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	<title>Coll&#232;ge Robert Doisneau</title>
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	<description>Site officiel du coll&#232;ge Robert Doisneau de Gonesse</description>
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		<title>Coll&#232;ge Robert Doisneau</title>
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		<title>La R&#233;sistance espagnole, une page blanche de la seconde guerre mondiale.</title>
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&lt;p&gt;Les travaux consacr&#233;s &#224; l'histoire de la R&#233;sistance pendant la seconde guerre mondiale &#233;voquent rarement la participation des r&#233;publicains espagnols aux combats men&#233;s contre les Nazis. De ces hommes, de ces femmes venus par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es poursuivre une lutte d&#233;j&#224; perdue en Espagne (Ils sont les vaincus du conflit livr&#233; aux forces franquistes et ont fui la r&#233;pression du Caudillo), on ne sait dans le fond pas grand-chose. Comme tant d'autres, ils rejoignirent le maquis parce qu'ils avaient le sentiment (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les travaux consacr&#233;s &#224; l'histoire de la R&#233;sistance pendant la seconde guerre mondiale &#233;voquent rarement la participation des r&#233;publicains espagnols aux combats men&#233;s contre les Nazis. De ces hommes, de ces femmes venus par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es poursuivre une lutte d&#233;j&#224; perdue en Espagne (Ils sont les vaincus du conflit livr&#233; aux forces franquistes et ont fui la r&#233;pression du Caudillo), on ne sait dans le fond pas grand-chose. Comme tant d'autres, ils rejoignirent le maquis parce qu'ils avaient le sentiment de devoir d&#233;fendre un id&#233;al, un espoir, un futur. Rescap&#233;s des fronts de Catalogne, de Madrid, de Teruel o&#249; tant de leurs compatriotes perdirent la vie, ils connurent eux aussi les souffrances de la d&#233;portation et moururent, pour certains, dans les camps allemands. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'instant de red&#233;couvrir les figures oubli&#233;es de la R&#233;sistance (Guy M&#244;quet et la lettre qu'il laissa aux siens avant de disparaitre), au moment de c&#233;l&#233;brer le sacrifice des &#233;l&#232;ves du lyc&#233;e Buffon (Un t&#233;l&#233;film retrace d'ailleurs cet &#233;pisode dramatique), il est juste de conserver le souvenir de ces quelques Catalans, Castillans, Aragonais ou Basques pr&#233;sents sur les pav&#233;s parisiens, le jour de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement des r&#233;publicains espagnols aux c&#244;t&#233;s des troupes de la France Libre ou des membres de r&#233;seaux clandestins pose question. L'action d'un Jean Moulin, d'un Charles De Gaulle se comprend car elle r&#233;pond &#224; une logique : chasser du pays de son enfance l'occupant, rendre &#224; la patrie sa place parmi le concert des nations (D'autant plus que les compromissions du r&#233;gime de Vichy avec l'ennemi mettent en p&#233;ril l'avenir des Fran&#231;ais : peuple coupable de collaboration, vaincu et donc trait&#233; comme tel ? Peuple vainqueur ? Les Alli&#233;s h&#233;siteront longtemps avant de se prononcer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel sens donner aux combats de la R&#233;sistance espagnole ? Les volontaires arriv&#233;s de la p&#233;ninsule ib&#233;rique ont certes le sentiment de partager avec leurs camarades de lutte une m&#234;me exp&#233;rience politique, un m&#234;me syst&#232;me de valeurs : les communistes espagnols et fran&#231;ais se battent ensemble jusqu'&#224; la fin du conflit. (En 1942, les cadres du PCE -Parti communiste espagnol-, en exil depuis la d&#233;faite de 1939, participent &#224; plusieurs op&#233;rations de sabotage dans la r&#233;gion nantaise).&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, les vaincus de la guerre civile ont aussi des projets plus sp&#233;cifiques. S'ils estiment n&#233;cessaire la chute du nazisme, celle-ci n'est qu'une &#233;tape de l'entreprise &#224; laquelle ils ont choisi de consacrer leur engagement : la fin du r&#233;gime franquiste de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es. Abattu en Italie, en Allemagne, le fascisme pourra-t-il se maintenir en Espagne sans provoquer l'&#233;moi de nations traumatis&#233;es par six ann&#233;es d'affrontements meurtriers ? Les partisans de la R&#233;publique d&#233;truite ne le pensent pas. C'est l&#224; toute leur erreur. Une erreur qui, plus tard, portera la responsabilit&#233; d'am&#232;res d&#233;ceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un demi si&#232;cle a pass&#233; mais les survivants de la R&#233;sistance espagnole le pr&#233;cisent aujourd'hui encore : 1945, c'est avant tout le souvenir d'une trahison, d'une illusion bris&#233;e, d'une promesse non tenue, d'un combat men&#233; pour rien. Les anciens maquisards le comprirent &#224; ce moment : la d&#233;faite tant annonc&#233;e du Caudillo n'aurait finalement pas lieu. Nul ne pourrait s'en retourner chez lui. Il faudrait poursuivre le long chemin de l'exil&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1939 : LE TEMPS DE LA DEFAITE ET DE L'EXIL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement du front de Catalogne (D&#233;cembre 1938) et la chute de Barcelone (Janvier 1939) annoncent les derni&#232;res semaines de la guerre civile en Espagne. Madrid se bat toujours mais les troupes nationalistes pr&#233;parent l'assaut final. Les r&#233;publicains ne l'emporteront pas. Le conflit a d&#233;chain&#233; les passions. Les exactions commises d'un bout &#224; l'autre du territoire sont telles que les vaincus n'esp&#232;rent aucune cl&#233;mence. L'heure des r&#232;glements de compte approche, la r&#233;pression du G&#233;n&#233;ral Franco ne pardonnera pas. Pour des milliers de personnes, il n'est d'autre solution que la fuite. Fuir, mais o&#249; ? De l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, la France ouvrira sans doute ses bras. Le pays n'est-il pas la patrie des droits de l'Homme et du Citoyen ? N&#233;anmoins, franchir les Pyr&#233;n&#233;es en plein hiver, &#233;chapper &#224; la vigilance des patrouilles franquistes est une entreprise p&#233;rilleuse. Nul n'a pourtant le choix. Des familles enti&#232;res prennent la route de la montagne. Les clich&#233;s de quelques photographes &#233;trangers pr&#233;sents au moment des &#233;v&#232;nements &#233;voquent les m&#234;mes sc&#232;nes : une file interminable de charrettes, de carrioles, de mulets sur lesquels on a jet&#233; dans la pr&#233;cipitation tout ce que l'on pouvait emporter : un matelas, un meuble, une horloge, un portrait&#8230;.En somme les richesses d'une vie enti&#232;re. Une fa&#231;on de conserver ses rep&#232;res, son pass&#233; lorsque tout s'&#233;croule autour de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques jours, (Fin Janvier- d&#233;but F&#233;vrier 1939), cinq cent mille malheureux atteignent les cols enneig&#233;s de la chaine pyr&#233;n&#233;enne. Il a fallu braver le froid, les vents glac&#233;s, les bombardements de l'aviation ennemie. Une foule bouillonnante de fugitifs ext&#233;nu&#233;s et d&#233;sesp&#233;r&#233;s se presse aux portes des premiers villages fran&#231;ais. La gravit&#233; de la situation d&#233;passe les autorit&#233;s : Paris n'a pas su pr&#233;voir le drame que devait n&#233;cessairement provoquer la victoire d'une Espagne sur l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'imm&#233;diat, il faut parer au plus urgent. Les h&#244;pitaux et les casernes du Sud Ouest sont r&#233;quisitionn&#233;s. Des centaines de femmes et d'enfants &#233;puis&#233;s y trouvent un moment de r&#233;pit. R&#233;pit bien &#233;ph&#233;m&#232;re lorsque l'on a tout perdu et que l'on ne sait plus o&#249; aller. Les &#233;tablissements ne peuvent pourtant pas &#224; eux seuls supporter la d&#233;tresse d'un demi- million de r&#233;fugi&#233;s. Les capacit&#233;s d'accueil sont satur&#233;es en peu de temps. Que faire des 275000 personnes encore bloqu&#233;es &#224; la fronti&#232;re ? Les responsables politiques redoutent les d&#233;sordres que produirait sur le territoire une infiltration incontr&#244;l&#233;e d'apatrides d&#233;racin&#233;s et sans aucune solution. La n&#233;cessit&#233; de regrouper les exil&#233;s entre les barbel&#233;s de camps surveill&#233;s, (b&#226;tis entre Janvier et Avril 1939), &#171; les camps de la honte &#187; dont la post&#233;rit&#233; garde un si mauvais souvenir peut faire aujourd'hui d&#233;bat. Ce f&#251;t n&#233;anmoins sur l'instant la d&#233;cision d'un gouvernement confront&#233; &#224; une catastrophe humaine sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dizaine de sites accueillent les premiers baraquements : Argel&#232;s, Bram, Saint Cyprien, Barcar&#232;s et Gurs&#8230;. Sans eau courante, sans &#233;lectricit&#233;, sans chauffage, chacun survit comme il peut. Les pensionnaires s'entassent sur des superficies r&#233;duites (A Barcar&#232;s, ils sont 70000 pour une vingtaine d'hectares). La promiscuit&#233; forc&#233;e d'hommes et de femmes affaiblis provoque des &#233;pid&#233;mies de dysenterie : des centaines de personnes y succombent (15000 d&#233;c&#232;s selon certains t&#233;moignages). &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, &#224; l'int&#233;rieur des camps, un semblant d'organisation sociale prend corps. Les r&#233;fugi&#233;s espagnols s'adaptent, se regroupent, s'entraident. Par del&#224; les pr&#233;occupations quotidiennes (Trouver de quoi se nourrir, se laver&#8230;), les questions politiques alimentent l'essentiel des conversations. Anarchistes, communistes, socialistes, syndicalistes, on retrouve entre les barbel&#233;s d'Argel&#232;s ou de Gurs ses camarades de combat. Un temps disloqu&#233;s parce qu'il avait fallu fuir au plus vite l'avanc&#233;e des troupes franquistes, les r&#233;seaux se reconstruisent. On parle de l'avenir, on pr&#233;voit, on esp&#232;re. On publie m&#234;me les premiers num&#233;ros d'un journal. Les souffrances et l'&#233;puisement ne sont pas venus &#224; bout de la d&#233;termination des vaincus : la lutte contre le Franquisme continue. Un jour, quand on pourra, il faudra prendre le chemin de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentrer en Espagne, un r&#234;ve pour les fugitifs. Une solution pour les autorit&#233;s fran&#231;aises car les camps am&#233;nag&#233;s sont la r&#233;ponse toute provisoire d'une crise qu'il est urgent de r&#233;soudre. A br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, les responsables politiques devront se prononcer quant au sort des intern&#233;s. Le gouvernement exerce une pression constante sur les hommes valides (Souvent d'anciens soldats r&#233;publicains qu'il a fallu d&#233;sarmer &#224; la fronti&#232;re) : pourquoi ne pas repartir de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es ? Tr&#232;s peu acceptent : la r&#233;pression des Nationalistes ne les &#233;pargnerait pas davantage qu'elle n'&#233;pargne au m&#234;me moment les compagnons d'armes enferm&#233;s dans les prisons de Franco. