ses graves soucis de sant&#233; le maintiennent entre les murs de son appartement. La d&#233;ception est am&#232;re : Charlotte voulait agir sur la sc&#232;ne qu'elle s'&#233;tait choisie, la seule convenant, selon elle, &#224; la dimension solennelle de son acte. Il faudrait aller trouver Marat dans l'intimit&#233; de son logis et le tuer sur place. Il y aurait sans doute moins de gloire &#224; cela mais la jeune femme n'est pas dispos&#233;e &#224; renoncer pour autant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au matin du Samedi 13 Juillet, elle quitte la petite chambre d'h&#244;tel o&#249; elle est descendue depuis quelques jours. Elle entre dans la boutique d'un modeste marchand et y acquiert le couteau par lequel passe, croit-elle, le salut de son pays. Puis elle s'engage dans la rue des Cordeliers, &#224; la rencontre de son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Marat place les Girondins dans une position intenable. Les bannis de la Convention portent sur le geste de Charlotte un jugement tr&#232;s s&#233;v&#232;re mais r&#233;aliste. Louvet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si elle nous e&#251;t consult&#233;s, est-ce donc sur Marat que nous eussions voulu diriger nos coups ? Ne savions nous pas bien qu'il &#233;tait alors tellement d&#233;vor&#233; d'une maladie cruelle, qu'il lui restait &#224; peine deux jours d'existence ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est exact : la meurtri&#232;re a frapp&#233; un homme &#233;puis&#233; de souffrances, isol&#233; et mal appr&#233;ci&#233; de ses coll&#232;gues. Sa disparition importe bien peu &#224; la cause des f&#233;d&#233;ralistes. Au contraire, elle offre pour Robespierre un martyr, un symbole. L'affaire ternit l'image des proscrits. Brissot et les siens basculent dans le camp de la contre- r&#233;volution. Ils incarnent le visage de cet ennemi int&#233;rieur que l'on pense dissimul&#233; et pr&#234;t &#224; d&#233;truire les r&#233;alisations de 1789. Charlotte donne &#224; ceux qu'elle combattait l'occasion d'acc&#233;l&#233;rer l'installation de la Terreur et du centralisme politique. Elle esp&#233;rait supprimer Marat, elle le rend encore plus vivant qu'il ne l'&#233;tait &#224; la Convention. Mort et assassin&#233;, le journaliste gagne une dimension mythique. Il n'est plus le personnage outrancier et marginal &#224; propos duquel on ironisait. Il devient le p&#232;re de la Montagne, l'innocente victime de comploteurs malfaisants. C'est d'ailleurs autour de cette image que David organise ses fun&#233;railles : Marat fait &#224; la R&#233;publique le don son corps. Ce corps, rong&#233; et ab&#238;m&#233;, qui devient celui d'une nation bless&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ses juges la questionnent sur d'&#233;ventuelles complicit&#233;s, l'accus&#233;e insiste : elle a agi seule. Personne n' a guid&#233; son geste. Le pr&#233;sident du tribunal veut pourtant en savoir davantage : n'aurait-elle pas cherch&#233; &#224; venger un amour bris&#233; ? Se serait elle laiss&#233;e entra&#238;ner sur les chemins du crime pour les faveurs d'un amant ? L'attitude des magistrats r&#233;v&#232;le toute l'ambiguit&#233; du rapport que la R&#233;volution entretient avec les femmes. Les Fran&#231;aises se sont tr&#232;s t&#244;t engag&#233;es dans les &#233;v&#232;nements de 1789. Pr&#233;sentes sur les pav&#233;s de la Bastille, le 14 Juillet, elles ram&#232;nent de Versailles la famille royale en Octobre. Tout autant enthousiastes que les hommes le jour de la f&#234;te de la F&#233;d&#233;ration, elles s'exposent &#224; la fusillade du 17 Juillet 1791 ou du 10 Ao&#251;t 1792, aux Tuileries. La politique est aussi leur affaire. Lectrices des grands journaux parisiens, on les d&#233;couvre spectatrices des s&#233;ances agit&#233;es de la Convention. Certaines s'improvisent excellentes oratrices, r&#233;fl&#233;chissent et d&#233;battent. Olympe de Gouges marque le temps de sa personnalit&#233; (Elle fait r&#233;diger une d&#233;claration des droits de la citoyenne en 1791). Mais elle n'est pas la seule. Beaucoup de d&#233;put&#233;s, toute tendances confondues, admettent ce qu'ils doivent au d&#233;vouement de leurs &#233;pouses. Derri&#232;re un Camille Desmolin, un Roland, il y a l'action aussi &#233;nergique que discr&#232;te d'une femme attentive. Malgr&#233; tout, la R&#233;volution reste aux hommes. Les Etats G&#233;n&#233;raux, la Constituante, la L&#233;gislative, la Convention sont des assembl&#233;es masculines. Les citoyennes participent au d&#233;but de la presse moderne, s'informent, commentent les d&#233;cisions du pouvoir. Mais nul n'envisage de leur offrir la possibilit&#233; d'exprimer un choix, au moment des grands rendez vous &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sa mani&#232;re bien &#233;trange, Charlotte Corday s'impose &#224; l'opinion publique. La jeune meurtri&#232;re trouble le tribunal. Les magistrats admettent mal qu'une fille, &#224; peine sortie de l'enfance, ait pu agir de sa propre initiative. Comme s'il lui avait n&#233;cessairement fallu un mobile passionnel pour commettre l'irr&#233;parable. Le geste sanglant conforte les r&#233;volutionnaires dans leurs conviction : les femmes et la politique ne font d&#233;cidemment pas bon m&#233;nage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, quoique puissent en penser ses juges, Charlotte a pris seule la d&#233;cision de son acte. Personne ne lui conna&#238;t de liaisons sentimentale. A Caen, elle n'a pas manqu&#233; de galants. Mais, toute enti&#232;re &#224; ses passions girondines, elle ne s'est jamais v&#233;ritablement souci&#233;e des quelques admirateurs r&#233;unis autour d&#8216;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;quisitoire et les plaidoiries sont vite exp&#233;di&#233;es. L'accus&#233;e est condamn&#233;e &#224; mort. Comme toutes les d&#233;cisions du tribunal r&#233;volutionnaire, la sentence est ex&#233;cutoire le jour m&#234;me. Charlotte regagne les murs mis&#233;rables de sa cellule pour quelques heures encore. Les derni&#232;res. Elle ne manifeste pas d'&#233;motion particuli&#232;re. Elle &#233;crit sur l'acte d'accusation qu'on pr&#233;sente &#224; sa signature des mots de reproche pour Ma&#238;tre Doulcet. Plus tard, un pr&#234;tre vient offrir ses services. Charlotte d&#233;cline poliment l'offre : se sent-elle &#224; ce point apais&#233;e qu'elle estime ne rien devoir confesser ? C'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peintre, Hauer, arrive &#224; son tour : l'artiste porte avec lui un portrait inachev&#233; de la condamn&#233;e. Un portrait commenc&#233; aux premi&#232;res minutes du proc&#232;s mais qu'il n'a pu terminer faute de temps. Il voudrait en corriger les derniers d&#233;tails. Charlotte accepte volontiers. Instant irr&#233;el que cette ultime s&#233;ance de pose &#224; quelques heures de mourir. La jeune femme s'installe tranquillement en face de son visiteur. Elle rassemble les m&#232;ches d&#233;sordonn&#233;es de sa coiffure, redresse le buste. Le plus naturellement du monde, sans que sa voix ne trahisse le moindre accent de nervosit&#233;, elle explique les derniers pr&#233;paratifs de son ex&#233;cution. Parfois, elle s'approche de la toile pour rectifier un coup de pinceau ou donner un conseil puis retourne s'asseoir et poursuit la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cinq heure, la porte de la cellule s'ouvre brutalement. Charlotte a un cri de protestation indign&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi ? D&#233;j&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se ressaisit pourtant aussit&#244;t et se laisse confier au bourreau. C'est l'instant de la sinistre toilette. Le plus terrible, sans doute. Les gestes du ma&#238;tre des basses oeuvres (Comme on disait autrefois) sont pr&#233;cis et rapides : quelques coups de ciseau pour &#233;chancrer la robe et d&#233;gager la nuque d'une chevelure encombrante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un moment plus tard, Charlotte, les mains li&#233;es dans le dos, grimpe sur une charrette ordinaire . Le trajet jusqu'&#224; la place de la R&#233;volution o&#249; la guillotine dresse son abominable silhouette para&#238;t une &#233;ternit&#233; . Tout le long du parcours, la jeune femme se tient debout, attentive &#224; maintenir son &#233;quilibre. Au bourreau venu avant le d&#233;part lui proposer un petit escabeau pour la soutenir, elle a oppos&#233; un refus poli : une mani&#232;re de montrer &#224; la foule rassembl&#233;e sur son passage que d&#233;cidemment, elle ne regrette rien. Jusqu'au bout, la petite Normande conserve intacte sa d&#233;termination et l' incroyable conviction d'avoir agi pour le salut du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s midi de ce 17 Juillet 1793 a &#233;t&#233; tr&#232;s chaud. Une averse orageuse balaye bri&#232;vement les pav&#233; de la chauss&#233;e. L'&#233;pais rideau de pluie n'a pourtant pas raison des Parisiens venus assister &#224; l'ex&#233;cution. Charlotte semble ne pas remarquer les grosses gouttes d'eau qui perlent sur son visage. Des m&#232;ches de cheveux humides glissent le long de ses joues. La robe &#233;carlate (celle des parricides) et toute tremp&#233;e, que lui ont fournie les officiers r&#233;publicains, colle &#224; sa peau et d&#233;voile les contours de son anatomie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tombereau atteint enfin la place de la R&#233;volution. L'&#233;chafaud surgit, sombre et lugubre. Le bourreau cherche &#224; dissimuler un peu encore le terrible couteau (Sans doute par humanit&#233;), la condamn&#233;e proteste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'en ai jamais vu ! J'ai bien le droit d'&#234;tre curieuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, quand il signe la r&#233;daction de ses m&#233;moires sanglantes, Sanson d&#233;crit les derniers moments de Charlotte Corday. Il y &#233;voque son calme extraordinaire, son impassibilit&#233;, m&#234;me quand parviennent jusqu'&#224; elle les cris de la foule en col&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
La jeune femme para&#238;t presque vouloir h&#226;ter sa propre fin. Elle gravit les marches du tragique escalier sans un soutien puis s'avance seule vers la bascule. L'instant d'apr&#232;s, le couperet tombe en un claquement sec et d&#233;finitif. Selon le r&#233;cit laiss&#233; par le bourreau, l'un des assistants, certain de recueillir les acclamations du public rassembl&#233;, r&#233;cup&#232;re la t&#234;te au fond du panier et lui administre un violent soufflet. La supplici&#233;e en aurait elle rougie d'indignation comme le pr&#233;cisent des t&#233;moins de la sc&#232;ne ? Le geste est en tous les cas mal venu. Il provoque dans l'assistance un mouvement d'indignation et co&#251;te &#224; son auteur quelques jours de prison. Son acte expi&#233;, Charlotte redevenait une femme respectable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'apr&#232;s midi du 17 Juillet 1793, beaucoup de choses ont &#233;t&#233; d&#238;tes et &#233;crites sur la personnalit&#233; fascinante que f&#251;t la jeune Normande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le crime n'a certes pas sauv&#233; les Girondins. Bien au contraire, il pr&#233;cipite sur le moment l'installation de la Terreur et son corollaire de trag&#233;dies. Charlotte Corday pensait na&#239;vement que la disparition de Marat briserait l'effroyable logique des meneurs montagnards. En cela, elle s'est sans doute lourdement tromp&#233;. Son geste offrait aux partisans d'une R&#233;publique radicale le pr&#233;texte d' en finir avec leurs adversaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; de son erreur politique, la jeune fille devient l'objet d'une certaine admiration. Son sacrifice et sa d&#233;termination jusqu'au pied de l'&#233;chafaud tire au d&#233;put&#233; Vergniaud, proscrit comme ses camardes, une belle formule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle nous tue mais elle nous apprend &#224; mourir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Ch&#233;nier, victime malheureuse du couperet quelques jours seulement avant la fin de Robespierre, lui consacre des vers exalt&#233;s. La plume du po&#232;te supplici&#233; recompose un Marat sanglant et brutal (La puissance des mots employ&#233;s rappelle l'imagerie que les Girondins mettaient en oeuvre dans leurs discours), bien &#233;tranger au martyr assassin&#233; du peintre David. Le geste parricide de Charlotte devient l'acte salvateur par lequel passe n&#233;cessairement le retour de la concorde nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la Monarchie de Juillet, le souvenir de la jeune femme se charge d'une dimension symbolique nouvelle parce qu'elle incarne l'id&#233;e d'une R&#233;volution mod&#233;r&#233;e &#224; laquelle Louis- Philippe croit profond&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
La III&#176; R&#233;publique lui r&#233;serve n&#233;anmoins un portrait tr&#232;s sombre : meurtri&#232;re d'un d&#233;put&#233; &#233;lu et d'une personnalit&#233; essentielle de cette R&#233;publique dont le r&#233;gime install&#233; au lendemain de la d&#233;faite du Second Empire s'&#233;vertue &#224; dresser la l&#233;gende glorieuse, la condamn&#233;e de 1793 rappelle l'heure des divisions tragiques de la Nation. Marat retrouve &#224; cette &#233;poque une respectabilit&#233; dont le pouvoir orl&#233;aniste l'avait priv&#233; : revus &#224; la lumi&#232;re de l'id&#233;ologie officielle du pouvoir, ses discours outranciers et v&#233;h&#233;ments t&#233;moignent d'un engagement sinc&#232;re. On oublie ses attitudes extr&#234;mes, son isolement &#224; la Convention pour en faire l'homme du peuple et des Sans Culottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XX&#176; si&#232;cle r&#233;interpr&#232;te &#224; sa mani&#232;re les deux personnages. Ironie du destin peut &#234;tre, les Nazis s'emparent des &#233;v&#232;nements survenus le 13 Juillet 1793. Une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre jou&#233;e &#224; Berlin en 1936 reconsid&#232;re l'affaire &#224; travers le prisme des th&#233;ories racistes du pouvoir hitl&#233;rien. Marat et Charlotte Corday ne sont plus envisag&#233;s sous l'angle de leur action politique. L' Ami du Peuple devient le s&#233;mite corrompu et manipulateur (Une image que le III&#176; Reich &#233;labore patiemment) assassin&#233; par une jeune femme pr&#233;sent&#233;e selon les canons de la race aryenne. Les enjeux du spectacle sont &#233;vidents : &#224; travers le souvenir reconstruit d'une p&#233;riode troubl&#233;e, il s'agit de porter sur le voisin fran&#231;ais un regard ironique et moqueur. Les d&#233;sordres de la Terreur ne rappellent-t-ils pas les difficult&#233;s d'une III&#176; R&#233;publique que les Nazis consid&#232;rent rong&#233;s par le juda&#239;sme et les d&#233;rives de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion d'un t&#233;l&#233;film r&#233;cent sur une cha&#238;ne de la t&#233;l&#233;vision a dress&#233; de Charlotte Corday le portrait d'une femme moderne, engag&#233;e dans les affaires politiques de son temps. R&#233;solue &#224; d&#233;fendre ses id&#233;es, certaine de la l&#233;gitimit&#233; de son acte, elle affronte un monde masculin ne lui reconnaissant aucune capacit&#233; &#224; d&#233;velopper ses propres opinions. Les images r&#233;alis&#233;es d&#233;voilent finalement une jeune fille victime des intransigeances de son &#233;poque. La r&#233;alisation offre sans doute une lecture des &#233;v&#232;nements d&#233;form&#233;e : un Marat r&#233;sum&#233; au seul aspect outrancier de sa personnalit&#233; sans que ne soit v&#233;ritablement abord&#233; le contenu de sa r&#233;flexion ; une Charlotte Corday ramen&#233;e &#224; la dimension d'une femme jug&#233;e sans &#233;quit&#233; et sans compassion (Ce qui para&#238;t inacceptable quand l'on n&#233;glige le contexte politique de 1793).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite Normande, une victime de la Terreur ? C'est peut &#234;tre l'image que le XXI&#176; si&#232;cle conservera de celle qui un soir vint frapper chez l'Ami du Peuple. Mais, n'est ce pas prendre l&#224; le risque d'un paradoxe ? N'est-ce pas oublier un peu trop vite que la jeune femme f&#251;t d'abord la meurtri&#232;re d'un homme &#233;puis&#233; par la maladie ? Un crime commis au nom d'une r&#233;volution mod&#233;r&#233;e. Ici, sans doute, r&#233;sident les contradictions de Charlotte Corday...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;L'Europe au XVII&#176; si&#232;cle&#034; : ce qu'il faut retenir du chapitre.</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article339</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article339</guid>
		<dc:date>2007-09-14T18:58:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;1) Les divisions politiques de l'Europe du XVII&#176; si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au XVII&#176; si&#232;cle, l'Europe est d&#233;chir&#233;e par les rivalit&#233;s politiques de vieilles dynasties. Tandis que les Bourbons nourrissent l'ambition de repousser les limites du royaume de France et d'imposer leur h&#233;g&#233;monie sur le continent, les Habsbourgs maintiennent leur pouvoir en Espagne, au Portugal (jusqu'en 1640), en Autriche, en Belgique et aux Pays Bas actuels. L'Angleterre (occup&#233;e &#224; r&#233;soudre le grave conflit int&#233;rieur n&#233; de la Guerre Civile) (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;4&#232;me&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Les divisions politiques de l'Europe du XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVII&#176; si&#232;cle, l'Europe est d&#233;chir&#233;e par les rivalit&#233;s politiques de vieilles dynasties. Tandis que les Bourbons nourrissent l'ambition de repousser les limites du royaume de France et d'imposer leur h&#233;g&#233;monie sur le continent, les Habsbourgs maintiennent leur pouvoir en Espagne, au Portugal (jusqu'en 1640), en Autriche, en Belgique et aux Pays Bas actuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Angleterre (occup&#233;e &#224; r&#233;soudre le grave conflit int&#233;rieur n&#233; de la Guerre Civile) souhaite pour sa part maintenir un &#233;quilibre, du reste fragile, entre les deux adversaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Allemagne demeure morcel&#233;e en de petits &#233;tats ind&#233;pendants et rivaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe monarchique est largement r&#233;pandu. Les grandes familles royales europ&#233;ennes se transmettent le pouvoir au fil des g&#233;n&#233;rations. N&#233;anmoins, quelques &#233;tats ont adopt&#233; des r&#233;gimes r&#233;publicains dans lesquels les responsabilit&#233;s gouvernementales appartiennent &#224; une oligarchie ambitieuse : c'est le cas de Venise ou des Provinces Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Les divisions religieuses de l'Europe du XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs religions se partagent le continent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'une part le catholicisme, solidement implant&#233; dans les pays demeur&#233;s fid&#232;les &#224; l'autorit&#233; du pape (Espagne, Portugal, Italie, France&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'autre part le protestantisme, apparu au milieu du XVI&#176; si&#232;cle et bien install&#233; dans les &#233;tats du Saint- Empire Germanique. En Angleterre, les souverains ont d&#233;velopp&#233; l'anglicanisme. Sous l'autorit&#233; du roi, chef de l'&#233;glise, ce culte conserve la hi&#233;rarchie &#233;piscopale mais rejette le pouvoir pontifical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le christianisme orthodoxe s'&#233;tend en Russie. Le Patriarche y demeure (depuis le Moyen Age) le chef incontest&#233; de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin l'Islam c&#244;toie les marges du continent : le puissant empire Ottoman domine la Turquie actuelle et les provinces de la mer Eg&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rivalit&#233;s religieuses sont profondes mais elles se doublent souvent de motifs politiques : entre 1618 et 1648, Catholiques et Protestants se livrent une longue guerre (La Guerre de Trente Ans) pour le contr&#244;le du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) L'&#233;conomie europ&#233;enne au XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVII&#176; si&#232;cle, la majorit&#233; des Europ&#233;ens vit des activit&#233;s agricoles de la campagne. Les villes sont encore peu nombreuses mais quelques centres urbains comptent d&#233;j&#224; plusieurs milliers d'habitants (Paris, Londres, Venise, Amsterdam&#8230;). Les activit&#233;s artisanales y sont anciennes et prosp&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe tire aussi sa puissance des colonies am&#233;ricaines : l'Espagne prot&#232;ge ses positions sur les r&#233;gions du Mexique et du P&#233;rou, les Portugais contr&#244;lent la c&#244;te br&#233;silienne. Fran&#231;ais, Anglais et Hollandais se heurtent pour les immensit&#233;s du Nord (Canada).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce triangulaire enrichit la bourgeoisie europ&#233;enne : en France, Nantes, Bordeaux b&#226;tissent leur dynamisme sur la traite n&#233;gri&#232;re. Des marchands avides vendent en Am&#233;rique les esclaves africains qu'ils ont captur&#233;s et en rapportent le sucre, le cacao et le tabac dont les &#233;lites de la soci&#233;t&#233; raffolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4) Vivre dans l'Europe du XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens du XVII&#176; si&#232;cle m&#232;nent une existence difficile et incertaine. Aux ravages des &#233;pid&#233;mies mortelles (Comme la peste) s'ajoutent les effets de la famine quand une r&#233;colte a &#233;t&#233; mauvaise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les guerres d&#233;solent souvent des r&#233;gions enti&#232;res : des bandes de soldats ou de brigands parcourent les campagnes et s'attaquent aux villages. Les paysans sont souvent victimes de pillages, de tortures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort est donc une r&#233;alit&#233; quotidienne : elle emporte les plus faibles, les plus fragiles (Enfants, vieillards&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5) Le Baroque, le Classicisme, deux courants artistiques du XVII&#176; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Baroque est un style artistique tr&#232;s r&#233;pandu dans l'Europe du XVII&#176; si&#232;cle. Les peintres et les sculpteurs de ce courrant &#233;voquent &#224; travers leurs &#339;uvres des sc&#232;nes religieuses tir&#233;es de la Bible. Les d&#233;cors baroques embellissent l'int&#233;rieur des &#233;glises et rappellent aux catholiques la gloire divine. L'utilisation de dorures et de motifs tr&#232;s charg&#233;s frappe l'imagination. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Baroque tranche fortement avec l'aust&#233;rit&#233; du Protestantisme. Il offre &#224; l'Eglise le moyen de reconqu&#233;rir les &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Classicisme est un courant artistique tr&#232;s diff&#233;rent : il privil&#233;gie plut&#244;t la simplicit&#233; des lignes architecturales ou des traits picturaux. Il reprend &#224; son compte les th&#232;mes familiers de l'Antiquit&#233; : colonnades, frontons de temples&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les b&#226;timents du ch&#226;teau de Versailles sont sans doute l'une des expressions les plus achev&#233;es du style classique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Se pr&#233;parer &#224; un contr&#244;le sur l'Europe au XVII&#232;me si&#232;cle</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article51</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article51</guid>
		<dc:date>2007-09-13T18:46:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;SOMMAIRE &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Ce qu'il faut retenir du chapitre. &lt;br class='autobr' /&gt;
II. Pour tester ses connaissances. &lt;br class='autobr' /&gt;
III. Quelques exemples de sujets. &lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Un t&#233;moignage de l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
I. LE RESUME DU CHAPITRE. &lt;br class='autobr' /&gt;
1) Les divisions religieuses dans l'Europe du XVII&#232;me si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au XVII&#232;me si&#232;cle, plusieurs religions se partagent le continent europ&#233;en : le catholicisme (France, Espagne, Italie), le protestantisme (Angleterre, &#233;tats allemands), le christianisme orthodoxe (Russie). &lt;br class='autobr' /&gt;
2) Les divisions politiques dans l'Europe du XVII&#232;me (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;4&#232;me&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;5&#034; id=&#034;5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font color=&#034;#FF0000&#034; size=&#034;+2&#034;&gt;SOMMAIRE&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;+1&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#1&#034;&gt;I. Ce qu'il faut retenir du chapitre.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;+1&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#2&#034;&gt;II. Pour tester ses connaissances.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;+1&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#3&#034;&gt;III. Quelques exemples de sujets.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;+1&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#4&#034;&gt;IV. Un t&#233;moignage de l'&#233;poque.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;I. LE RESUME DU CHAPITRE.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;1) Les divisions religieuses dans l'Europe du XVII&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au XVII&#232;me si&#232;cle, plusieurs religions se partagent le continent europ&#233;en : le catholicisme (France, Espagne, Italie), le protestantisme (Angleterre, &#233;tats allemands), le christianisme orthodoxe (Russie).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;&lt;strong&gt;2) Les divisions politiques dans l'Europe du XVII&#232;me si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au XVII&#232;me si&#232;cle, les &#233;tats europ&#233;ens sont surtout des Monarchies (France, Espagne, Angleterre). Il existe quelques r&#233;publiques (Venise, Pays-Bas). L'Europe est aussi divis&#233;e par des guerres meurtri&#232;res qui opposent les monarchies entre elles, parfois pour des motifs religieux. (La guerre de Trente ans...)&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;&lt;strong&gt;3) La vie quotidienne des Europ&#233;ens au XVII&#232;me si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La vie quotidienne des Europ&#233;ens au XVII&#232;me si&#232;cle est souvent difficile. Les populations, et particuli&#232;rement les paysans, sont souvent victimes des &#233;pid&#233;mies (Peste), de la famine, des soldats qui, lors des guerres, d&#233;truisent les r&#233;coltes et les villages. Les enfants sont les plus touch&#233;s par la mort et beaucoup d'entre eux n'atteignent pas leur vingti&#232;me anniversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#5&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' alt=&#034;sommaire&#034; width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;II. TESTER SES CONNAISSANCES. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;1) Je connais la d&#233;finition des mots suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe2&#034;&gt;Monarchie, r&#233;publique, protestantisme, catholicisme, christianisme orthodoxe, famine, mortalit&#233; infantile.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;2) Je peux dater les &#233;v&#232;nements suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe2&#034;&gt; La guerre de Trente Ans.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;3) Je sais compl&#233;ter une carte de l'Europe du XVII&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;Sur une carte de l'Europe au XVII&#232;me si&#232;cle, je sais indiquer les principales monarchies du continent.&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;Sur une carte de l'Europe au XVII&#232;me si&#232;cle, je sais aussi indiquer les principaux pays catholiques, protestants et orthodoxes.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;4) Je sais r&#233;pondre aux questions suivantes en quelques lignes.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt; Quelles sont les divisions religieuses de l'Europe au XVII&#232;me si&#232;cle ?&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt; Quelles sont les divisions politiques de l'Europe au XVII&#232;me si&#232;cle ?&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt; Quels dangers quotidiens rendent la vie des Europ&#233;ens du XVII&#232;me si&#232;cle tr&#232;s incertaine ?&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;left&#034;&gt;&lt;span class=&#034;liste1&#034;&gt;Pourquoi peut-on dire que la mort accompagne la vie quotidienne des Europ&#233;ens au XVII&#232;me si&#232;cle ?&lt;/span&gt;&lt;br&gt; &lt;/div&gt; &lt;/li&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#5&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' alt=&#034;sommaire&#034; width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt; &lt;/div&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;III. QUELQUES EXEMPLES DE SUJETS.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Lors d'un contr&#244;le portant sur l'Europe du XVII&#232;me si&#232;cle, plusieurs documents diff&#233;rents peuvent faire l'objet de questions.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;Des textes d'&#233;poque : t&#233;moignage d'un contemporain sur les ravages de la guerre ou d'une &#233;pid&#233;mie de peste...&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;Des tableaux d'&#233;poque pr&#233;sentant une famille paysanne du XVII&#232;me si&#232;cle, une sc&#232;ne de la guerre de Trente Ans...&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;liste1&#034;&gt;Une gravure pr&#233;sentant les malheurs de la guerre ou de la famine...&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#5&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' alt=&#034;sommaire&#034; width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;&lt;a name=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;IV. UN TEMOIGNAGE DE L'EPOQUE.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Un Europ&#233;en du XVII&#232;me si&#232;cle raconte le pillage de la maison de son p&#232;re par des soldats au cours de la guerre de Trente Ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&#034;Quand ces cavaliers entr&#232;rent dans les pi&#232;ces enfum&#233;es de mon p&#232;re, la premi&#232;re chose qu'ils firent fut d'y installer leurs chevaux ; puis chacun s'occupa de vaquer &#224; sa t&#226;che particuli&#232;re, qui semblait &#234;tre de tout d&#233;truire et de tout saccager. Tandis que quelques uns &#233;gorgeaient les b&#234;tes, &#224; en faire bouillir ou r&#244;tir la chair, si bien qu'on e&#251;t dit qu'on allait tenir un banquet, il y en avait d'autres qui bouleversaient la maison du haut en bas. D'autres faisaient de grands paquets de linge, de v&#234;tements, de toute sorte d'ustensiles comme pour ouvrir quelque part un march&#233; de brocanteurs ; quant &#224; ce qu'ils ne comptaient pas emporter, ils le mettaient en pi&#232;ces. On se mit alors &#224; retirer de l'&#233;crou des pistolets les pierres &#224; feu, mais pour les remplacer par des pouces de paysans et torturer ainsi les pauvres h&#232;res, comme s'il s'agissait de br&#251;ler des sorci&#232;res. D'ailleurs les soldats avait d&#233;j&#224; jet&#233; dans le four un des paysans fait prisonnier, et ils travaillaient &#224; le chauffer, quoiqu'il n'e&#251;t encore rien avou&#233;. Je ne puis rien dire au sujet du traitement que subirent les femmes, servantes, jeunes filles fa&#238;tes prisonni&#232;res, car les soldats ne me laiss&#232;rent pas voir comment ils en usaient avec elles...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#5&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' alt=&#034;sommaire&#034; width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie-Louise d'Espagne : les malheurs d'une reine sans enfant.</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article331</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article331</guid>