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quitte &#224; se battre, autant rejoindre les rangs de la L&#233;gion &#233;trang&#232;re : dix mille Espagnols r&#233;pondent &#224; l'appel et acceptent d'endosser l'uniforme. Quelques ann&#233;es plus tard, les volontaires castillans, aragonais, basques ou catalans int&#232;greront les forces de la France Libre. Ils affronteront les arm&#233;es allemandes dans les d&#233;serts nord africains ou sur les rivages italiens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les compagnies de travailleurs &#233;trangers accueillent ceux qu'une vie militaire ne tente pas. Les industries d'armement, les exploitations mini&#232;res ont besoin de bras vigoureux. Les exil&#233;s sont la main d'&#339;uvre id&#233;ale. Au moins trouvent-ils dans les usines qui les emploient de quoi justifier un salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES ESPAGNOLS CONFRONTES A LA DEFAITE DE 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1940. Les Allemands ont envahi la France. L'ennemi marche &#224; travers les plaines du Nord. Le 14, les premi&#232;res divisions de la Wehrmacht d&#233;filent sur les Champs Elys&#233;es. Le 17, le vieux h&#233;ros de Verdun, le Mar&#233;chal P&#233;tain, accepte les termes d'un armistice humiliant. La capitulation est sign&#233;e cinq jours apr&#232;s dans la clairi&#232;re de Rethondes. Les combats et les bombardements ont jet&#233; sur les chemins de l'exil des millions de Fran&#231;ais. Un flot sans fin de femmes, d'enfants et de soldats perdus encombrent les routes. On fuit devant soi, sans certitude. Il a fallu laisser ce que l'on ne pouvait pas emporter. La d&#233;sorganisation est g&#233;n&#233;rale, l'autorit&#233; r&#233;publicaine se d&#233;sagr&#232;ge. Le gouvernement choisit de se replier sur Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;l&#233;s aux fugitifs de l'Exode, les rescap&#233;s de la guerre civile espagnole revivent les heures douloureuses de 1939. C'est un peu comme si ressurgissait d'un pass&#233; encore proche le souvenir des patrouilles franquistes, du pilonnage incessant de l'aviation, des victimes fauch&#233;es par les tirs. De ce c&#244;t&#233; ci des Pyr&#233;n&#233;es, ou de l'autre, l'ennemi est en fin de compte le m&#234;me : le fascisme et les violences qu'il d&#233;chaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite et l'installation du R&#233;gime de Vichy ach&#232;vent les quelques semaines d'un conflit &#233;trange. Chacun s'en retourne chez soi retrouver le logis abandonn&#233; en h&#226;te, parfois d&#233;truit ou r&#233;quisitionn&#233; pour les besoins de l'arm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fracas assourdissant des combats s'est t&#251;t (Il r&#233;sonnera &#224; nouveau en 1944 lorsque les Alli&#233;s d&#233;barqueront sur les c&#244;tes de Normandie). S'ouvrent alors les temps difficile de l'Occupation. Le prix de l'armistice est insupportable : r&#233;quisitions, rationnement, le vainqueur nazi pille tout ce qui lui est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Reich a aussi besoin de bras. La poursuite du conflit en Union Sovi&#233;tique ou au Proche- Orient vide les industries de leurs ouvriers. Les populations europ&#233;ennes sont mobilis&#233;es au service du r&#233;gime hitl&#233;rien. En France, mais les m&#234;mes sc&#232;nes se rejouent d'un bout &#224; l'autre du continent, des milliers d'hommes traversent le Rhin. Leur destination : une usine, une mine, un camp et la contrainte d&#233;chirante de devoir participer &#224; l'effort de guerre allemand. Les Espagnols, bien que Franco ait souhait&#233; conserv&#233; sa neutralit&#233;, ne b&#233;n&#233;ficient d'aucune mesure d'exception. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les compagnies de travailleurs &#233;trangers passent sous le contr&#244;le des vainqueurs. A ce titre, des centaines d'exil&#233;s rejoignent les rivages de l'Atlantique et s'&#233;puisent aux travaux de fortifications de la c&#244;te (Le Mur de l'Atlantique). D'autres retrouvent les chantiers de Lorient o&#249; les Allemands pr&#233;voient la construction d'une base sous- marine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES PREMIERS ACTES DE RESISTANCE ESPAGNOLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation des Espagnols aux r&#233;seaux de la R&#233;sistance est toujours mal connue. Les historiens ont peu &#233;crit sur la question. Beaucoup reste &#224; d&#233;couvrir. Les t&#233;moignages d'anciens maquisards, qu'ils soient finalement rentr&#233;s au pays apr&#232;s la mort du Caudillo, qu'ils aient fait le choix de s'installer en France, livre n&#233;anmoins quelques informations pr&#233;cieuses quant &#224; l'engagement des r&#233;publicains apatrides et le sens qu'il pr&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister. Un choix individuel, un choix personnel. En Juin 1940, les &#233;tudes conduites sur le sujet le soulignent, les paroles rassurantes du G&#233;n&#233;ral De Gaulle r&#233;fugi&#233; &#224; Londres (&#171; La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre &#187;) trouvent peu d'&#233;cho. Les pr&#233;occupations mat&#233;rielles li&#233;es &#224; la guerre et aux d&#233;buts de l'Occupation accaparent les esprits, paralysent les &#233;nergies. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, les quelques actions ponctuelles de r&#233;sistance men&#233;es &#224; partir de l'&#233;t&#233;, soulignent que les conditions douloureuses de l'armistice entretiennent au c&#339;ur de la population un sentiment de d&#233;ception, parfois le r&#233;flexe d'un refus. La capitulation est r&#233;cente, les r&#233;seaux de lutte clandestine n'ont pas eu le temps de s'organiser. Les premi&#232;res initiatives sont isol&#233;es. Elles expriment n&#233;anmoins la volont&#233; de poursuivre par d'autres moyens un engagement perdu sur le terrain des op&#233;rations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels moyens au juste ? L'assassinat d'officiers et de soldats allemands (Les repr&#233;sailles de la Wehrmacht pour chaque meurtre commis limitent tr&#232;s vite l'efficacit&#233; de cette m&#233;thode). L' &#233;panouissement d'une presse parall&#232;le encourageant les Fran&#231;ais &#224; se battre pour la lib&#233;ration du territoire. Les sabotages r&#233;alis&#233;s sur les infrastructures ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Juin 1940, les Espagnols mobilis&#233;s par les Nazis pour l'exploitation des mines d'Aubin et de Cransac, dans l'Aveyron, ralentissent les op&#233;rations d'extraction du charbon. Les ouvriers dissimulent leurs outils et r&#233;duisent les volumes de la production. Certains r&#233;cup&#232;rent discr&#232;tement les caisses de dynamites utilis&#233;es pour le percement des galeries et les transmettent aux premiers maquis de la r&#233;gion. A Carjac, dans le Lot, une poign&#233;e de r&#233;publicains envoy&#233;s sur les chantiers d'un barrage s'empare des explosifs n&#233;cessaires aux travaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mineurs poursuivent leurs actions les mois suivants : en Septembre 1943, ils font sauter le chevalet d'un puits de forage &#224; Decazeville et incendient deux entrep&#244;ts de mat&#233;riel. En Octobre, un autre attentat endommage la centrale &#233;lectrique de Viviez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion de l'URSS en Juin 1941 et la rupture du pacte de non- agression sign&#233; entre Staline et Hitler le 23 Ao&#251;t 1939 jettent les communistes europ&#233;ens au c&#339;ur de la lutte contre le III&#176; Reich. A l'instar de leurs camarades, les Espagnols rejoignent les troupes de la R&#233;sistance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les FTP- MOI (Francs-Tireurs et Partisans de la Main d'&#339;uvre immigr&#233;e) accueillent les &#233;trangers r&#233;quisitionn&#233;s par l'Occupant. Beaucoup de nations y sont repr&#233;sent&#233;es : Roumains, Arm&#233;niens, Italiens, Polonais, Fran&#231;ais. Les membres du mouvement partagent une m&#234;me culture politique, le marxisme- l&#233;ninisme, et ob&#233;issent aux directives transmises depuis Moscou. L'organisation est bien install&#233;e &#224; travers le territoire. Quatre branches se partagent la responsabilit&#233; des op&#233;rations de sabotage conduites d'un bout &#224; l'autre du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;gion parisienne, le groupe de Missak Manouchian (Figure embl&#233;matique du r&#233;seau jusqu'&#224; son ex&#233;cution le 21 F&#233;vrier 1944) ; dans le Sud- Ouest toulousain, la 35eme Brigade de Marcel Langer (rebaptis&#233;e du nom de ce dernier apr&#232;s sa disparition en 1943) ; la compagnie Marat &#224; Marseille ; le groupe Carmagnole- Libert&#233; dans le Lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publicains espagnols int&#232;grent les rangs FTP et participent &#224; plusieurs coups de mains pr&#233;vus par les cadres de l'organisation. Bien que minoritaires parmi leurs compagnons de lutte (Sauf en Bretagne o&#249; ils disposent d'une implantation plus solide qu'ailleurs), les vaincus de la guerre civile d&#233;ploient beaucoup d'&#233;nergie. Quelques uns obtiennent &#224; l'occasion des postes cl&#233;s du r&#233;seau ou accomplissent des missions essentielles : transmissions d'informations, coordination des diff&#233;rents groupes d'action&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Bordeaux, ils commettent une s&#233;rie d'attentats sur les officiers allemands isol&#233;s ou les infrastructures de la Wehrmacht. Dans le quartier de la gare Saint- Jean, ils d&#233;truisent des convois ferroviaires &#224; destination du Reich puis endommagent la ligne Bordeaux- Bayonne. Rue Sainte- Catherine, Place des Quinconces, des charges explosives visent les bureaux administratifs de la Kommandantur. A Mont de Marsan, une centrale &#233;lectrique subit l'attaque de maquisards. Ailleurs, on tente de perturber les communications ennemies par les coupures successives de c&#226;bles t&#233;l&#233;phoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bretagne, l'implication des Espagnols dans le combat est particuli&#232;rement marqu&#233;e (Les Allemands ont d&#233;port&#233; sur les littoraux de l'Atlantique les anciennes compagnies de travailleurs &#233;trangers. Des centaines d'exil&#233;s r&#233;publicains participent aux constructions des fortifications c&#244;ti&#232;res. Beaucoup rejoignent la lutte clandestine &#224; ses d&#233;buts).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les actions se multiplient &#224; Lorient, Saint- Nazaire, en divers points du Morbihan et du Finist&#232;re. Elles g&#234;nent surtout les liaisons de la Wehrmacht et de la Kriegsmarine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages pr&#233;cisent que les rescap&#233;s de Madrid, de Barcelone agissent &#233;galement en r&#233;gion parisienne o&#249; certains int&#232;grent la 2eme section espagnole des FTP- MOI. Un ancien maquisard &#233;voque sa participation &#224; des op&#233;rations conduites en banlieue et dans la capitale : attaque d'un d&#233;tachement militaire ennemi &#224; Issy-Les-Moulineaux et rue de Vaugirard, manifestation de protestation devant les usines de Boulogne- Billancourt, explosion d'une bombe au passage d'un groupe de la milice du PPF&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES ESPAGNOLS DANS LES TROUPES DE LA FRANCE LIBRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix mille Espagnols engag&#233;s dans la L&#233;gion Etrang&#232;re en 1939 rejoignent les forces de la France Libre au moment de la d&#233;faite. A ce titre, ils int&#232;grent la Deuxi&#232;me Division du G&#233;n&#233;ral Leclerc. La 9eme compagnie du 3eme bataillon r&#233;unit d'ailleurs une majorit&#233; de Castillans, d'Aragonais, de Basques. On y parle essentiellement la langue du pays. Ce pays qu'il a fallu abandonner au moment de la victoire franquiste et que l'on voudrait retrouver, une fois la guerre achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vaincus de 1939 accomplissent le parcours d'une v&#233;ritable odyss&#233;e. Envoy&#233;s combattre les Allemands et les Italiens dans les sables nord africains, ils participent aux grandes campagnes m&#233;diterran&#233;ennes des Alli&#233;s : ceux qui ont surv&#233;cu aux d&#233;barquements de Sicile, de Corse ou de Provence marchent sur Paris. Le jour de la lib&#233;ration, plusieurs chars alli&#233;s arborent sur leurs tourelles des noms &#233;vocateurs : &#171; Guadalajara &#187;, &#171; Madrid &#187;, &#171; Guernica &#187;&#8230;.Un hommage rendu aux volontaires arriv&#233;s par del&#224; les Pyr&#233;n&#233;es. Un moyen de rappeler &#224; la foule venue acclamer les d&#233;fil&#233;s militaires la d&#233;tresse d'un peuple entier, de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la capitale doit beaucoup aux soldats espagnols (Ils sont environ un millier &#224; affronter les derni&#232;res garnisons allemandes sur le pav&#233; parisien), d'autres villes de province (en particulier le Sud Ouest) leur sont tout autant redevables : &#224; Toulouse, Perpignan, Dax, Arles, l'aide qu'ils fournissent aux Fran&#231;ais acc&#233;l&#232;rent le d&#233;part de la Wehrmacht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES SACIFICES DE LA RESISTANCE ESPAGNOLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression allemande n'&#233;pargne pas davantage les r&#233;sistants espagnols que leurs camarades de lutte. Traqu&#233;s, arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, des dizaines d'entre eux endurent les tourments de la d&#233;portation. Beaucoup disparaissent &#224; jamais entre les barbel&#233;s des camps de concentration polonais ou autrichiens. On &#233;value aujourd'hui &#224; 7000 le nombre de r&#233;publicains envoy&#233;s &#224; Mauthausen (2000 retrouveront le chemin du retour). D'autres succombent &#224; Dachau ou &#224; Ravensbr&#252;ck (Principalement des femmes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les survivants des r&#233;seaux FTP &#233;voquent aussi les arrestations et les interrogatoires tr&#232;s violents de la Milice. A Bordeaux, les services du terrible commissaire Pierre- Napol&#233;on Poinsot (L'homme fait arr&#234;ter et d&#233;porter des dizaines de maquisards en Gironde. Il sera ex&#233;cut&#233; au moment de la Lib&#233;ration pour ses compromissions avec les Allemands) d&#233;mant&#232;lent plusieurs cellules clandestines. Parmi ses victimes, de nombreux Espagnols engag&#233;s dans les maquis du d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque en r&#233;gion parisienne, le groupe Manouchian tombe sous les coups de la Gestapo. Les membres de l'organisation, dont Manouchian lui- m&#234;me, sont arr&#234;t&#233;s au terme d'une longue filature des Renseignements g&#233;n&#233;raux, entendus, jug&#233;s puis condamn&#233; &#224; mort. Parmi les vingt et une victimes fusill&#233;es au Mont Val&#233;rien, en majorit&#233; des Juifs polonais, roumains ou arm&#233;niens, des Italiens, un Espagnol de 27 ans, C&#233;lestino Alfonso, accus&#233; de deux attentas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Nantes, quarante deux personnes comparaissent devant les tribunaux de l'Occupant. Les faits reproch&#233;s : diverses actions de sabotage, des meurtres commis sur la personne d'officiers ou de collaborateurs&#8230;.Les d&#233;bats s'ach&#232;vent sur un verdict implacable : trente sept accus&#233;s sont pass&#233;s par les armes du 29 Janvier au 7 Mai 1943. Parmi eux cinq Espagnols qui avaient choisi de rejoindre la R&#233;sistance : Benedicto BlancoDobarro, Basilio Blasco Martin, Alfredo Gomez Ollero, Ernesto Prieto Hidalgo, Miguel Sanchez Tolosa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements survenus &#224; la prison d'Eysses en F&#233;vrier 1944 impliquent &#233;galement plusieurs Espagnols. A quelques kilom&#232;tres de Villeneuve Sur Lot, l'&#233;tablissement accueille 1200 d&#233;tenus, en majorit&#233; les combattants des maquis du Lot et Garonne que les forces de la Milice traquent sans r&#233;pit. Les pensionnaires des lieux n'ont aucune illusion quant &#224; leur sort : un voyage sans retour pour les camps allemands. Des meneurs d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas c&#233;der au fatalisme choisissent de se battre. Dans la clandestinit&#233; la plus totale, ils r&#233;ussissent &#224; introduire entre les murs du p&#233;nitencier les armes que leur ont fournies des camarades rset&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral est pr&#233;vu pour le 19 F&#233;vrier 1944. En milieu d'apr&#232;s midi, les mutins s'emparent du directeur de la prison et de quelques collaborateurs vichyssois venus pour une mission d'inspection. Schivo (Le directeur) et ses invit&#233;s sont les premiers &#224; &#234;tre ma&#238;tris&#233;s. Puis, selon le plan qu'ils ont minutieusement pr&#233;par&#233;, les d&#233;tenus neutralisent un &#224; un les gardiens et contr&#244;lent les b&#226;timents principaux de la prison. N&#233;anmoins, la maladresse malheureuse de prisonniers qui n'avaient pas &#233;t&#233; mis au courrant des pr&#233;paratifs donne l'alerte. Les forces de la Milice interviennent. Les combats font rage, ils se prolongent plusieurs heures. Aux premi&#232;res lueurs du 20 F&#233;vrier, les troupes de Vichy s'infiltrent dans les locaux et r&#233;tablissent la situation. Epuis&#233;s, d&#233;pass&#233;s par le nombre de leurs adversaires, les insurg&#233;s d&#233;posent les armes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression engag&#233;e est terrible. Le chef de la Milice, Darnand, se d&#233;place en personne et supervise les enqu&#234;tes. Les services de l'inspection proc&#232;dent aux interrogatoires des vaincus, fouillent jusqu'&#224; la moindre des cellules. On essaye de d&#233;terminer les responsabilit&#233;s de chacun. Les meneurs de l&#8216;op&#233;ration sont activement recherch&#233;s. Les questions se multiplient : &#171; As-tu tir&#233; ? &#187;, &#171; De qui tenais-tu tes ordres ? &#187;, &#171; Avais-tu connaissance du projet de soul&#232;vement ? &#187;&#8230;.A l'issue des investigations polici&#232;res, douze d&#233;tenus sont d&#233;sign&#233;s comme les organisateurs du mouvement. Les ordres de Darnand le pr&#233;cisent : aucun d'eux ne doit &#233;chapper aux pelotons d'ex&#233;cution. Les autorit&#233;s montent &#224; la h&#226;te un simulacre de proc&#232;s : les d&#233;bats de la Cour martiale que l'on a improvis&#233;e pour l'occasion s'ach&#232;vent sur un verdict de mort. Aux petites heures du matin, le 23 F&#233;vrier 1943, les condamn&#233;s sont fusill&#233;s, sous le regard de leurs camarades. Parmi les malheureux, deux r&#233;publicains espagnols : Jaime Sero (r&#233;sistant en Normandie puis &#224; Paris, arr&#234;t&#233; en Avril 1943, intern&#233; &#224; Eysses en D&#233;cembre) et Domenec Serveto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois plus tard, une nouvelle tentative d'insurrection avorte de justesse. Cette fois, les Nazis interviennent. Le 30 Mai 1944, le sort des prisonniers d'Eysses est d&#233;finitivement scell&#233; : la d&#233;portation en Allemagne. Les mutins sont &#233;vacu&#233;s puis conduits par convoi militaire jusqu'&#224; la gare de Penne d'Agenais. Une centaine de d&#233;tenus qui n'ont pas trouv&#233; de place &#224; bord des camions accomplissent le trajet &#224; pied. La marche est &#233;prouvante. Les soldats allemands pressent les captifs &#224; coup de crosses ou de poings. Les plus &#233;puis&#233;s ne soutiennent pas le rythme. Les t&#233;moignages de rescap&#233;s &#233;voquent la fin tragique de cet Espagnol, Angelo Huerga, abattu parce qu'il s'&#233;tait &#233;cart&#233; de sa colonne (R&#233;publicain de la premi&#232;re heure, instructeur d'une division pendant la guerre civile, l'homme repose au cimeti&#232;re de Compi&#232;gne. La mention &#171; Mort pour la France &#187; lui f&#251;t attribu&#233;e en 1948).