		<dc:date>2007-09-10T19:48:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Tragique destin&#233;e parfois que celle d'une reine incapable de donner &#224; son royaume l'h&#233;ritier appel&#233; &#224; gravir un jour les marches du tr&#244;ne. Le triste souvenir de Marie- Louise d'Orl&#233;ans rappelle qu'au XVII&#176; si&#232;cle, il revient &#224; toute souveraine le r&#244;le d&#233;licat de concevoir celui (ou celle) promis &#224; la Couronne. L&#224; est la t&#226;che essentielle d'une femme de roi. Au c&#339;ur des palais europ&#233;ens, dans l'intimit&#233; des chambres nuptiales, procr&#233;er rel&#232;ve bien plus d'un acte politique que biologique. La perspective d'une (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tragique destin&#233;e parfois que celle d'une reine incapable de donner &#224; son royaume l'h&#233;ritier appel&#233; &#224; gravir un jour les marches du tr&#244;ne. Le triste souvenir de Marie- Louise d'Orl&#233;ans rappelle qu'au XVII&#176; si&#232;cle, il revient &#224; toute souveraine le r&#244;le d&#233;licat de concevoir celui (ou celle) promis &#224; la Couronne. L&#224; est la t&#226;che essentielle d'une femme de roi. Au c&#339;ur des palais europ&#233;ens, dans l'intimit&#233; des chambres nuptiales, procr&#233;er rel&#232;ve bien plus d'un acte politique que biologique. La perspective d'une extinction dynastique, faute de descendance, effraye v&#233;ritablement les grandes familles princi&#232;res. Mourir sans enfant lorsque l'on est monarque, c'est engager l'avenir du pays, risquer des troubles int&#233;rieurs et peut &#234;tre ouvrir le chemin du pouvoir &#224; un &#233;tranger. En de telles circonstances, on saisit que chaque naissance royale est un moment fort de la vie politique de l'Etat. Pas seulement au ch&#226;teau de Versailles, de l'Alcazar, de l'Escurial ou de Londres, mais aussi d'un bout &#224; l'autre du pays, des villes les plus importantes, au village le plus isol&#233;. Un moment d'espoir. Un moment de soulagement lorsque l'enfant annonc&#233; est un fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le catholicisme impose ses normes, ses valeurs, ses recommandations : il n'est pas pensable que la conception puisse s'affranchir du cadre marital que l'Eglise contr&#244;le scrupuleusement. Devenir parents suppose au pr&#233;alable que l'on soit mari&#233;. Certes, m&#234;me au XVII&#176; si&#232;cle, l'existence difficile de m&#232;res c&#233;libataires ou abandonn&#233;es &#224; un triste sort est une r&#233;alit&#233; quotidienne dont les autorit&#233;s religieuses s'accommodent de plus ou moins bonne gr&#226;ce. Mais quand il s'agit du roi, personnage public, responsable devant Dieu du royaume, les &#233;carts de conduite sont strictement d&#233;fendus. Offrir &#224; sa propre dynastie une descendance implique que le souverain ait trouv&#233; &#233;pouse l&#233;gitime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pr&#233;occupations sont telles qu'elles finissent par produire et entretenir une v&#233;ritable course aux mariages. L'h&#233;ritier de la couronne re&#231;oit-il &#224; peine le bapt&#234;me que l'on songe d&#233;j&#224; &#224; trouver pour lui un bon parti, une princesse de constitution honn&#234;te, capable plus tard d'assumer le risque de grossesses successives. Le r&#233;seau tr&#232;s complexe des chancelleries europ&#233;ennes s'agite : les ambassadeurs ne m&#233;nagent aucun de leurs efforts, parcourent les routes du continent, rejoignent un palais, puis un autre, recueillent des promesses de fian&#231;ailles, rapportent &#224; leur ma&#238;tre un engagement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque lign&#233;e royale a ses traditions. Chez les Habsbourgs, on se marie en famille. Un moyen de garantir l'int&#233;grit&#233; des possessions imp&#233;riales et d'en &#233;pargner le d&#233;membrement que Vienne ou Madrid ne sauraient tol&#233;rer. Philippe IV d'Espagne &#233;pouse sa ni&#232;ce, Marie- Anne d'Autriche, nul ne s'en indigne. La raison d'Etat vaut bien la pratique de relations incestueuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, au fil des g&#233;n&#233;rations, ce comportement d'un genre particulier, que nous comprenons fort mal, aboutit aux pires r&#233;sultats. La consanguinit&#233; est une r&#233;alit&#233; biologique dont le XVII&#176; si&#232;cle semble tout ignorer. Les h&#233;ritiers issus des unions habsbourgeoises sont bien incapables de gouverner les royaumes au nom desquels ils ont &#233;t&#233; con&#231;us : personnages difformes et d&#233;biles, maladifs et perturb&#233;s, dont le malheureux Charles II d'Espagne pr&#233;sente un triste exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les imp&#233;ratifs sont identiques : les souverains Valois puis Bourbons songent bien naturellement &#224; la descendance qu'ils laisseront apr&#232;s eux. Le pass&#233; a montr&#233; combien il pouvait &#234;tre dangereux, lorsque l'on est roi, de dispara&#238;tre sans enfant (Les rivalit&#233;s sanglantes des Guerres de Religion naissent en partie d'un grave probl&#232;me dynastique).Les alliances matrimoniales franchissent les mers et les montagnes : en 1615, Louis XIII et sa s&#339;ur &#233;pousent les infants d'Espagne &#224; Bordeaux. Plus tard, &#224; Saint Jean De Luz, c'est aussi &#224; une princesse espagnole, Marie Th&#233;r&#232;se, que Louis XIV unit son destin. Le fr&#232;re du Roi-Soleil, Philippe d'Orl&#233;ans, porte plut&#244;t son regard sur une jeune fille venue des rivages britanniques, Henriette d'Angleterre. Ces traditions s'inscrivent dans une perspective ancienne : il est fr&#233;quent qu'un souverain choisisse (On choisit plut&#244;t pour lui) une &#233;pouse &#233;trang&#232;re, politique internationale oblige. Catherine de M&#233;dicis arriv&#233;e tr&#232;s jeune &#224; la cour de France n'&#233;tait-elle pas d'origine florentine ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En de telles circonstances, bien s&#251;r, nul ne parle de sentiment, de d&#233;sir, d'amour. Louis XIV n'aim&#226;t jamais celle qu'on lui f&#238;t &#233;pouser en 1660 : peu importe en v&#233;rit&#233;. La c&#233;r&#233;monie visait surtout &#224; sceller la r&#233;conciliation entre la France et l'Espagne apr&#232;s vingt cinq ans de guerre. Combien de princesses europ&#233;ennes sont-elles parties rejoindre leur &#233;poux dans un pays lointain dont elles ne connaissaient rien ? Certaines ont peut &#234;tre fini par &#233;prouver pour celui qu'on leur imposait un semblant de tendresse. Les t&#233;moignages de l'&#233;poque que les historiens d&#233;couvrent au fil des sources laissent n&#233;anmoins percevoir toute l'intensit&#233; dramatique que prenaient ces sc&#232;nes d&#233;chirantes d'adieux quand une jeune adolescente quittait les siens pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les malheurs de Marie- Louise d'Orl&#233;ans &#233;voquent le sort douloureux de celles que l'on sacrifiait si souvent en cette &#233;poque &#224; la raison d'Etat. La ni&#232;ce de Louis XIV (Elle &#233;tait la fille de Philippe d'Orl&#233;ans), n&#233;e en 1662, esp&#233;rait sans doute se marier avec son cousin, le Grand Dauphin de France. Le jeune prince, lourd et maladroit, n'avait rien pour la s&#233;duire. Mais au moins, resterait-elle &#224; Versailles, entour&#233;e des siens, et &#233;viterait-elle ainsi ce qui l'effrayait &#224; juste titre : un exil en des terres &#233;trang&#232;res, si loin de sa France natale. C'&#233;tait pourtant ignorer les calculs complexes et implacables de la politique internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'il a gravi les marches du tr&#244;ne, Louis XIV s'int&#233;resse de pr&#232;s &#224; l'Espagne : il est le gendre de Philippe IV et estime &#224; ce titre disposer de pr&#233;tentions l&#233;gitimes si son beau fr&#232;re Charles II disparaissait sans enfant. Disparition que les cours europ&#233;ennes pr&#233;voient pour bient&#244;t. (Une disparition que l'on attendra finalement pr&#232;s de quarante ans). Que se passerait-il alors ? Qui pourrait s'asseoir sur le tr&#244;ne de la Monarchie catholique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Roi Soleil pense r&#233;aliser un brillant coup diplomatique par le mariage d'une princesse fran&#231;aise avec le malheureux souverain espagnol. L'occasion serait trop belle de contr&#244;ler Madrid et de prendre une s&#233;rieuse option sur la couronne si Charles venait &#224; s'&#233;teindre sans h&#233;ritier (Louis XIV envisage, le cas &#233;ch&#233;ant, de soutenir la candidature de son propre petit fils Philippe d'Anjou &#224; la couronne de la p&#233;ninsule ib&#233;rique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une princesse, oui. Mais laquelle ? Le choix du ma&#238;tre de Versailles (Quoiqu'il ne soit pas encore install&#233; dans le magnifique palais) se porte sur sa propre ni&#232;ce. Quand on l'informe du projet matrimonial, Marie- Louise s'&#233;pouvante. Ainsi, veut-on l'envoyer entre les murs obscurs d'un palais madril&#232;ne au bras d'un homme que la rumeur d&#233;crit en des termes bien peu flatteurs. Sur l'aspect de Charles II, tout est dit : laid de visage (Une malformation h&#233;r&#233;ditaire, que l'on distingue d&#233;j&#224; nettement sur le portrait de ses anc&#234;tres, d&#233;figure ses traits disgracieux), malingre de corps, le roi ne r&#233;v&#232;le qu'une intelligence limit&#233;e. Ses mani&#232;res sont brutales et grossi&#232;res et scandalisent la Cour de l'Escurial. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien &#233;videmment, l'infortun&#233;e Marie- Louise a vent de ce tragique tableau. On comprend qu'elle n'ait, moins que jamais, envie de s'unir &#224; l'&#234;tre difforme qu'on lui impose. Mais les ambassadeurs de son oncle, d&#233;p&#234;ch&#233;s pour la circonstance de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es, accomplissent un travail efficace et reviennent en France avec une demande officielle en mariage du souverain Habsbourg. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'effroyable &#233;tau se referme autour de la princesse. Son d&#233;sarroi, ses pleurs, ses supplications &#233;meuvent jusqu'&#224; l'entourage de Louis XIV. Mais qu'importe. La date des noces est pr&#233;vue pour le 31 Ao&#251;t 1679, au ch&#226;teau de Fontainebleau. Le Roi- Soleil ne se ravisera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;trange mariage en v&#233;rit&#233; auquel l'illustre &#233;poux, rest&#233; en Espagne, ne participe pas. Pour l'occasion, le Prince de Conti accepte d'endosser son r&#244;le. Il conduit jusqu'&#224; l'autel la mis&#233;rable Marie- Louise qui, sous sa magnifique toilette, souffre mille tortures et semble marcher &#224; son dernier supplice. Une c&#233;r&#233;monie par procuration que nos m&#339;urs contemporaines comprennent mal. Au XVII&#176; si&#232;cle n&#233;anmoins, elle offre la garantie que Charles ne changera pas d'avis. Une assurance sur l'avenir en quelque sorte. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'infortun&#233;e princesse se d&#233;sesp&#232;re. Jusqu'au bout, elle tente d'obtenir que son oncle, attendri par les larmes de sa d&#233;tresse, accepte finalement de d&#233;noncer l'union. Tant que le mariage n'a pas &#233;t&#233; consomm&#233;, il est toujours possible de le faire. Mais dans l'esprit rigide de Louis XIV, la raison d'Etat pr&#233;vaut sur toute autre consid&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie- Louise tente le tout pour le tout : un matin que le roi part &#224; la messe, la malheureuse se jette &#224; ses genoux et le supplie une derni&#232;re fois de revenir sur sa d&#233;cision. L'homme r&#233;plique froidement : &#171; Madame, ce serait une belle chose que la Reine Catholique emp&#234;ch&#226;t le Roi Tr&#232;s- Chr&#233;tien d'aller &#224; la messe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit. Le 20 Septembre 1679, Marie- Louise quitte les siens. On imagine le climat douloureux dans lequel s'accomplit ce d&#233;part si peu d&#233;sir&#233;. Louis XIV est pr&#233;sent. Il d&#233;clare &#224; la jeune femme : &#171; Je souhaite ne jamais vous revoir. Ce serait le plus grand malheur qui p&#251;t vous arriver &#187;. Adieux singuliers d'un oncle pour sa ni&#232;ce mais r&#233;v&#233;lateurs en fin de compte d'une personnalit&#233; convaincue que le service de l'Etat exige d'infinis sacrifices. Il appartient &#224; Marie- Louise d'accomplir son devoir de reine d'Espagne. Les int&#233;r&#234;ts de la France y sont &#233;troitement li&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voyage jusqu'aux Pyr&#233;n&#233;es est long. Long et &#233;puisant. A une &#233;poque o&#249; les bonnes routes sont rares et les mauvais chemins nombreux, un tel p&#233;riple r&#233;clame beaucoup de temps. Le passage de la montagne est toute une affaire. Mais le 19 Novembre, Burgos est enfin en vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles II est, pour sa part, impatient de rencontrer sa nouvelle &#233;pouse. Il ne cesse plus d'en contempler le magnifique portrait que ses ambassadeurs ont rapport&#233; avec eux de France. Quand il apprend l'arriv&#233;e du cort&#232;ge, il se pr&#233;cipite. Pour plaire, il a rev&#234;tu un costume &#224; la mode fran&#231;aise. Attention d&#233;licate qui ne peut malgr&#233; tout dissimuler les affreuses imperfections de son physique disgracieux. La rencontre a lieu dans un petit village, &#224; quelques lieux de Burgos. On songe &#224; ce que ressentent deux jeunes gens qu ne se sont jamais encore vus et qui pourtant sont mari&#233;s. Elle ne parle pas l'espagnol, lui ne sait pas un mot de fran&#231;ais. Les commentaires vont bon train, les moindres gestes et attitudes du couple font l'objet de mille remarques. Le mariage (Mariage officiel cette fois) est c&#233;l&#233;br&#233; dans la chaumi&#232;re mis&#233;rable d'un paysan. Pour la circonstance, il a fallu convoquer d'urgence l'archev&#234;que de Burgos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t install&#233;e dans ses appartements de l'Escurial, &#224; Madrid, Marie- Louise semble vouloir faire contre mauvaise fortune bon c&#339;ur. Elle apprend l'espagnol et enseigne &#224; son &#233;poux la langue de son pays natal. Mais, entre les murs aust&#232;res du palais, son existence quotidienne tourne vite &#224; la monotonie et l'ennui. Les fastes de la cour du Roi Soleil sont bien lointains. Ici, nulle f&#234;te, nul divertissement. A la place, le climat pesant de couloirs sans fin, certes embellis des richesses am&#233;ricaines mais d&#233;sesp&#233;r&#233;ment glac&#233;s. Et puis il y a l'encombrante &#233;tiquette de la cour, une &#233;tiquette tellement rigide que la reine para&#238;t &#234;tre encore moins libre de ses mouvements que le dernier d&#233;tenu d'Espagne. Marie- Louise dispose d'une cohorte infinie de dames d'honneur (Les Damas de Honor) d&#233;vou&#233;es et respectueuses, empress&#233;es de r&#233;pondre au moindre de ses d&#233;sirs. Mais Marie- Anne d'Autriche, la terrible reine- m&#232;re, dont les sentiments anti- fran&#231;ais, ne sont un secret pour personne, veille tel un cerb&#232;re soup&#231;onneux. La jeune femme vient-elle &#224; commettre une entorse au protocole officiel que les reproches de la Camerera mayor (Une gouvernante responsable de la suite personnelle de la souveraine) pleuvent. Qui pourrait d'ailleurs supporter la longue s&#233;ries d'interdits auxquels il faut pourtant bien se soumettre : une reine ne doit pas adresser la parole &#224; qui que ce soit en l'absence du roi, une reine ne peut regarder par la fen&#234;tre, une reine ne peut&#8230;..La liste est sans fin. Aussi quand, avec l'autorisation de Charles, Marie- Louise monte les chevaux qu'elle a amen&#233;s avec elle pour de courtes randonn&#233;es, les critiques s'enflamment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des randonn&#233;es qui d'ailleurs n'ont rien de tr&#232;s attrayant : les jardins de l'Alcazar ne sont qu'une &#233;tendue d'herbe broussailleuse, grill&#233;e par le soleil de l'&#233;t&#233;. Aux mois les plus chauds de l'ann&#233;e, l'air devient proprement irrespirable. L'insupportable chaleur de Juillet ass&#232;che les rivi&#232;res et les chemins. Le moindre souffle de vent soul&#232;ve un rideau de poussi&#232;re blanch&#226;tre qui s'insinue partout, p&#233;n&#232;tre l'int&#233;rieur du palais, recouvre jusqu'aux lingerie et &#224; la vaisselle. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des rares distractions qui soient encore permises &#224; la malheureuse recluse : les longues lettres qu'elles envoie aux siens. Elle y &#233;voque abondamment les difficult&#233;s de son exil dor&#233; et son mortel ennui. Elle entretient une correspondance r&#233;guli&#232;re avec la Princesse Palatine, deuxi&#232;me &#233;pouse du duc d'Orl&#233;ans. Celle-ci &#233;crit &#224; propos du courrier qu'elle re&#231;oit de sa belle fille : &#171; Autant que je peux en juger par ses lettres et par les r&#233;cits que m'ont faits ceux de ses gens qui sont revenus ici, l'Espagne est le plus affreux pays du monde. La pauvre enfant ! Je la plains de tout mon c&#339;ur de passer sa vie dans un pays pareil. Elle n'aura pour toute consolation que ses petits chiens qu'elle a emmen&#233;s avec elle ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;boires de la reine s'ajoutent n&#233;anmoins une pr&#233;occupation de taille : &#224; quand la naissance d'un h&#233;ritier ? Marie- Louise est venue en Espagne pour cela. En D&#233;cembre 1679 : une premi&#232;re rumeur annonce la grossesse de la souveraine. Ce n'est pas la derni&#232;re, des dizaines d'autres vont suivre. A chaque fois, la d&#233;sillusion est am&#232;re : la reine n'est pas enceinte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ann&#233;es s'&#233;coulent pendant lesquelles toute l'Espagne observe attentivement le ventre royal. Le moindre malaise, le moindre signe de fatigue, la rumeur se rallume, les espoirs renaissent. Mais le temps passe et rien ne semble vouloir se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la cour, les esprits s'&#233;chauffent, la suspicion s'installe : si la souveraine tarde tant &#224; tomber enceinte, la responsabilit&#233; lui en revient certainement. Peut-&#234;tre, dans l'intimit&#233; de sa chambre, se procure-t-elle les potions que l'on utilise d'ordinaire pour retarder l'&#233;ch&#233;ance d'une grossesse ? Nul ne songerait &#224; mettre en cause la fertilit&#233; de Charles II. Si st&#233;rilit&#233; il y a, celle- ci est le fait de la reine seule. &lt;br class='autobr' /&gt;
La position de Marie- Louise est compliqu&#233;e : un puissant courrant anti- fran&#231;ais cristallise autour d'elle des sentiments hostiles. A la t&#234;te des m&#233;contents l'ambassadeur d'Autriche, quelques ministres et surtout la redoutable m&#232;re du souverain. Vienne consid&#232;re d'un tr&#232;s mauvais &#339;il le mariage de Charles parce que, chacun y per&#231;oit les int&#233;r&#234;ts personnels de Louis XIV. En Europe, les ambitions du Bourbon sont bien connues : &#224; travers sa ni&#232;ce, c'est bien la Monarchie Catholique que le ma&#238;tre de Versailles entend contr&#244;ler. Les rancoeurs sont d'ailleurs d'autant plus vives que les Habsbourgs d'Autriche avait failli r&#233;ussir quelques ann&#233;es auparavant, un coup de ma&#238;tre : marier la fille de l'empereur L&#233;opold, l'archiduchesse Marie- Antoinette, au prince Charles. S'il avait fonctionn&#233;, le projet aurait r&#233;tabli les solidarit&#233;s dynastiques et raffermi la coh&#233;sion des possessions familiales &#224; travers le continent. Mais le favori royal, Dom Juan, s'&#233;tait empress&#233; de ruiner les plans viennois : plus que d'une alliance avec l'Autriche, c'est d'un rapprochement avec le puissant voisin fran&#231;ais dont l'Espagne avait besoin. En de telles circonstances, la candidature (involontaire et forc&#233;e) de Marie- Louise au mariage s'&#233;tait facilement impos&#233;e. Un brillant succ&#232;s pour le Roi- Soleil. Heureux succ&#232;s que la mort de Dom Juan risquait &#224; pr&#233;sent de briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec n'a pas abattu le parti favorable &#224; une alliance matrimoniale avec l'Autriche. La Reine- M&#232;re et ses compagnons guettent patiemment le moindre des gestes de Marie- Louise. Une maladresse, une n&#233;gligence de la petite Fran&#231;aise et l'opportunit&#233; serait trop belle d'exiger la rupture de l'union. A l'Alcazar, beaucoup n'attendent que cela. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;pass&#233;e par des enjeux politiques qu'elle ne peut contr&#244;ler, Marie- Louise proteste de sa bonne foi. Oui, elle met beaucoup d'application &#224; accomplir son devoir de reine (M&#234;me si la perspective de passer une nuit aupr&#232;s de Charles ne l'enchante sans doute pas- et on comprend bien pourquoi). Oui, elle prie le Ciel de lui donner l'h&#233;ritier que toute l'Espagne appelle de ses v&#339;ux. Elle ne m&#233;nage d'ailleurs aucun de ses efforts, du moins veut-elle le montrer : de p&#232;lerinages en processions saintes, la souveraine multiplie les signes de d&#233;votions. Un jour, elle gagne Alcala de H&#233;nar&#232;s o&#249; Sainte Th&#233;r&#232;se, l'une des personnalit&#233;s religieuses les plus marquantes du XVI&#176; si&#232;cle catholique, fonda jadis un couvent. de Carm&#233;lites. Rev&#234;tue de l'habit traditionnel que portent les moniales de l'ordre, Marie- Louise prie avec ferveur. Peut- &#234;tre n'est-elle pas enti&#232;rement convaincue de la n&#233;cessit&#233; d'une telle entreprise. A l'ambassadeur de France, le marquis de Dangeau, elle demande : &#171; Croyez vous que cet habillement y fasse quelque chose ? &#187;. Ce &#224; quoi l'homme r&#233;pond, non sans une certaine ironie du ton : &#171; Cela ne saurait y nuire &#187;. Qu'&#224; cela ne tienne. Le peuple espagnol a besoin de symboles puissants, la jeune femme accepte de se plier au pesant spectacle d'une reine repentante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au palais, les m&#233;decins se bousculent aupr&#232;s du couple royal porteurs de potions toujours plus recherch&#233;es, toujours plus myst&#233;rieuses. La souveraine s'applique &#224; prendre les rem&#232;des prescrits, consciencieusement, parce que cela aussi fait partie de ses obligations. Croit-elle aux vertus de tout cela ? La n'est pas la question : on ne lui laisse gu&#232;re de choix. Un refus serait interpr&#233;t&#233; comme une coupable attitude de sa part. Cela ferait le jeu de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les efforts consentis n'aboutissent pas. Les rumeurs se r&#233;pandent &#224; travers les couloirs aust&#232;res du ch&#226;teau. Les critiques se font plus violentes, plus acerbes que jamais. Dans la rue, on s'agite, on grogne. Les Madril&#232;nes s'impatientent : pourquoi la reine ne leur offre-t-elle pas cet h&#233;ritier que toute l'Espagne attend ? Les propos que la Maison d'Autriche s'applique &#224; distiller trouvent un &#233;cho tr&#232;s favorable dans la capitale. L'opinion publique en est &#224; pr&#233;sent convaincue : Marie- Louise n'est pas cette jolie princesse, timide et douce, arriv&#233;e de son lointain pays. Soumise aux exigences du Roi- Soleil, elle refuse de donner un enfant au royaume parce qu'elle esp&#232;re, selon les recommandations venues de Paris, garantir les pr&#233;tentions du duc d'Anjou au tr&#244;ne. Juch&#233;s sur les grilles du palais, quelques excit&#233;s s'&#233;crient : &#171; Si pares, pares a Espana. Si non pares, a Paris &#187; (Si tu fais un enfant, fais-le pour l'Espagne. Sinon, retourne &#224; Paris !). &lt;br class='autobr' /&gt;
Aupr&#232;s du triste Charles II, bien incapable d'imposer son autorit&#233;, les pressions sont terribles : Marie- Louise est st&#233;rile. Ou pire encore, elle retarde l'&#233;ch&#233;ance de sa propre grossesse. Il faut obtenir du Saint Si&#232;ge l'annulation de ce mariage sans avenir et &#233;pouser l'archiduchesse d'Autriche. Le roi s'obstine malgr&#233; tout : il aime tendrement sa femme. Il ne souhaite pas se s&#233;parer d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Louise vacille pourtant chaque jour davantage. Une sombre machination de ses adversaires vient &#224; la compromettre un peu plus encore. A l'origine du scandale, sa nourrice personnelle, Nicole Quentin, arriv&#233;e avec elle de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ann&#233;es auparavant, une coupable imprudence avait une premi&#232;re fois provoqu&#233; l'indignation de la cour : on s'&#233;tait aper&#231;u &#224; l'&#233;poque que la servante tirait r&#233;guli&#232;rement les cartes &#224; sa ma&#238;tresse et lui annon&#231;ait en cons&#233;quence la st&#233;rilit&#233; de son couple et son retour prochain en France. Le parti de la Maison d'Autriche avait r&#233;v&#233;l&#233; l'affaire pour en faire grand scandale. L'ambassadeur de France s'&#233;tait f&#226;ch&#233; aupr&#232;s de la reine, lui reprochant la l&#233;g&#232;ret&#233; de sa conduite. Mais, l'apaisement enfin revenu, nul n'avait plus os&#233; &#233;voquer l'&#233;v&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; 1685, une nouvelle fois, l'agitation gagne les couloirs de l'Escurial. Au c&#339;ur des pol&#233;miques, encore et toujours Nicole Quentin. La nourrice royale n'a retir&#233; de son implication dans l'histoire de l'horoscope aucune le&#231;on de sagesse ou de prudence. Son influence aupr&#232;s de Marie- Louise ne cesse de cro&#238;tre et heurte profond&#233;ment la Cour. L'ambitieuse femme multiplie les maladresses et les entorses au protocole officiel de l'Etiquette. Son mariage avec l'&#233;cuyer de la reine (Alors que sa fonction lui impose le c&#233;libat) provoque une premi&#232;re flamb&#233;e de col&#232;re. Peu importe, la promesse d'une carri&#232;re brillante vaut bien les aigreurs de quelques jaloux. Pire. L'imprudente invite &#224; Madrid famille et amis puis offre &#224; ses prot&#233;g&#233;s les postes lucratifs que d&#233;tenaient auparavant des Espagnols. Les &#233;trangers n'ont jamais &#233;t&#233; les bienvenus &#224; l'Escurial (Mais il en va ainsi pour beaucoup de cours europ&#233;ennes au XVII&#176; si&#232;cle). Aussi, quand une clique de Fran&#231;ais investit les appartements royaux et confisque &#224; son profit l'acc&#232;s &#224; la souveraine, l'exasp&#233;ration gagne le palais. L'ambassadeur d'Autriche et le ministre Oropesa imaginent les m&#233;canismes d'une sordide machination : Nicole Quentin, son &#233;poux et la reine elle-m&#234;me auraient con&#231;u le projet insens&#233; d'empoisonner Charles II. La gouvernante aurait fourni &#224; Marie- Louise les breuvages n&#233;cessaires &#224; sa st&#233;rilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te est imm&#233;diatement ouverte. Un affreux climat de suspicion enveloppe la capitale : les rumeurs du complot pr&#233;sum&#233; jette sur les pav&#233;s de la rue une foule ivre de col&#232;re. La population s'attaque &#224; tout ce qui, de pr&#232;s ou de loin, semble Fran&#231;ais. Les meurtres succ&#232;dent aux pillages. L'ambassadeur du Roi- Soleil lui- m&#234;me ne se risque plus &#224; circuler en ville sans les services de sa puissante escorte personnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nicole Quentin est tortur&#233;e mais ses bourreaux ne lui arrachent aucun aveu. Un mois plus tard, elle est enfin lib&#233;r&#233;e (Atrocement mutil&#233;e) puis expuls&#233;e d'Espagne avec les siens. D&#233;sormais isol&#233;e, Marie- Louise tente de se disculper. Si elle parvient &#224; convaincre le souverain de son innocence, elle n'ignore d&#233;sormais plus rien des intentions du Parti autrichien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'un de ses courrier, elle avertit le Roi- Soleil de ses craintes quant &#224; sa propre s&#233;curit&#233; : &#171; Je ne doute point qu'il me fasse p&#233;rir ! &#187;. L'ambassadeur confirme d'ailleurs ses propos : &#171; la reine est en tr&#232;s grand p&#233;ril &#187;. De Paris, Louis XIV menace et pr&#233;vient : s'il &#233;tait fait le moindre mal &#224; sa ni&#232;ce, cent mille hommes franchiraient sur l'instant les Pyr&#233;n&#233;es. Deux pr&#233;cautions valant mieux qu'une, il fait parvenir &#224; Marie- Louise un contre- poison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps apais&#233;, les tensions renaissent. A nouveau, on reparle de complots, de conspirations. Les strat&#233;gies diplomatiques se nouent et se d&#233;nouent dans les couloirs du palais. La d&#233;gradation brutale des relations internationales &#224; la fin des ann&#233;es 1680 y est pour beaucoup. La France se pr&#233;pare &#224; guerre contre le vieil ennemi de Vienne. A mesure que le temps s'&#233;coule, la candidature de Philippe d'Anjou au tr&#244;ne d'Espagne se pr&#233;cise. Cela ne calme pas les esprits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeu complexe des chancelleries europ&#233;ennes aggrave une situation politique d&#233;j&#224; inextricable au c&#339;ur de laquelle la p&#233;ninsule ib&#233;rique d&#233;tient une place essentielle. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'immense comp&#233;tition internationale pour la couronne d'Espagne jette les pays europ&#233;ens les uns contre les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que Louis XIV s'obstine &#224; soutenir les pr&#233;tentions, plus ou moins l&#233;gitimes, de son petit- fils au tr&#244;ne, l'empereur L&#233;opold propose pour sa part la candidature de son tr&#232;s jeune fils, l'archiduc Charles. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention de la reine- m&#232;re Marie- Anne embrouille un peu plus l'imbroglio politique : la vieille femme joue sa carte personnelle et souhaite offrir la Couronne &#224; un prince bavarois, Maximilien, mari&#233; depuis peu &#224; l'archiduchesse Marie- Antoinette. Rompue aux intrigues de la Cour, la souveraine invite le couple &#224; venir s'installer au palais de l'Escurial &#224; titre d'h&#233;ritiers pr&#233;somptifs dans le cas o&#249; Charles II disparaissait subitement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un dernier larron se pr&#233;sente &#224; son tour : le roi du Portugal, Pierre III. Le monarque dispose en Espagne d'un puissant soutien, le ministre Oropesa. Les deux hommes se sont mis d'accord : en &#233;change de la Couronne espagnole, Pierre III c&#232;derait &#224; son comp&#232;re le tr&#244;ne de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie- Louise n'a pas oubli&#233; les int&#233;r&#234;ts de son pays natal qu'elle d&#233;fend comme elle le peut. Cela aussi fait partie de son devoir. M&#234;me isol&#233;e en terre &#233;trang&#232;re, elle demeure fran&#231;aise. Sa position privil&#233;gi&#233;e lui ouvre plus facilement qu'&#224; d'autres l'acc&#232;s au roi. Patiemment, elle lui prodigue ses conseils : la guerre entre Louis XIV et les Habsbourgs de Vienne para&#238;t in&#233;vitable. En &#233;change de la neutralit&#233; espagnole, le Roi- Soleil s'engagerait &#224; conqu&#233;rir le Portugal pour Charles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien &#233;videmment, cet accord, s'il se produisait, heurterait les ambitions de l'empereur d'Autriche et du ministre Oropesa. La reine devient tr&#232;s g&#234;nante. Sa disparition arrangerait en fin de compte beaucoup de monde &#224; l'Escurial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toujours pas d'enfant. La naissance d'un h&#233;ritier peut seule mettre un terme aux machinations europ&#233;ennes et d&#233;nouer les tensions internationales. Aussi, Marie- Louise multiplie-t-elle les processions : la neuvaine accomplie &#224; la Saint- Xavier n'apporte aucun r&#233;sultat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le couple serait-il envo&#251;t&#233; ? L'id&#233;e fait son chemin. Une id&#233;e qui s'impose d'ailleurs d'autant plus facilement que la comtesse de Soissons, recherch&#233;e en France pour sorcellerie, est venue s'installer &#224; Madrid. L'encombrante invit&#233;e fr&#233;quente r&#233;guli&#232;rement la reine et l'ambassade d'Autriche. Qui sait si, dans le secret de ses appartements, l'inqui&#233;tante femme ne se livre pas &#224; quelque mal&#233;fice sur la personne du roi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;v&#232;nement emporte finalement les convictions : un Dominicain se pr&#233;sente un jour au palais, porteur d'une r&#233;v&#233;lation divine. Un sortil&#232;ge serait la cause de la st&#233;rilit&#233; du couple royal. Sortil&#232;ge dont la comtesse porterait la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul un exorcisme peut venir &#224; bout du mal. Une c&#233;r&#233;monie terrifiante &#224; laquelle Marie- Louise ne veut se pr&#234;ter. Et l'on comprend bien pourquoi. Enti&#232;rement d&#233;v&#234;tu, le couple doit entendre les incantations d'un pr&#234;tre puis se livrer en sa pr&#233;sence &#224; des rapports intimes afin que soit bien &#233;tablie la lev&#233;e du mal&#233;fice.&lt;br class='autobr' /&gt;