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un train a &#233;t&#233; pr&#233;vu pour les prisonniers. Sa destination : le camp de transit de Compi&#232;gne. La locomotive s'&#233;branle lourdement : &#224; peine vient-elle de parcourir trois cents m&#232;tres que le cr&#233;pitement d'une fusillade parvient aux oreilles des passagers. Les quelques maquisards du groupe &#171; Prosper &#187; tentent une action pour d&#233;livrer leurs camarades. C'est un &#233;chec. Nouvelle tentative &#224; Viller&#233;al. Nouvel &#233;chec. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 Juin 1944, le convoi parvient &#224; Compi&#232;gne. Les d&#233;port&#233;s ont subi les tourments de la soif, de la chaleur et de la fatigue. Mais le voyage jusqu'&#224; Dachau n'est pas termin&#233;. Le 18 Juin, les pensionnaires d'Eysses s'embarquent pour la derni&#232;re &#233;tape de leur odyss&#233;e. Avec eux, 181 r&#233;publicains espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES DECEPTIONS AMERES DE 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance espagnole salue la capitulation du 8 Mai 1945. Pour les victimes du franquisme l'essentiel reste n&#233;anmoins &#224; accomplir : renverser le caudillo et r&#233;tablir la R&#233;publique d&#233;chue dans ses pouvoirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les rescap&#233;s de la d&#233;portation et des r&#233;seaux clandestins esp&#232;rent une intervention internationale de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es. Le souvenir des Brigades communistes venues combattre le fascisme &#224; Madrid, &#224; Barcelone, &#224; Teruel laisse penser que la solidarit&#233; des Europ&#233;ens jouera comme par le pass&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le proc&#232;s de Nuremberg alimente d'ailleurs les certitudes : les conclusions du tribunal n'ont-elles pas condamn&#233; les principes du Nazisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant mal comprendre la situation g&#233;opolitique de l'apr&#232;s guerre. Le p&#233;ril hitl&#233;rien surmont&#233;, l'heure est aux divisions. Sovi&#233;tiques, Am&#233;ricains, Britanniques et Fran&#231;ais se querellent. A Berlin, les tensions sont telles que l'on craint m&#234;me un conflit entre les alli&#233;s de la veille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les progr&#232;s de l'URSS inqui&#232;tent les puissances occidentales : le rideau de fer peut-il v&#233;ritablement contenir les ambitions de Staline ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements survenus en Gr&#232;ce entre 1945 et 1949 desservent la cause des r&#233;publicains espagnols. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entr&#233;e des troupes Allemandes &#224; Ath&#232;nes en Avril 1941 ouvre la p&#233;riode d'une occupation tr&#232;s meurtri&#232;re. Les Communistes organisent les premiers maquis et prennent le contr&#244;le du territoire. Quatre ans avant la chute du Troisi&#232;me Reich, Churchill pense d&#233;j&#224; aux lendemains de la victoire. Laisser les seuls partisans grecs poursuivre la lutte contre les forces de la Wehrmacht risque de provoquer le basculement de la p&#233;ninsule toute enti&#232;re dans l'orbite sovi&#233;tique. Londres choisit d'appuyer les r&#233;seaux royalistes et finance leurs actions militaires. Deux R&#233;sistances concurrentes se disputent le contr&#244;le du pays. Deux R&#233;sistances incapables de taire leurs conflits id&#233;ologiques. La lib&#233;ration n'est pas encore achev&#233;e (Les derniers troupes de la Wehrmacht &#233;vacuent Ath&#232;nes en Novembre 1944), que les maquisards se livrent une terrible guerre civile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les combats se poursuivent jusqu'en 1949. Les Communistes, mal soutenus de Moscou, sont vaincus. Mais les affrontements auront fait des millions de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Churchill redoute que la chute du Caudillo fasse de l'Espagne une nouvelle Gr&#232;ce. Les d&#233;mocraties critiquent les mani&#232;res brutales du franquisme, les exc&#232;s de la r&#233;pression politique cons&#233;cutive au conflit. Mais la dictature sert en fin de compte les int&#233;r&#234;ts de Washington parce qu'elle garantit le sud de l'Europe des ambitions sovi&#233;tiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sort des exil&#233;s r&#233;publicains est donc scell&#233; : ni la France (d'ailleurs confront&#233;e aux exigences de la reconstruction) ni la Grande Bretagne n'interviendront au-del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es. Pour les Occidentaux, en 1945, un Franco valait mieux qu'un Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup des vaincus de 1939 ne sont jamais rentr&#233;s chez eux. Soixante ans apr&#232;s les faits, ceux qui ont combattu l'ennemi nazi attendent toujours la reconnaissance d'une nation sauv&#233;e avec leur concours. Une reconnaissance qui permettrait de rappeler que Paris f&#251;t aussi lib&#233;r&#233; par un millier de Castillans, d'Aragonais ou de Basques. Une reconnaissance n&#233;cessaire au souvenir parfois occult&#233; des 60000 maquisards espagnols engag&#233;s aupr&#232;s de leurs compagnons fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartient d&#233;sormais aux historiens d'&#233;clairer cet &#233;pisode mal connu de la R&#233;sistance au fascisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le XX&#232;me si&#232;cle tumultueux de l'Asie.</title>
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&lt;p&gt;L'Asie a douloureusement ressenti les trag&#233;dies humaines du XX&#176; si&#232;cle. Les &#233;v&#232;nements sanglants de la Seconde Guerre mondiale, les troubles issus de l'affrontement Est- Ouest, les &#233;tapes heurt&#233;s de la d&#233;colonisation ont longtemps marqu&#233; les r&#233;gions d'Extr&#234;me- Orient. Tandis que la Chine se d&#233;chire dans les luttes fratricides qui pr&#233;c&#232;dent la victoire du communiste Mao Zedong et subit les cons&#233;quences dramatiques des exp&#233;rimentations &#233;conomiques de ce dernier, le Japon paie d'un bombardement atomique (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'Asie a douloureusement ressenti les trag&#233;dies humaines du XX&#176; si&#232;cle. Les &#233;v&#232;nements sanglants de la Seconde Guerre mondiale, les troubles issus de l'affrontement Est- Ouest, les &#233;tapes heurt&#233;s de la d&#233;colonisation ont longtemps marqu&#233; les r&#233;gions d'Extr&#234;me- Orient. Tandis que la Chine se d&#233;chire dans les luttes fratricides qui pr&#233;c&#232;dent la victoire du communiste Mao Zedong et subit les cons&#233;quences dramatiques des exp&#233;rimentations &#233;conomiques de ce dernier, le Japon paie d'un bombardement atomique (Hiroshima et Nagasaki) et de l'occupation am&#233;ricaine ses r&#234;ves de grandeur militaire &#224; travers le Pacifique. Lib&#233;r&#233;e de la tutelle britannique, l'Inde s'enfonce dans le chaos meurtrier d'une impossible partition quand na&#238;t le Pakistan. L'Indochine, engag&#233;e sur le chemin de l'ind&#233;pendance, supporte le bilan meurtrier d'un conflit colonial avec la France. L'ultime succ&#232;s de Dien Bien Phu place entre les mains du nationaliste H&#244; Chi Minh la destin&#233;e du pays. Mais l'heure de la paix n'est pas encore venue. Les progr&#232;s du Marxisme au del&#224; des oc&#233;ans produisent en Asie une instabilit&#233; politique dont personne ne peut pr&#233;voir de quelle mani&#232;re elle s'ach&#232;vera. Les Etats-Unis et l'URSS proposent, par&#233;es de leurs aspects les plus s&#233;duisants, deux id&#233;ologies inconciliables. Le continent doit choisir : la d&#233;mocratie lib&#233;rale l'emportera-t-elle sur le Communisme ? Moscou aura-t-elle raison de la Maison Blanche ? La protection du &#171; Grand Fr&#232;re sovi&#233;tique &#187; vaut-elle mieux que le soutien financier et militaire de l'Oncle Sam ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le dilemme est immense, il conduit l'Asie aux divisions les plus absurdes, aux exc&#232;s les plus violents. D&#232;s 1950, le peuple cor&#233;en s'&#233;gare dans une guerre civile de trois ans. Les combats entre le Nord (soutenu par Staline) et le Sud (aid&#233; de quelques troupes de Marines) s'ach&#232;vent sur un statut quo et la partition encore d'actualit&#233; d'un territoire bris&#233; en deux. Le Cambodge, le Vietnam et le Laos, n&#233;s des ruines de l'Indochine fran&#231;aise, esp&#233;raient la paix n&#233;cessaire &#224; leur reconstruction une fois les Europ&#233;ens partis. Les tensions du monde bipolaire en d&#233;cident tout autrement : l'audience grandissante de Moscou en Orient d&#233;clenche l'intervention militaire du g&#233;ant am&#233;ricain au Vietnam. Sept ann&#233;es de gu&#233;rilla au c&#339;ur de la jungle ont finalement raison des efforts de Washington : la chute de Sa&#239;gon en 1975 marque la victoire d&#233;finitive des forces communistes. De l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, le Cambodge fait lui aussi le choix du Marxisme. Tandis que la Maison Blanche organise le rappel des derniers r&#233;giments stationn&#233;s en Asie, les Khmers Rouges installent &#224; Phnom-Penh l'une des plus atroces dictatures du monde contemporain. Les dirigeants au pouvoir con&#231;oivent avec froideur et m&#233;thode le g&#233;nocide de leur propre peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Certes la disparition brutale du Bloc Est en 1991 apaise les tensions r&#233;gionales : plusieurs pays du Pacifique poursuivent une lib&#233;ralisation politique entreprise depuis une dizaine d'ann&#233;es maintenant. Mais les ombres du pass&#233; resurgissent &#224; l'occasion : des rescap&#233;s cambodgiens &#224; la recherche d'explications et de justice aux &#233;tudiants Chinois r&#233;volt&#233;s par les propos maladroits d'un manuel scolaire japonais au sujet des massacres de Shanghai en 1937, les peuples orientaux ont encore du mal &#224; clore le chapitre &#233;crit dans les incertitudes d'un XX&#176; si&#232;cle tumultueux....