La perspective d'une telle op&#233;ration effraye toute la Cour. Esp&#233;rant &#233;viter l'affreuse &#233;ch&#233;ance, la reine se fait procurer les cale&#231;ons de son mari pour analyse. Peut-&#234;tre parviendra-t-on &#224; y d&#233;celer la st&#233;rilit&#233; du monarque ? Les investigations n'apportent aucune r&#233;ponse satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Janvier 1689, il est &#224; nouveau question d'exorcisme. Marie- Louise se lamente. En d&#233;sespoir de cause, elle accepte le dernier traitement que ses m&#233;decins personnels lui proposent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un mal brutal la saisit le lendemain et l'emporte en deux jours. Elle succombe aux premi&#232;res heures du 12 F&#233;vrier 1689, &#224; l'issue de terribles souffrances. Les sp&#233;cialistes appel&#233;s &#224; son chevet &#233;voquent les effets irr&#233;versibles du chol&#233;ra qu'une consommation imprudente de lait glac&#233;, d'hu&#238;tres, de concombres et d'olives aurait provoqu&#233;. Etrange diagnostique qui semble ne pas vouloir prendre en compte les coliques, les vomissements et la soif ardente de la reine quelques heures avant sa mort. Des sympt&#244;mes que l'on associe g&#233;n&#233;ralement &#224; un empoisonnement. A la Cour, personne ne parle d'assassinat mais les soins prodigu&#233;s &#224; l'agonisante r&#233;v&#232;le que l'&#233;ventualit&#233; d'un complot hante les esprits puisqu'on lui administre en ultime recours un contre- poison. L'esprit brouill&#233; par la fi&#232;vre, Marie- Louise per&#231;oit que son d&#233;c&#232;s risque de provoquer la guerre entre la France et l'Espagne. Avant de s'&#233;teindre, elle trouve une fois encore la force de dire qu'elle n'a pas &#233;t&#233; empoisonn&#233;e. En vain. Le conflit de la Ligue d'Augsbourg se pr&#233;pare activement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles II se remaria quelques temps plus tard. Il mour&#251;t finalement sans descendance le 1er Novembre 1700, offrant la Couronne d'Espagne au petit-fils du Roi- Soleil, Philippe d'Anjou. Ce choix devait entra&#238;ner une nouvelle guerre europ&#233;enne. Bien que la France f&#251;t tout pr&#232;s de s'effondrer (La coalition &#233;trang&#232;re pressait les fronti&#232;res du royaume), le prince h&#233;rita de la p&#233;ninsule ib&#233;rique &#224; la condition que jamais il ne puisse succ&#233;der &#224; son grand- p&#232;re. L'Angleterre souhaitait par-dessus tout maintenir sur le continent un &#233;quilibre, du reste fragile, entre les puissantes dynasties Bourbon et Habsbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La malheureuse existence de Marie- Louise, envoy&#233;e si loin de son pays natal, en des terres recul&#233;es, au bras d'un mari qu'elle ne pouvait aimer, t&#233;moigne s'il en &#233;tait besoin qu'au XVII&#176; si&#232;cle, il appartenait aux reine de jouer leur propre r&#244;le politique. Parce qu'elles avaient l'occasion de concevoir les h&#233;ritiers de vieilles lign&#233;es, elles influaient parfois sur le cours des &#233;v&#232;nements internationaux. Mais il s'agissait l&#224; du seul pouvoir qu'on voul&#251;t bien leur conc&#233;der&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un tableau c&#233;l&#232;bre du XIX&#176; si&#232;cle : &#034;La Libert&#233; guidant le peuple&#034;</title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article106</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article106</guid>
		<dc:date>2007-06-12T05:33:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;SOMMAIRE. &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Quelques informations sur ce tableau et son auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
II. Le sujet du tableau. &lt;br class='autobr' /&gt;
III. Ce qu'il faut savoir rep&#233;rer dans ce tableau. &lt;br class='autobr' /&gt; I. QUELQUES INFORMATIONS SUR CE TABLEAU ET SON AUTEUR. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en 1830 qu'Eug&#232;ne Delacroix r&#233;alise ce tableau aux dimensions tr&#232;s particuli&#232;res. (2,60 m&#232;tres de hauteur, 3,25 m&#232;tres de longueur.). Cette &#339;uvre magistrale est de nos jours visible dans l'une des nombreuses galeries du palais du Louvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Delacroix est n&#233; en 1798. Il serait (Rien n'a jamais &#233;t&#233; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;Documents &#224; conna&#238;tre&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt; &lt;div class='spip_document_141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L142xH115/seb-a457e.jpg?1704087752' width='142' height='115' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a name=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt; &lt;hr&gt; &lt;font size=&#034;4&#034; color=&#034;#FF3333&#034;&gt;SOMMAIRE. &lt;/font&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;4&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#1&#034;&gt;I. Quelques informations sur ce tableau et son auteur. &lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;4&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#2&#034;&gt;II. Le sujet du tableau.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font size=&#034;4&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#3&#034;&gt;III. Ce qu'il faut savoir rep&#233;rer dans ce tableau.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt; &lt;a name=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;I. QUELQUES INFORMATIONS SUR CE TABLEAU ET SON AUTEUR. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;C'est en 1830 qu'Eug&#232;ne Delacroix r&#233;alise ce tableau aux dimensions tr&#232;s particuli&#232;res. (2,60 m&#232;tres de hauteur, 3,25 m&#232;tres de longueur.). Cette &#339;uvre magistrale est de nos jours visible dans l'une des nombreuses galeries du palais du Louvre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Delacroix est n&#233; en 1798. Il serait (Rien n'a jamais &#233;t&#233; clairement prouv&#233;) le fils naturel de Talleyrand, un homme politique de premier plan du XIX&#176; si&#232;cle. Il accomplit ses &#233;tudes au lyc&#233;e Louis-Le-Grand, l'un des &#233;tablissements scolaires les plus prestigieux de Paris. Il est de bonne heure attir&#233; par la peinture. Il r&#233;alise au cours de sa vie de tr&#232;s nombreux chefs- d'&#339;uvres que le Louvre expose depuis fort longtemps maintenant. Certaines des compositions de l'artiste ont parfois profond&#233;ment choqu&#233; la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque par leurs mises en sc&#232;ne os&#233;es. Mais, de nos jours, chacun s'accorde pour reconna&#238;tre l'immense talent de l'homme. Delacroix est mort en 1863 dans son atelier parisien, us&#233; par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#4&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;II. LE SUJET DU TABLEAU. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Delacroix r&#233;alise ce tableau au cours d'une p&#233;riode profond&#233;ment troubl&#233;e par les incertitudes politiques du pays. En 1830, Charles X, le fr&#232;re du malheureux Louis XVI, sent son pouvoir lui &#233;chapper. Le souverain, par sa volont&#233; de r&#233;tablir au plus vite la Monarchie Absolue telle qu'elle existait &#224; la veille de la R&#233;volution, fait preuve d'une coupable maladresse. Le peuple parisien, attach&#233; au souvenir de 1789, s'agite et, quand, en Juillet 1830, les autorit&#233;s suspendent les grandes libert&#233;s contenues dans la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen, la r&#233;volte se d&#233;cha&#238;ne. A l'issue de trois journ&#233;es d'insurrection dans les rues de la capitale, durant lesquelles le sang coule sur les pav&#233;s, le roi s'enfuit &#224; l'&#233;tranger. (27, 28 et 29 Juillet 1830).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Delacroix est un peintre engag&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il a des convictions politiques bien affirm&#233;es. Comme la plupart de ses compatriotes, il garde en m&#233;moire le souvenir glorieux de la R&#233;volution Fran&#231;aise et d&#233;fend les id&#233;es nouvelles que celle-ci a apport&#233;es au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Soucieux d'exprimer tout le soutien qu'il peut porter aux insurg&#233;s de 1830, il choisit de mettre son art au service de leur cause. Il repr&#233;sente donc &#224; travers cette toile un &#233;pisode des combats qui opposent les Parisiens aux troupes royales.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#4&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a name=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;III. CE QU'IL FAUT SAVOIR REPERER DANS LE TABLEAU. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'&#339;uvre n'a pas seulement une fonction esth&#233;tique. A travers elle, Delacroix veut aussi faire passer un message, ses choix politiques. Il aurait pu choisir pour cela d'utiliser la plume. Il pr&#233;f&#232;re se servir de ses pinceaux qu'il manie avec bien plus de talent. Les personnages que l'on d&#233;couvre sur le tableau n'ont pas &#233;t&#233; peints par hasard. Ils sont l&#224; pour une raison bien pr&#233;cise. Chacun est &#224; lui seul le symbole d'une id&#233;e, d'un comportement, d'une mani&#232;re d'envisager la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;-LA FEMME BRANDISSANT LE DRAPEAU TRICOLORE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;C'est le personnage le plus important de la composition. Il est au centre de la sc&#232;ne, l&#233;g&#232;rement sur&#233;lev&#233; par rapport aux autres figures, largement &#233;clair&#233; d'une &#233;trange lumi&#232;re. Cette femme, comme le sugg&#232;re la tenue vestimentaire tr&#232;s simple qu'elle porte, vient sans doute des milieux les plus modestes de la capitale. (Artisans, ouvriers). Elle est en fait le produit de l'imagination de Delacroix. Sous les traits de cette Parisienne, un peu vulgaire, c'est la Libert&#233; qu'il faut reconna&#238;tre. Comment repr&#233;senter en peinture une notion aussi abstraite si ce n'est sous l'apparence d'un corps f&#233;minin ? Le petit bonnet rouge qui recouvre la chevelure du personnage, pareil &#224; celui dont se coiffaient les esclaves de l'Antiquit&#233; une fois affranchis, indique qu'en soutenant cette singuli&#232;re insurg&#233;e qui brandit le drapeau, le peuple ne suit rien d'autre que la Libert&#233; pour laquelle il se bat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;-LE JEUNE GARCON ARME.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aupr&#232;s de la Libert&#233;, un enfant d'une dizaine d'ann&#233;es porte deux pistolets. L'artiste n'a rien laiss&#233; au hasard : la pr&#233;sence de ce petit gar&#231;on qui rappelle beaucoup le Gavroche de Victor Hugo dans les Mis&#233;rables est &#233;galement symbolique. Delacroix met l'accent sur l'id&#233;e que l'insurrection de 1830 rassemble les Parisiens au-del&#224; des g&#233;n&#233;rations. Pendant les combats sur les barricades, les plus jeunes sont employ&#233;s &#224; des t&#226;ches souvent p&#233;rilleuses : bravant la fusillade, beaucoup r&#233;cup&#232;rent sur les morts ou les bless&#233;s armes et munitions qui permettent de poursuivre la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D'autre part, l'enfant du tableau est &#233;galement le symbole de Paris. Dans les rues de la capitale, ils sont des milliers comme lui, souvent sans famille, vivant d'un petit m&#233;tier ou de vols. Au XIX&#176; si&#232;cle, la population parisienne est beaucoup plus jeune qu'elle ne l'est actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;-L' ETUDIANT ARME D'UN FUSIL.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Derri&#232;re la Libert&#233;, un homme coiff&#233; d'un haut chapeau et habill&#233; de mani&#232;re plus &#233;l&#233;gante que ses compagnons, tient dans ses mains un fusil. Il peut faire songer &#224; un bourgeois mais Delacroix a voulu repr&#233;senter sous ses traits le monde &#233;tudiant. Paris est &#224; l'&#233;poque une ville o&#249; l'on vient s'instruire. Des milliers d'adolescents fr&#233;quentent les bancs de l'Universit&#233; ou des &#233;coles les plus prestigieuses. Beaucoup d'entre eux sont hostiles au r&#233;gime r&#233;actionnaire de Charles X et nourrissent l'espoir d'un retour rapide de la R&#233;publique. Ils sont donc des centaines &#224; d&#233;fendre les barricades. En peignant ce personnage un peu singulier, l'auteur rappelle la participation active du monde &#233;tudiant aux affrontements.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;-L' OUVRIER AU SABRE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Derri&#232;re l'&#233;tudiant, un ouvrier que l'on reconna&#238;t &#224; sa tenue tr&#232;s modeste brandit un sabre. La r&#233;alisation de ce personnage sugg&#232;re que le monde artisanal et industriel participe aussi &#224; la r&#233;volte. Delacroix souligne par ce proc&#233;d&#233; que Paris est en 1830 une ville en pleine croissance &#233;conomique. Les quartiers populaires du Nord de la capitale attirent de plus en plus d'hommes et de femmes venus des campagnes cherchant &#224; s'employer dans les usines.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;Style2&#034;&gt;-LE PAYSAN BLESSE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les combats se d&#233;roulent essentiellement dans un cadre urbain. Les &#233;v&#232;nements parisiens trouvent finalement assez peu d'&#233;chos dans les campagnes. Mais l'artiste int&#232;gre le monde rural &#224; cette aspiration nouvelle de libert&#233;. Il repr&#233;sente donc un paysan que l'on reconna&#238;t au foulard qu'il a nou&#233; autour de sa t&#234;te (pour se prot&#233;ger du soleil quand vient le temps des r&#233;coltes). Mais l'homme, &#224; terre, est bless&#233;. Il contemple la Libert&#233; avec admiration comme le montre son attitude.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La structure g&#233;n&#233;rale du tableau, la position des protagonistes de la sc&#232;ne les uns par rapports aux autres ne sont pas le fruit du hasard. Imaginons un instant que l'on trace &#224; travers la toile une ligne horizontale fr&#244;lant le pied gauche de la Libert&#233;. On remarque alors que les personnages situ&#233;s en dessous de cette ligne ont tous succomb&#233;. (Un soldat de l'arm&#233;e royale, un insurg&#233; d&#233;v&#234;tu...). Le teint blafard des visages, les membres d&#233;charn&#233;s &#233;voquent le th&#232;me de la mort. En revanche au dessus de cette ligne de partage, se trouve le monde des vivants : des hommes debout qui poursuivent la lutte, en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'attitude du paysan bless&#233; est particuli&#232;re. La partie sup&#233;rieure de son corps appartient encore au monde des vivants. Mais, ses jambes, elles, ont d&#233;j&#224; disparu dans la partie inf&#233;rieure du tableau. Il semble happ&#233; inexorablement par la mort et s'appr&#234;te &#224; rejoindre ceux qui ont perdu la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Deux autres symboles ne peuvent passer inaper&#231;us sur cette toile.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;-En arri&#232;re-plan, dissimul&#233;e par les fum&#233;es de la fusillade, Notre- Dame- De- Paris souligne que la r&#233;volution de 1830 a pour cadre les rues pav&#233;es de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Le drapeau tricolore que brandit la Libert&#233; symbolise tous les acquis de la R&#233;volution de 1789 et l'esp&#233;rance du peuple parisien qui se rassemble derri&#232;re les trois couleurs traditionnelles du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;left&#034; class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A travers ce tableau (qui lors de sa premi&#232;re exposition a fait scandale parce que la soci&#233;t&#233; de l'&#233;poque a mal accept&#233; que la Libert&#233; puisse &#234;tre symbolis&#233;e par une femme &#224; l'allure plut&#244;t vulgaire, dont la robe ne dissimule pas la poitrine), Delacroix a voulu mettre en sc&#232;ne l'union des Fran&#231;ais, quelles que soient leurs origines sociales, derri&#232;re les grands principes de 1789 et l'aspiration g&#233;n&#233;rale &#224; la Libert&#233; qui est la leur. L'artiste veut &#233;veiller chez ceux qui contemplent son oeuvre le patriotisme qui a largement anim&#233; la r&#233;volution de Juillet 1830.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#4&#034;&gt;&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/images%20squelettes/retour.gif' width='17' height='16' border=&#034;0&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les grandes heures du pass&#233; ouvrier (1850-1973). </title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article316</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article316</guid>
		<dc:date>2007-06-06T15:51:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Les transformations industrielles du XIX&#176; si&#232;cle (Autrefois on parlait plus volontiers de r&#233;volutions) ne bouleversent pas seulement les &#233;conomies des pays europ&#233;ens. Elles transforment, modifient et r&#233;organisent les rapports sociaux. Un personnage nouveau appara&#238;t sur les pav&#233;s urbains, un personnage que l'on distingue, un personnage que l'on entend, un personnage que l'on craint parfois : l'ouvrier. Qui est cet homme m&#233;pris&#233; des gens de bonne famille ? D'o&#249; vient-il ? Quel est son pass&#233;, son (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les transformations industrielles du XIX&#176; si&#232;cle (Autrefois on parlait plus volontiers de r&#233;volutions) ne bouleversent pas seulement les &#233;conomies des pays europ&#233;ens. Elles transforment, modifient et r&#233;organisent les rapports sociaux. Un personnage nouveau appara&#238;t sur les pav&#233;s urbains, un personnage que l'on distingue, un personnage que l'on entend, un personnage que l'on craint parfois : l'ouvrier. Qui est cet homme m&#233;pris&#233; des gens de bonne famille ? D'o&#249; vient-il ? Quel est son pass&#233;, son histoire ? Chaque matin, chaque soir, sa maigre silhouette glisse sur les trottoirs, s'engouffre dans les ruelles ou se faufile parmi les badauds qui aiment fl&#226;ner le long des boulevards. Une silhouette que l'on ne remarque plus, que l'on ne voit plus tant elle appartient au paysage quotidien de la ville.&lt;br /&gt; Les horizons de l'ouvrier ? Peu de choses en v&#233;rit&#233;. Le logement insalubre et mis&#233;rable o&#249; l'on vit parfois &#224; plusieurs familles faute de mieux. Les murs en briques de l'usine et sa lourde porte que l'on franch&#238;t aux premi&#232;res heures de l'aube tous les jours. Le bistrot enfum&#233; et ses odeurs de sueurs m&#234;l&#233;es. La petite &#233;picerie du quartier et ses &#233;talages. Le parc et ses jardins o&#249; l'on aime venir, le temps d'une promenade en fin de semaine.&lt;br /&gt;
Isol&#233; et anonyme, l'ouvrier ? Non. Les difficult&#233;s de la vie quotidienne, les souffrances endur&#233;es, les deuils, les inqui&#233;tudes de l'avenir forgent les solidarit&#233;s. Dans la rue, sur le chemin de la fabrique, &#224; la table d'un troquet, on discute, on s'exprime. Les discours sont enflamm&#233;s, les paroles passionn&#233;es et lanc&#233;es comme d'&#233;ternelles v&#233;rit&#233;s. Les opinions se heurtent, les certitudes se d&#233;chirent mais, finalement, derri&#232;re les mots, les phrases mal construites ou mal comprises, surgit l'image, encore floue et impr&#233;cise, de ce personnage craint autant qu'il est d&#233;test&#233; : le patron.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;ZOLA, L'ECRIVAIN DU MONDE OUVRIER.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Entre le patron et ses ouvriers, rien n'est tout &#224; fait simple. Relisons les pages d'Emile Zola et l'on comprendra les conditions d'existence particuli&#232;rement p&#233;nibles du mineur fran&#231;ais au XIX&#176; si&#232;cle. La famille des Maheu, tristes h&#233;ros du roman Germinal, partage les pr&#233;occupations quotidiennes du coron (Un village) o&#249; elle vit : rapporter chaque mois le salaire qui pourra nourrir la maisonn&#233;e, obtenir &#224; l'&#233;picerie quelques jours de cr&#233;dit, se lever chaque matin en songeant aux incertitudes de l'avenir (Que se passerait-il si un accident venait &#224; blesser le Maheu ? Comment se d&#233;brouiller s'il ne pouvait plus descendre dans le fond de la mine ?). Zola ne d&#233;crit pas seulement les mis&#232;res de son temps. Sa plume talentueuse pr&#233;sente aussi un monde ouvrier actif et conscient de lui-m&#234;me. Victimes impuissantes, les Maheu ? L'auteur ne le veut surtout pas. Un meneur appara&#238;t, ce sera Etienne Lantier. Un homme dont on ne sait rien de tr&#232;s pr&#233;cis. Mais un homme d&#233;termin&#233; &#224; r&#233;veiller les &#233;nergies. Les premi&#232;res gr&#232;ves &#233;clatent, les mineurs se mobilisent et refusent &#171; de descendre &#187; comme ils le disent. Des liens de solidarit&#233; s'organisent, les corons de la r&#233;gion s'installent lentement dans un combat dont personne ne sait pr&#233;cis&#233;ment quand il s'ach&#232;vera. Jusqu'aux derni&#232;res lignes du roman, Lantier poursuit son in&#233;puisable activit&#233; : rassurant les uns, bousculant les autres, il semble partout &#224; la fois. A la t&#234;te d'un d&#233;fil&#233;, grimp&#233; sur une table de l'auberge au village pour un discours improvis&#233;, il rencontre le lendemain dans son bureau le directeur de la mine. Les n&#233;gociations tournent cours mais &#224; travers le dialogue des protagonistes deux mondes se heurtent brutalement. Lantier &#233;voque la mis&#232;re de ses compagnons, les salaires trop bas, les dangers quotidiens du grisou. Son interlocuteur s'attarde sur la rentabilit&#233; &#233;conomique de son entreprise, les exigences d'actionnaires avides, la n&#233;cessit&#233; de reprendre au plus vite le travail. Deux logiques inconciliables.&lt;br /&gt; Le roman s'ach&#232;ve quand la faim finit par vaincre les r&#233;sistances. Les mineurs ont soutenu les privations que la lutte imposait mais l'&#233;puisement brise la d&#233;termination des plus r&#233;solus. L'&#233;chec du mouvement est en fin de compte l'&#233;chec de Lantier. D&#233;sign&#233; comme le responsable des malheurs endur&#233;s, l'homme s'en retourne comme il &#233;tait venu, discr&#232;tement, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Un &#233;pilogue sans gloire, des espoirs d&#233;&#231;us, la certitude que le monde ouvrier n'est pas au bout de ses peines. Mais l&#224; n'est peut &#234;tre pas le plus important. Confront&#233; aux souffrances de son &#233;poque, Zola n'a gu&#232;re d'illusions quant &#224; la soci&#233;t&#233; nouvelle que certains intellectuels m&#251;rissent dans leurs esprits agit&#233;s. Son &#339;uvre &#233;voque pourtant l'espoir d'un avenir plus radieux : les mineurs de Germinal ont su se rassembler et mener ensemble cette bataille qu'il leur appartenait de livrer. Les manifestations, les violences ont fait couler le sang (Le Maheu est tu&#233; &#224; l'issue d'une fusillade) mais la coh&#233;sion du prol&#233;tariat y a d&#233;couvert une force nouvelle. La faim emporte les plus faibles, provoque des ruptures familiales, interroge les consciences mais des peines &#233;merge finalement le sentiment d'appartenir &#224; une classe s&#251;re d'elle-m&#234;me et de ses int&#233;r&#234;ts. Zola consacre les derni&#232;res lignes de son travail &#224; la description du champ que Lantier longe un moment avant de dispara&#238;tre au loin. Ce proc&#233;d&#233; ne rel&#232;ve pas d'un simple effet de style ou d'esth&#233;tique. Au-del&#224; des mots employ&#233;s, des phrases soigneusement construites, le message symbolique que l'on y trouve ne doit pas &#233;chapper. La germination future des graines encore enfouies, l'image des r&#233;coltes qui bient&#244;t l&#232;veront au soleil de Juillet annonce la naissance de ce monde nouveau pour lequel Lantier a tant combattu. Le personnage semble s'enfuir sans percevoir les forces myst&#233;rieuses qui, sous la surface paisible des sillons, travaillent d&#233;j&#224; la terre pr&#234;te &#224; &#233;clore. Sent-il alors qu'une puissance tout aussi &#233;trange, nourrie du sang vers&#233; (Celui de Maheu entre autre&#8230;) et des larmes consenties (Celles de son &#233;pouse) pr&#233;pare le temps d'un avenir meilleur ?&lt;br /&gt; Un historien qui travaillerait sur une histoire sociale du XIX&#176; si&#232;cle pourrait difficilement se dispenser d'une lecture, m&#234;me occasionnelle, des &#339;uvres laiss&#233;es par Zola &#224; sa mort en 1902. La pr&#233;occupation premi&#232;re de tout &#233;crivain n'est pas de reproduire dans le d&#233;tail une v&#233;rit&#233; absolue. Un &#233;crivain est avant tout celui qui imagine, jette sur le papier des personnages attachants mais promis &#224; dispara&#238;tre une fois le livre achev&#233;. L'&#233;crivain d&#233;voile un sentiment, un ressenti, une partie de lui- m&#234;me. En cela, il s'&#233;loigne de l'historien. Mais, il produit aussi un d&#233;cor, un climat, une trame. Il donne d'une &#233;poque sa vision personnelle, son interpr&#233;tation propre. Un moyen pour le sp&#233;cialiste de mieux saisir la soci&#233;t&#233; qu'il travaille &#224; d&#233;crire et comprendre. Une mani&#232;re d'approcher au plus pr&#232;s les mentalit&#233;s d'un temps, les repr&#233;sentations que les hommes et les femmes d'autrefois se faisaient d'un groupe, d'un &#233;v&#232;nement pr&#233;cis.&lt;br /&gt; Lantier n'a jamais v&#233;cu que par l'esprit f&#233;cond de Zola. Son existence tumultueuse, son &#233;nergie, ses espoirs d&#233;&#231;us sont pourtant ceux des ouvriers du XIX&#176; si&#232;cle. Combien de mineurs, de m&#233;tallurgistes, se seraient identifi&#233;s &#224; lui s'ils avaient su lire ? Lantier est infatigable, il se f&#226;che, il temp&#234;te, il peut &#234;tre parfois violent. Il s'engage sans arri&#232;re pens&#233;e, affronte l'arm&#233;e venue disperser une manifestation. Une attitude surprenante pour nous qui ne vivons plus &#224; l'&#233;poque des mis&#232;res de l'&#232;re industrielle. Mais une attitude qui &#233;voque &#233;trangement les grands meneurs socialistes d'antan : que l'on songe &#224; la &#171; vierge rouge &#187; de la Commune, Louise Michel, d&#233;port&#233;e au lendemain de la r&#233;pression versaillaise et tellement convaincue de son combat qu'elle r&#233;clame le droit d'&#234;tre fusill&#233;e aux c&#244;t&#233;s de ses compagnons d'infortune. Expos&#233; aux balles du r&#233;giment envoy&#233; contre les mineurs de Germinal, Lantier n'est finalement jamais que le produit de son &#233;poque, du monde auquel il appartient.