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LA CHINE : DE L'EMPIRE MILENAIRE AU GRAND TIMONIER.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au commencement du si&#232;cle dernier, la Chine est &#224; la recherche d'un souffle nouveau. De puissants blocages &#233;conomiques, politiques et sociaux font du g&#233;ant de l'Asie un pays en retard. La population est essentiellement rurale : dans les campagnes, des millions d'hommes, analphab&#232;tes, aux limites de la pauvret&#233;, s'&#233;puisent &#224; entretenir de modestes rizi&#232;res am&#233;nag&#233;s sur les flancs de montagnes escarp&#233;es. Les moyens agricoles sont m&#233;diocres et ne permettent pas d'esp&#233;rer beaucoup. Les famines, qui ont si souvent frapp&#233; par le pass&#233;, surgissent de mani&#232;re r&#233;currente et provoquent la disparition de milliers de malheureux. Au spectre de la disette s'ajoutent les caprices de la Nature. Si les vastes fleuves du territoire (Le Fleuve Jaune, le Changjiang...) apportent l'eau n&#233;cessaire aux champs, ils peuvent aussi &#224; l'occasion se d&#233;cha&#238;ner. Depuis les d&#233;buts de la civilisation chinoise, les communaut&#233;s agraires ont appris &#224; se prot&#233;ger des crues impr&#233;visibles et meurtri&#232;res : les digues et les barrages contr&#244;lent les flots tumultueux mais r&#233;clament un entretien constant. Quand ils ne travaillent pas les rizi&#232;res, les paysans s'engagent sur les chantiers de l'Etat d'o&#249; surgissent d'immenses ouvrages hydrauliques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si dans les provinces int&#233;rieures les Chinois conservent l'existence que menaient leurs anc&#234;tres et observent des coutumes mill&#233;naires, de puissantes influences ext&#233;rieures forcent n&#233;anmoins les littoraux. Les vieilles cit&#233;s du pays (Shanghai, P&#233;kin, Nankin, Canton...) d&#233;couvrent l'Occident et ses m&#339;urs. A l'issue de deux guerres perdues et des trait&#233;s qui les ont suivies, en 1842 et 1860, la Chine tol&#232;re sous la contrainte une pr&#233;sence europ&#233;enne pesante. Certains quartiers des villes les plus importantes passent aux mains des Fran&#231;ais, des Anglais, des Allemands....Les colons y appliquent leurs lois, y font r&#233;gner l'ordre et y contr&#244;lent les activit&#233;s commerciales. Le peuple vit la situation comme une douloureuse humiliation. Etudiants, &#233;lites &#233;clair&#233;es de la bourgeoisie, intellectuels, instruits parfois dans les meilleures universit&#233;s d'Europe animent des mouvements de contestation sporadiques mais violents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A la t&#234;te d'un territoire grand comme une vingtaine de fois la France, la dynastie des Qing, descendante d'envahisseurs Mandchous, install&#233;e &#224; P&#233;kin depuis 1644. A l'aube du XX&#176; si&#232;cle, le souverain est un enfant d'une dizaine d'ann&#233;es, enferm&#233; dans son palais de la Cit&#233; Interdite. Clo&#238;tr&#233;e entre les murs d'une prison dor&#233;e, la Cour &#233;value mal la situation du pays et son d&#233;sir grandissant de changement. En 1911, l'organisation politique du Guomindang r&#233;unit les partisans de profondes r&#233;formes institutionnelles et sociales en Chine. Bien soutenu et appuy&#233;, le mouvement renverse la Monarchie mill&#233;naire et installe &#224; sa place une r&#233;publique. Sun Yat Sen, le meneur de la R&#233;volution, prend le titre de pr&#233;sident, jusqu'&#224; sa mort (1925).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'abdication du dernier empereur laisse un vide politique dangereux et annonce d'inqui&#233;tantes incertitudes. Le jeune gouvernement, tr&#232;s inexp&#233;riment&#233;, contr&#244;le la seule r&#233;gion de Canton. P&#233;kin et le Nord du territoire lui &#233;chappent &#224; peu pr&#232;s totalement. Dans les zones isol&#233;es du Centre et de l'Ouest difficiles d'acc&#232;s (La Chine est un pays tr&#232;s montagneux), la r&#233;alit&#233; du pouvoir est assum&#233;e par de puissants personnages, les Seigneurs de la Guerre. Issus de prestigieuses lign&#233;es, ces derniers dirigent en toute ind&#233;pendance les principaut&#233;s qu'ils sont parvenus &#224; rassembler entre leurs mains. Ma&#238;tres de la justice, ils appliquent une l&#233;gislation personnelle et l&#232;vent pour eux les imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le Guomindang affronte donc une situation extr&#234;mement d&#233;licate : pour s'imposer le gouvernement de Canton recherche les appuis n&#233;cessaires &#224; sa lutte. Une toute jeune organisation politique s'engage aux c&#244;t&#233;s de Sun Yat Sen : les Communistes. Les id&#233;es marxistes, fruit de la dictature bolch&#233;vique, ont p&#233;n&#233;tr&#233; la Chine et ralli&#233; autour d'elles quelques convaincus (1921). Certes, les autorit&#233;s r&#233;publicaines, partisanes des principes lib&#233;raux, se m&#233;fient de leurs alli&#233;s dont ils ne partagent pas les utopies collectivistes. Mais la gravit&#233; de la situation interdit de n&#233;gliger les bonnes volont&#233;s. Une fois les Seigneurs de la Guerre vaincus, il sera toujours temps de r&#233;gler ses comptes. Pour le moment, l'heure est &#224; l'union.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Plusieurs ann&#233;es de combats sont n&#233;cessaires au successeur de Sun Yat Sen pour l'emporter : &#224; la fin des ann&#233;es 1920, les derni&#232;res troupes des grands f&#233;odaux d&#233;posent les armes, Tchang Kai Tchek transf&#232;re le gouvernement &#224; Shanghai et impose son autorit&#233; aux provinces du Nord. La victoire du Guomindang annonce n&#233;anmoins d'autres divisions politiques. Les derniers potentats locaux vaincus, le r&#233;gime n'a plus besoin du soutien communiste. Mis hors la loi, le parti subit les violentes pers&#233;cutions de la R&#233;publique : les principaux meneurs sont arr&#234;t&#233;s, emprisonn&#233;s puis ex&#233;cut&#233;s. Les survivants de la r&#233;pression trouvent refuge dans les vall&#233;es les plus isol&#233;es du territoire, &#224; l'abri de cha&#238;nes montagneuses difficiles d'acc&#232;s. Contraint &#224; la clandestinit&#233;, l'un des chefs les plus r&#233;solus, Mao Zedong, organise ses rangs. Son talent d'orateur et le programme id&#233;ologique qu'il expose aux masses rurales s&#233;duisent le monde paysan. Des villages entiers acceptent le dangereux pari de l'ill&#233;galit&#233; et se rangent aux c&#244;t&#233;s de celui en qui chacun d&#233;pose ses espoirs. Les Communistes livrent aux troupes gouvernementales une gu&#233;rilla meurtri&#232;re et sans fin. Profitant de ses appuis au c&#339;ur des campagnes, Mao poursuit la lutte et conduit une r&#233;sistance efficace. En 1935, encercl&#233; dans les r&#233;gions du Sud, il remonte vers le Nord, suivi de quelques milliers d'hommes. Les fugitifs franchissent des centaines de kilom&#232;tres, dans les pires conditions : le froid insoutenable de l'hiver, les dangers de la montagne, les privations alimentaires, l'&#233;puisement emportent une partie consid&#233;rable des troupes. Mais l'exp&#233;dition, dont on se souvient sous le nom de &#171; Grande Marche &#187;, s'ach&#232;ve sur un beau succ&#232;s : Mao se met &#224; l'abri et consolide les bases du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Tandis que le pays sombre dans les d&#233;chirements fratricides de la guerre civile, le Japon pr&#233;pare une intervention militaire en Mandchourie. Les riches provinces agricoles du Nord Est chinois attisent les convoitises de Tokyo. A l'&#233;troit sur un territoire insulaire pauvre en ressources de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, l'Empire du Soleil Levant est en qu&#234;te de nouvelles terres &#224; conqu&#233;rir. A l'Automne 1931, prenant pr&#233;texte d'un attentat ferroviaire qu'ils ont eux m&#234;me provoqu&#233;, les premiers r&#233;giments japonais d&#233;barquent en Mandchourie dont ils prennent le contr&#244;le. Les Chinois offrent aux envahisseurs une r&#233;sistance aussi courageuse que d&#233;sesp&#233;r&#233;e : mal organis&#233;e, mal &#233;quip&#233;e, l'arm&#233;e de Tchang Kai Tchek subit de sanglants revers. Tokyo impose son protectorat sur la r&#233;gion et y installe au pouvoir le jeune empereur renvers&#233; par la R&#233;volution de 1911. L'adolescent n'est dans la r&#233;alit&#233; des faits qu'une faible marionnette dont l'occupant tire librement les ficelles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les agressions japonaises n'entra&#238;nent sur le moment qu'une vague protestation de la communaut&#233; internationale. Six ans plus tard, en 1937, une fusillade sur le pont Marco Polo de P&#233;kin men&#233;e par un groupe de Chinois d&#233;clenche les repr&#233;sailles de Tokyo : le souverain Hiro Hito envoie sur place une immense arm&#233;e d'invasion. En quelques semaines, les troupes imp&#233;riales s'emparent des grandes villes du pays. Les bombardements de l'aviation frappent particuli&#232;rement les populations civiles. Les Japonais marquent les esprits par l'organisation syst&#233;matique de massacres. En D&#233;cembre 1937, la prise de Nankin s'accompagne des plus atroces tueries. En un week-end, des milliers de personnes sont assassin&#233;es dans les pires conditions : ex&#233;cutions sommaires, tortures, viols....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La situation est particuli&#232;rement grave, l'heure est venue de taire les divisions politiques. Tchang Kai Tchek se r&#233;sout &#224; une alliance de circonstance avec son rival, Mao Zedong. Les fr&#232;res ennemis poursuivent pendant huit ans la lutte contre l'agresseur. Les forces de la r&#233;sistance, bien qu'inf&#233;rieures &#224; leurs adversaires, ont pour elles l'avantage de conna&#238;tre le terrain sur lequel se livre une gu&#233;rilla sans merci. R&#233;fugi&#233;s dans les r&#233;gions les plus recul&#233;es, les maquisards entretiennent un climat constant d'ins&#233;curit&#233; et s'attaquent aux arri&#232;res de l'arm&#233;e japonaise. Engag&#233; sur d'autres fronts du Pacifique, l'Empire du Soleil Levant ne peut contr&#244;ler totalement les immensit&#233;s du territoire chinois. En 1945, la d&#233;faite ultime de Tokyo annonce l'heure de la d&#233;livrance : les Japonais &#233;vacuent le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A travers le monde, les bellig&#233;rants de la Seconde Guerre mondiale pansent leurs plaies, la paix revenue. Bien qu'&#233;puis&#233;e et meurtrie, la Chine n'en finit pourtant plus de sombrer dans les violences. La lutte entre Tchang Kai Tchek et les Communistes reprend. Quatre ann&#233;es suppl&#233;mentaires d'une lutte acharn&#233;e s'ach&#232;vent par la victoire de Mao. Le 1er Octobre 1949, ce dernier entre triomphant dans P&#233;kin. Le pays bascule du c&#244;t&#233; de l'URSS, les vaincus du Guomindang s'exilent sur l'&#238;le de Taiwan.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'application des principes marxistes, avec la b&#233;n&#233;diction du &#034;Grand Fr&#232;re Sovi&#233;tique&#034;, annonce les heures les plus sombres de l'histoire chinoise. Les particularismes ethniques et religieux sont r&#233;duits au silence. Mao d&#233;veloppe l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, d'un homme nourri des principes du Socialisme. Le r&#233;gime p&#233;n&#232;tre brutalement jusqu'&#224; la plus stricte intimit&#233; de chacun et contr&#244;le les comportements individuels. Les Chinois d&#233;couvrent l'embrigadement, la mobilisation forc&#233;e au service de la dictature : les immenses d&#233;fil&#233;s de P&#233;kin, les mises en sc&#232;ne impeccablement ordonn&#233;es rappellent les d&#233;monstrations de force que les totalitarismes de l'Entre- Deux- Guerres savaient parfaitement instrumentaliser &#224; leur profit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#232;s ses d&#233;buts, le vainqueur du Guomindang emploie les m&#233;thodes les plus brutales pour &#233;liminer la dissidence du Tibet. Cette province install&#233;e sur les premiers contreforts de l'Himalaya, aux confins du pays, a su profiter des difficult&#233;s du pouvoir central pour retrouver une ind&#233;pendance perdue depuis quelques si&#232;cles. A la t&#234;te d'un territoire essentiellement montagneux, creus&#233; de profondes vall&#233;es, une personnalit&#233; religieuse influente : le Dala&#239; -Lama. Il est le chef spirituel de millions de bouddhistes et conduit du monast&#232;re de Lhassa affaires politiques et religieuses. En 1950, Mao r&#233;clame le rattachement du Tibet au reste de la Chine. Des troupes sont envoy&#233;es sur place et s'assure facilement de la r&#233;gion. La r&#233;sistance de la population est d&#233;risoire mais courageuse. Les affrontements tournent pourtant &#224; l'avantage des Chinois. P&#233;kin ne t&#233;moigne d'aucune mansu&#233;tude &#224; l'&#233;gard des vaincus : moines massacr&#233;s, temples d&#233;truits, culte interdit....Le Parti entend raser des si&#232;cles de tradition incompatibles aux principes du Marxisme. Le Dala&#239;-lama s'enfuit en Inde tandis que des milliers de colons, encourag&#233;s par le pouvoir central, s'installent au Tibet et imposent les comportements sociaux imagin&#233;s du r&#233;gime. Les coutumes tib&#233;taines ont maintenant presque disparu, l'&#339;uvre de sinisation entreprise par les cadres du Parti a en fin de compte r&#233;ussi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dix ans apr&#232;s sa victoire, Mao franchit l'&#233;tape essentielle et n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation de ses projets utopiques : l'organisation d'une soci&#233;t&#233; b&#226;tie sur les principes du collectivisme, aboutissement ultime du Marxisme. En 1958, le r&#233;gime encadre la cr&#233;ation des &#171; Communes Populaires &#187;. A travers le pays, des millions de Chinois d&#233;couvrent une nouvelle fa&#231;on de vivre et d'envisager leurs rapports avec le reste de la communaut&#233; &#224; laquelle ils appartiennent. Dans les villages, les paysans se regroupent au c&#339;ur de vastes entreprises agricoles d'Etat. Les champs, confisqu&#233;s par le Parti, sont d&#233;sormais confi&#233;s aux soins de salari&#233;s (Souvent les anciens propri&#233;taires spoli&#233;s). Les autorit&#233;s surveillent les comportements et pr&#233;voient jusqu'aux moindres d&#233;tails de l'existence quotidienne de chacun. Hommes, femmes, enfants, vieillards d&#233;jeunent dans les cantines collectives, dorment dans les dortoirs collectifs. Les diff&#233;rences sociales sont gomm&#233;es, le profit personnel est interdit, l'enrichissement devient un d&#233;lit passible de mort. Chaque Commune Populaire vit en autarcie et survient seule &#224; ses propres besoins : les &#233;changes commerciaux sont en principe r&#233;duits &#224; leur plus simple expression. N&#233;anmoins, les bouleversements &#233;conomiques qu'introduisent les r&#233;formes du pouvoir central conduisent aux pires absurdit&#233;s. Les d&#233;r&#232;glements de la production agricole provoquent une atroce famine. Ce que la propagande mao&#239;ste qualifie de &#171; Grand Bon en avant &#187; aboutit en fin de compte &#224; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent. L'insuffisance et la mauvaise gestion des r&#233;coltes condamnent en quelques ann&#233;es des millions de personnes &#224; une mort certaine. La gravit&#233; de la situation atteint un degr&#233; tel que le Parti finit par admettre la n&#233;cessit&#233; du retour &#224; un lib&#233;ralisme mod&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'&#233;chec des exp&#233;riences &#233;conomiques du r&#233;gime s'accompagne d'une brutale d&#233;gradation des relations entre P&#233;kin et Moscou. La crise de Cuba (Octobre 1962) &#224; l'issue de laquelle le &#171; Grand Fr&#232;re sovi&#233;tique &#187; doit finalement accepter les exigences am&#233;ricaines conduit Mao &#224; critiquer l'attitude de son alli&#233; Khrouchtchev. Le dirigeant chinois se pose en d&#233;fenseur du monde communiste et accuse le Kremlin de s'&#233;loigner de l'orthodoxie marxiste. La rupture diplomatique entre les deux pays pr&#233;c&#232;de de peu les premiers accrochages militaires le long de la fronti&#232;re et porte un coup violent &#224; la coh&#233;sion du Bloc Est.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La p&#233;riode de &#171; La r&#233;volution Culturelle &#187; marque les derni&#232;res ann&#233;es du Grand Timonier. C'est sans doute l'une des plus sombres de l'&#232;re mao&#239;ste. Entre 1965 et 1968, le Parti op&#232;re dans ses rangs de vastes purges : des personnalit&#233;s politiques les plus en vue aux simples fonctionnaires r&#233;gionaux, des milliers de personnes sont arr&#234;t&#233;s, ex&#233;cut&#233;s ou d&#233;port&#233;s dans les camps de travail des provinces de l'Ouest. Leur crime : une parole, un geste contraire aux principes du Marxisme. Dans l'esprit du ma&#238;tre de P&#233;kin, il est plus que temps de revenir &#224; un Communisme &#233;pur&#233; de ses d&#233;viances et de ses erreurs. Sur les trottoirs de la rue, les interpellations se multiplient. Des centaines de dissidents terminent leur existence dans les fonds obscur d'une ge&#244;le, sur les chantiers br&#251;lants ou glac&#233;s d'un goulag ou sous les balles d'un peloton. La jeunesse est mobilis&#233;e au service de la R&#233;volution : enfants, adolescents re&#231;oivent l'&#233;ducation que les enseignants, relais z&#233;l&#233;s de la propagande officielle, d&#233;livrent. Le bilan est tr&#232;s lourd : des centaines de milliers de victimes disparues ou assassin&#233;es dans d'atroces conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand Mao meurt le 9 Septembre 1976, il laisse apr&#232;s lui un pays &#233;puis&#233;. Les exp&#233;rimentations &#233;conomiques du pouvoir ont ruin&#233; les campagnes et entra&#238;n&#233; la mort de millions de personnes. Le successeur du dirigeant d&#233;funt, Deng Xiaoping, accepte les r&#233;formes n&#233;cessaires &#224; l'assouplissement du r&#233;gime. Le retour de m&#233;thodes lib&#233;rales profite essentiellement aux provinces c&#244;ti&#232;res du pays : P&#233;kin, Shanghai se transforment, attirent les investissements &#233;trangers et d&#233;couvrent les effets avantageux d'une prosp&#233;rit&#233; encore impensable il y a seulement quelques ann&#233;es. Cependant les premiers pas de la Chine sur la voie du capitalisme ne font pas oublier que le pays demeure acquis au Communisme. Les changements politiques n'ont pas suivi la croissance &#233;conomique. La brutalit&#233; de la dictature suscite r&#233;guli&#232;rement les critiques de la communaut&#233; internationale. Aujourd'hui, des dizaines d'opposants chinois croupissent entre les quatre murs d'une cellule pour un article, un reportage, un discours d&#233;non&#231;ant les pratiques autoritaires du gouvernement. Le massacre des &#233;tudiants de P&#233;kin en Juin 1989 sur la place Tian An Men souligne d'une fa&#231;on tragique que le respect des Droits fondamentaux de la personne n'est pas encore &#224; l'ordre du jour. Malgr&#233; les difficult&#233;s qu'&#233;prouvent les journalistes &#224; se procurer des chiffres fiables, il est &#224; peu pr&#232;s certain que la Chine est de loin la triste championne des ex&#233;cutions, bien avant les Etats-Unis ou l'Iran. On estime que chaque ann&#233;es des centaines de personnes sont abattues pour divers crimes ou d&#233;lits : meurtres, vol, fraudes financi&#232;res, d&#233;tournements de fonds, piratage informatique, trafic de drogues....