&lt;br /&gt; Minutieux quant &#224; la description de ses personnages, Zola r&#233;fl&#233;chit &#233;galement au d&#233;cor qu'il installe. Brosser l'ambiance si particuli&#232;re d'un coron, d'une mine n'est pas chose &#233;vidente. L'&#233;crivain se d&#233;place dans le Nord, les bagages emplis de carnets, de feuillets qu'il noircit f&#233;brilement de ses notes personnelles, de ses sch&#233;mas. Rien ne lui &#233;chappe : Germinal fourmille de d&#233;tails r&#233;alistes d&#233;couverts au hasard de fl&#226;neries solitaires ou d'observations judicieuses.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;ASPECTS ET SPECIFICITES D'UNE CULTURE OUVRIERE.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;C'est au cabaret du village que les protagonistes de Germinal s'enflamment, discutent, prennent les d&#233;cisions d'importance. C'est au cabaret que les travailleurs &#233;puis&#233;s viennent trouver un instant de r&#233;confort sur le chemin de la maison, le labeur quotidien achev&#233;. C'est au cabaret que chacun se rencontre et se c&#244;toie. Le romancier d&#233;crit l&#224; une attitude ordinaire bien connue des historiens. Dans les quartiers populaires des grandes villes de l'&#233;poque industrielle, le bistrot est un lieu essentiel de la sociabilit&#233; urbaine. Un lieu o&#249; s'expriment les comportements propres &#224; une culture sp&#233;cifiquement ouvri&#232;re : on y oublie ses mis&#232;res, ses inqui&#233;tudes. L'alcool coule &#224; flot (L'absinthe, dont Zola fait le sujet d'un autre roman, l'Assommoir), embrume les esprits, provoque &#224; l'occasion des d&#233;sordres que les autorit&#233;s s'empressent de r&#233;primer. L'ambiance enfum&#233;e et bruyante des Pub &#233;cossais ou anglais anime les soir&#233;es d'une population surtout masculine. Install&#233;s au comptoir, les clients commentent les derniers r&#233;sultats sportifs (Le football, une pratique que s'approprient rapidement les classes populaires), les d&#233;cisions politiques du gouvernement. Le Pub est avant tout un espace de rencontre o&#249; se n&#233;gocient les engagements, les mariages, les contrats C'est ici que se b&#226;tissent les solidarit&#233;s, les relations, les r&#233;seaux d'entraide.&lt;br /&gt; Parti aux premi&#232;res lueurs de l'aube, quand l'usine ouvre ses portes, rentr&#233; tard le soir, l'ouvrier n'est pas souvent chez lui. Sur le logement du prol&#233;tariat dans les grandes cit&#233;s industrielles, les documents ne manquent pas : r&#233;cits compos&#233;s pour les besoins d'une commission d'enqu&#234;te, descriptions de romans, photographies des d&#233;buts du XX&#176; si&#232;cle &#224; Berlin, Londres ou Paris, il n'est pas difficile d'obtenir une juste vision du foyer quotidien d'un ouvrier. La surpopulation de certaines zones urbaines entasse souvent les familles sur une superficie &#233;troite. La pi&#232;ce unique est souvent la r&#232;gle : parents et enfants partagent ensemble les recoins am&#233;nag&#233;s en chambre. La cuisine rassemble les adultes et les jeunes pour les repas. C'est aussi pench&#233; sur l'&#233;vier que l'on accomplit le rituel de la toilette journali&#232;re ou que l'on nettoie le linge de chacun. Nulle intimit&#233; possible. Humidit&#233; des murs, usure du plancher, courants d'air glac&#233;s que les fen&#234;tres vermoulues ne peuvent plus emp&#234;cher, les d&#233;tails sordides peuplent les t&#233;moignages de quelques malheureux. A Paris, les plus mal lotis, les moins fortun&#233;s ne trouvent &#224; occuper que les mansardes sombres des immeubles. A une &#233;poque o&#249; la m&#233;decine enregistre ses tous premiers progr&#232;s, l'hygi&#232;ne n'est qu'une pr&#233;occupation secondaire. Les &#233;pid&#233;mies du XIX&#176; si&#232;cle, meurtri&#232;res et souvent sans issue, frappent essentiellement les populations modestes : tuberculose, chol&#233;ra, pneumonie, la mort pr&#233;l&#232;ve son lot de victimes. Les ravages du chol&#233;ra en 1832, au c&#339;ur de Paris, laisse dans les esprits un souvenir traumatisant. Parce qu'elles utilisent volontiers l'eau des fontaines publiques pour leurs besoins quotidiens (Par laquelle se propage l'agent infectieux de la maladie) les familles ouvri&#232;res endurent tout particuli&#232;rement les ravages du fl&#233;au.&lt;br /&gt; Les mis&#232;res de l'&#232;re industrielle brutalisent les rapports sociaux. La violence hante le quotidien de chacun. Une violence exprim&#233;e dans l'intimit&#233; du foyer familial. Une violence collective. Une violence n&#233;cessaire parce qu'elle construit et renforce les solidarit&#233;s du prol&#233;tariat urbain. Les luttes conduites sur les barricades de 1848 ou de 1870 sont v&#233;cues comme les &#233;v&#232;nements fondateurs d'une conscience de classe. Le souvenir des camarades morts sur les pav&#233;s parisiens participe &#224; l'&#233;panouissement d'une m&#233;moire commune dont chacun s'approprie une part.&lt;br /&gt; On ne peut clairement saisir l'identit&#233; ouvri&#232;re si l'on n&#233;glige de consid&#233;rer ses symboles, ses r&#233;f&#233;rences propres. Qu'une manifestation de travailleurs en col&#232;re occupe la rue et le drapeau rouge surgit des rangs, brandi bien haut, comme le signe du ralliement universel. Un drapeau rouge comme t&#233;moin des sacrifices consentis, du sang vers&#233; pour un monde meilleur. Un drapeau rouge flottant sur les derni&#232;res barricades de la Commune lorsque la victoire des Versaillais s'impose aux derniers insurg&#233;s. Le rouge, unique couleur du monde ouvrier ? Peut-&#234;tre si l'on se souvient de la magnifique chanson fredonn&#233;e dans le Paris de 1871, &#171; Le temps des cerises &#187;. S'ils &#233;voquent la nostalgie d'un pass&#233; serein et apais&#233; o&#249; l'on pouvait cueillir le fruit juteux des cerisiers, les couplets sugg&#232;rent aussi l'image de la tache sanglante apparue sur la chemise d&#233;chir&#233;e du combattant mourant. Une chanson tr&#232;s belle mais am&#232;re : la soci&#233;t&#233; id&#233;ale imagin&#233;e par Marx, Engels, Raspail ou Blanqui n'est pas pour demain.&lt;br /&gt; La conscience ouvri&#232;re ne se b&#226;tit pas uniquement sur l'appropriation d'un symbole ou d'une couleur. Elle dispose aussi de ses f&#234;tes, de ses comm&#233;morations propres. Les quartiers populaires des grandes villes industrielles vivent le 1er Mai comme un temps fort du calendrier, l'occasion de fouiller sa m&#233;moire et de se souvenir des victimes d'autrefois. A l'origine de la tradition, les &#233;v&#232;nements survenus &#224; Chicago, le 1er Mai 1886. Ce jour-l&#224;, un d&#233;fil&#233; populaire agite la rue. Les manifestants r&#233;clament la revalorisation des salaires et l'am&#233;lioration des conditions de travail. L'intervention des forces de l'ordre pr&#233;cipite les violences : trois gr&#233;vistes sont tu&#233;s au cours des affrontements. Le lendemain, une marche de protestation complique encore la situation. Un groupe de meneurs anarchistes installe une bombe. L'explosion de l'engin provoque le d&#233;c&#232;s de quinze policiers. Les enqu&#234;tes s'ach&#232;vent sur l'arrestation des responsables. Pass&#233; en jugement, plusieurs d'entre eux sont pendus le 11 Novembre 1886, sur des preuves peu convaincantes. L'un des condamn&#233;s, Augustin Spies, prononce ces ultimes paroles au moment de monter sur l'&#233;chafaud : &#171; Le jour viendra o&#249; notre silence sera plus puissant que les voix que vous &#233;tranglez aujourd'hui. &#187;. La nouvelle du drame bouleverse les esprits, bien au-del&#224; des Etats-Unis. Trois ans plus tard, les participants de la Seconde Internationale, r&#233;unis &#224; Paris, s'accordent sur le choix du 1er Mai comme journ&#233;e consacr&#233;e aux revendications ouvri&#232;res. A travers l'Europe, de Londres &#224; Paris en passant par Berlin, des rassemblements mobilisent des centaines de personnes pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail &#224; huit heures. Le 13 Mai 1891, &#224; Fournies, petite ville du Nord de la France, les manifestations tournent au drame. Les gr&#233;vistes se heurtent &#224; la troupe arriv&#233;e sur place. Quelques pierres volent et atteignent les soldats. La fusillade se d&#233;clare brutalement. Le d&#233;fil&#233; se disperse dans la panique. On rel&#232;ve quatre morts et plusieurs bless&#233;s. Le drame attire l'attention des pouvoirs publics. Les probl&#232;mes du prol&#233;tariat s'imposent &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt; Les &#233;v&#232;nements survenus &#224; Chicago, &#224; Fournies s'inscrivent dans la m&#233;moire ouvri&#232;re. Des ann&#233;es plus tard, le 1er Mai demeure toujours un moment de rassemblement au cours duquel les solidarit&#233;s se reconstruisent. En 1941, le r&#233;gime de Vichy r&#233;cup&#232;re &#224; son profit le contenu symbolique de ce jour particulier. Le Mar&#233;chal P&#233;tain en retire les &#233;l&#233;ments d'une culture sp&#233;cifiquement ouvri&#232;re : aux boutonni&#232;res, le brin de muguet blanc remplace l'&#233;glantine dont la couleur &#233;voque le souvenir des combats d'autrefois. Les c&#233;l&#233;brations de la journ&#233;e perdent une partie de leur signification traditionnelle et deviennent un nouveau temps fort du calendrier national. La signification des d&#233;fil&#233;s s'est modifi&#233;e. Pour les Fran&#231;ais de l'Occupation, il s'agit moins de rappeler les luttes pass&#233;es que de se r&#233;unir autour d'une valeur sur laquelle se b&#226;tit le programme politique des autorit&#233;s vichyssoises : le travail. Le travail comme principe retrouv&#233;. Le travail comme contre- mod&#232;le d'une soci&#233;t&#233; oisive de rentiers enrichis.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;L'EGLISE, LA RELIGION ET LE MONDE OUVRIER.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Proposer une histoire sociale du XIX&#176; si&#232;cle, c'est aussi &#233;valuer la place que le monde ouvrier offre &#224; la spiritualit&#233;. Une place en v&#233;rit&#233; bien &#233;troite. Le s&#233;isme que produisent les r&#233;formes de la R&#233;volution de 1789 place pour tr&#232;s longtemps l'Eglise dans une situation d&#233;licate. Les mouvements de d&#233;christianisation, la diffusion d'un culte civique in&#233;dit (Celui consacr&#233; &#224; la d&#233;esse Raison) ont durablement &#233;branl&#233; l'influence du catholicisme en milieu urbain (Les campagnes plus attach&#233;es aux valeurs traditionnelles du christianisme conservent un sentiment religieux puissant). Les t&#233;moignages de l'&#233;poque industrielle confirment ce que les sp&#233;cialistes savent d&#233;j&#224; : dans les quartiers populaires des grandes villes europ&#233;ennes, la messe dominicale n'est plus le moment fort de la sociabilit&#233; quotidienne. Les ouvriers d&#233;sertent les chapelles, les confessionnaux, les sacrements. A l'occasion d'une commission d'enqu&#234;te, d'un rapport, certains le reconnaissent volontiers : c'est ailleurs qu'ils d&#233;couvrent de nouveaux rep&#232;res, de nouvelles mani&#232;res d'envisager les mis&#232;res du temps.&lt;br /&gt; La transformation rapide des soci&#233;t&#233;s occidentale bouscule le Christianisme. Les autorit&#233;s catholiques ou protestantes ne sont pas pr&#233;par&#233;es &#224; affronter les ruptures industrielles et leurs cons&#233;quences humaines. Le message traditionnel de l'Eglise ne s&#233;duit plus. Surtout, il apporte une r&#233;ponse incapable de satisfaire les attentes ouvri&#232;res. Ce n'est pas du pr&#234;tre, de l'&#233;v&#234;que ou m&#234;me du pape que viendra la disparition des in&#233;galit&#233;s. A la pens&#233;e marxiste, b&#226;tie sur l'id&#233;e essentielle d'une r&#233;volution prol&#233;taire conduite pour briser le pouvoir bourgeois, s'oppose la vision d'un catholicisme attach&#233; au respect de la propri&#233;t&#233; individuelle.&lt;br /&gt; De l'autre c&#244;t&#233; des Alpes, le Vatican s'interroge, r&#233;fl&#233;chit. Le recul de la pratique religieuse dans les grandes villes europ&#233;ennes inqui&#232;te les milieux eccl&#233;siastiques. A l'abri des bureaux pontificaux, les &#233;tudes, les enqu&#234;tes se multiplient. De nouveaux territoires s'ouvrent &#224; l'action &#233;vang&#233;lique des missionnaires. Il ne s'agit plus de s'enfoncer dans les profondeurs de l'Afrique ou de l'Am&#233;rique du Sud, &#224; la rencontre de tribus indig&#232;nes. Il faut bien davantage se rendre au c&#339;ur des quartiers populaires, approcher ces hommes, ces femmes, ces enfants qui se sont &#233;loign&#233;s de Dieu, convaincre les esprits, dialoguer. Une t&#226;che ardue. Une t&#226;che de longue haleine tant il y a &#224; faire. Le pape le sait bien : s'il veut s&#233;duire, s'implanter, rassembler autour de lui, le message catholique doit s'adapter, prendre en compte les r&#233;alit&#233;s de l'&#233;poque, r&#233;cup&#233;rer &#224; son profit les id&#233;es acceptables du socialisme.&lt;br /&gt; Les autorit&#233;s catholiques et protestantes s'engagent d&#232;s 1840 : tandis que des pr&#234;tres animent des r&#233;seaux d'entraide et de solidarit&#233; dans les milieux du prol&#233;tariat urbain, en Angleterre, une jeune organisation, l'Arm&#233;e du Salut, promet aux plus malheureux &#171; de la soupe, du pain, du savon &#187; (1878). Les interrogations et les inqui&#233;tudes de l'Eglise produisent une litt&#233;rature nouvelle. Penseurs et intellectuels r&#233;fl&#233;chissent &#224; une red&#233;finition des rapports entre religion et monde ouvrier. Le catholicisme y acquiert une image nouvelle, une image de modernit&#233;. Rien n'est pourtant vraiment simple.&lt;br /&gt; En 1891, le pape L&#233;on XIII franchit le pas que ses pr&#233;d&#233;cesseurs n'ont pas os&#233; accomplir. La diffusion de son encyclique Rerum novarum pr&#233;cise la position officielle du Vatican quant au progr&#232;s du socialisme en Europe. S'il d&#233;nonce et d&#233;plore les mis&#232;res que les transformations industrielles ont provoqu&#233;es, s'il r&#233;clame du patronat une n&#233;cessaire prise en compte des souffrances populaires, le souverain pontife n'en condamne pas moins les principes du Marxisme dont les accents de violence s'accordent tr&#232;s mal au message chr&#233;tien. Longtemps demeur&#233;e en retrait des bouleversements &#233;conomiques et humains du XIX&#176; si&#232;cle, l'Eglise choisit finalement d'int&#233;grer &#224; ses traditions religieuses les &#233;l&#233;ments acceptables d'une culture sp&#233;cifiquement ouvri&#232;re.&lt;br /&gt; R&#233;conciliation du prol&#233;tariat urbain et du Vatican ? Sans doute. Pourtant, la politique de rapprochement que conduit L&#233;on XIII ne gomme pas le souvenir des &#233;v&#232;nements de la Commune en France. Ev&#232;nements tr&#232;s mal v&#233;cus des catholiques. Ev&#232;nements qui laissent jusqu'au c&#339;ur de la conscience nationale de profondes d&#233;chirures. Quand en Mars 1871, le peuple parisien accepte le dangereux pari d'un soul&#232;vement contre le gouvernement provisoire de la Troisi&#232;me R&#233;publique, l'Eglise est tout de suite d&#233;nonc&#233;e comme l'ennemi de l'int&#233;rieur. Sorties de toute l&#233;galit&#233; politique, les autorit&#233;s de la Commune entendent faire du mouvement qu'elles animent l'authentique exp&#233;rience du marxisme. Les premi&#232;res d&#233;cisions indiquent l'orientation du r&#233;gime parisien : revalorisation des salaires, diminution des heures quotidiennes de travail, gel des loyers, socialisation des moyens de production&#8230;C'est dans une certaine mesure la revanche du monde ouvrier sur la bourgeoisie. Encercl&#233;e et press&#233;e par les troupes versaillaises, tr&#232;s vite aux abois, la Commune se cherche des ennemis : une attitude somme toute ordinaire lorsque la gravit&#233; d'une situation exige que l'on d&#233;signe une victime expiatoire. Les coupables, les responsables, sont vite d&#233;couverts : les Parisiens s'emparent des pr&#234;tres et des religieux de la capitale. Les malheureux patientent de longues semaines dans les prisons de la ville avant que les insurg&#233;s ne les fusillent lorsque les troupes gouvernementales p&#233;n&#232;trent les quartiers ouest de Paris.&lt;br /&gt; Le printemps 1871 &#233;voque &#224; bien des &#233;gards le souvenir de 1793. En m&#234;me temps qu'ils red&#233;couvrent l'ancien calendrier r&#233;volutionnaire et ses mois si particuliers, les Communards conduisent une violente politique de d&#233;christianisation : tandis que les propri&#233;t&#233;s de l'Eglise passent aux mains du gouvernement, les &#233;difices du culte sont d&#233;pouill&#233;s de leur mobilier, de leurs richesses puis transform&#233;s en &#233;curies, en casernes, en arsenaux. L'&#233;pisode de la Commune ne traduit pas seulement la col&#232;re d'une ville qui ne reconna&#238;t plus la l&#233;gitimit&#233; r&#233;publicaine. C'est aussi l'instant d'une rupture violente entre le prol&#233;tariat et la religion. Le traumatisme est aussi profond qu'il est durable. Des ann&#233;es apr&#232;s la victoire des Versaillais, le souvenir des pr&#234;tres ex&#233;cut&#233;s, des chapelles saccag&#233;es, hante encore la m&#233;moire des milieux catholiques. La paix revenue, l'heure est &#224; la reconstruction, &#224; l'apaisement. Les quartiers populaires du Nord et de l'Est parisien ont livr&#233; une r&#233;sistance aussi acharn&#233;e que d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. C'est ici que les derniers d&#233;fenseurs de barricades se sont rendus ou donn&#233; la mort. C'est ici que les ouvriers sont le mieux implant&#233;s. C'est ici que les principes du socialisme trouvent leur plus large audience. Pour les autorit&#233;s catholiques, la reconqu&#234;te spirituelle de ce morceau du territoire urbain rel&#232;ve bien d'une imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233;. Cette reconqu&#234;te implique l'exercice des activit&#233;s missionnaires de pr&#234;tres convaincus et enthousiastes. Mais elle s'inscrit aussi durablement dans le paysage de la ville. La construction du Sacr&#233; C&#339;ur &#224; Montmartre rel&#232;ve de cette volont&#233; d'implanter la religion au centre de l'existence quotidienne des couches populaires. L'allure massive de l'&#233;difice, sa situation g&#233;ographique particuli&#232;re (Sur l'une des hauteurs de la capitale) &#233;voquent l'attitude d'une soci&#233;t&#233; confront&#233;e aux crimes de la Commune. Crimes que l'on cherche &#224; expier par l'expression d'une pi&#233;t&#233; renouvel&#233;e.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;L'IMPOSSIBLE RASSEMBLEMENT DES MOUVEMENTS SOCIALISTES.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;On pr&#233;cisait plus haut que les combats du monde ouvrier derri&#232;re les barricades de 1848 ou de 1871 affirmaient le sentiment d'appartenir &#224; une classe consciente d'elle-m&#234;me et de ses int&#233;r&#234;ts propres. Si la culture des populations urbaines s'appuie sur un vaste r&#233;seau de solidarit&#233;s personnelles ou collectives (que l'Eglise essaie d'ailleurs de reprendre &#224; son compte par la cr&#233;ation d'associations caritatives), la coh&#233;sion des quartiers industriels ne se construit pas uniquement sur les pav&#233;s sanglants de la r&#233;volte. Tr&#232;s t&#244;t, les penseurs socialistes r&#233;fl&#233;chissent au principe d'une solidarit&#233; universelle, s'affranchissant des fronti&#232;res et des nationalit&#233;s. Ici r&#233;side tout le contenu id&#233;ologique des mouvements successifs de l'Internationale.&lt;br /&gt; Parce qu'ils ont compris que les luttes ouvri&#232;res ne sont pas celles d'un pays ou d'un continent mais qu'elles s'expriment au contraire au-del&#224; des distances, Marx et ses compagnons estime que le rassemblement des forces laborieuses europ&#233;ennes ou nord am&#233;ricaines rel&#232;ve d'une imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233;. La R&#233;volution ne doit pas seulement se r&#233;aliser &#224; l'&#233;chelle occidentale. Elle est avant tout mondiale. Ainsi na&#238;t la Premi&#232;re Internationale &#224; Londres en 1864. La coordination des luttes syndicales l&#224; o&#249; elles se produisent en est le r&#244;le essentiel. N&#233;anmoins, le succ&#232;s reste tr&#232;s limit&#233; : l'opposition de nombreux courants socialistes (Les Anarchistes se heurtent aux disciples de Marx) fragilise un mouvement qui r&#233;unit tout au plus quelques milliers de membres. La tenue de congr&#232;s successifs confirme l'existence de vives querelles intellectuelles. Les int&#233;r&#234;ts nationaux prennent d'ailleurs rapidement le pas sur le principe d'une solidarit&#233; universelle. La guerre entre la France et la Prusse (1870-1871) ou entre la Prusse et l'Autriche (1866) introduit de violentes ruptures au c&#339;ur de l'organisation. En France, les mesures du r&#233;gime imp&#233;rial parasite aussi la l&#233;gitimit&#233; de l'Internationale. A quelques ann&#233;es du d&#233;sastre final de Sedan, Napol&#233;on III per&#231;oit la n&#233;cessit&#233; d'&#233;largir les bases de son pouvoir et d'encourager l'adh&#233;sion des classes populaires au r&#233;gime : l'instauration d'un droit de gr&#232;ve en 1864 s'inscrit v&#233;ritablement dans cette orientation politique nouvelle.&lt;br /&gt; Min&#233;e par ses dissensions internes, les Anarchistes sont finalement exclus de la Premi&#232;re Internationale, le mouvement s'&#233;puise et se disloque. L'&#233;chec retentit comme un sinistre avertissement, il traduit la difficult&#233; des courants socialistes &#224; se rassembler autour d'un projet commun. Le monde ouvrier y perd peut &#234;tre une part de ses illusions : les int&#233;r&#234;ts particuliers des nations, les d&#233;chirements des principaux penseurs socialistes annoncent que la coh&#233;sion des forces laborieuses trouvent finalement leurs limites.&lt;br /&gt; En 1889, dans un Paris mobilis&#233; par les c&#233;l&#233;brations pour le centenaire de la R&#233;volution Fran&#231;aise et l'organisation de l'exposition universelle, la r&#233;union d'un nouveau congr&#232;s aboutit &#224; la cr&#233;ation d'une Seconde Internationale. Les membres pr&#233;sents aux d&#233;bats viennent des quatre coins de l'Europe et du Nord de l'Am&#233;rique. Les discussions s'accordent sur la d&#233;finition de revendications communes quant &#224; la dur&#233;e de la journ&#233;e de travail. De ce mouvement, porteur d'espoirs et d'attentes, na&#238;t d'ailleurs la SFIO (Section Fran&#231;aise de l'Internationale Ouvri&#232;re) promise &#224; devenir au XX&#176; si&#232;cle n&#244;tre parti socialiste actuel. La tenue r&#233;guli&#232;re de rassemblements entretient certes les coh&#233;sions et les solidarit&#233;s des repr&#233;sentants ouvriers mais la dissidence d'un mouvement anarchiste marginalis&#233; depuis son exclusion de 1872 fragilise durablement l'organisation. Le d&#233;clenchement du premier conflit mondial en 1914 produit une nouvelle rupture. En France, en Allemagne, les Socialistes se rangent aux c&#244;t&#233;s des gouvernements et votent les cr&#233;dits de guerre. Les n&#233;cessit&#233;s de &#171; l'union sacr&#233;e &#187; n'admettent aucune d&#233;fection : l'heure est au regroupement, &#224; la coh&#233;sion nationale. Le principe d'une mobilisation g&#233;n&#233;rale autour de la patrie en danger se substitue, au moins pour un temps, &#224; la lutte des classes. Cette logique impos&#233;e, beaucoup l'acceptent. Parmi les rares voix &#224; protester, celle de Karl Liebknecht. L'homme quitte ses compagnons de l'assembl&#233;e et milite jusqu'en Novembre 1918 pour l'arr&#234;t imm&#233;diat des hostilit&#233;s. Des millions d'ouvriers rejoignent n&#233;anmoins les tranch&#233;es du front. Beaucoup n'en reviendront pas. D'autres y laisseront leurs illusions. Les espoirs que la tenue de la Seconde Internationale avait soulev&#233;s volent en &#233;clat, au milieu des explosions et des bombardements.&lt;br /&gt; Novembre 1917. En Russie, un jour nouveau se l&#232;ve. Les clameurs d'une r&#233;volution in&#233;dite parviennent jusqu'en Occident. Une r&#233;volution qui n'est pas celle de 1789. Une r&#233;volution qui propose une autre soci&#233;t&#233;, une mani&#232;re diff&#233;rente d'envisager le monde. La chute du Tsar Nicolas II pr&#233;cipite la fin d'une &#233;poque, d'une culture, d'une tradition. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'humanit&#233;, un gouvernement, qui ne tire sa l&#233;gitimit&#233; politique que de la seule victoire emport&#233;e sur les forces r&#233;actionnaires, diffuse le message marxiste &#224; l'&#233;chelle d'un pays entier. A Moscou et ailleurs, les ouvriers ont enfin la parole. Partout, de l'usine au village, de la ville &#224; la caserne, les Soviets fleurissent &#231;a et l&#224;. Chacun discute, propose, esp&#232;re. Du patron, du bourgeois, plus nulle trace. Les salari&#233;s s'approprient les machines, les moyens de production. Comme souvent en de telles situations, les d&#233;sordres se multiplient, l'anarchie s'installe doucement. Cependant Marx avait pr&#233;venu : la r&#233;volution accomplie, la bourgeoisie disparue, l'Etat devrait imposer son autorit&#233; parce que lui- seul pourrait pr&#233;voir, conduire la collectivisation et encadrer, au moins pour un temps, cette soci&#233;t&#233; sans classe tant attendue.&lt;br /&gt; Ma&#238;tres du destin de la Russie, les responsables bolcheviks conservent l'ambition d'initier l'&#233;lan d'une r&#233;volution mondiale. L&#233;nine et ses compagnons ont montr&#233; la voie : les forces laborieuses d'Europe ou d'Am&#233;rique doivent elles- aussi agir, se mobiliser, renverser les gouvernements en place et b&#226;tir ce monde id&#233;al lib&#233;r&#233; de la mis&#232;re. Une Troisi&#232;me Internationale prend forme en 1919. Elle rassemble les convaincus, les admirateurs du mod&#232;le sovi&#233;tique. Ses buts sont clairs : coordonner, soutenir, encourager le combat des partisans de la r&#233;volution mondiale. Le mouvement ouvrier y d&#233;couvrira-t-il enfin les vertus d'une solidarit&#233; affranchie des fronti&#232;res, des cultures nationales ?&lt;br /&gt; Les d&#233;sillusions arrivent vite. Les d&#233;ceptions sont cruelles. L'&#233;chec sanglant du soul&#232;vement spartakiste en Allemagne annonce que les divisions du socialisme n'ont pas &#233;t&#233; corrig&#233;es. Les id&#233;es bolcheviques se heurtent &#224; des traditions politiques sp&#233;cifiques et d&#233;j&#224; anciennes. La France ou la Grande- Bretagne disposent depuis longtemps de leur pass&#233; propre, de leur r&#233;f&#233;rences (1789 pour l'une, 1688 pour l'autre). La R&#233;volution de 1917 s&#233;duit peu. Elle agit n&#233;anmoins sur les &#233;chiquiers parlementaires car elle oblige les formations de gauche &#224; red&#233;finir leurs positions : faut-il ou non accepter, int&#233;grer aux contenus id&#233;ologiques les principes que L&#233;nine et ses compagnons ont mis en &#339;uvre ? La question implique de puissants enjeux politiques. En France, elle produit la n&#233;cessit&#233; d'un congr&#232;s de la Gauche. Les d&#233;bats se tiennent &#224; Tours en D&#233;cembre 1920 et s'ach&#232;vent sur une nouvelle fracture du monde socialiste : une minorit&#233; de participants se d&#233;tachent de la SFIO et rejoignent les rangs de la Troisi&#232;me Internationale. Ils jettent les premi&#232;res structures du parti communiste fran&#231;ais. Un parti ouvert aux directives venues d'URSS. Un parti qui int&#232;gre et s'approprie les th&#232;ses l&#233;ninistes. La coh&#233;sion de la classe prol&#233;taire sombre une fois encore. La rupture est concr&#232;te, elle se traduit jusque dans les quartiers populaires des grandes villes, &#224; l'occasion de grands rendez vous &#233;lectoraux. Au c&#339;ur des d&#233;fil&#233;s chacun manifeste derri&#232;re sa banderole, son drapeau. Chacun lit son journal, chacun interpr&#232;te les &#233;v&#232;nements &#224; sa mani&#232;re, selon ses affinit&#233;s id&#233;ologiques.&lt;br /&gt; Au cours du XIX&#176; si&#232;cle, la pens&#233;e socialiste est f&#233;conde, puissante, bouillonnante. C'est sans doute ici que r&#233;side l'une de ses faiblesses : les opinions finissent par se heurter, les d&#233;bats creusent les divergences d'opinions. Les ruptures bousculent les solidarit&#233;s. Certaines sont d&#233;finitives. En t&#233;moignent la marginalisation d'un courant anarchiste rest&#233; longtemps minoritaire mais capable de d&#233;ployer, quand il le faut, une prodigieuse &#233;nergie (Principalement en France dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1890). Les luttes fratricides du prol&#233;tariat sont donc anciennes. L'imminence d'une menace commune suspend parfois les querelles (L'invasion de l'URSS par les troupes allemandes). En Espagne pourtant, les combats livr&#233;s aux nationalistes de Franco n'apaisent pas les tensions. En Catalogne, &#224; la guerre civile s'ajoute un conflit meurtrier entre Communistes et Anarchistes. La victoire des premiers sur les seconds affaiblit les rangs r&#233;publicains et explique en partie la d&#233;faite tragique du r&#233;gime en 1939.&lt;br /&gt; A l'aube du XXI&#176; si&#232;cle, l'unit&#233; de la Gauche reste encore &#224; d&#233;couvrir. Depuis 1945, Socialistes et Communistes entretiennent des relations ambigu&#235;s, passionn&#233;es. Les difficult&#233;s du dialogue, de la concertation soulignent qu'entre les deux formations, les incompr&#233;hensions restent nombreuses. La IV&#176; r&#233;publique, un temps fort du rassemblement des partis de gauche ? Sans doute. Ministres de la SFIO et du PCF se partagent avec leurs partenaires du MRP les portefeuilles d'un m&#234;me gouvernement. Temps fort qui ne se prolonge pas au-del&#224; de quelques mois. En 1947, la rupture survient. Les Communistes quittent le pouvoir et entrent dans l'opposition. Derri&#232;re ce coup de th&#233;&#226;tre politique, les observateurs bien inform&#233;s d&#233;c&#232;lent les man&#339;uvres de Moscou. Staline transmet aux responsables des partis europ&#233;ens une instruction pr&#233;cise : le p&#233;ril fasciste disparu, l'heure n'est plus aux alliances contre- nature. Il est n&#233;cessaire que les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat mondial mobilisent comme par le pass&#233; les &#233;nergies et l'action. Aucune compromission avec les partis de la bourgeoisie n'est possible ni m&#234;me tol&#233;r&#233;e. Parce qu'ils se conforment au sch&#233;ma traditionnel classe contre classe, les Communistes regagnent les rangs de la contestation. Une contestation qu'ils animent tout au long de la IV&#176; R&#233;publique. Les intransigeances du parti sur certaines questions (La question coloniale entre autres&#8230;) aggravent les instabilit&#233;s du r&#233;gime. La pratique traditionnelle de la double investiture (L'Assembl&#233;e accorde sa confiance au gouvernement d&#232;s sa nomination par l'ex&#233;cutif) permet aux d&#233;put&#233;s communistes du PC de conduire une opposition efficace. N&#233;anmoins cette attitude compromet un &#233;ventuel rapprochement avec la SFIO puisque les Socialistes d&#233;tiennent plusieurs portefeuilles minist&#233;riels dans la longue s&#233;rie d'&#233;quipes gouvernementales de Matignon.&lt;br /&gt; L'installation de la V&#176; R&#233;publique marque un renouveau des relations entre les deux formations. Fran&#231;ois Mitterrand, figure montante du PS, r&#233;ussit ce qui, quelques ann&#233;es plus t&#244;t apparaissait hautement improbable : le rassemblement des forces de gauche. L'&#233;laboration d'un Programme Commun (Juin 1972) scelle l'alliance pass&#233;e entre Radicaux, Socialistes et Communistes. Les trois organisations s'accordent sur la d&#233;finition de priorit&#233;s : revalorisation des salaires, lutte contre le ch&#244;mage, nationalisation des secteurs cl&#233;s de l'&#233;conomie fran&#231;aise...&lt;br /&gt; Les succ&#232;s remport&#233;s aux &#233;lections municipales de 1977 pr&#233;c&#233;dent de quelques ann&#233;es l'arriv&#233;e in&#233;dite de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; la pr&#233;sidence de la r&#233;publique. Le rassemblement des principales organisations de la Gauche aux c&#244;t&#233;s d'un candidat unique offre au PS ce qui aujourd'hui encore appara&#238;t comme l'une de ses plus grandes victoires. Pour la premi&#232;re fois depuis 1946, des d&#233;put&#233;s communistes obtiennent des portefeuilles minist&#233;riels. A plus d'un titre, le souvenir de 1981 r&#233;sonne une rupture historique.&lt;br /&gt;
Les d&#233;sillusions sont pourtant &#224; la hauteur de la vague d'espoir que l'entr&#233;e de Mitterrand &#224; l'Elys&#233;e a soulev&#233;e. Quelques mois plus tard, le constat s'impose &#224; chacun : les r&#233;formes &#233;conomiques du gouvernement se heurtent aux inqui&#233;tudes du patronat. La perte de confiance est brutale, elle engendre une s&#233;rie d'incertitudes quant &#224; l'avenir. Le Programme Commun a v&#233;cu : les n&#233;cessit&#233;s du moment imposent l'abandon du processus de nationalisation que la signature des accords avait pourtant pr&#233;vu. La privatisation de plusieurs groupes industriels et l'installation d'une politique de rigueur produisent la rupture des alliances : quand Mitterrand appelle Laurent Fabius au poste de Premier Ministre, les Communistes refusent de s'associer &#224; la formation d'un nouveau gouvernement. Depuis, c'est en ordre de bataille dispers&#233; que les partis de gauche se pr&#233;sentent aux &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales du pays.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LA PENSEE MARXISTE, UNE REVOLUTION INTELLECTUELLE.&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; Karl Marx. Nulle existence plus bouillonnante que la sienne. Nul esprit plus f&#233;cond, plus puissant. La pens&#233;e marxiste n'influence pas seulement une &#233;poque, un si&#232;cle. Elle offre aux g&#233;n&#233;rations suivantes une mani&#232;re in&#233;dite d'envisager le monde et les rapports sociaux qui en d&#233;coulent. Elle jette les bases de principes philosophiques neufs. Une philosophie en v&#233;rit&#233; utopiste parce qu'elle imagine un ordre nouveau, lib&#233;r&#233; de ses injustices et de ses mis&#232;res. Un ordre universel o&#249; chacun trouverait sa part de bonheur, &#224; l'abri des convoitises malsaines, des envies. Mais une philosophie n&#233;cessairement destructrice : il n'est pas d'avenir meilleur sans la disparition compl&#232;te et d&#233;finitive des puissances de l'oppression et de l'asservissement (Ces deux termes reviennent souvent sous la plume de Marx).&lt;br /&gt; A la v&#233;rit&#233;, rien ne disposait Karl Marx &#224; l'engagement politique et intellectuel qui sera le sien tout au long de sa vie. Ses origines bourgeoises lui pr&#233;paraient le destin d'un rentier enrichi, d'un banquier capitaliste ou d'un patron respect&#233; d'entreprise. Qui aurait pr&#233;vu, &#224; sa naissance en 1818 &#224; Tr&#234;ves, qu'il serait un jour le d&#233;fenseur des classes laborieuses d'Occident ? Elev&#233; &#224; l'abri du besoin entre les murs de la somptueuse demeure familiale et promis &#224; de brillantes &#233;tudes, Karl Marx grandit au c&#339;ur des bouleversements &#233;conomiques de son temps. Les souffrances et les malheurs que les transformations industrielles produisent en Allemagne attirent son attention. Comme souvent dans les grandes villes du XIX&#176; si&#232;cle, les ouvriers vivent et meurent dans les logements sordides d'un quartier d&#233;sol&#233; et marginalis&#233;, &#224; quelques distances des fines fa&#231;ades d'immeubles prestigieux. Le jeune homme observe la d&#233;tresse scandaleuse de ces silhouettes malheureuses sur le trottoir des boulevards, la main tendue vers ceux que les hasards de la vie ont &#233;pargn&#233;s. A Tr&#234;ves, &#224; Berlin, &#224; Paris, &#224; New York, la pauvret&#233; d&#233;figure le paysage urbain. Elle s'impose &#224; tous, elle d&#233;ploie ses cohortes de mis&#233;reux, elle envahit la moindre parcelle de territoire.&lt;br /&gt; Karl Marx est le fondateur d'une philosophie, d'une pens&#233;e. Nul avant lui n'avait aussi clairement d&#233;fini la doctrine socialiste. Il n'est pourtant pas le premier &#224; r&#233;fl&#233;chir aux ruptures que les mutations de l'&#233;conomie europ&#233;enne ont introduit brutalement. La description des conditions d'existence du prol&#233;tariat produit une litt&#233;rature volumineuse et bouillonnante. Rapports et commissions d'enqu&#234;tes relatent dans leurs d&#233;tails l'affreuse mis&#232;re des classes populaires. T&#233;moignages, r&#233;cits de mineurs, de femmes ou d'enfants salari&#233;s &#233;voquent les difficult&#233;s quotidiennes, les interminables journ&#233;es pass&#233;es &#224; la fabrique, les accidents qui ne pardonnent aucune maladresse, l'inqui&#233;tude lorsque l'on songe &#224; l'avenir. Les responsables politiques n'ignorent rien des urgences que pose la question ouvri&#232;re. En Grande Bretagne, le gouvernement d&#233;ploie son &#233;nergie &#224; r&#233;glementer le travail des usines. Une loi de 1841 interdit aux patrons d'exiger de leurs employ&#233;s les plus jeunes des horaires trop lourds. Une autre mesure pr&#233;voit la construction d'orphelinats et de maisons proposant aux laiss&#233;s-pour-compte de la soci&#233;t&#233; industrielle un refuge, une occasion d'&#233;chapper &#224; l'univers terrifiant de la rue. Entre les murs des &#171; Workhouses &#187;, dont Dickens laissera au fil de ses &#339;uvres une description aussi vraie qu'&#233;mouvante, les pensionnaires recueillis effectuent quelques t&#226;ches moyennant une modeste r&#233;tribution.&lt;br /&gt; Un Etat soucieux de ses classes laborieuses mais qui, au nom de l'adage bien connu &#171; Laissez faire, laissez passer &#187;, se refuse &#224; tout dirigisme &#233;conomique. Le fait m&#233;rite d'&#234;tre retenu car il traduit une r&#233;alit&#233; v&#233;cue. En revanche, l'image d'une bourgeoisie indiff&#233;rente aux souffrances du prol&#233;tariat urbain n&#233;cessite que l'on y apporte une correction utile. Certes, les milieux capitalistes conservent des r&#233;flexes propres aux logiques financi&#232;res de l'&#233;poque : rassurer l'actionnaire anonyme soucieux des profits r&#233;alis&#233;s, conserver ses certitudes quant &#224; l'utilit&#233; d'une existence consacr&#233;e au travail, surveiller les dynamiques de rentabilit&#233;, m&#234;me si cela suppose beaucoup d'exigences. Ce ne serait pourtant pas faire justice aux industriels que de n&#233;gliger les pr&#233;occupations humaines de quelques uns d'entre eux. Les patrons ne sont pas aveugles : ils saisissent parfaitement que leurs salari&#233;s affrontent chaque jour les pires difficult&#233;s et survivent bien davantage qu'ils ne vivent. Certains l'acceptent sans sourciller, estimant peut &#234;tre que nul ne peut infl&#233;chir la marche du destin. D'autres agissent. Sentiment de compassion pour la souffrance des autres ? Sans doute. Pragmatisme &#233;conomique (Un ouvrier mal nourri, mal log&#233; ne fournit qu'un travail m&#233;diocre). Egalement. En tous les cas, quelles que soient les motivations personnelles de chacun, les bourgeois (Un mot qui sous la plume de Marx se drape d'un contenu parfois p&#233;joratif), savent aussi se mobiliser aupr&#232;s des malheureux. N'en d&#233;plaise aux mouvements anarchistes de la fin du XIX&#176; si&#232;cle, le capitaliste n'est pas forc&#233;ment cette figure anonyme, froide et insensible qu'un Emile Henry s'est plu &#224; d&#233;crire au cours des d&#233;bats de son proc&#232;s.&lt;br /&gt; Le &#171; paternalisme &#187; est &#224; la fois une donn&#233;e &#233;conomique, une conception philosophique, une attitude : le patron p&#233;n&#232;tre la vie quotidienne de ses employ&#233;s, sa pr&#233;sence, son charisme s'affranchit du cadre habituel de la fabrique. L'ouvrier n'est plus un &#233;l&#233;ment isol&#233;, mal connu dont on ignore finalement beaucoup. Il devient au contraire le responsable d'une famille plus ou moins nombreuse qu'il faut aussi prendre en compte : un homme heureux parmi les siens produit plus, fournit un labeur de meilleure qualit&#233;. Des industriels r&#233;alistes indiquent la voie d'une gestion plus globale de leurs salari&#233;s : la construction de logements s'ajoute aux financements de dispensaires, de cr&#232;ches ou d'&#233;coles. L'am&#233;nagement d'un parc, d'un jardin adoucit l'ordinaire, brise la continuit&#233; infinie du paysage urbain. Le paternalisme d&#233;veloppe une nouvelle sociabilit&#233;, d'autres solidarit&#233;s, qui ne sont plus forc&#233;ment exclusives. Si les ouvriers conservent le sentiment d'appartenir &#224; une m&#234;me classe, ils tissent avec leurs compagnons d'atelier des liens privil&#233;gi&#233;s. La mani&#232;re d'envisager l'usine se transforme : elle devient cette grande famille, unie, coh&#233;rente, rassembl&#233;e autour de la figure charismatique du patron. Figure charismatique qui en est la fondatrice.&lt;br /&gt; Ses &#233;tudes achev&#233;es, Karl Marx se consacre &#224; la vie passionn&#233;e du journalisme. Ses voyages le conduisent sur les routes europ&#233;ennes. De passage &#224; Bruxelles, &#224; Paris, il franchit les immensit&#233;s de l'Atlantique et s&#233;journe quelques temps &#224; New York o&#249; il r&#233;dige des articles d'&#233;conomie pour le compte de journaux reconnus. Ses d&#233;placements successifs lui offrent l'occasion d'appr&#233;cier les mis&#232;res du prol&#233;tariat urbain. La rencontre d'Engels en 1844 signale un tournant majeur de sa vie. Une amiti&#233; sinc&#232;re et ind&#233;fectible s'installe entre les deux hommes. Elle ne s'ach&#232;ve qu'en 1883, au d&#233;c&#232;s de Karl Marx.&lt;br /&gt; En 1848, les amis travaillent &#224; la r&#233;daction d'un Manifeste du Parti Communiste, programme somme toute modeste d'une organisation politique encore nouvelle. L'ouvrage brosse les contours d'une r&#233;flexion originale, &#233;voque le constat sur lequel s'&#233;labore l'essentiel de la pens&#233;e marxiste. A l'origine des in&#233;galit&#233;s de la soci&#233;t&#233; industrielle, l'antagonisme d&#233;finitif et historique de classes aux int&#233;r&#234;ts inconciliables : les poss&#233;dants et les opprim&#233;s. Un antagonisme historique parce que Marx croit d&#233;couvrir dans la m&#233;moire du pass&#233; les exemples d'une lutte continuelle et sans &#226;ge. Remontant aux &#233;poques les plus &#233;loign&#233;es de l'Antiquit&#233;, le journaliste de Tr&#232;ves interpr&#232;te la pratique de l'esclavage grec ou romain comme l'expression de l'asservissement d'un groupe social par un autre. La r&#233;volte de Spartacus contre les arm&#233;es romaines serait un &#233;pisode authentique de la lutte des classes. L'implantation de la f&#233;odalit&#233; m&#233;di&#233;vale en Occident rel&#232;verait du m&#234;me sch&#233;ma : les seigneurs auraient v&#233;cu de l'exploitation des populations serviles attach&#233;es aux immenses domaines fonciers dont ils avaient la propri&#233;t&#233;.&lt;br /&gt; Les sp&#233;cialistes se sont souvent laiss&#233;s tent&#233;s par les analyses historiques du marxisme. Cette attitude est maintenant moins r&#233;pandue car on en a d&#233;cel&#233; les limites. Parce qu'elle estime que les donn&#233;es &#233;conomiques d'une r&#233;gion particuli&#232;re &#224; un moment pr&#233;cis d&#233;terminent &#224; elles seules les comportements d'une soci&#233;t&#233;, elle plaque sur une p&#233;riode du pass&#233; les sp&#233;cificit&#233;s d'un XIX&#176; si&#232;cle bouillonnant. Spartacus, le meneur des masses laborieuses de Rome ? Le pr&#233;curseur des combattants de la Commune ? Il est permis d'en douter. Les ouvriers de l'&#232;re industrielle ont peut &#234;tre la certitude de former un groupe aux int&#233;r&#234;ts propres (On l'a d&#233;j&#224; remarqu&#233; plus haut), il est n&#233;anmoins plus incertain de pr&#234;ter aux esclaves antiques le sentiment de classe qu'ils n'ont jamais eu. Des paysans en lutte contre ce seigneur qui, &#224; l'abri de son ch&#226;teau, symboliserait une oppression ha&#239;e ? C'est faire bon march&#233; des r&#233;alit&#233;s du Moyen Age. C'est n&#233;gliger un &#233;l&#233;ment essentielle &#224; la compr&#233;hension de la mentalit&#233; m&#233;di&#233;vale : la seigneurie est une mani&#232;re d'organiser un territoire et d'en vivre. Une organisation n&#233;cessitant la compl&#233;mentarit&#233; du ch&#226;telain et de ses serfs : le premier fournit les champs dont il dispose et offre sa protection, les seconds mettent &#224; son service leur bras. La r&#233;partition des fruits du labeur n'est certes pas &#233;galitaire mais le propri&#233;taire de la terre sait combien il a besoin de ses communaut&#233;s paysannes pour accepter l'octroi de nouvelles libert&#233;s quand il le faut. La seigneurie m&#233;di&#233;vale est donc beaucoup moins un lieu de luttes et de ruptures qu'elle n'est un espace de concertations ou de n&#233;gociations.&lt;br /&gt; L'analyse historique du marxisme offre des soci&#233;t&#233;s d'autrefois une vision d&#233;form&#233;e. N&#233;anmoins, c'est de ses conclusions que Marx &#233;labore sa pens&#233;e. Les luttes entre opprim&#233;s et poss&#233;dants s'inscrivent dans la m&#233;moire de l'humanit&#233; et en constituent finalement une donn&#233;e perp&#233;tuelle. Elles se poursuivent au c&#339;ur de la soci&#233;t&#233; industrielle et ont pour enjeu la disparition d&#233;finitive des in&#233;galit&#233;s. Une disparition n&#233;cessitant au pr&#233;alable l'&#233;limination des classes traditionnelles. C'est de la R&#233;volution Prol&#233;taire que doivent surgir les temps nouveaux du communisme. Une r&#233;volution compl&#232;te et puissante. Les ouvriers y d&#233;tiennent le r&#244;le essentiel et incontournable : le combat des masses laborieuses est destructeur car il r&#233;duit &#224; rien le syst&#232;me capitaliste et la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Il est aussi fondateur d'une soci&#233;t&#233; dans laquelle les travailleurs se sont appropri&#233;s les moyens de production. Karl Marx est n&#233;anmoins prudent : l'accomplissement de la R&#233;volution est un passage p&#233;rilleux conduisant d'un monde &#224; un autre. Une coupable pr&#233;cipitation pourrait bien compromettre les fruits du soul&#232;vement victorieux. La r&#233;solution imm&#233;diate des questions &#233;conomiques les plus pressantes doit relever de l'Etat : parce qu'il dispose de cette vue d'ensemble que le prol&#233;tariat n'a pas, il peut seul organiser la gestion des secteurs cl&#233;s de l'industrie ou de l'agriculture. Sa pr&#233;sence est lourde, encombrante mais elle demeure utile, au moins temporairement. C'est ici que s'exerce le point de rupture d&#233;finitif entre Marxistes et Anarchistes. Si les premiers acceptent volontiers le dirigisme tatillon d'un Etat omnipr&#233;sent, vou&#233; &#224; s'&#233;teindre de lui- m&#234;me, les seconds estiment n&#233;cessaire l'installation d'une soci&#233;t&#233; communiste en dehors de tout cadre &#233;tatique. Les in&#233;galit&#233;s d&#233;truites, les distinctions sociales abolies, les lois, les r&#232;glements deviennent des textes sans valeur et vid&#233;s de leur contenu. Au c&#339;ur des r&#233;gimes parlementaires, les assembl&#233;es issues du vote populaire perdent l'essentiel de leur l&#233;gitimit&#233;. On saisit mieux &#224; la lumi&#232;re de ce message le sens philosophique et politique des combats d'un Ravachol, d'un Emile Henry ou d'un Jules Bonnot. Au regard de l'anarchiste convaincu, le magistrat, l'officier de police ou le d&#233;put&#233; ne sont jamais que les images vivantes d'un &#233;tat oppressif et inhumain. Les attentats commis au c&#339;ur de Paris, &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle, s'inscrivent certes dans la logique habituelle de la lutte des classes. Mais, ils rappellent aussi les ruptures int&#233;rieures de la r&#233;flexion communiste.&lt;br /&gt; En 1849, Karl Marx part s'installer &#224; Londres. Il y m&#232;ne une existence sans luxe. La composition de quelques articles sp&#233;cialis&#233;s lui permet de se nourrir et d'am&#233;liorer un quotidien difficile. En 1864, il offre sa collaboration &#224; la r&#233;daction des statuts de la Premi&#232;re Internationale et participe aux congr&#232;s du mouvement. Sa pens&#233;e n'y est pas toujours bien re&#231;ue : les courants anarchistes men&#233;s par un Proudhon ou un Bakounine se heurtent au contenu du Manifeste. Quand surviennent les heures terribles de la Commune parisienne, le journaliste de Tr&#232;ves est en Angleterre. Observateur attentif du drame, il publie au lendemain de la Semaine Sanglante un nouvel ouvrage qu'il intitule La Guerre civile en France. Il y exprime son interpr&#233;tation personnelle des &#233;v&#232;nements. La d&#233;faite des derniers insurg&#233;s du P&#232;re Lachaise ach&#232;ve selon lui l'exp&#233;rience la plus avanc&#233;e du communisme. Le succ&#232;s des troupes gouvernementales conforte ses certitudes : sans le contr&#244;le pr&#233;alable des institutions l&#233;gales de l'Etat, nulle victoire possible. La construction d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e de ses classes et de ses in&#233;galit&#233;s n&#233;cessite que les masses laborieuses puisent conqu&#233;rir les voies politiques du r&#233;gime. Les Communards ont finalement &#233;chou&#233; parce qu'ils ne disposaient d'aucune autre l&#233;gitimit&#233; que celle qu'ils se sont eux- m&#234;me attribu&#233;e. Il n'en demeure pas moins que le souvenir des luttes conduites sur les barricades parisiennes au mois de Mai 1871 s'inscrit au c&#339;ur de la m&#233;moire ouvri&#232;re. L'&#233;pisode dramatique agit comme une r&#233;f&#233;rence marquante. R&#233;f&#233;rence que les mouvements du XX&#176; si&#232;cle n'oublieront pas. La le&#231;on n'est pas perdu pour les Bolcheviques de Russie : en Octobre 1917, L&#233;nine et ses compagnons s'emparent des r&#234;nes du pouvoir et se drapent d'une l&#233;gitimit&#233; que les arm&#233;es blanches ne parviendront pas &#224; leur arracher.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LA REVOLUTION MANQUEE DE JUIN 1848.&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; 1848. Nulle autre ann&#233;e n'a plus violemment marqu&#233; de son souvenir sanglant la m&#233;moire ouvri&#232;re. L'ann&#233;e d'une am&#232;re d&#233;ception. L'ann&#233;e des promesses non tenues, des r&#234;ves &#233;gar&#233;s. Quand les r&#233;volutionnaires de F&#233;vrier 1848 brisent les derni&#232;res r&#233;sistances de la Monarchie orl&#233;aniste (Louis- Philippe est au pouvoir depuis Juillet 1830), un immense espoir soul&#232;ve le c&#339;ur des Fran&#231;ais. L'espoir d'un retour prochain &#224; la R&#233;publique, aux principes de la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen et &#224; l'&#233;galit&#233; politique entre tous. Le gouvernement provisoire que Lamartine et ses compagnons installent sur les marches du tr&#244;ne renvers&#233; entend concr&#233;tiser les aspirations de la Nation. Le roi est-t-il &#224; peine pass&#233; en Angleterre que les premi&#232;res mesures tombent comme autant de signaux puissants et prometteurs d'un ordre nouveau : &#233;tablissement du suffrage universel masculin, libert&#233; de r&#233;union, suppression de l'esclavage dans les colonies d'outre mer&#8230;..L'abolition de la peine de mort pour raisons politiques &#233;carte le spectre encore vivant des charrettes de 1793. La R&#233;publique revient, certes, mais les funestes d&#233;rives de la Terreur ne se reproduiront pas.&lt;br /&gt; Etrange printemps que celui de 1848. Les t&#233;moignages d'observateurs le rappellent : l'euphorie du peuple baigne les rues de Paris. Chacun esp&#232;re des jours meilleurs, imagine un avenir radieux. Au bistrot, sur les trottoirs, dans les parcs, les gens s'interpellent, fraternisent, discutent. Des clubs politiques ont ouvert et attirent les foules : on y vient &#233;couter les discours d'orateurs improvis&#233;s, s'informer, exprimer ses opinions, critiquer aussi les d&#233;cisions des responsables du gouvernement. Au-del&#224; des courageux mont&#233;s &#224; la tribune se faire entendre et applaudir, c'est un peu l'&#226;me de Danton qui rena&#238;t. C'est le retour d'une &#233;poque presque oubli&#233;e, celle de 1792, celle de la Grande R&#233;volution. Un esprit nouveau se l&#232;ve sur le pays, un esprit bien plus europ&#233;en qu'il n'est fran&#231;ais, un esprit qui animera les mois suivants les mouvements lib&#233;raux d'Allemagne, d'Italie, d'Autriche. L' &#171; esprit de 1848 &#187; comme l'indiqueront plus tard les historiens.&lt;br /&gt; Dans les quartiers populaires de Paris, les attentes n'ont jamais &#233;t&#233; aussi pressantes. La R&#233;volution apporte avec elle des certitudes neuves, la conviction que d&#233;cidemment rien ne sera jamais plus comme avant. Les derniers combats s'ach&#232;vent &#224; peine que les &#233;meutiers de F&#233;vrier 1848 l'annoncent d&#233;j&#224; : la R&#233;publique ne sera pas seulement d&#233;mocratique ; elle sera aussi sociale et portera attention aux souffrances intol&#233;rables du monde ouvrier. D&#232;s ses premi&#232;res heures, le gouvernement provisoire semble vouloir respecter les promesses pass&#233;es sur les barricades ou au c&#339;ur de la fusillade. Un d&#233;cret autorise la cr&#233;ation d'ateliers nationaux, charg&#233;s d'offrir aux plus mis&#233;reux de quoi gagner leur vie. Le travail y est g&#233;r&#233; de mani&#232;re militaire : escouades, brigades, etc.&#8230;.Les t&#226;ches ne sont pas sp&#233;cialis&#233;es et consistent essentiellement en des op&#233;rations collectives de terrassements. Beaucoup accomplissent un labeur pour lequel ils n'ont aucune aptitude particuli&#232;re mais la solde vers&#233;e adoucit au moins le quotidien difficile de nombreuses familles.&lt;br /&gt; Le prol&#233;tariat aurait-il finalement d&#233;couvert en cette Seconde R&#233;publique l'alli&#233;e ind&#233;fectible de ses espoirs ? Non. Tout cela n'a qu'un temps. Tr&#232;s vite naissent les premiers malentendus. Les membres du gouvernement provisoire ont voulu indiquer au monde ouvrier qu'ils avaient entendu ses appels. Mais, nul d'eux ne veut se risquer sur la voie de r&#233;formes plus audacieuses. La victoire de 1848 est bien davantage celle de la bourgeoisie que des classes populaires. Peut-&#234;tre l'avait-on trop vite oubli&#233;. Les &#233;v&#232;nements &#224; venir le rappellent brutalement.&lt;br /&gt; Aux petites heures du 28 F&#233;vrier, une foule agit&#233;e et bruyante s'est donn&#233; rendez vous sur la place de l'H&#244;tel de Ville. Des centaines de manifestants s'agglutinent aux grilles d'entr&#233;e du b&#226;timent, drapeaux tricolores en t&#234;te. Sur l'&#233;toffe des fanions, une simple phrase explique &#224; elle seule le motif de ce rassemblement matinal : &#171; Minist&#232;re du travail &#187;. Si les Parisiens saluent l'installation des ateliers nationaux comme un geste encourageant, ils veulent n&#233;anmoins bien plus : la cr&#233;ation d'un portefeuille particulier que l'on consacrerait &#224; la question tr&#232;s sensible de l'emploi. Un responsable politique se chargerait de corriger les cons&#233;quences dramatiques du ch&#244;mage et d'offrir &#224; chacun une activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e. Le gouvernement provisoire consid&#232;re ces revendications avec beaucoup de m&#233;fiance. Tout au plus accepte-t-il la formation d'une &#171; Commission du Travail &#187;. Quelques repr&#233;sentants du prol&#233;tariat et du patronat, des sp&#233;cialistes en &#233;conomie pourraient naturellement y si&#233;ger. La proposition des autorit&#233;s rassure un peu les esprits, le calme revient. Mais, d&#232;s ses premi&#232;res s&#233;ances, il appara&#238;t que la commission devra se contenter d'attributions restreintes : ses d&#233;cisions n'ont pas force de lois. Les participants peuvent conseiller le pouvoir, &#233;mettre des recommandations, intervenir dans les conflits salariaux. Mais rien de plus. La R&#233;publique r&#233;v&#232;le beaucoup de timidit&#233; quant &#224; la r&#233;solution de la question sociale. Au c&#339;ur des quartiers industriels de la capitale, les d&#233;ceptions s'accumulent lentement.&lt;br /&gt; Un autre point d&#233;saccord s'ajoute rapidement au pr&#233;c&#233;dent, celui des &#233;lections l&#233;gislatives pr&#233;vues pour le mois d'Avril 1848. L'enjeu essentiel de l'&#233;ch&#233;ance n'&#233;chappe &#224; personne. L'Assembl&#233;e Constituante issue des urnes ne devra pas seulement achever une p&#233;riode de transition incertaine. Il lui reviendra aussi d'apporter la r&#233;ponse claire et d&#233;finitive que le pays attend : la Seconde R&#233;publique sera-t-elle ou non sociale ? Les meneurs du mouvement ouvrier s'inqui&#232;tent. Le suffrage universel est encore neuf. Les masses n'ont aucune &#233;ducation politique. Il faudrait du temps pour convaincre, persuader et sensibiliser des milliers d'&#233;lecteurs qui se pr&#233;parent &#224; voter pour la premi&#232;re fois. Dans les clubs de la capitale, les orateurs diffusent leurs id&#233;es autant qu'ils le peuvent. Certes, les r&#233;unions r&#233;guli&#232;res qu'un Raspail, qu'un Blanqui ou qu'un Barb&#232;s animent avec talent encouragent la progression de la pens&#233;e socialiste dans les milieux urbains. Mais les campagnes fran&#231;aises, que les ruptures &#233;conomiques du XIX&#176; si&#232;cle ont moins touch&#233; restent &#224; conqu&#233;rir.&lt;br /&gt; Le 26 Mars 1848, les ouvriers obtiennent le report des &#233;lections pour la fin Avril. C'est une premi&#232;re victoire. Mais une victoire qui laisse un r&#233;pit trop court. Une autre tentative d'ajournement &#233;choue. Le verdict des urnes tombe le 28 Avril. Il confirme ce que beaucoup pr&#233;voyaient ou redoutaient : les repr&#233;sentants du prol&#233;tariat sont largement battus. La majorit&#233; des d&#233;put&#233;s appel&#233;s &#224; si&#233;ger vient des horizons de la moyenne ou grande bourgeoisie. La R&#233;publique ne sera finalement pas sociale. Elle sera r&#233;solument conservatrice. L'Assembl&#233;e Constituante se r&#233;unit pour la premi&#232;re fois le 4 Mai. Des travaux immenses l'attendent. Parmi les plus importants, l'&#233;lection d'une &#171; Commission ex&#233;cutive &#187; de cinq membres devant remplacer le gouvernement provisoire install&#233; au lendemain de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;br /&gt; Dans les quartiers populaires de la capitale, la d&#233;ception est am&#232;re. Une d&#233;ception &#224; la hauteur des espoirs bris&#233;s. Aux tribunes des clubs, les esprits s'&#233;chauffent, le m&#233;contentement gronde comme l'orage dans le lointain. L'euphorie du Printemps, cet &#034;esprit de 1848&#034;, n'aura en fin de compte que peu dur&#233;. Le monde ouvrier n'a pas encore franchi le seuil ultime de l'ill&#233;galit&#233; politique mais il s'organise. C'est comme si une vague immense se soulevait lentement dans le fond de la mer, sous une surface paisible et immobile.&lt;br /&gt; 15 Mai 1848. Journ&#233;e r&#233;volutionnaire comme Paris en a si souvent v&#233;cu par le pass&#233;. Aux petites heures du matin, cent cinquante mille manifestants occupent le pav&#233;, &#224; la Bastille. Ce n'est l&#224; qu'un point de ralliement. Un peu plus tard, les cort&#232;ges se mettent en mouvement et gagnent la Concorde. Sur leurs bancs, les d&#233;put&#233;s de l'Assembl&#233;e tremblent : le souvenir des col&#232;res populaires de 1793 est dans tous les esprits. Qui peut bien pr&#233;dire les r&#233;actions aussi impr&#233;visibles que dangereuses d'un peuple excit&#233; ? Vers treize heures, rien ne s'est encore produit. Mais la foule s'agite. Parce qu'ils souhaitent pr&#233;senter &#224; la tribune de la Constituante une p&#233;tition soutenant le combat des nationalistes polonais, les principaux meneurs du rassemblement conduisent les d&#233;fil&#233;s aux portes du Palais- Bourbon. Aucun dispositif militaire n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour garder les grilles du b&#226;timent. Les &#233;meutiers s'enhardissent alors &#224; forcer le passage. En quelques instants, des milliers d'hommes et de femmes investissent les lieux, se r&#233;pandent dans les couloirs et surgissent dans la salle o&#249; si&#232;gent habituellement les &#233;lus. On imagine ais&#233;ment l'indescriptible d&#233;sordre que produit le d&#233;ferlement violent et inattendu des Parisiens. Victor Hugo a laiss&#233; une description tr&#232;s r&#233;aliste de la sc&#232;ne. Ecoutons-le un instant : &#171; Qu'on se figure la Halle m&#234;l&#233;e au S&#233;nat. Des flots d'hommes d&#233;guenill&#233;s descendant ou plut&#244;t ruisselant le long des piliers des tribunes basses et m&#234;me des tribunes hautes jusque dans la salle, des milliers de drapeaux agit&#233;s de toutes parts, les femmes effray&#233;es et levant les mains, les &#233;meutiers juch&#233;s sur le pupitre des journalistes, les couloirs encombr&#233;s ; partout des t&#234;tes, des &#233;paules, des faces hurlantes, des bras tendus, des poings ferm&#233;s ; personne ne parlant, tout le monde criant, les repr&#233;sentants immobiles ; cela dura trois heures&#8230;. &#187;. Au c&#339;ur de la panique g&#233;n&#233;rale et des clameurs confuses, un homme hurle pour se faire entendre : &#171; Demain, nous dresserons dans Paris autant de guillotines que nous y avons dress&#233; d'arbres de la libert&#233; ! &#187;. La R&#233;publique avait promis que les d&#233;rives de 1793 ne se reproduiraient plus. Quelques paroles bien choisies ont pourtant ranim&#233; le spectre angoissant de la Grande Terreur. Les &#233;v&#232;nements se pr&#233;cipitent comme si plus personne ne pouvait ou ne voulait contr&#244;ler quoi que ce soit. Lamartine d&#233;ploie une &#233;nergie inhumaine &#224; ramener le calme. On lui r&#233;pond : &#171; Assez de guitare ! Ta lyre est cass&#233;e ! Tu n'es qu'un bilboquet d'azur ! &#187;. Barb&#232;s est grimp&#233; &#224; la tribune. Il propose qu'une arm&#233;e parte sur le champ pour la Pologne. Raspail et Blanqui lui succ&#232;dent et r&#233;clament l'&#233;tablissement d'un imp&#244;t extraordinaire sur les plus riches.