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En 2008, P&#233;kin accueillera les Jeux Olympiques. L'occasion peut &#234;tre pour le g&#233;ant d'Asie de r&#233;aliser les quelques pas suppl&#233;mentaires sur la longue route de la D&#233;mocratie que ses partenaires attendent de lui....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE JAPON : DE L'ERE MEIJI A LA DEFAITE DE 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, le Japon vit encore &#224; l'heure f&#233;odale. A la t&#234;te d'un archipel de superficie r&#233;duite, l'empereur, v&#233;ritable dieu vivant, r&#232;gne mais ne gouverne pas. La r&#233;alit&#233; du pouvoir est aux mains du Shogun, personnalit&#233; politique d'importance puisqu'il assume les fonctions d'un premier ministre et transmet sa charge aux membres de sa propre famille. De puissants seigneurs issus des grands lignages aristocratiques, les Daymos, se partagent de vastes principaut&#233;s territoriales qu'ils administrent au nom du souverain. Quand ils ne r&#233;sident pas &#224; Edo, la capitale du pays, aupr&#232;s de leur ma&#238;tre, les princes m&#232;nent dans leurs forteresses une existence exclusivement consacr&#233;e aux arts militaires. Chacun s'entoure de vassaux qui, en &#233;change d'une r&#233;compense, apportent aide et soutien lors des conflits int&#233;rieurs. Ce sont les Samoura&#239;s, redoutables guerriers, particuli&#232;rement agiles au maniement du sabre traditionnel et soucieux de respecter les enseignements re&#231;us des anc&#234;tres. L'honneur est le principe moral sur lequel repose l'ensemble de la soci&#233;t&#233; du Japon f&#233;odal : seule la mort, que l'on se donne au cours d'un rituel tr&#232;s codifi&#233;, peut laver l'humiliation d'une d&#233;faite au combat. Ce comportement, qui suscite l'incompr&#233;hension de la culture occidentale, est profond&#233;ment enracin&#233; dans la conscience collective japonaise. Il surgit brutalement au moment de la capitulation de 1945 : des milliers de personnes, du g&#233;n&#233;ral grad&#233; au civil anonyme, choisissent le suicide quand l'empereur annonce la fin des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A l'abri des quatre grandes &#238;les de son archipel, le pays vit dans un isolement s&#233;culaire. Repli&#233;, m&#233;fiant des influences venues de l'ext&#233;rieur, le peuple consid&#232;re assez mal l'installation des europ&#233;ens en Chine &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle. Respectueux des coutumes f&#233;odales &#224; une &#233;poque o&#249; les transformations industrielles portent la responsabilit&#233; de la disparition des h&#233;ritages anciens, les Japonais vivent un temps r&#233;volu depuis longtemps en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En 1868, un jeune empereur, admirateurs des r&#233;ussites de l'Europe bouscule l'immobilisme dans lequel se complaisent ses sujets. Les r&#233;formes politiques, &#233;conomiques et sociales dont il surveille l'application ach&#232;vent une longue p&#233;riode de l'histoire du pays et annoncent un avenir nouveau. Ce sera l'&#232;re Meiji. Cinquante ans apr&#232;s la Grande Bretagne ou la France, le Japon d&#233;couvre les effets que les transformations industrielles ont introduits. De nouvelles soci&#233;t&#233;s soutenues d'un syst&#232;me bancaire en pleine construction investissent de nombreux capitaux pour la construction d'usines. Dans les villes du littoral, les effectifs de la population ouvri&#232;re progressent : les ateliers ont besoin de main d'&#339;uvre et embauchent ceux qui ont quitt&#233; leurs campagnes. L'Empire du Soleil Levant s'ouvre sur l'ext&#233;rieur et recherche sa place dans le concert mondial des nations. Le pays, sans grande tradition commerciale, affronte les anciennes puissances occidentales &#224; la t&#234;te des principaux march&#233;s de la plan&#232;te. La comp&#233;tition &#233;conomique est difficile, parfois in&#233;gale, mais le Japon y conquiert ses lettres de noblesse et s'impose &#224; ses partenaires. D&#233;sormais, il faudra compter sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les contacts nouveaux avec le reste du monde affectent profond&#233;ment la vie quotidienne des Japonais. Les modes et les usages europ&#233;ens p&#233;n&#232;trent le territoire &#224; la faveur des &#233;changes. La vieille soci&#233;t&#233; f&#233;odale dispara&#238;t &#224; mesure que les coutumes &#233;trang&#232;res impr&#232;gnent les m&#339;urs. Les lign&#233;es de samoura&#239;s s'&#233;teignent, &#224; l'abri de leurs ch&#226;teaux et emportent avec elles une culture incapable de r&#233;sister au progr&#232;s de la modernisation. La fin des guerriers du Moyen Age n'est pas un processus lisse et silencieux. Des mouvements de refus &#233;clatent parfois au c&#339;ur d'une province montagneuse. En 1877, celle de Takamori, l'un des derniers grands f&#233;odaux du pays, s'ach&#232;ve par la victoire du pouvoir central, &#224; la t&#234;te d'une arm&#233;e disciplin&#233;e, bien &#233;quip&#233;e et entra&#238;n&#233;e. Sur le champ de bataille de Kagoshima, au-del&#224; des forces engag&#233;es, deux &#233;poques s'affrontent : le pr&#233;sent a finalement raison du pass&#233;. N&#233;anmoins, si la caste tr&#232;s ferm&#233;e des Samoura&#239;s succombe sous les bombardements de l'artillerie imp&#233;riale, les valeurs que ses membres ont prot&#233;g&#233;es au cours des si&#232;cles survivent. En 1944, lorsque les Kamikazes jettent sur les b&#226;timents de guerre am&#233;ricains leurs appareils, beaucoup ont eu le soin de nouer au front le bandeau traditionnel des guerriers d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;De profondes transformations politiques accompagnent les &#233;volutions de la soci&#233;t&#233; japonaise. L'Empereur garde encore le prestige que la tradition lui conserve. N&#233;anmoins, les institutions ne pr&#233;voient pour Hiro Hito (mont&#233; sur le tr&#244;ne en 1926) qu'un r&#244;le effac&#233;. L'essentiel du pouvoir revient d&#233;sormais &#224; un conseil de ministres, issus ou prot&#233;g&#233;s de l'arm&#233;e et du monde des finances. Le souverain assiste certes aux d&#233;bats mais il n'intervient jamais pour donner son opinion : ses origines divines (il est consid&#233;r&#233; comme le fils du soleil) l'isolent de ses sujets. Il ne se d&#233;partit jamais de son silence habituel : au Japon, nul n'est assez pur pour entendre le son de sa voix.....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En 1889, le pays se dote d'une constitution monarchique : &#224; la t&#234;te de l'Etat, l'empereur nomme le Premier Ministre du gouvernement. Une assembl&#233;e de d&#233;put&#233;s &#233;lue au suffrage universel masculin partage ses attributions avec un S&#233;nat compos&#233; des membres de la noblesse de cour. Deux partis politiques se disputent l'essentiel des si&#232;ges et s'affrontent lors des rendez vous &#233;lectoraux. D'un c&#244;t&#233;, ceux que l'on pourrait qualifier de conservateurs, soutenus des milieux militaires, m&#233;fiants des influences occidentales. De l'autre, les Progressistes favorables au renforcement des r&#232;gles du jeu parlementaire et moins attach&#233;s &#224; l'essence divine de la personne imp&#233;riale. Une organisation communiste, fond&#233;e en 1921, m&#232;ne une politique autonome. Mais la faiblesse de ses effectifs et de son audience &#224; travers le pays lui interdit d'esp&#233;rer de peser sur les d&#233;cisions de l'Assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans les ann&#233;es 1930, la situation int&#233;rieure du Japon se d&#233;grade. Les querelles de l'Assembl&#233;e, l'implication scandaleuse de parlementaires dans plusieurs affaires de corruption indispose l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'arm&#233;e accepte mal l'application d'un lib&#233;ralisme politique imit&#233; des vieilles d&#233;mocraties occidentales. Les militaires disposent du prestige dont leurs r&#233;centes victoires remport&#233;es en Asie les ont cr&#233;dit&#233;s. En 1905, les troupes imp&#233;riales r&#233;ussissent l'exploit de remporter sur la Russie une courte guerre. Le triomphe de Tokyo a un immense retentissement en Europe : pour la premi&#232;re fois, un peuple asiatique, que les Europ&#233;ens jugent inf&#233;rieur, inflige au puissant Tsar une humiliante d&#233;faite. En 1931, l'annexion de la Mandchourie au d&#233;triment de la Chine renforce les positions de l'arm&#233;e. Aur&#233;ol&#233;s de leurs succ&#232;s, les g&#233;n&#233;raux japonais exercent une pression croissante sur la soci&#233;t&#233; et les institutions du r&#233;gime. En F&#233;vrier 1936, un groupe d'officiers inqui&#233;t&#233;s par la r&#233;cente victoire &#233;lectorale des Lib&#233;raux risquent le pari incertain d'un coup d'Etat &#224; Tokyo. Les conjur&#233;s assassinent quelques ministres et d&#233;put&#233;s influents mais d&#233;savou&#233;s de l'empereur lui-m&#234;me, ils subissent en fin de compte un sanglant &#233;chec : arr&#234;t&#233;s, les meneurs sont emprisonn&#233;s ou ex&#233;cut&#233;s. N&#233;anmoins, profitant du r&#244;le croissant que la conduite des op&#233;rations militaires au cours de la Seconde Guerre mondiale leur pr&#234;te, les dirigeants de l'arm&#233;e s'emparent des postes les plus importants du gouvernement. Comme beaucoup de pays impliqu&#233;s dans le conflit, le