&lt;br /&gt; En coulisses, la Commission ex&#233;cutive ordonne l'intervention imm&#233;diate de la garde nationale. Le sinistre roulement des tambours, le claquement r&#233;gulier des pas sur le pav&#233; parviennent aux oreilles des insurg&#233;s. &#171; Qui a donn&#233; l'ordre de battre le rappel ? rugit Barb&#232;s. Qu'il soit d&#233;clar&#233; tra&#238;tre &#224; la patrie ! &#187;. Aucun compromis ne semble pouvoir d&#233;bloquer la situation. Jusqu'&#224; ce qu'un &#233;meutier, depuis la tribune, proclame : &#171; l'Assembl&#233;e est dissoute ! &#187;. Une vol&#233;e d'applaudissements accueille sa proposition. Dans la salle, on jette les listes d'un nouveau gouvernement. Quelques instants plus tard, la foule &#233;vacue lentement les lieux, persuad&#233;e que les d&#233;put&#233;s ne tarderont pas d'eux- m&#234;mes &#224; se disperser. Le cort&#232;ge se porte &#224; l'H&#244;tel de Ville o&#249; si&#232;ge l'ex&#233;cutif. Pour Barb&#232;s et ses compagnons, l'instant de gloire est immense. Soulev&#233; en triomphe par des centaines de bras, le meneur socialiste croit tenir sa victoire. Tragique d&#233;sillusion. Non seulement l'Assembl&#233;e demeure en place mais Lamartine s'est assur&#233; de la Garde Nationale qu'il dispose autour des murs de la mairie parisienne. Les chefs de l'insurrection sont aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s puis enferm&#233;s. Du haut de son cheval, Lamartine s'adresse aux manifestants arriv&#233;s sur place : &#171; Citoyens, la premi&#232;re tribune du monde, c'est la selle d'un cheval quand on rentre dans le palais du peuple entour&#233; de ce cort&#232;ge de bons citoyens arm&#233;s pour y &#233;touffer les factions d&#233;magogiques et y r&#233;installer la vraie R&#233;publique ! &#187;. Surprise, d&#233;contenanc&#233;e par une d&#233;monstration de force &#224; laquelle elle n'&#233;tait pas vraiment pr&#233;par&#233;e, la foule se retire. Le r&#233;gime a vacill&#233;. Il reste pourtant debout.&lt;br /&gt; Les &#233;v&#232;nements de la journ&#233;e retentissent comme une rupture consomm&#233;e. Une rupture entre le gouvernement et les masses laborieuses de la capitale. L'attitude des &#233;meutiers &#233;voque le souvenir des grandes manifestations populaires de la R&#233;volution. Le 15 Mai 1848 n'est pas seulement l'expression d'une col&#232;re, d'une d&#233;ception ou d'une inqui&#233;tude partag&#233;es. C'est aussi la mise en &#339;uvre d'une culture politique particuli&#232;re admettant le recours &#224; la violence lorsque le verdict des urnes d&#233;&#231;oit. Une culture politique que la rue s'approprie parce qu'elle y d&#233;couvre le moyen d'orienter les d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e.&lt;br /&gt; Les milieux mod&#233;r&#233;s le comprennent tr&#232;s vite : les paroles lanc&#233;es par cet insurg&#233; (&#171; Nous dresserons dans Paris autant de guillotines que nous avons dress&#233; d'arbres de la libert&#233; &#187;) avertissent clairement que le souvenir sanglant de la Terreur agit comme un r&#233;f&#233;rent actif de la m&#233;moire populaire. L'image de l'ouvrier &#233;volue, se transforme. Parce qu'il ne dispose d'aucune &#233;ducation politique, parce qu'il se laisse facilement mobiliser, parce que ses passions impr&#233;visibles l'entra&#238;nent assez vite sur les voies de l'ill&#233;galit&#233; institutionnelle, l'homme fait peur. On le devine, son accession au pouvoir conduirait aux exc&#232;s les plus violents. Qui sait si le sinistre roulis des charrettes de condamn&#233;s sur le pav&#233; ne viendrait pas &#224; retentir comme soixante ans auparavant ? Une R&#233;publique, oui. Une R&#233;publique des extr&#234;mes, non.&lt;br /&gt; Les cons&#233;quences du 15 Mai sont incalculables. Elles modifient et d&#233;terminent la politique du gouvernement. Les mesures tombent les jours suivants : interdiction des rassemblements populaires sans autorisation pr&#233;alable, fermeture des ateliers nationaux que l'on juge improductifs et dangereux parce qu'ils deviennent des foyers permanents d'agitation. Cette derni&#232;re d&#233;cision traduit un certain r&#233;alisme &#233;conomique de l'Assembl&#233;e mais elle est tr&#232;s mal v&#233;cue dans les quartiers industriels de la capitale. Les ateliers sont en fait victimes de leur succ&#232;s : ils ont attir&#233; de province des milliers de mis&#233;rables. Le surpeuplement est tel qu'il a fallu r&#233;duire les salaires et les horaires de travail. Contraints &#224; l'oisivet&#233; et l'inaction, les employ&#233;s discutent, s'&#233;chauffent. Des d&#233;sordres de plus en plus fr&#233;quents perturbent la tranquillit&#233; publique. Les autorit&#233;s proposent d'envoyer les ouvriers sans ressources en province o&#249; d'importants chantiers de terrassements et de bonifications agraires r&#233;clament des bras. Un moyen d&#233;guis&#233; d'&#233;loigner de Paris une partie de cette population remuante et encombrante. Le refus est imm&#233;diat. D&#233;but Juin, la tension est mont&#233;e d'un cran. Les marches de protestation se multiplient, les d&#233;fil&#233;s gagnent en ampleur. Au Palais- Bourbon, nul ne semble vouloir c&#233;der aux pressions de la rue.&lt;br /&gt; Le 21 Juin, le pas ultime est franchi : les membres de l'ex&#233;cutif annoncent pour le lendemain l'envoi d'un premier convoi de jeunes gens en Sologne o&#249; plusieurs r&#233;gions mar&#233;cageuses attendent d'&#234;tre am&#233;nag&#233;es. Il est aussi pr&#233;vu que l'on mobilise sous les drapeaux les adolescents capables de tenir un fusil. Il n'en fallait pas davantage pour mettre le feu aux poudres. D&#233;sormais, c'est de la seule force arm&#233;e que peut venir une solution d&#233;finitive aux impasses politiques du pays.&lt;br /&gt; Le 22 Juin, des centaines de personnes se r&#233;unissent au Panth&#233;on. L'agitation est d&#233;j&#224; palpable. La col&#232;re se lit dans les regards, se per&#231;oit dans les harangues que quelques orateurs improvis&#233;s mais bien inspir&#233;s lancent &#224; la foule :&lt;br /&gt;
&#171; On veut nous envoyer mourir de fi&#232;vre en Sologne, on veut sous pr&#233;texte de d&#233;frichement dans un pays qui ne saurait rien produire nous r&#233;duire &#224; gagner quinze sous par jour ; on nous proscrit, on nous a jur&#233; notre mort, la ruine de nos familles, nous ne partirons pas ! &#187;&lt;br /&gt;
Le ton est donn&#233;, les Parisiens ne c&#232;deront pas. Quelques m&#233;contents demandent &#224; &#234;tre re&#231;us des membres de la Commission du Travail, au Luxembourg. On entend &#224; peine leurs revendications. La r&#233;ponse, aussi s&#232;che que le couperet de la guillotine, tombe comme un verdict : &#171; Observez les ordres du gouvernement. Les ouvriers ne veulent pas aller en province, nous les contraindront par la force ! &#187;. Ces paroles produisent l'effet d'un chiffon rouge que l'on agiterait au regard d'un taureau. La nuit arrive sans calmer pour autant les ardeurs de la capitale. A la lueur des lanternes et des torches, les plus d&#233;termin&#233;s parcourent les quartiers populaires au cri de &#171; Vive la Sociale ! Du travail ou du pain ! Du plomb ou du travail ! &#187;. La mobilisation populaire produit ses premiers effets : quand les couleurs de l'aube envahissent le ciel, quatre cents barricades ont surgi des pav&#233;s de la ville. Les &#233;meutiers tiennent solidement la rue Saint Jacques et le faubourg Saint Antoine.&lt;br /&gt;
Les barricades, tout un symbole. Le symbole des luttes sociales du XIX&#176; si&#232;cle. Le symbole d'une volont&#233; partag&#233;e, d'un sacrifice librement consenti au nom du prol&#233;tariat. Pour bloquer la progression des troupes r&#233;guli&#232;res au c&#339;ur de Paris, tout est bon. Meubles, matelas, armoires sont pass&#233;s par les fen&#234;tres et entass&#233;s sur la chauss&#233;e. On abat les arbres, on renverse les fiacres et les bancs. Certaines positions atteignent plusieurs m&#232;tres de hauteur et seule une pi&#232;ce d'artillerie bien command&#233;e peut en venir &#224; bout. Au Palais- Bourbon, &#224; l'H&#244;tel de Ville, la gravit&#233; du moment n'&#233;chappe &#224; personne. Chacun sent qu'il n'est plus temps de n&#233;gocier. N&#233;anmoins Arago, membre de la Commission ex&#233;cutive, accepte le risque d'une d&#233;marche de la derni&#232;re chance. Il propose aux insurg&#233;s de parlementer. On lui r&#233;pond : &#171; Ah, Monsieur Arago ! Vous n'avez jamais eu faim ! &#187;.&lt;br /&gt;
24 Juin 1848. L'&#233;tat de si&#232;ge est proclam&#233; &#224; Paris : les autorit&#233;s n'ont plus aucune illusion sur l'issue de la crise. C'est maintenant &#224; l'arm&#233;e d'intervenir. Comment souvent en de telles circonstances, le g&#233;n&#233;ral Cavaignac re&#231;oit les pleins pouvoirs. Il a carte blanche pour r&#233;tablir le calme. L'homme dispose d'exp&#233;rience et d'une certaine intelligence militaire. Plut&#244;t que d'aventurer ses troupes aux c&#339;urs des quartiers populaires, il laisse s'&#233;tendre la r&#233;volte pour mieux l'&#233;craser ensuite. Certain des arrondissements de l'Ouest parisien, il s'avance m&#233;thodiquement, prenant tout le temps n&#233;cessaire au nettoyage complet des ruelles, des p&#226;t&#233;s de maison, des immeubles qui s'essayent &#224; la moindre tentative de r&#233;sistance.&lt;br /&gt;
Le 25 Juin, il est d&#233;j&#224; &#233;vident que les jours de l'insurrection sont compt&#233;s. Quarante mille ouvriers sont pris au pi&#232;ge dans le secteur de Saint Lazare, &#224; la barri&#232;re Rochechouart, dans les faubourgs du Temple, Saint- Jacques et Poissonni&#232;re. Les combats sont acharn&#233;s et le roulement continu de la fusillade se poursuit jusqu'au cr&#233;puscule. L'Archev&#234;que de Paris, Monseigneur Affre est frapp&#233; d'une balle alors qu'il tentait de s'interposer entre les tirs, un crucifix dans les mains. Le vieux g&#233;n&#233;ral Br&#233;a et son aide de camps, venu parlementer aupr&#232;s des &#233;meutiers, sont massacr&#233;s sur l'instant.&lt;br /&gt;
Les affrontements s'ach&#232;vent le 26 Juin sur un &#233;pilogue sanglant et meurtrier. Au faubourg Saint Antoine, les r&#233;volt&#233;s tiennent une position d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Quelques combattants sont envoy&#233;s aupr&#232;s de Cavaignac avec des propositions : en &#233;change d'une amnistie g&#233;n&#233;rale, les insurg&#233;s accepteraient de d&#233;poser les armes. Refus imm&#233;diat et cat&#233;gorique. La bataille reprend donc plus acharn&#233;e que jamais parce que l'on sait que les vainqueurs n'auront nulle mansu&#233;tude. Les bataillons finissent par forcer les ultimes positions du quartier. Cette fois, tout est perdu. Les vaincus offrent leur reddition sans condition.&lt;br /&gt;
La r&#233;pression s'engage. Comme beaucoup le redoutaient, elle est impitoyable. Elle est surtout &#224; la hauteur de la panique que la r&#233;publique a &#233;prouv&#233; au cours des heures pr&#233;c&#233;dentes. Quinze cents personnes, prises les armes &#224; la main, p&#233;rissent devant les pelotons d'ex&#233;cution. Vingt cinq mille autres sont arr&#234;t&#233;s, emprisonn&#233;es ou d&#233;port&#233;es dans les colonies d'outre- mer. Les r&#233;actions du monde politique et intellectuel donnent une id&#233;e de la mani&#232;re dont on per&#231;oit &#224; travers le pays les &#233;v&#232;nements survenus. Tandis que Flaubert &#233;voque les exc&#232;s du pouvoir militaire apr&#232;s les combats, George Sand d&#233;clare ressentir de sa condition de Fran&#231;aise une vive honte. Lamartine parle quant &#224; lui de &#171; guerre servile plut&#244;t que de guerre civile &#187;. L'un de ses coll&#232;gues, Marie, r&#233;sume les faits &#224; sa fa&#231;on : &#171; ce n'est pas la R&#233;publique qui a combattu la R&#233;publique, c'est la barbarie (Entendu l'insurrection du prol&#233;tariat) qui a os&#233; lever la t&#226;te contre la civilisation. &#187;&lt;br /&gt;
La terrible d&#233;faite de 1848 d&#233;truit pour plusieurs ann&#233;es les mouvements socialistes. Bris&#233;s et humili&#233;s par cette r&#233;publique en laquelle ils ont vraiment cru, les ouvriers rentrent dans le rang. Ils n'oublieront pas le sang vers&#233; sur les barricades du faubourg Saint- Antoine. Lorsque le coup d'Etat de Louis- Napol&#233;on Bonaparte en 1851 ach&#232;vera les ultimes r&#233;sistances du r&#233;gime, les masses laborieuses ne bougeront pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LOUISE MICHEL, &#034;LA VIERGE ROUGE&#034; DE PARIS.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;S'il fallait garder en m&#233;moire le souvenir d'une femme pour son engagement au service de la cause ouvri&#232;re, celui de Louise Michel m&#233;riterait de figurer en bonne place aupr&#232;s d'un Raspail, d'un Blanqui, d'un Proudhon ou m&#234;me d'un Marx. De la petite institutrice parisienne, le pass&#233; a conserv&#233; une photographie toute simple, prise &#224; l'&#233;poque de la Commune. Les traits sont peut &#234;tre d&#233;pourvus de gr&#226;ce et de finesse mais le regard exprime une in&#233;branlable d&#233;termination. De la d&#233;termination, Louise Michel n'en a pas manqu&#233;. Pr&#233;sente aupr&#232;s des mis&#233;rables, des laiss&#233;s pour compte, grimp&#233;e sur les barricades de la rue Clignancourt pendant la Semaine Sanglante, revenue de son lointain exil en Nouvelle- Cal&#233;donie puis emprisonn&#233;e pour ses activit&#233;s anarchistes, &#171; la Vierge Rouge &#187; n'aurait sans doute jamais pu vivre l'existence tumultueuse qui fut la sienne si elle n'avait pas dispos&#233; de ce temp&#233;rament infaillible que ses compagnons lui connaissaient bien. Quelle femme, quel homme, amen&#233; devant les juges d'une cour martiale, s'&#233;crirait sans fr&#233;mir ou douter un moment : &#171; Si vous n'&#234;tes pas des l&#226;ches, fusillez- moi ! &#187; ? Arr&#234;t&#233;e apr&#232;s la Commune comme tant d'autres de ses amis, Louise Michel le fait. La r&#233;pression militaire lui &#233;pargnera les quelques balles d'un peloton d'ex&#233;cution. Elle se retrouvera n&#233;anmoins sur un navire de bagnards en partance pour les terres les plus australes de la plan&#232;te. Un voyage long de quatre mois que mille raisons peuvent interrompre brutalement : un naufrage, une &#233;pid&#233;mie mortelle, les privations, les coups des ge&#244;liers... Rien ne semble abattre l'&#233;nergie sans limite de la condamn&#233;e. Elle est de retour un peu plus tard. Son s&#233;jour au bout du monde n'a rien entam&#233; de ses certitudes, de ses convictions.&lt;br /&gt; Louise Michel na&#238;t le 29 Mai 1830 au ch&#226;teau de Vroncourt, en Haute- Marne. Son p&#232;re est fils de bonne famille, sans doute l'h&#233;ritier d&#233;sign&#233; de la propri&#233;t&#233;. Sa m&#232;re, Marianne Michel, travaille comme simple servante au service des ch&#226;telains. Fruit d'une passion passag&#232;re et sans lendemain, Louise grandit n&#233;anmoins aupr&#232;s de ses grands- parents. Elle n'a pas &#233;t&#233; plus malheureuse que les autres enfants de son &#226;ge. L'instruction qu'elle re&#231;oit lui offre le dipl&#244;me d'institutrice. A l'&#233;poque, les portes de la profession ne sont ouvertes qu'&#224; une minorit&#233; de privil&#233;gi&#233;s. Les laur&#233;ats peuvent enseigner librement mais ils doivent auparavant pr&#234;ter serment &#224; Napol&#233;on III. Ils sont les fonctionnaires du r&#233;gime et acceptent &#224; ce titre la surveillance souvent tatillonne des autorit&#233;s. Louise est &#224; peine entr&#233;e dans le m&#233;tier qu'elle se distingue d&#233;j&#224; : promettre fid&#233;lit&#233; &#224; cet empire dont elle conteste jusqu'&#224; la l&#233;gitimit&#233; politique, voil&#224; qui ne peut s'accorder &#224; son temp&#233;rament bouillonnant. Elle se d&#233;robe &#224; la c&#233;r&#233;monie qu'on veut lui imposer. Un premier coup d'&#233;clat. Un premier mouvement de col&#232;re. D'autres suivront.&lt;br /&gt; La future r&#233;volutionnaire ouvre sa propre &#233;cole. Elle y re&#231;oit quelques &#233;l&#232;ves. Ses cours, teint&#233;s de principes r&#233;publicains, lui valent les reproches de ses sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques. Qu'importe. Louise n'entend pas renier ses combats pour les paroles acerbes d'un inspecteur scrupuleux et z&#233;l&#233;. Trois ans plus tard, elle quitte sa r&#233;gion natale et rejoint Paris. Tandis qu'elle poursuit ses activit&#233;s professionnelles, elle multiplie les rencontres. Des rencontres qui vont bouleverser son destin et d&#233;terminer l'engagement de son existence : Jules Vall&#232;s, Eug&#232;ne Varlin, Raoul Rigault et Th&#233;ophile Ferr&#233;. Elle collabore &#224; quelques journaux d'opposition et s'essaye aussi &#224; la litt&#233;rature. Ses contacts avec Victor Hugo, alors en exil, lui donnent l'occasion de se consacrer &#224; la po&#233;sie.&lt;br /&gt; La politique reste l'affaire de sa vie. Louise s'investit sans compter aupr&#232;s des populations ouvri&#232;res de la capitale. Secr&#233;taire d'une association d'entraide pour les femmes d&#233;munies, elle adh&#232;re &#233;galement &#224; la Premi&#232;re Internationale que Marx vient de fonder &#224; Londres en 1864. A la veille des &#233;v&#232;nements de la Commune, on la retrouve dans un externat (Qu'elle a elle- m&#234;me ouvert en 1865) puis &#224; la t&#234;te d'un comit&#233; de surveillance des citoyennes du XVIII&#176; arrondissement.&lt;br /&gt; Quand, le 18 Mars 1871, Paris choisit la solution de la dissidence et rompt avec le gouvernement r&#233;publicain install&#233; &#224; Versailles, Louise Michel n'h&#233;site pas. Elle a depuis longtemps choisi son camp. Elle se battra au c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat pour cette soci&#233;t&#233; nouvelle en laquelle elle croit profond&#233;ment. Son engagement est total, sans arri&#232;re pens&#233;e. La Commune veut-elle triompher de ses ennemis ? C'est Thiers qu'il faut assassiner. S'il n'est aucun volontaire pour se d&#233;placer &#224; Versailles, alors elle ira elle-m&#234;me, munie d'un simple couteau, comme Charlotte Corday en son temps. On la persuade de renoncer au projet. Projet audacieux. Projet incertain et al&#233;atoire. Thiers disparu, le r&#233;gime se serait-il effondr&#233; ? ? Sans doute pas. Celle que ses ennemis surnomment la Louve Rouge (L'expression circule abondamment dans la presse versaillaise) se mobilise pour le combat de son existence. On la voit partout &#224; la fois, sur tous les fronts. Un jour &#224; la tribune du club de la R&#233;volution, dont elle anime les d&#233;bats, on la rencontre le lendemain sous l'uniforme de la Garde Nationale, &#224; l'H&#244;tel de Ville. Propagandiste, ambulanci&#232;re, elle n'oublie rien de sa passion premi&#232;re : l'enseignement.&lt;br /&gt; Ses propositions, tr&#232;s en avance sur le XIX&#176; si&#232;cle, t&#233;moignent d'une remarquable clairvoyance. La cr&#233;ation d'&#233;coles professionnelles rendrait possible la formation de futurs ouvriers. Les d&#233;munis pourraient &#234;tre pris en charge par des orphelinats la&#239;cs, dispensant une instruction populaire et vivante.&lt;br /&gt; L'entr&#233;e brutale des Versaillais dans Paris jette Louise au c&#339;ur des affrontements de la Semaine Sanglante. L'institutrice monte en premi&#232;re ligne sur les barricades. Mille fois, elle s'expose aux balles meurtri&#232;res de l'ennemi. Le roulement cr&#233;pitant de la fusillade, les cris des bless&#233;s, les explosions d'obus, rien n'&#233;branle la d&#233;termination qui conduit le moindre de ses mouvements. Elle est l'une des derni&#232;res &#224; d&#233;poser les armes lorsque la victoire semble se d&#233;rober d&#233;finitivement. Elle abandonne les positions install&#233;es rue Clignancourt o&#249; elle a d&#233;ploy&#233; tant d'ardeur &#224; r&#233;sister. Les troupes gouvernementales se livrent aux exc&#232;s d'une r&#233;pression impitoyable : des centaines d'ex&#233;cutions sommaires (dont celles du P&#232;re Lachaise) ach&#232;vent dans l'odeur de poudre les luttes tragiques de ce que Marx appelait la guerre civile de France. Le sang r&#233;pandu des communards para&#238;t devoir venger ces otages mis &#224; mort pour freiner la progression des Versaillais (Quelques gens de bonnes familles, des cur&#233;s, des moniales, des moines&#8230;). Aucun des deux camps n'aura finalement eu plus de compassion que l'autre : de chaque c&#244;t&#233;, les m&#234;mes absurdit&#233;s, la m&#234;me barbarie, la m&#234;me volont&#233; de d&#233;truire jusqu'au souvenir de l'adversaire.&lt;br /&gt; Louise Michel &#233;chappe aux recherches des vainqueurs. Elle se cache plusieurs jours parmi ses compagnons d'infortune. L'arrestation de sa m&#232;re agit sur elle comme un choc affreux. Elle choisit de se livrer mais r&#233;clame en &#233;change la lib&#233;ration de la vieille femme. Une d&#233;cision am&#232;re. Une d&#233;cision que l'enseignante accepte n&#233;anmoins de prendre. A la barre du tribunal o&#249; on la juge, elle ne montre aucune repentance, aucun regret. Si tout &#233;tait &#224; refaire, s'il fallait encore se battre sur les barricades, elle n'h&#233;siterait pas un instant. Quand les magistrats lui annonce sa d&#233;portation au bagne de Nouvelle- Cal&#233;donie, elle laisse &#233;clater sa col&#232;re : pourquoi lui faire gr&#226;ce de la vie tandis que l'on envoie devant les pelotons d'ex&#233;cution ses amis les plus courageux ? &#171; Fusillez-moi si vous n'&#234;tes pas des l&#226;ches ! &#187; dit-elle.&lt;br /&gt; En vain. Elle n'est pas &#233;cout&#233;e. Avec d'autres camarades, comme elle condamn&#233;s, Louise embarque sur un navire, le &#171; Virginie &#187;. Abattue, la combattante ? Moins que jamais. Les c&#244;tes fran&#231;aises s'effacent doucement dans le lointain, derri&#232;re les flots tumultueux de l'oc&#233;an, elle fredonne &#171; le temps des cerises &#187;, son air favori. Les passagers l'&#233;coutent, d'abord surpris, puis reprennent le refrain en un ch&#339;ur improvis&#233;. La travers&#233;e se prolonge quatre longs mois. Quatre mois qu'il n'est pas facile de supporter tant les conditions de navigation sont p&#233;rilleuses et incertaines : aux redoutables temp&#234;tes maritimes, au tangage continu et inconfortable du navire s'ajoutent les privations alimentaires, les vexations et les humiliations que les ge&#244;liers infligent parce que cela fait partie du travail que l'on attend d'eux.&lt;br /&gt; Louise Michel accomplit en Nouvelle Cal&#233;donie un s&#233;jour de sept ans. M&#234;me &#224; l'autre bout du monde, la d&#233;port&#233;e a besoin d'un nouveau combat, d'une cause &#224; d&#233;fendre, d'une population &#224; prot&#233;ger. Il n'y a certes pas d'ouvriers sur ces terres australes si &#233;loign&#233;es de la m&#233;tropole. En revanche, il y a des tribus indig&#232;nes, mal connues ou ignor&#233;es, parfois m&#233;pris&#233;es. L'ancienne communarde s'engage aupr&#232;s des Kanaks, install&#233;s sur place bien avant l'arriv&#233;e des premiers europ&#233;ens. Quand ils se r&#233;voltent en 1878, Louise se range &#224; leur c&#244;t&#233; et les soutient. Ses compagnons n'auront pas forc&#233;ment la m&#234;me attitude. Certains s'associeront &#224; la r&#233;pression des autorit&#233;s coloniales.&lt;br /&gt; En Novembre 1880, elle est de retour en France. Son arriv&#233;e est l'occasion de manifestations chaleureuses. Une d&#233;cennie s'est &#233;coul&#233;e depuis les combats de la Semaine Sanglante mais nul n'a oubli&#233; l'engagement de la petite institutrice parisienne. Les souffrances de la d&#233;portation ne l'ont pas assagie. Les luttes d'autrefois sont toujours les siennes. Sa volont&#233; demeure intacte. On la trouve partout &#224; la fois, comme au temps de la Commune dont elle conserve sans doute un souvenir &#233;mu. Anim&#233;e de cette &#233;nergie in&#233;puisable qui la guidait sur les barricades de la rue Clignancourt, elle vole de conf&#233;rences en conf&#233;rences, de meetings en meetings. Les d&#233;bats de soci&#233;t&#233; mobilisent son activit&#233; : adversaire r&#233;solue de la peine de mort (Le spectre de ses compagnons fusill&#233;s hante sa m&#233;moire), elle s'exprime n&#233;anmoins assez peu sur l'&#233;pineuse affaire Dreyfus.&lt;br /&gt; Ses opinions politiques &#233;voluent. Comme elle l'admettra plus tard, elle bascule d&#233;finitivement dans l'anarchie au cours de sa d&#233;portation en Nouvelle- Cal&#233;donie. Les courants plus mod&#233;r&#233;s du socialisme, dont quelques uns disposent d'une repr&#233;sentation modeste au parlement, ne la s&#233;duisent plus. Elle d&#233;couvre un autre combat &#224; mener, une autre cause &#224; d&#233;fendre. Le 19 Mars 1882, elle intervient dans les d&#233;bats d'un rassemblement de militants ouvriers &#224; Paris. Louise Michel a l'habitude des coups d'&#233;clat, des discours orageux et incisifs. Ce jour- l&#224;, elle use de toute son habilit&#233; &#224; soulever l'enthousiasme de la foule, comme dans les rues de la capitale en 1871. Ses mots ne laissent subsister aucune confusion : le drapeau rouge, symbole des luttes du prol&#233;tariat ? Non, parce que l'&#233;carlate &#233;voque le sang vers&#233; des malheureux, les souffrances consenties. D&#233;sormais, elle d&#233;ploiera le noir du deuil et des illusions envol&#233;es, le noir que les organisations anarchistes ont d&#233;j&#224; adopt&#233;.&lt;br /&gt; Les paroles et les tirades enflamm&#233;es ne durent qu'un temps. Louise veut passer &#224; l'action. Le 9 Mars 1883, une manifestation qu'elle a pr&#233;par&#233;e avec quelques camarades en faveur des &#171; sans- travail &#187; tourne &#224; l'&#233;meute. Des boulangeries sont pill&#233;es, les forces de l'ordre interviennent et ram&#232;nent le calme sans m&#233;nagement. L'ancienne enseignante est arr&#234;t&#233;e puis condamn&#233;e &#224; six ans de prison pour &#171; excitation au pillage &#187;.&lt;br /&gt; Sa peine accomplie, elle se r&#233;fugie &#224; Londres puis revient &#224; Paris o&#249; elle poursuit son inlassable militantisme. Quand elle n'anime pas les d&#233;bats d'une conf&#233;rence, elle conduit le d&#233;fil&#233; d'une marche de protestation. Cela lui vaut d'ailleurs plusieurs passages devant les tribunaux et tout autant de condamnations. Elle meurt finalement de pneumonie en Janvier 1905 dans un h&#244;tel de Marseille. Jusqu'au bout, les services de police la surveillent de pr&#232;s. Sa tombe, au cimeti&#232;re de Levallois- Perret, est encore un lieu de p&#232;lerinage que chaque ann&#233;e, au jour anniversaire de son d&#233;c&#232;s, des anonymes viennent fleurir.&lt;br /&gt; Que reste-t-il de Louise Michel aujourd'hui ? Une photographie. Un portrait peint. Quelques contes et po&#232;mes. Mais surtout un souvenir vivant. Un souvenir que l'on trouve inscrit dans le paysage urbain des &#171; banlieues rouges &#187;, sur les murs d'un coll&#232;ge, d'une &#233;cole maternelle baptis&#233;es de son nom. Un souvenir que la m&#233;moire populaire conserve encore. Lorsque l'on &#233;coute les discours convaincus des dirigeants d'extr&#234;me- gauche, n'est- ce pas un peu la voix de la &#171; Vierge Rouge &#187; que l'on entend r&#233;sonner ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;10 MARS 1906 : LA TERRE TREMBLE A COURRIERES&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Samedi 10 Mars 1906, aux environs de Courri&#232;res, dans la r&#233;gion de Lens. L'aube se l&#232;ve &#224; peine. Dans le ciel encore endormi, les derni&#232;res t&#233;n&#232;bres de la nuit se dispersent doucement. L'heure est matinale mais des centaines de mineurs sont d&#233;j&#224; dehors, rev&#234;tus de leurs tenues traditionnelles, arm&#233;s de leurs outils et de la pr&#233;cieuse lampe qui, au c&#339;ur de la fosse, repousse un peu l'angoissante obscurit&#233; des galeries. Ce jour-l&#224;, ils sont environ 1800 &#224; s'engager dans les profondeurs du sous-sol, sans certitude de retour &#224; la surface. Atteindre le fond des puits, c'est un peu atteindre les limites de l'enfer. Qui peut bien respirer cet air suffocant, encombr&#233; du relent toxique de gaz lib&#233;r&#233;s par les coups de pioche ? Qui peut progresser &#224; son aise &#224; travers ce labyrinthe de veines &#233;troites qu'il a fallu am&#233;nager pour atteindre les gisements de charbon ? Se tenir debout, mieux vaut ne pas y songer. C'est courb&#233;, cass&#233; en deux, g&#234;n&#233; par le poids du casque, la lanterne port&#233;e &#224; bout de bras devant soi que l'on avance p&#233;niblement. T&#226;che &#233;puisante mais aussi tr&#232;s dangereuse parce que les boiseries ne supportent pas toujours la pression des murs creus&#233;s. Les effondrements sont fr&#233;quents et par le pass&#233; bon nombre de malchanceux ont p&#233;ri ensevelis sous les d&#233;combres d'un tunnel d&#233;truit. Et puis il y a le terrible grisou, cet ennemi mortel et insidieux que tous les mineurs ont appris &#224; conna&#238;tre et &#224; craindre. Le contact d'une seule flamme peut provoquer un ouragan de feu, capable de tout d&#233;vaster sur son passage.&lt;br /&gt; Ce 10 Mars 1906, vers 6h34, un instant suffit &#224; d&#233;cha&#238;ner l'apocalypse. A l'origine, la lib&#233;ration accidentelle d'une nappe de gaz. Le ph&#233;nom&#232;ne soul&#232;ve une masse prodigieuse de poussi&#232;re tr&#232;s riche en &#233;l&#233;ments de charbon et hautement explosive. La combustion imm&#233;diate du m&#233;lange produit une v&#233;ritable vague de feu. Celle-ci parcourt les 110 kilom&#232;tres de galeries en moins de deux minutes. C'est le &#171; coup de poussi&#232;re &#187; le plus meurtrier de l'histoire industrielle. Le bilan humain d&#233;passe de loin le pessimisme des pr&#233;visions. Des dizaines de mineurs se sont volatilis&#233;s sans rien r&#233;aliser de ce qui se passait. D'autres succombent asphyxi&#233;s ou br&#251;l&#233;s vifs. Les secours s'organisent imm&#233;diatement. A la fin de la journ&#233;e, un peu plus de 500 personnes sont parvenues &#224; retrouver la surface. Mais 1099 autres salari&#233;s manquent &#224; l'appel. Les sauveteurs engag&#233;s sur place prennent des risques insens&#233;s : seize d'entre eux perdent la vie au cours des op&#233;rations.&lt;br /&gt; Les mines de Courri&#232;res s'&#233;tendent sous le territoire de plusieurs communes : Billy- Montigny, M&#233;ricourt, Noyelles-Sous-Lens et Sallaumines. La catastrophe frappe le c&#339;ur d'une r&#233;gion enti&#232;re et des milliers de familles. L'&#233;v&#232;nement prend aussi une dimension internationale et franchit rapidement les fronti&#232;res. Un &#233;v&#232;nement d'autant plus m&#233;diatis&#233; qu'une violente pol&#233;mique &#233;clate quelques jours plus tard. D&#232;s les premiers instants, l'ampleur in&#233;dite de la trag&#233;die d&#233;passe la compagnie des mines de Courri&#232;res. Des voix s'&#233;l&#232;vent et critiquent l'attitude d'une direction qui n'a pas voulu tenir compte des avertissements de certains mineurs : un incendie non ma&#238;tris&#233; r&#233;pandait depuis quelques temps un gaz toxique &#224; travers les galeries. Les responsables n'avaient pas jug&#233; utile de suspendre le travail.&lt;br /&gt; La gestion tr&#232;s discutable des secours aggrave le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral. La d&#233;cision maladroite des autorit&#233;s de murer les galeries pour pr&#233;server les infrastructures alors qu'il reste encore des survivants emprisonn&#233;s sous les d&#233;combres provoque une vague de col&#232;re. Les familles des victimes sont du reste tr&#232;s mal inform&#233;es. L'identification des corps tarde &#224; venir. Elle n'est possible qu'au troisi&#232;me jour du drame : des milliers de malheureux se bousculent dans la confusion la plus totale aupr&#232;s des cadavres que l'on a expos&#233;s, esp&#233;rant reconna&#238;tre, sous les marques de br&#251;lures ou les plaies sanglantes, le visage d'un p&#232;re, d'un fr&#232;re ou d'un fils.&lt;br /&gt; Le 30 Mars 1906, treize mineurs rescap&#233;s parviennent &#224; s'extraire des fosses. Plus personne n'esp&#233;rait de miracle. Les victimes ont support&#233; les pires &#233;preuves qu'il est possible d'imaginer : pendant vingt jours, ils ont parcouru des kilom&#232;tres de galerie, dans une compl&#232;te obscurit&#233;, se nourrissant de ce qu'ils ont pu trouver : un peu d'avoine, un peu de viande (Ils ont abattu un cheval &#224; coups de pic). Le 4 Avril, un dernier survivant remonte &#224; la surface. L'affaire provoque une flamb&#233;e d'indignation. Les populations ont le sentiment d'avoir &#233;t&#233; sacrifi&#233;es aux int&#233;r&#234;ts financiers de la compagnie. Il &#233;tait encore possible de sauver quelques uns des malheureux coinc&#233;s au fond des puits. Les recherches se sont interrompues trop t&#244;t. Les logiques &#233;conomiques ont pr&#233;valu.&lt;br /&gt; Les appels &#224; la gr&#232;ve se multiplient. Le 13 Mars, les obs&#232;ques des premiers disparus sont l'occasion d'un immense rassemblement : 15000 personnes se retrouvent au petit cimeti&#232;re de Billy- Montigny pour un dernier hommage aux d&#233;funts que l'on ensevelit dans une fosse commune. L'arriv&#233;e sur place du directeur de la compagnie &#233;chauffe les esprits. Les insultes fusent, les slogans parcourent les rangs : &#171; Assassin ! Vive la r&#233;volution ! Vive la gr&#232;ve ! &#187;. Le lendemain, le mouvement de protestation s'&#233;tend &#224; toute la r&#233;gion : des centaines de mineurs refusent de descendre. En quelques jours, l'ensemble des bassins miniers fran&#231;ais est touch&#233;. Les troubles se propagent en Belgique. Des &#233;meutes &#233;clatent ponctuellement. A la mi- Mars, on ne d&#233;nombre pas moins de 60000 gr&#233;vistes.&lt;br /&gt; Les d&#233;sordres inqui&#232;tent le gouvernement. Le ministre de l'Int&#233;rieur, Georges Clemenceau, r&#233;agit avec fermet&#233;. Trente mille gendarmes sont mobilis&#233;s dans le Nord. Les affrontements entre force de l'ordre et manifestants font plusieurs dizaines de bless&#233;s et un mort (Un officier tu&#233; d'une pierre re&#231;ue &#224; la terre) et s'ach&#232;vent sur une dizaine d'arrestations. La catastrophe de Courri&#232;res transforme la vie quotidienne des mineurs. Au parlement, le vote d'une loi permet l'instauration d'un repos hebdomadaire. Au fond des puits, les conditions de travail s'am&#233;liorent : l'interdiction des lanternes traditionnelles au profit d'une lampe moins dangereuse limite les accidents li&#233;s au coup de grisou. Les sauveteurs re&#231;oivent aussi une formation approfondie. Les milieux scientifiques r&#233;fl&#233;chissent aux cons&#233;quences du drame : le ph&#233;nom&#232;ne complexe du &#171; coup de poussi&#232;re &#187; fait l'objet de travaux minutieux dont les savants tirent des conclusions essentiels.&lt;br /&gt; Un si&#232;cle plus tard, la trag&#233;die s'inscrit son souvenir dans le paysage. A M&#233;ricourt, une n&#233;cropole rassemble les ossements des corps non identifi&#233;s de 272 mineurs. Un &#171; parcourt des rescap&#233;s &#187; rappelle &#224; l'emplacement du puit de Billy-Montigny (Aujourd'hui disparu) l'endroit o&#249; sont r&#233;apparus deux semaines apr&#232;s l'accident, les treize derniers rescap&#233;s. Le plus grand d&#233;sastre humain de l'&#232;re industrielle a longtemps marqu&#233; la m&#233;moire des mineurs du Nord de la France. Aujourd'hui, &#224; l'heure o&#249; les r&#233;gions du Nord Pas de Calais repensent leurs am&#233;nagements et implantent de nouvelles activit&#233;s &#233;conomiques, il nous rappelle quelles fut autrefois l'existence de ces populations qui, chaque jour, &#171; descendaient au fond &#187;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LES MOUVEMENTS SOCIALISTES ET LA PREMIERE GUERRE MONDIALE.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La Seconde Internationale l'avait pr&#233;cis&#233; en 1889 : les luttes de la classe ouvri&#232;re devaient pr&#233;valoir sur les int&#233;r&#234;ts nationaux des pays europ&#233;ens. L'alliance du prol&#233;tariat par del&#224; les fronti&#232;res ne pouvait souffrir aucune faiblesse. La r&#233;alisation d'un monde nouveau, lib&#233;r&#233; des in&#233;galit&#233;s de l'&#232;re industrielle, ne se produirait qu'&#224; ce prix. R&#233;solution maintes fois rappel&#233;e pendant les congr&#232;s politiques du mouvement socialiste. R&#233;solution qui faisait bon march&#233; de ce patriotisme exacerb&#233; en France ou en Allemagne au lendemain de la guerre de 1870.&lt;br /&gt; A l'aube du XX&#176; si&#232;cle, la d&#233;gradation progressive des rapports internationaux &#233;voque de plus en plus nettement le spectre angoissant d'un conflit g&#233;n&#233;ralis&#233; : les querelles coloniales entre Paris, Londres et Berlin, les ranc&#339;urs anciennes issues des affrontements d'autrefois mobilisent les esprits et les &#233;nergies au service de la Patrie. L'ennemi est clairement d&#233;sign&#233; : il est l'&#233;tranger, celui qui vit de l'autre c&#244;t&#233; des Vosges (Pour le cas sp&#233;cifique de la France), celui que l'on imagine &#224; travers les propos d&#233;form&#233;s de la propagande officielle. Les fractures n&#233;es de l'affaire Dreyfus l'ont bien montr&#233; : nulle attitude n'est plus criminelle que l'espionnage au service d'une puissance ennemie parce qu'elle est un coup port&#233; &#224; l'amour du pays.&lt;br /&gt; Les mouvements socialistes doivent maintenant composer avec cet &#233;l&#233;ment nouveau : l'approfondissement du sentiment national (Approfondissement et non naissance parce que celui-ci existe depuis longtemps) se juxtapose au sch&#233;ma traditionnel du Marxisme. Les penseurs politiques sentent qu'ils sont confront&#233;s aux enjeux incalculables d'une question in&#233;dite. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les positions &#233;taient assez bien d&#233;finies : il n'&#233;tait pas admis que le prol&#233;tariat puisse s'associer aux guerres conduites pour les int&#233;r&#234;ts financiers de la bourgeoisie. L'ouvrier n'avait rien &#224; y gagner, tout &#224; y perdre. Les conqu&#234;tes coloniales en Afrique et en Asie s'inscrivaient dans cette grille de lecture. Quand les d&#233;put&#233;s socialistes au parlement refusaient le vote de cr&#233;dits militaires pour une mission d'exploration ou de pacification, cela se comprenait et r&#233;pondait &#224; la logique traditionnelle des luttes de classe. Les conflits engageant la s&#233;curit&#233; m&#234;me du pays impliquent d'autres interrogations, soul&#232;vent des paradoxes auxquels les congr&#232;s de la seconde Internationale tentent d'apporter une solution satisfaisante. Les luttes men&#233;es au nom de la Patrie ne doivent-elles pas finalement primer sur la cause des masses laborieuses ?&lt;br /&gt; Le d&#233;bat est sans fin. Il produit surtout une puissante fracture au c&#339;ur du mouvement ouvrier. Deux lignes de conduite de dessinent peu &#224; peu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li class=&#034;paragraphe&#034;&gt;d'une part, une minorit&#233; d'intellectuels convaincus que toute guerre, quel que soit son motif, est par nature livr&#233;e au profit de la bourgeoisie.&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;paragraphe&#034;&gt;d'autre part, ceux qui estiment n&#233;cessaire la distinction des conflits. S'il convient de condamner les affrontements militaires inutiles au prol&#233;tariat, d'autres en revanche peuvent le concerner. La mobilisation arm&#233;e d'un pays pour sa propre d&#233;fense rel&#232;ve de cette seconde cat&#233;gorie. L&#233;nine et ses compagnons pr&#233;cisent d'ailleurs &#224; la veille de la r&#233;volution bolchevique qu'une guerre l&#233;gitime peut mettre en &#339;uvre le potentiel combatif du monde ouvrier et impulser une dynamique r&#233;volutionnaire suffisamment puissante pour d&#233;truire la soci&#233;t&#233; bourgeoise (C'est sur ce sch&#233;ma que reposera en 1917 l'insurrection d'Octobre en Russie et le soul&#232;vement spartakiste en Allemagne &#224; la mi-janvier 1919).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand surviennent les &#233;v&#232;nements de l'&#233;t&#233; 1914 (L'assassinat de Sarajevo puis la terrible logique des alliances europ&#233;ennes), socialistes fran&#231;ais et allemands se rangent aux c&#244;t&#233;s des gouvernements en place. Le vote des cr&#233;dits militaires est unanime. L'Union Sacr&#233;e joue pleinement : l'ensemble de la nation se rassemble autour du drapeau. L'ennemi n'est plus exclusivement le capitaliste enrichi. C'est avant tout le &#171; Boche &#187;. L'image famili&#232;re du casque &#224; pointe effraye bien davantage que le patron ventripotent indigne.&lt;br /&gt; Deux jours apr&#232;s la d&#233;claration du conflit, tandis que la mobilisation g&#233;n&#233;rale s'organise, une sc&#232;ne lourde de signification inscrit son souvenir dans la m&#233;moire des d&#233;put&#233;s r&#233;unis au Palais- Bourbon : Edouard Vaillant, socialiste r&#233;volutionnaire, ancien combattant des barricades de la Commune serre la main du monarchiste Albert de Mun. Les deux hommes ne s'&#233;taient jamais salu&#233;s auparavant. Le geste manque sans doute de spontan&#233;it&#233; mais le message qu'il contient est clair : le parti ouvrier accepte le principe d'un ralliement aux repr&#233;sentants parlementaires de la bourgeoisie. La perspective d'un d&#233;ferlement allemand sur le territoire suspend un moment la lutte des classes. Ce m&#234;me 4 Ao&#251;t 1914, pr&#233;sent aux obs&#232;ques de Jaur&#232;s que le revolver de Raoul Vilain a mortellement bless&#233;, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, L&#233;on Jouhaux d&#233;clare devant le cercueil du d&#233;funt &#171; A l'ordre de mobilisation g&#233;n&#233;rale, je r&#233;ponds : pr&#233;sent ! &#187; De l'autre c&#244;t&#233; du Rhin, l'esprit est identique. Les Socialistes du Reichstag acceptent le vote des cr&#233;dits militaires. Karl Liebknecht est l'une des rares personnalit&#233;s du mouvement &#224; refuser son soutien au gouvernement. D&#233;cision courageuse au regard des circonstances qui lui vaut d'&#234;tre expuls&#233; de la Chambre.&lt;br /&gt; Le monde du prol&#233;tariat rejoint donc le front, aux c&#244;t&#233;s des ennemis de la veille. Les souffrances endur&#233;es dans la boue des tranch&#233;es att&#233;nuent les distinctions sociales et forgent de nouvelles solidarit&#233;s. La camaraderie, l'attachement au r&#233;giment, &#224; la section transforment la mani&#232;re dont le monde des villes per&#231;oit les campagnes. Au c&#339;ur des combats, des explosions d'obus, de la mitraille le paysan d&#233;couvre l'artisan, le salari&#233; d'entreprise, le fonctionnaire. Deux France se rencontrent et apprennent &#224; vivre ensemble.&lt;br /&gt; Pourtant, le temps de l'Union Sacr&#233; se heurte vite &#224; ses propres limites. A l'automne 1914, il est devenu certain que le conflit ne sera pas aussi rapide que l'&#233;tat major le pr&#233;voyait. L'enlisement des offensives, les bilans tr&#232;s meurtriers de chaque engagement finissent par avoir raison de l'esprit soulev&#233; par la mobilisation g&#233;n&#233;rale l'espace d'une saison. En Septembre 1915, les repr&#233;sentants socialistes europ&#233;ens se r&#233;unissent &#224; Zimmerwald, en Suisse. Chaque pays envoie une d&#233;l&#233;gation. Les d&#233;bats et les &#233;changes sont vifs. Si le congr&#232;s s'accorde sur une cessation rapide des hostilit&#233;s, deux lignes de conduite s'opposent n&#233;anmoins sur les conditions d'un armistice :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li class=&#034;paragraphe&#034;&gt;pour certains, la paix doit &#234;tre sign&#233;e &#224; n'importe quel prix, m&#234;me si cela implique que l'on renonce aux territoires perdus.&lt;/li&gt; &lt;li class=&#034;paragraphe&#034;&gt;pour les autres, il s'agit davantage de tomber d'accepter les termes d'une &#171; paix blanche &#187;, un retour au statut- quo ant&#233;rieur. Les r&#233;solutions de la r&#233;union internationale p&#232;sent tr&#232;s peu sur le terrain des affrontements mais elles dessinent d&#233;j&#224; les premiers contours d'un puissant courant pacifiste.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les ouvriers envoy&#233;s en premi&#232;re ligne ont-ils men&#233; les mutineries survenues au mois de Mai 1917 ? Confront&#233;s aux protestations parfois violentes de leurs propres troupes, les officiers d&#233;crivent souvent une m&#234;me situation : les &#233;meutiers brandissent des drapeaux rouges, reprennent en ch&#339;ur des slogans engag&#233;s (&#171; Vive la R&#233;volution, vive l'Internationale &#187;). Des compagnies enti&#232;res se proclamant en gr&#232;ve, ph&#233;nom&#232;ne auquel l'arm&#233;e n'est v&#233;ritablement pas habitu&#233;e, cela &#233;voque les m&#233;thodes employ&#233;es par les organisations syndicales du civil.&lt;br /&gt; A l'&#233;poque, les responsables militaires interpr&#232;tent les mutineries comme le complot concert&#233; de meneurs socialistes et de partisans de l'Internationale. La presse reprend d'ailleurs &#224; son compte cette mani&#232;re de lire les &#233;v&#232;nements. Les historiens d'aujourd'hui ont bien &#233;videmment une position tr&#232;s diff&#233;rente. L'&#233;tude sociologique des soldats condamn&#233;s par les cours martiales r&#233;v&#232;le que le monde du prol&#233;tariat urbain est enfin de compte assez mal repr&#233;sent&#233;. Les inculp&#233;s sont surtout des paysans (La majorit&#233; des Poilus de 14-18 viennent des campagnes). On compte aussi plusieurs artisans, des commer&#231;ants et des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie moyenne.&lt;br /&gt; Les ouvriers, responsables d'un coupable d&#233;faitisme &#224; l'approche de l'armistice ? Le pacifisme, initi&#233; par la conf&#233;rence de Zimmerwald, serait-il uniquement le fait des classes laborieuses ? Les diffusions de la propagande voudraient en tous les cas le faire croire. Mais cela cadre bien peu aux r&#233;alit&#233;s de l'&#233;poque. La lassitude du conflit est bien plus g&#233;n&#233;rale qu'elle ne rel&#232;ve d'un groupe particulier. Certes, la situation est suffisamment inqui&#233;tante pour que les Etats- Majors veuillent att&#233;nuer ou dissimuler &#224; l'opinion publique l'ampleur des mutineries sur le front. La contestation n'en demeure pas moins globale. Elle n'est d'ailleurs pas exclusive aux troupes de l'arm&#233;e. Elle s'exprime aussi &#224; l'arri&#232;re, dans les usines. A mesure que la guerre se prolonge, les mouvements de gr&#232;ve se multiplient. Les revendications sont plurielles : il ne s'agit pas seulement de r&#233;clamer la cessation imm&#233;diate des hostilit&#233;s. Les souffrances endur&#233;es chaque jour, les p&#233;nuries alimentaires produisent leur corollaire de m&#233;contentement. M&#233;contentement que l'enrichissement scandaleux de profiteurs astucieux aggrave.&lt;br /&gt; C'est l'une des nouveaut&#233;s de la guerre. Revenus de convalescence ou de permission, les combattants du front ont le sentiment de mourir pour les int&#233;r&#234;ts financiers d'une minorit&#233; de privil&#233;gi&#233;s. Les chansons que les Poilus imaginent lorsqu'ils regagnent les tranch&#233;es, le courrier envoy&#233; aux familles (Tr&#232;s s&#233;v&#232;rement contr&#244;l&#233; par la censure) refl&#232;tent cet &#233;tat d'esprit. On y retrouve le sch&#233;ma classique du marxisme (Les puissants exploitent les mis&#232;res des opprim&#233;s). N&#233;anmoins, au-del&#224; des orientations politiques propres &#224; chacun, la sensation de sacrifier son existence en vain reste largement partag&#233;e.&lt;br /&gt;
L'affreux holocauste de 1914 produit dans la conscience ouvri&#232;re (mais aussi nationale) un traumatisme particuli&#232;rement violent. Rien ne sera jamais plus tout &#224; fait comme autrefois. Il y aura un avant et un apr&#232;s. Certes les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales que conduisent les cheminots en 1919 (Les r&#233;percussions de la r&#233;volution bolcheviques d&#233;t&#233;riorent les contextes politiques de chaque pays) rappellent que le principe de la lutte des classes demeure encore actuel. Mais les quatre ann&#233;es pass&#233;es dans la boue des tranch&#233;es ont aussi forg&#233; de nouvelles solidarit&#233;s, une nouvelle culture que les Ancien Combattants se sont appropri&#233;s. Le pacifisme des d&#233;cennies 1920- 1930 rassemble, par del&#224; les clivages id&#233;ologiques, une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re sur des valeurs communes : la volont&#233; de ne plus jamais revivre l'immense massacre, le d&#233;sir de se rapprocher des autres peuples europ&#233;ens. Un pacifisme exprim&#233; lors des comm&#233;morations annuelles, des d&#233;fil&#233;s o&#249; chaque survivant trouve, quelle que soit son horizon social, sa place. Un pacifisme qui s'inscrit enfin dans le paysage, sur le marbre des monuments aux morts, des tombes de Verdun.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LES OUVRIERS ET LE FRONT POPULAIRE.&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; Les &#233;v&#232;nements politiques du printemps 1936 en France ont inscrit leur souvenir dans la m&#233;moire nationale. Le souvenir d'une immense vague d'euphorie et d'espoir en l'avenir. Le souvenir des premiers cong&#233;s pay&#233;s. Le souvenir du train que l'on prend pour d&#233;couvrir la mer et ses plages. Rien n'&#233;tait pourtant &#233;crit d'avance. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1930, le pays subit les r&#233;percussions s&#233;v&#232;res d'une crise &#233;conomique venue d'Outre Atlantique. Les m&#233;canismes de la d&#233;pression sont implacables : aux faillites industrielles, au ralentissement de la production, s'ajoute l'explosion du ch&#244;mage. Les effets sociaux de la r&#233;cession sont catastrophiques : la paup&#233;risation de pans entiers de la population accompagne l'expansion notable de la mis&#232;re. Les ouvriers font partie des principales victimes du drame mais ils ne sont pas les seuls. La spirale incontr&#244;l&#233;e de l'inflation ruine aussi les rentiers et les classes de la petite bourgeoisie. Sur le terrain politique, la crise provoque une mont&#233;e des extr&#234;mes. Le parti Communiste, n&#233; une dizaine d'ann&#233;es plus t&#244;t, enregistre une progression spectaculaire de son &#233;lectorat. Les syndicats, quelles que soient leurs sensibilit&#233;s id&#233;ologiques, rassemblent un nombre croissant de militants. A l'autre bout de l'&#233;chiquier, les ligues de droite regroupent dans leurs rangs les d&#233;&#231;us du parlementarisme, les partisans d'un r&#233;gime plus autoritaire, d'un patriotisme plus agressif.&lt;br /&gt; Les &#233;meutes du 6 f&#233;vrier 1934 r&#233;sonnent comme un signal : les principes essentiels de la culture politique fran&#231;aise, les valeurs de 1789 ont vacill&#233; ce jour- l&#224;. Que se serait-il pass&#233; si les manifestants &#233;taient parvenus &#224; forcer l'entr&#233;e du Palais- Bourbon ? Aurait-on v&#233;cu un coup d'Etat comme le pays en a si souvent connu par le pass&#233; ? Les &#233;v&#232;nements conduisent la Gauche &#224; s'unir rapidement autour d'un programme commun. Les divisions du congr&#232;s de Tours sont suspendues un instant. Socialistes et Communistes, rejoints par les Radicaux, s'accordent sur un m&#234;me combat : la d&#233;fense de la d&#233;mocratie parlementaire et de la paix internationale, la lutte contre le ch&#244;mage. Le monde ouvrier red&#233;couvre son unit&#233;. Partisans du bolchevisme et de la III&#176; Internationale, de la SFIO et du refus oppos&#233; aux directives arriv&#233;es de Moscou, militant de la CGT ou de la CGTU, tous se retrouvent au c&#339;ur des marches de protestation que les responsables de la Gauche organisent apr&#232;s les violences du 6 F&#233;vrier.&lt;br /&gt; Le Front Populaire est n&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nul n'avait v&#233;ritablement r&#233;ussi &#224; f&#233;d&#233;rer les courants socialistes sur la base de r&#233;solutions communes. Oubli&#233;es les querelles id&#233;ologiques de la Premi&#232;re, de la Seconde Internationale ? Ce serait ignorer que le Front Populaire est avant tout la r&#233;ponse apport&#233;e &#224; une double crise (politique et &#233;conomique) que l'on esp&#232;re passag&#232;re. La pens&#233;e communiste n'a rien perdu de son contenu essentiel : l'alignement sur les consignes de Moscou (que refusent les Socialistes) doit permettre le triomphe du prol&#233;tariat &#224; une &#233;chelle mondiale. Accepter le jeu du parlementarisme traditionnel (qui, selon le PCF, sert essentiellement les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et du patronat) n'est pas plus admis que la veille. C'est d'ailleurs sur ce principe que l'organisation refusera de participer au premier gouvernement de Blum. Les Socialistes sont toujours les voisins dont on se m&#233;fie.&lt;br /&gt; La victoire &#233;lectorale du Front Populaire n'est pas seulement celle de trois partis. C'est aussi celle du monde ouvrier. Un d&#233;ferlement de joie et d'euphorie traverse le pays. Un esprit nouveau s'est lev&#233; sur la Nation. Un esprit que les t&#233;moins de l'&#233;poque conserveront tr&#232;s longtemps en m&#233;moire. A Paris et en province, un ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit se dessine spontan&#233;ment : l'occupation pacifique des usines par les ouvriers. Occupation sans violence mais organis&#233;e. Nulle volont&#233; de s'en prendre au patron, de briser l'appareil productif de l'entreprise. En 1936, il n'y aura pas de barricades. Les r&#233;cits le soulignent aujourd'hui encore : les gr&#232;ves du mois de Mai n'ont pas d'autre signification que la volont&#233; de rappeler au nouveau gouvernement l'immense espoir soulev&#233; par le verdict des &#233;lections l&#233;gislatives. Un joyeux d&#233;sordre s'est install&#233; dans les rues, comme celui d'une kermesse, d'un bal populaire. Bien &#233;videmment, c&#244;t&#233; patronat, l'interpr&#233;tation des faits n'est pas du tout la m&#234;me. Ici, chacun croit percevoir dans l'agitation populaire la mise en &#339;uvre d'un complot organis&#233; depuis l'&#233;tranger. Moscou, s'appuyant sur le parti communiste, appliquerait en secret les &#233;tapes de la r&#233;volution bolch&#233;vique. Cette lecture de la situation est largement v&#233;hicul&#233;e dans la presse du moment. Les ligues d'extr&#234;me droite la reprennent &#224; leur compte.&lt;br /&gt; Aujourd'hui, les historiens ont abandonn&#233; la th&#232;se d'une machination internationale. C'est avant tout de spontan&#233;it&#233; qu'il haut parler lorsque l'on &#233;value le mouvement du Printemps 1936. Les appareils syndicaux n'ob&#233;issent &#224; aucune directive particuli&#232;re si ce n'est celle d'encadrer et de contr&#244;ler des militants qui attendent beaucoup du Front Populaire.&lt;br /&gt; L'appel des salari&#233;s est puissant. Le d&#233;sarroi du patronat l'est tout autant. La r&#233;solution du conflit passe par un arbitrage coh&#233;rent de l'Etat. Les Accords Matignon du mois de Juin sont v&#233;cus comme une rupture brutale du pass&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les responsables politiques n'intervenait que rarement dans les logiques du lib&#233;ralisme &#233;conomique. Au XIX&#176; si&#232;cle, des lois avaient certes limit&#233; les horaires de travail ou organis&#233; des orphelinats publics (Les Workhouses en Angleterre) pour les plus d&#233;munis. En revanche, le directeur demeurait libre de g&#233;rer comme il le souhaitait la vie quotidienne de son entreprise. Les conflits salariaux concernaient d'assez loin les pouvoirs publics et se r&#233;glaient souvent entre les murs de l'usine. Quand aucune solution ne semblait possible, le recours &#224; la gr&#232;ve &#233;tait toujours possible. Les pouvoirs publics se mobilisaient &#224; partir du moment o&#249; les d&#233;fil&#233;s mena&#231;aient l'ordre de la rue et se chargeaient de ramener le calme.&lt;br /&gt; En 1936, le renversement est brutal. L'Etat ne se contente plus du r&#244;le que la culture politique occidentale lui a jusqu'alors attribu&#233;, celui de prot&#233;ger la s&#233;curit&#233; des citoyens et de leurs biens. Pour la premi&#232;re fois, il s'installe &#224; la table des n&#233;gociations, il participe aux d&#233;bats entre patronat et organisations syndicales. Il indique une voie nouvelle que la d&#233;mocratie empruntera au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : l'Etat r&#233;gule les tensions sociales, corrige les dysfonctionnements de l'&#233;conomie, intervient au c&#339;ur de la vie de l'entreprise.&lt;br /&gt; Les Accords Matignon bousculent le quotidien des ouvriers : la mise en &#339;uvre des cong&#233;s pay&#233;s, la revalorisation des salaires, l'installation syst&#233;matique des syndicats dans les usines les plus modestes retentissent comme une rupture du pass&#233;. N&#233;anmoins les n&#233;gociations sont-elles &#224; peine sign&#233;es que le gouvernement r&#233;clame la fin rapide des gr&#232;ves spontan&#233;es. La c&#233;l&#232;bre phrase du dirigeant communiste Maurice Thorez (&#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue. Il faut m&#234;me savoir consentir au compromis si toutes les revendications n'ont pas encore &#233;t&#233; accept&#233;es. Tout n'est pas possible &#187;) indique que le Front Populaire souhaite au plus vite restaurer le calme et remettre la France au travail. A la mi- Juin, les usines sont peu &#224; peu lib&#233;r&#233;es. Fin Juillet, tout est globalement rentr&#233; dans l'ordre.&lt;br /&gt; L'attitude du gouvernement Blum, la relative mod&#233;ration du PC ont par la suite suscit&#233; de nombreuses pol&#233;miques. Les organisations d'extr&#234;me gauche sont d&#233;&#231;ues : beaucoup esp&#233;raient aller bien plus loin et conduire jusqu'&#224; son terme la lutte du prol&#233;tariat. Thorez et ses compagnons auraient alors trahi la R&#233;volution (Certains historiens se sont aventur&#233;s sur ce terrain). C'est ne pas tenir compte des contextes &#233;conomiques et politiques de l'&#233;poque : le Front Populaire doit composer avec les classes de la petite et moyenne bourgeoisie que des r&#233;formes trop audacieuses ne manqueraient pas d'inqui&#233;ter. D'autre part, les Radicaux, et dans une certaine mesure les Socialistes, n'envisageaient pas la perspective d'un soul&#232;vement ouvrier. Les alliances de circonstance n'auraient s&#251;rement pas r&#233;sist&#233; au choc d'un coup de force du PC. La priorit&#233; des principaux leaders de la Gauche reste le combat contre les ligues d'extr&#234;me droite et la menace du fascisme.&lt;br /&gt; Au-del&#224; des Accords Matignon et de la rupture qu'ils repr&#233;sentent, 1936 s'inscrit comme une nouvelle r&#233;f&#233;rence de la m&#233;moire ouvri&#232;re. Une r&#233;f&#233;rence parce que cette ann&#233;e l&#224; les masses laborieuses d&#233;couvrent la pratique de loisirs jusqu'alors inaccessibles. L'instauration des cong&#233;s pay&#233;s donne &#224; des centaines de familles l'occasion de prendre le train pour une escapade &#224; la mer. C'est l'&#233;poque des premi&#232;res stations baln&#233;aires, des h&#244;tels, des baignades dans la Manche ou en M&#233;diterran&#233;e. Pour d'autres, le camping sauvage &#224; la campagne offre davantage de satisfactions. Le Front Populaire dispara&#238;t quelques ann&#233;es plus tard, victime de ses propres divisions. Mais il laisse un pr&#233;cieux h&#233;ritage dont les responsables politiques se souviendront au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. De son exp&#233;rience na&#238;t un nouveau mode de vie. Au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, c'&#233;tait par le travail que l'honn&#234;te homme se r&#233;alisait pleinement. L'oisivet&#233;, le d&#233;s&#339;uvrement conduisait n&#233;cessairement &#224; la ruine, &#224; la faillite. Les bourgeois &#233;taient d'ailleurs attentifs &#224; mettre en garde leurs enfants : l'abus des divertissements ne r&#233;servait rien de bon &#224; ceux qui en &#233;taient victimes.&lt;br /&gt; Avec les ann&#233;es 1930 se dessine un ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit. Ph&#233;nom&#232;ne que la prosp&#233;rit&#233; des Trente Glorieuses amplifie : la recherche d'un &#233;panouissement personnel par la pratique de loisirs. Partir en vacances, profiter d'un s&#233;jour &#224; la montagne ou sur les rivages maritimes du pays n'est plus le luxe d'une minorit&#233; de privil&#233;gi&#233;s. Les n&#233;gociations de Juin 1936 rendent possibles la d&#233;mocratisation d'activit&#233;s jusqu'alors r&#233;serv&#233;es &#224; ceux qui disposaient des moyens n&#233;cessaires pour en profiter. Le salari&#233; d&#233;couvre de nouveaux horizons, s'&#233;vade de son quotidien urbain.&lt;br /&gt; Soixante dix ans plus tard, lorsqu'ils &#233;voquent la p&#233;riode du Front Populaire, les anciens se rappellent surtout de ce climat d'euphorie et d'espoir descendu sur la France. Euphorie partag&#233;e dans les usines. Euphorie des premiers d&#233;parts en vacances. Trois ans plus tard, les arm&#233;es de la Wehrmacht d&#233;ferlent sur le pays. Un temps succ&#232;de &#224; un autre. L'heure ne sera d&#233;sormais plus aux divertissements. Les tragiques r&#233;alit&#233;s de la guerre s'imposent &#224; chacun : se nourrir, r&#233;sister, se cacher ou tout simplement survivre. N&#233;anmoins, les souvenirs du Printemps et de l'Et&#233; 1936 se fixent dans la m&#233;moire ouvri&#232;re comme une r&#233;f&#233;rence incontournable. R&#233;f&#233;rence que les gouvernements de la IV&#176; R&#233;publique t&#226;cheront de mettre en &#339;uvre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;LA QUESTION SOCIALE RESOLUE.&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; L'ann&#233;e 1945 n'ach&#232;ve pas seulement la Seconde Guerre Mondiale. Elle marque la victoire d'une id&#233;ologie politique sur une autre : la D&#233;mocratie l'emporte finalement sur le fascisme. Quelle d&#233;mocratie au juste ? Non plus celle mise en &#339;uvre par les r&#233;formes du XIX&#176; si&#232;cle et b&#226;tie sur la conviction que l'Etat ne pouvait faire davantage que d'assurer aux citoyens leurs droits naturels. L'exp&#233;rience du Front Populaire est pass&#233;e par l&#224;. Il n'est d&#233;sormais plus question d'ignorer les mis&#232;res d'une soci&#233;t&#233; livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me. La g&#233;n&#233;ration de la R&#233;sistance a retenu les le&#231;ons du pass&#233;. Le nazisme est apparu sur un terrain qui lui &#233;tait favorable : ch&#244;mage, drames humains, d&#233;sespoir et col&#232;re ont servi le III&#176; Reich. Les populations attendent autre chose des gouvernements : garantir, certes, l'&#233;galit&#233; de tous devant la loi, prot&#233;ger les acquis politiques des luttes d'autrefois, mais aussi secourir les d&#233;munis, les laiss&#233;s pour compte, les victimes de la vie. Les premiers pas de la S&#233;curit&#233; Sociale en 1945 expriment bien plus que le principe in&#233;dit d'une solidarit&#233; nationale et interg&#233;n&#233;rationnelle. C'est aussi le moment d'une rupture profonde. Les attitudes h&#233;rit&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle s'effacent, d'autres se dessinent. C'en est termin&#233; du ch&#244;meur responsable de sa situation personnelle, puni de sa paresse, de son indolence. L'homme priv&#233; de travail devient la malheureuse victime de circonstances impr&#233;vues dont il n'est pas forc&#233;ment la cause. Il ne s'agit plus de culpabiliser. L'Etat ne juge pas. Il aide, soutient et apporte son assistance &#224; ceux qui en ont le plus besoin.&lt;br /&gt; Une culture politique nouvelle qui r&#232;gle, au moins en partie, la question sociale h&#233;rit&#233;e du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Le paradoxe est en fin de compte ici : le monde ouvrier profite d'une am&#233;lioration notable de ses conditions de vie sans que se soit produite la r&#233;volution du prol&#233;tariat. Une r&#233;volution tellement attendue. Les r&#233;formes n'ont pas &#233;t&#233; arrach&#233;es de force. Elles ont suivi la voie du consensus, de la n&#233;gociation et du compromis. Le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas le fruit d'un heureux hasard. Il s'inscrit au contraire dans un contexte qui le rend r&#233;alisable.&lt;br /&gt; Les ann&#233;es que les sp&#233;cialistes ont l'habitude de d&#233;signer par &#171; Trente Glorieuses &#187; correspondent &#224; une &#233;poque de formidable croissance. Les progr&#232;s de la technologie occidentale impulsent un dynamisme &#233;conomique nouveau. Le plein emploi r&#233;duit le ch&#244;mage, maintient la consommation &#224; un niveau &#233;lev&#233;. Le travail se transforme et se complique : les salari&#233;s ne se contentent plus d'effectuer les t&#226;ches r&#233;p&#233;titives pour lesquelles ils &#233;taient jusque l&#224; form&#233;s. L'automatisation de la production r&#233;clame la gestion de machines informatis&#233;es. Les contours d'un nouveau groupe professionnel se dessinent : celui des ouvriers sp&#233;cialis&#233;s.&lt;br /&gt; La prosp&#233;rit&#233; des ann&#233;es 1950- 1960 bouscule les habitudes du prol&#233;tariat. La croissance du pouvoir d'achat modifie le quotidien de chacun. Dans les logements l'apparition du t&#233;l&#233;viseur, de la radio, des appareils m&#233;nagers ne profitent pas seulement qu'aux minorit&#233;s les plus favoris&#233;s. Les classes populaires recueillent &#224; leur tour les fruits du progr&#232;s. Le sch&#233;ma traditionnel de la lutte des classes est moins pertinent puisque les in&#233;galit&#233;s sociales tendent &#224; s'att&#233;nuer. Principale force politique de la IV&#176; R&#233;publique, le parti communiste perd peu &#224; peu de son influence. L'ancienne ceinture rouge des banlieues parisiennes se rel&#226;che au fils des rendez- vous &#233;lectoraux.&lt;br /&gt; Il est d'ailleurs paradoxal d'observer que les &#233;v&#232;nements de Mai 1968 sont avant tout l'expression d'un m&#233;contentement de la jeunesse, un rejet de l'autorit&#233; quelque soit ses formes, un refus de la soci&#233;t&#233; de consommation. Les appareils syndicaux suivent davantage le mouvement qu'ils ne le conduisent, au moins dans un premier temps. Les &#233;tudiants indiquent la voie que le monde ouvrier poursuit quelques jours plus tard. Certes, une fois lanc&#233;e, les organisations de la CGT, entre autre, mobilisent dans la rue des millions de gr&#233;vistes et obtiennent la signature des Accords de Grenelle. Mais, le souvenir des luttes du XIX&#176; si&#232;cle s'&#233;loigne lentement. Les ouvriers r&#233;ussissent finalement leur int&#233;gration aux classes moyennes et &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;br /&gt; Les ann&#233;es 1970 marquent n&#233;anmoins le retour d'une nouvelle violence politique. Des groupuscules d'extr&#234;me gauche s'imposent brutalement &#224; l'opinion publique. En Italie, en Allemagne de l'Ouest, en France des organisations de tendance anarchiste multiplient les actions m&#233;diatiques au contenu tr&#232;s clair : il s'agit avant tout de contester les principes de la soci&#233;t&#233; de consommation et de s'attaquer &#224; tous ses symboles : industriels enrichis, banquiers, repr&#233;sentants de l'autorit&#233; publique (Juges, commissaires&#8230;). Les meneurs pr&#233;tendent conduire leur combat au profit du prol&#233;tariat et vouloir d&#233;truire la bourgeoisie. On en revient au sch&#233;ma la traditionnel de la lutte des classes que la prosp&#233;rit&#233; des ann&#233;es 1950- 1960 en Occident avait rendu moins pertinent.&lt;br /&gt; Une vague d'attentats ensanglante l'Europe. De l'autre c&#244;t&#233; des Alpes, les Brigades Rouges frappent &#224; plusieurs reprises. L'explosion de colis pi&#233;g&#233;s et de bombes provoque la mort de dizaines de personnes. Les lieux tr&#232;s fr&#233;quent&#233;s sont les cibles id&#233;ales. En 1978, les terroristes r&#233;ussissent un coup de main largement rapport&#233; par les m&#233;dias : l'enl&#232;vement d'Aldo Moro, chef de la D&#233;mocratie- Chr&#233;tienne et personnalit&#233; politique essentielle en Italie. A l'issue d'interminables n&#233;gociations avec les autorit&#233;s, les ravisseurs ex&#233;cutent leur otage (Son corps sera retrouv&#233; quelques jours plus tard dans la banlieue de Rome). En RFA, la Rote Arme Fraction, entretient sur le territoire ouest allemand une v&#233;ritable psychose. Les deux principaux chefs du mouvement, Meinhof et Baader, s'attaquent aux dirigeants de soci&#233;t&#233;s financi&#232;res.&lt;br /&gt; Les services de police d&#233;ploient toute leur &#233;nergie &#224; d&#233;manteler les r&#233;seaux : l'arrestation puis la condamnation des chefs impliqu&#233;s porte un coup fatal aux groupuscules les plus actifs. La situation n'est pas nouvelle. Elle &#233;voque le souvenir des Anarchistes qui, &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle, s'en prenaient aux symboles du pouvoir qu'ils combattaient. Pourtant, les temps ont chang&#233; parce que les terroristes en Italie ou en RFA utilisent &#224; leur profit les m&#233;dias. Un moyen d'exercer une pression constante sur l'opinion publique. Un moyen &#233;galement de montrer l'incapacit&#233; de l'Etat &#224; assurer la s&#233;curit&#233; et maintenir l'ordre. Les journalistes entretiennent d'ailleurs avec les organisations des relations ambigu&#235;s qui peuvent conduire &#224; une mont&#233;e des ench&#232;res.&lt;br /&gt; Les sp&#233;cialistes n'ont pas manqu&#233; d'&#233;tudier le ph&#233;nom&#232;ne. Pourquoi le terrorisme politique surgit-il brutalement au d&#233;but des ann&#233;es 1970 ? Pourquoi est-il le fait d'organisations se r&#233;clamant de la R&#233;volution du prol&#233;tariat. Il faut &#233;voquer le contexte de la fin des ann&#233;es 1960 dans les pays occidentaux. La soci&#233;t&#233; de consommation n&#233;e de la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique des Trente Glorieuse se heurte &#224; de nombreuses critiques. La jeunesse exprime un refus. Le refus des valeurs traditionnelles du capitalisme. Le refus d'une autorit&#233; quelles que soient ses formes. Le refus &#233;galement du mod&#232;le am&#233;ricain. La contestation est d'autant plus vive que les Etats-Unis ne parviennent pas &#224; se sortir du bourbier vietnamien dans lequel ils se sont fourvoy&#233;s.&lt;br /&gt; Les groupuscules de tendance anarchiste profitent de ce climat nouveau. Au c&#339;ur de l'extr&#234;me gauche, les frustrations sont nombreuses. Les partis communistes ont finalement accept&#233; le jeu classique du parlementarisme, une partie du monde ouvrier s'est peu &#224; peu int&#233;gr&#233;e aux classes moyennes. Les &#233;v&#232;nements de la R&#233;volution Culturelle en Chine proposent une version renouvel&#233;e du marxisme, &#233;pur&#233;e de ses d&#233;viances et exercent un fort pouvoir d'attraction.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;CONCLUSION.&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;&lt;br /&gt; A l'heure o&#249;, en France, le parti communiste obtient des r&#233;sultats &#233;lectoraux d&#233;cevants (Moins de 5% lors des derni&#232;res pr&#233;sidentielles de 2007), &#224; l'heure o&#249; les anciennes banlieues rouges de la r&#233;gion parisienne passent aux mains de la Droite, que reste-t-il du long pass&#233; ouvrier de la nation ?&lt;br /&gt; Beaucoup de choses en r&#233;alit&#233;. Le souvenir des meneurs socialistes du XIX&#176; si&#232;cle s'inscrit dans le quotidien de chacun : que l'on songe aux boulevards, aux avenues baptis&#233;s du nom d'un Blanqui, d'un Raspail, d'une Louise Michel ou m&#234;me d'un Karl Marx et l'on comprendra que les barricades de 1848 ou de 1871 n'ont pas &#233;vacu&#233; la m&#233;moire populaire. S'ajoutent &#224; cela les symboles que le prol&#233;tariat en lutte brandissait en signe de ralliement autour d'une cause partag&#233;e.&lt;br /&gt; La gr&#232;ve comme moyen de pression exerc&#233; sur un gouvernement est une sp&#233;cificit&#233; des organisations syndicales fran&#231;aises (en Allemagne, la culture politique privil&#233;gie davantage le compromis, la n&#233;gociation, la concertation). A sa cr&#233;ation en 1895, la CGT le pr&#233;cisait clairement : en cas de d&#233;saccord avec le patronat, les salari&#233;s se r&#233;serveraient le droit de cesser le travail et de descendre dans la rue. Les appareils syndicaux d'aujourd'hui ont conserv&#233; ce r&#233;flexe : d&#233;fil&#233;s et manifestations sont le mode d'expression privil&#233;gi&#233; du m&#233;contentement populaire quand survient un conflit d'int&#233;r&#234;ts.&lt;br /&gt; Le 1er Mai est un temps fort du calendrier politique, un moment ou se r&#233;v&#232;lent les solidarit&#233;s du monde salarial. Les principaux syndicaux profitent de l'occasion pour rappeler des revendications non satisfaites. La journ&#233;e s'ach&#232;ve sur des meetings, des rassemblements o&#249; l'on red&#233;couvre facilement les &#233;l&#233;ments d'une vieille culture ouvri&#232;re. Les drapeaux rouges, surgis de la foule, &#233;voquent le souvenir des combats men&#233;s cent cinquante ans auparavant. Les couplets de l'Internationale, repris le poing dress&#233; en signe de d&#233;termination, rel&#232;ve d'un m&#234;me d&#233;sir d'enraciner les r&#233;f&#233;rences du socialisme au c&#339;ur d'une m&#233;moire militante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>David, peintre de la R&#233;volution et de l'Empire. </title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article276</link>
		<guid isPermaLink="true">https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article276</guid>
		<dc:date>2007-01-27T14:44:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Jacques Louis David est le peintre de la R&#233;volution et de l'Empire. De son infatigable &#233;nergie cr&#233;atrice nous sont parvenus de c&#233;l&#232;bres tableaux accroch&#233;s aux murs des mus&#233;es europ&#233;ens les plus connus : Le Serment du Jeu de Paume, L'Assassinat de Marat, Le Passage des Alpes par Napol&#233;on, le Sacre&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'artiste est bien plus que le spectateur passif des &#233;v&#232;nements qu'il d&#233;crit &#224; travers ses toiles. Il est l'un des acteurs essentiels du grand bouleversement de 1789. Elu &#224; la Convention, en Ao&#251;t 1792, aupr&#232;s de (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;Documents &#224; conna&#238;tre&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Jacques Louis David est le peintre de la R&#233;volution et de l'Empire. De son infatigable &#233;nergie cr&#233;atrice nous sont parvenus de c&#233;l&#232;bres tableaux accroch&#233;s aux murs des mus&#233;es europ&#233;ens les plus connus : Le Serment du Jeu de Paume, L'Assassinat de Marat, Le Passage des Alpes par Napol&#233;on, le Sacre&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'artiste est bien plus que le spectateur passif des &#233;v&#232;nements qu'il d&#233;crit &#224; travers ses toiles. Il est l'un des acteurs essentiels du grand bouleversement de 1789. Elu &#224; la Convention, en Ao&#251;t 1792, aupr&#232;s de son ami Robespierre, il occupe dans les rangs du parti des Montagnards une place de choix. Quand survient le sanglant &#233;pisode de la Terreur, il est membre du Comit&#233; G&#233;n&#233;ral de S&#251;ret&#233;. Ce titre lui vaut de signer plusieurs condamnations de suspects. Lorsque ses compagnons sont &#224; leur tour conduits &#224; la guillotine (Fin juillet 1794), il fr&#244;le de peu l'&#233;chafaud. Son absence de la Convention le sauve in extremis du fatal couperet. N&#233;anmoins arr&#234;t&#233; sur ordre des Thermidoriens, il purge une peine d'emprisonnement de quelques mois. De nouveau inqui&#233;t&#233; puis enferm&#233; en 1795, il finit par recouvrir la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Non seulement David surmonte les temps troubl&#233;s qui suivent la disparition de Robespierre mais il r&#233;ussit &#233;galement &#224; attirer l'attention de Bonaparte. Admirateur du talent de l'artiste, le prestigieux g&#233;n&#233;ral des arm&#233;es d'Italie lui offre une place influente dans son entourage. Pour l'ancien r&#233;volutionnaire, c'est un tournant de carri&#232;re d&#233;cisif. Il choisit de mettre au service de l'Empire ses palettes et son g&#233;nie artistique. Il accepte la charge &#233;prouvante de peintre officiel du r&#233;gime napol&#233;onien dont il illustre la gloire et la puissance par de remarquables compositions. Si le tableau du Sacre (l'un de ses plus beaux) ne peut pr&#233;tendre au r&#233;alisme qu'il semble vouloir afficher (C'est avant tout une &#339;uvre de propagande pens&#233;e par l'Empereur dans ses moindres d&#233;tails), il n'en demeure pas moins que les dimensions d&#233;mesur&#233;es de la toile et la ma&#238;trise du pinceau ne peuvent laisser indiff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand Waterloo annonce le glas de l'&#233;pop&#233;e napol&#233;onienne, David fuit la France. Menac&#233; par les Bourbons qui ne lui pardonnent pas son pass&#233; r&#233;publicain et son engagement aupr&#232;s de la famille imp&#233;riale, c'est en Belgique qu'il trouve refuge. Il y meurt en 1825.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;On peut certes reprocher au c&#233;l&#232;bre peintre ses orientations, ses d&#233;rives et ses compromissions politiques mais, deux si&#232;cles apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, ses compositions entretiennent sur les visiteurs du Louvre ou d'autres mus&#233;es une fascination r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;L'ASSASSINAT DE MARAT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L104xH119/images-20jpgada2-e4ff2.jpg?1704130654' width='104' height='119' /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le tableau est visible au mus&#233;e de Bruxelles. Il rappelle le tragique assassinat de Marat par Charlotte Corday. L'apr&#232;s midi du 13 Juillet 1793, la jeune fille se rend au domicile du c&#233;l&#232;bre tribun. Elle apporte, dit-elle, les noms des d&#233;put&#233;s girondins en fuite et recherch&#233;s depuis le printemps pr&#233;c&#233;dent. Quand elle p&#233;n&#232;tre dans l'appartement, Marat est au bain. Une terrible maladie de peau, contract&#233;e sans doute quelques ann&#233;es auparavant dans les &#233;gouts parisiens, oblige &#171; l'Ami du Peuple &#187; &#224; se plonger de longues heures dans une baignoire d'eau ti&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Charlotte s'approche de l'homme. Comme celui-ci l'interroge sur les raisons de sa visite, la timide Normande r&#233;pond qu'elle dispose de renseignements concernant ceux que les Montagnards pourchassent sans se lasser. Marat a un sourire de satisfaction : il prend une feuille de papier et se pr&#233;pare &#224; noter les informations que Charlotte pr&#233;tend d&#233;tenir. Celle-ci profite alors de l'instant pour tirer de son corsage un couteau de cuisine qu'elle plonge aussit&#244;t dans le c&#339;ur du malade. Marat meurt sur le coup. La meurtri&#232;re est arr&#234;t&#233;e, sans avoir cherch&#233; &#224; fuir. Alert&#233;s par les cris &#233;perdus de la compagne du tribun, les pensionnaires de l'immeuble accourent sur les lieux. Il s'en faut de peu pour que Charlotte ne soit lynch&#233;e. L'intervention de la police la sauve : emmen&#233;e &#224; la Conciergerie, elle subit un premier interrogatoire. Son proc&#232;s s'ouvre quatre jours plus tard, le 17 Juillet 1793. Quand les magistrats lui demandent les raisons de son geste, elle explique qu'elle voulait d&#233;barrasser le pays d'un tyran sanguinaire. (Marat souhaitait renforcer la Terreur). De leur cachette, les Girondins apprennent la mort du Montagnard. N&#233;anmoins ils n'&#233;prouvent aucune satisfaction particuli&#232;re : le crime de Charlotte Corday ne les sauve pas. Beaucoup regrettent que la jeune fille ne se soit pas attaqu&#233;e &#224; Robespierre autrement plus dangereux et influent. La disparition de Marat, dont les jours &#233;taient de toute fa&#231;on compt&#233;s &#224; cause de sa maladie, ne sert pas la cause du parti de la Gironde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La meurtri&#232;re est condamn&#233;e &#224; mort &#224; l'issue d'une seule journ&#233;e d'audience. Elle est conduite &#224; l'&#233;chafaud le soir m&#234;me, vers 17 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les fun&#233;railles de Marat sont l'occasion d'une d&#233;monstration de grande ferveur r&#233;publicaine. Tandis que les cendres du tribun sont transf&#233;r&#233;es au Panth&#233;on, David entreprend &#224; la demande du parti Montagnard la composition d'une toile &#233;voquant le triste &#233;v&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Ce tableau, bien que remarquable par l'atmosph&#232;re dramatique qu'il r&#233;ussit &#224; mettre en &#339;uvre, ne pr&#233;sente qu'une sc&#232;ne bien &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233;. Le peintre y affiche ses orientations politiques : il pr&#233;sente Marat sous les traits d'un martyr de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- La plaie laiss&#233;e par la lame ac&#233;r&#233;e du couteau, volontairement d&#233;peinte dans le moindre d&#233;tail, rappelle la blessure du Christ sur la croix, transperc&#233; de la lance du fantassin romain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- La blancheur tr&#232;s vive du foulard autour de la t&#234;te du r&#233;volutionnaire souligne le sentiment d'innocence, de bont&#233; et d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Sur la planche install&#233;e au travers de la baignoire, quelques feuilles &#233;parses. Un examen attentif de la toile apprend au curieux qu'il s'agit de billets destin&#233;s au secours d'une famille d&#233;munie. David indique par ce d&#233;tail symbolique le soin que son camarde politique portait aux plus malheureux. La r&#233;alit&#233; est sans doute beaucoup moins glorieuse : lorsque Charlotte Corday p&#233;n&#232;tre dans la pi&#232;ce, Marat est occup&#233; &#224; corriger les derniers articles de son journal, &#171; L'Ami du Peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Enfin, l'aspect du cadavre m&#233;rite r&#233;flexion. Si la p&#226;leur de la chair d&#233;voile sans doute les premi&#232;res &#339;uvres de la mort, le grain de peau est &#233;tonnamment lisse. Malade depuis de longs mois, le tribun devait sans doute souffrir des dizaines de pustules et autres l&#233;sions cutan&#233;es qui le recouvraient et lui procuraient d'affreuses douleurs. Mais le peintre pouvait-il d&#233;peindre l'&#233;tat tragique de son compagnon sans briser sa l&#233;gende ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;C'est ce qu'il faut retenir de ce tableau : David a surtout travaill&#233; en politique investi dans la R&#233;volution. La toile, au-del&#224; de sa r&#233;ussite esth&#233;tique, est avant tout une &#339;uvre de propagande. Sous les pinceaux habiles de l'artiste, le personnage intransigeant et brutal qu'&#233;tait Marat, se modifie : il devient le martyr des Montagnards, bon et g&#233;n&#233;reux, sacrifi&#233; sur les marches de la patrie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE PASSAGE DES ALPES PAR BONAPARTE.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L103xH120/2-6jpg-724f9724f-0ef9b.jpg?1704130654' width='103' height='120' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Ce tableau &#233;voque la campagne victorieuse d'Italie men&#233;e par Bonaparte, alors Premier Consul, contre les forces autrichiennes. La belle victoire de Marengo (14 Juin 1800) donne au glorieux g&#233;n&#233;ral la satisfaction d'&#233;carter pour quelques temps le danger Habsbourg. David retrace &#224; travers sa toile l'&#233;pisode m&#233;morable du passage des Alpes, au cours de l'hiver. Napol&#233;on y est d&#233;j&#224; d&#233;peint en conqu&#233;rant s&#251;r de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Le visage du personnage refl&#232;te une d&#233;termination absolue. L'index brandi en avant, vers les sommets montagneux, Bonaparte ne doute pas de l'issue des engagements militaires. Au-del&#224; de l'&#233;v&#232;nement, c'est bien l'ascension politique de son protecteur (encore &#224; venir) que l'artiste souligne. Rien ne semble devoir entraver la route conduisant le Consul au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- L'inscription &#171; Bonaparte &#187; que l'on d&#233;couvre sur la roche ne permet aucun doute : l'action du futur empereur appartient d&#233;j&#224; &#224; la post&#233;rit&#233;. Comme si la montagne devait elle-m&#234;me porter le souvenir &#233;ternel de son passage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Les mots &#171; Carolus Magnus &#187;, grav&#233;s sur la pierre, &#224; proximit&#233; du nom de Napol&#233;on apportent la certitude que le ma&#238;tre de la France entend suivre les pas de Charlemagne. S'imagine-il &#234;tre l'h&#233;ritier du souverain m&#233;di&#233;val ? Le tableau semble vouloir le sugg&#233;rer en tous les cas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Comme tr&#232;s souvent chez David, de la sc&#232;ne id&#233;alis&#233;e sur la toile &#224; la r&#233;alit&#233;, il y a beaucoup. Une fois encore, le brillant artiste travaille au service d'un r&#233;gime politique. Le caract&#232;re hautement symbolique de la composition n'&#233;chappe &#233;videmment pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le passage des Alpes par le Premier Consul est moins glorieux et beaucoup plus d&#233;licat que l'auteur ne le laisse entendre. C'est sur une mule, un animal beaucoup mieux adapt&#233; aux rigueurs de la montagne que le cheval, isol&#233; de ses troupes (L'&#339;uvre montre Napol&#233;on entour&#233; de ses soldats, tel un v&#233;ritable meneur d'hommes) que le g&#233;n&#233;ral franchit le Col du saint- Bernard.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Pour les besoins de la propagande officielle, le peintre a donc modifi&#233; les &#233;l&#233;ments d'une r&#233;alit&#233; qui ne mettait pas sp&#233;cialement en valeur le conqu&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE SACRE DE NAPOLEON.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;center&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L150xH92/1-8jpg-a0fe1a0fe-8f781.jpg?1704130654' width='150' height='92' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;S'il est une toile dans laquelle David retrace la force du r&#233;gime napol&#233;onien, c'est bien &#171; Le Sacre &#187;. L'auteur accomplit ici l'une de ses plus belles &#339;uvres. N&#233;anmoins, la sc&#232;ne, telle qu'elle est d&#233;crite, ne renvoie qu'une vision bien lointaine de la c&#233;r&#233;monie du 2 D&#233;cembre 1804. Au lendemain de son couronnement, l'Empereur souhaite inscrire dans la post&#233;rit&#233; l'instant de son av&#232;nement. David accepte la charge, &#244; combien lourde et d&#233;licate, d'en immortaliser le souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Napol&#233;on surveille les travaux d&#232;s ses d&#233;buts. Le tableau du sacre n'est pas n'importe lequel. C'est celui qui doit &#233;taler au regard &#233;bahi du curieux la puissance de son pouvoir, le prestige de sa famille. Nulle imperfection, nulle note discordante ne doit troubler l'harmonie et l'ordonnancement du spectacle. Quitte &#224; trahir, s'il le faut, une r&#233;alit&#233; parfois encombrante. Le souverain r&#233;fl&#233;chit au moindre d&#233;tail, corrige le trait de David, rectifie le coup de pinceau, pense jusqu'aux attitudes des protagonistes de la c&#233;r&#233;monie. Chef d'&#339;uvre esth&#233;tique, oui. D&#233;monstration du talent artistique du peintre, &#233;galement. Mais surtout, t&#233;moignage de propagande au service de l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Le souverain d&#233;tient la place essentielle de la sc&#232;ne : envelopp&#233; d'une lumi&#232;re dor&#233;e, le personnage proc&#232;de au couronnement de son &#233;pouse. La position centrale de la petite estrade sur laquelle il est mont&#233; le distingue nettement de l'assistance. La tenue traditionnelle qu'il porte rappelle sa filiation directe avec les anciens C&#233;sars de l'antiquit&#233; romaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- Plus en retrait, le pape Pie VII, se contente d'un r&#244;le secondaire. Install&#233; sur un fauteuil pr&#233;vu pour lui, sa passivit&#233; frappe le regard du curieux. Spectateur d'une c&#233;r&#233;monie qu'il ne ma&#238;trise pas, le chef de la chr&#233;tient&#233; affiche l'expression d'un ennui profond. Sur ce point, David n'expose pas la r&#233;alit&#233; de l'&#233;v&#232;nement. Le pr&#233;lat a particip&#233; plus activement au sacre. Mais, dans la composition, qu'il a imagin&#233; jusqu'au moindre d&#233;tail, Napol&#233;on ne lui accorde qu'une importance limit&#233;e. Un moyen efficace pour fournir &#224; l'Empereur des Fran&#231;ais la libert&#233; d'exprimer sa sup&#233;riorit&#233; politique face &#224; Rome. Quand on lui pr&#233;sente la toile achev&#233;e, Pie VII manifeste un tr&#232;s vif m&#233;contentement de se voir ainsi rel&#233;guer &#224; un plan secondaire. Cet &#233;pisode annonce les relations conflictuelles que la Papaut&#233; et le Napol&#233;on entretiendront jusqu'en 1815.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;- c'est &#233;galement selon les recommandations de son ma&#238;tre que David modifie quelque peu le d&#233;roulement de la sc&#232;ne. Si l'artiste prend le parti de repr&#233;senter la m&#232;re du souverain dans l'assistance, en tr&#232;s bonne place, nul n'oublie que le jour de l'&#233;v&#232;nement, auquel elle n'&#233;tait d'ailleurs pas vraiment favorable, la vieille femme se trouvait tr&#232;s loin de paris, en Corse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D'autre part, la participation active des s&#339;urs de Napol&#233;on aupr&#232;s de l'imp&#233;ratrice (Elles prennent soin de sa longue robe) semble vouloir indiquer la parfaite entente familiale qui se serait construite aupr&#232;s de l'Empereur. Dans les faits, de tr&#232;s vives tensions animent le clan des Bonaparte : jalousie, aigreur, manigances&#8230;..Au cours de son r&#232;gne, le monarque ne cessera d'arbitrer les querelles et les disputes de son entourage. Querelles et disputes d'autant plus violentes que les conqu&#234;tes r&#233;alis&#233;es en Europe et les couronnes &#224; distribuer attisent les convoitises de chacun. Mais peu importe qu'il faille faire bon march&#233; de la r&#233;alit&#233;. Napol&#233;on a saisi toute l'importance que rev&#234;t aupr&#232;s du peuple l'image, m&#234;me si elle est corrig&#233;e pour les besoins de la propagande, d'une famille unie et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le magnifique tableau de David doit-il pour autant d&#233;cevoir ? Certes il ne d&#233;voile pas l'organisation de la c&#233;r&#233;monie dans son exactitude la plus compl&#232;te. En revanche, il en dit long sur la personnalit&#233; et le programme politique de l'Empereur : volont&#233; de puissance et de gloire (Au d&#233;triment du pape), recherche d'une adh&#233;sion et d'une stabilit&#233; autour du r&#233;gime (David a r&#233;invent&#233; une harmonie familiale qui n'existe pas)... La toile annonce pour qui sait y d&#233;couvrir les cl&#233;s de lecture ce que devait &#234;tre le r&#232;gne &#233;ph&#233;m&#232;re de Napol&#233;on.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/IMG/jpg/1-8.jpg" length="4260" type="image/jpeg" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