Japon retire aux civils l'essentiel du pouvoir qu'il confie aux cercles militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La terrible crise &#233;conomique de 1930 frappe l'archipel de plein fouet : l'effondrement des cours mondiaux p&#233;nalise l'industrie. Les exportations japonaises se heurtent &#224; la fermeture des march&#233;s nationaux et l'instauration de quotas commerciaux. Les faillites s'encha&#238;nent, le ch&#244;mage atteint des niveaux dramatiques, la pauvret&#233; gagne les trottoirs de Tokyo. Comme en Allemagne et en Italie &#224; la m&#234;me &#233;poque, les difficult&#233;s et le d&#233;sespoir pr&#233;parent le lit d'une id&#233;ologie agressive que la propagande du r&#233;gime diffuse abondamment par les voies de la radio ou de la presse. Les dirigeants militaires ne cachent pas la violence verbale que l'on discerne nettement &#224; travers les discours prononc&#233;s : parce qu'ils imaginent &#234;tre le peuple sup&#233;rieur d'Asie, les Japonais s'arrogent le droit de soumettre leurs voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;N&#233;anmoins, la dictature autoritaire des g&#233;n&#233;raux n'est pas la r&#233;plique fid&#232;le du nazisme ou du fascisme italien. L'entourage de l'Empereur n'a jamais eu de projets comparables &#224; ceux d'Hitler : si certains officiers affichent sans complexe leurs opinions racistes, nul n'a l'ambition de fa&#231;onner l'Homme Nouveau dont r&#234;vent les totalitarismes europ&#233;ens. Certes, l'Etat surveille de pr&#232;s la population et lui &#244;te tous les moyens classiques d'expression, mais il n'intervient pas dans la vie quotidienne et familiale. L'encadrement de la soci&#233;t&#233; n'atteint pas le degr&#233; extr&#234;me de ce qui existe en Allemagne ou en URSS &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Malgr&#233; tout, l'agressivit&#233; que d&#233;ploient les cadres de l'arm&#233;e provoque, comme en Occident quand la Wehrmacht envahit la Pologne, une guerre sans merci sur les immensit&#233;s du Pacifique. En 1937, la Chine succombe sous les coups de l'Empire du Soleil Levant : l'occupation nippone s'accompagne des plus atroces exactions, dont le souvenir hante encore la m&#233;moire des survivants : massacres syst&#233;matiques des civils (Comme &#224; Nankin ou Shanghai....), exp&#233;rimentations m&#233;dicales de scientifiques japonais sur les prisonniers (En Mandchourie, l'installation de camps de concentration rappelle le drame que vivent les communaut&#233;s juives ou tziganes d'Europe orientale....).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Rien ne semble pouvoir enrayer la dynamique victorieuse des troupes de Tokyo : Birmanie, Indochine, Indon&#233;sie tombent sous le joug de l'envahisseur. En quelques mois, la banni&#232;re japonaise flotte sur l'Extr&#234;me Orient. L'attaque inattendue sur Pearl Harbor pr&#233;cipite les Etats-Unis dans le conflit du Pacifique : la destruction en quelques heures &#224; peine de la base navale am&#233;ricaine surprend le g&#233;ant. Pourtant, malgr&#233; ce succ&#232;s initial, le Japon vient de commettre l'erreur dont il ne se rel&#232;vera pas. Le potentiel humain et &#233;conomique du pays de l'Oncle Sam produit ses premiers effets &#224; partir de 1942 : les d&#233;sastres de Midway et de Guadalcanal brisent les reins de la flotte japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les populations payent au prix fort les ambitions insens&#233;es de leurs dirigeants. Aux bombardements meurtriers de Tokyo, Kobe, Osaka s'ajoutent les lourdes pertes militaires subies au cours de la conqu&#234;te m&#233;thodique des &#238;les du Pacifique. Certes, le suicide syst&#233;matique de r&#233;giments japonais entiers pour &#233;chapper au d&#233;shonneur de la capture effraye particuli&#232;rement les Am&#233;ricains quand ceux-ci se pr&#233;parent &#224; d&#233;barquer sur l'archipel. Mais, en 1945, le Japon est d&#233;truit. L'explosion des deux bombes atomiques &#224; Hiroshima et Nagasaki alourdissent un bilan d&#233;j&#224; terrifiant : deux millions de Japonais, civils et soldats confondus, ont perdu la vie depuis 1937. Le pays se place au troisi&#232;me rang des nations les plus meurtries par la Seconde Guerre mondiale, apr&#232;s l'URSS et l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A la capitulation d&#233;cr&#233;t&#233;e par l'Empereur r&#233;pond la terrible d&#233;tresse d'un peuple entier. Les troupes am&#233;ricaines s'installent sur le sol national, les Etats-Unis imposent leur tutelle au souverain Hiro Hito. A Washington, la crainte d'un d&#233;ferlement sovi&#233;tique sur l'Extr&#234;me Orient cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite du Japon hante les consciences. Avec &#224; l'esprit beaucoup d'arri&#232;res pens&#233;es politiques, le gouvernement de la Maison Blanche finance la reconstruction &#233;conomique de l'ennemi d'hier. Tandis que les principaux responsables de la dictature militaire payent de leur t&#234;te les exactions commises dans les pays occup&#233;s (En 1948, les proc&#232;s de Tokyo, r&#233;plique de ceux tenus &#224; Nuremberg, condamnent &#224; la pendaison plusieurs dirigeants du r&#233;gime), le souverain Hiro Hito se maintient de peu sur le tr&#244;ne. N&#233;anmoins, il renonce au caract&#232;re sacr&#233; de sa personne, principe inconciliable &#224; ceux de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les tr&#232;s belles r&#233;ussites &#233;conomiques du Japon au lendemain de la d&#233;faite n'apaisent pourtant pas les tensions du Pacifique. Le souvenir des heures tragiques du pass&#233; ne dispara&#238;t pas facilement. Pendant quatre d&#233;cennies enti&#232;res, le vaincu de 1945 doit accepter la mise en quarantaine que la m&#233;fiance compr&#233;hensible de ses voisins lui impose. Comme en Europe &#224; l'&#233;gard des Allemands, les Japonais subissent les flamb&#233;es d'hostilit&#233; des victimes de l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aujourd'hui, les choses ont &#233;volu&#233;, le temps a fini par gu&#233;rir les plaies. Le Japon est devenu le principal partenaire commercial des nations d'Extr&#234;me Orient. Ses investissements &#224; l'&#233;tranger animent l'&#233;conomie du Pacifique et entretiennent la croissance nouvelle dont profite l'Asie du Sud Est. Pourtant, &#224; l'occasion, les &#233;v&#232;nements de l'actualit&#233; rappellent que les blessures issues des traumatismes de la guerre peuvent encore s'ouvrir. En Chine, les anciens n'ont pas oubli&#233; le souvenir des arm&#233;es imp&#233;riales d&#233;filant &#224; Shanghai ou &#224; P&#233;kin. La maladresse coupable des auteurs d'un manuel japonais passant sous silence les tueries de Nankin de 1937 a d&#233;clench&#233; de violentes r&#233;actions &#224; travers l'Asie. Les excuses officielles adress&#233;es par Tokyo pour les souffrances inflig&#233;es aux populations occup&#233;es pendant le conflit sont n&#233;cessaires. Mais il faudra sans doute plus que cela pour apaiser les passions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;L'INDOCHINE : D'UNE GUERRE A L'AUTRE (1946-1975).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En 1940, emport&#233;es par leurs succ&#232;s militaires, les troupes japonaises franchissent les fronti&#232;res m&#233;ridionales de la Chine qu'elles occupent d&#232;s 1937 et p&#233;n&#232;trent en Indochine. Le pays est depuis le milieu du XIX&#176; si&#232;cle l'un des plus beaux joyaux de l'empire fran&#231;ais d'outre mer. Abandonn&#233;e de la m&#233;tropole, alors menac&#233;e d'invasion par les arm&#233;es nazies, les autorit&#233;s coloniales n'ont &#224; leur disposition que de faibles moyens pour s'opposer aux conqu&#233;rants. Tokyo se contente d'installer sur le territoire quelques garnisons mais laisse aux Europ&#233;ens le soin d'en assurer, comme par le pass&#233;, l'administration politique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au mois de Mars 1945, la situation &#233;volue brutalement : battues sur tous les fronts du Pacifique, repouss&#233;es vers les c&#244;tes de l'archipel du Soleil Levant, les forces japonaises choisissent de se retrancher au c&#339;ur des jungles indochinoises : quelques semaines de combats ont raison de la r&#233;sistance fran&#231;aise. Les bataillons envoy&#233;s sur place par le gouvernement provisoire de la R&#233;publique acceptent la reddition que les vainqueurs imposent. Pr&#232;s de 3000 soldats meurent au cours des op&#233;rations, des centaines de civils sont emmen&#233;s en captivit&#233;, le g&#233;n&#233;ral Emile Lemonnier, commandant d'une brigade est m&#234;me d&#233;capit&#233; au sabre pour avoir, &#224; deux reprise, refus&#233; de signer la capitulation. Le terrible d&#233;sastre, bien que peu m&#233;diatis&#233; en m&#233;tropole o&#249; les populations sont davantage pr&#233;occup&#233;es par les difficult&#233;s de la reconstruction une fois la Lib&#233;ration achev&#233;e, marque n&#233;anmoins l'expulsion des Fran&#231;ais d'un pays d'Asie qu'il contr&#244;laient depuis une centaine d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 2 Septembre 1945, le Japon d&#233;pose enfin les armes et reconna&#238;t la victoire des Etats-Unis. En Indochine, la fin de l'occupation profite au nationaliste H&#244; Chi Minh. L'homme, issu d'une famille ais&#233;e, cultiv&#233; et instruit (Il a &#233;tudi&#233; le Droit en France) milite depuis longtemps pour l'ind&#233;pendance de son pays. Tr&#232;s t&#244;t s&#233;duit par l'id&#233;ologie marxiste, il participe avec les Communistes au Congr&#232;s de Tours en 1920. Sa lutte r&#233;solue contre les Japonais et les autorit&#233;s coloniales fait de lui un leader populaire. Profitant des troubles et des incertitudes qui suivent la d&#233;faite de l'empire du Soleil Levant, il proclame la R&#233;publique du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A l'Elys&#233;e, la nouvelle est fort mal re&#231;ue. Le G&#233;n&#233;ral De Gaulle, alors &#224; la t&#234;te du gouvernement provisoire n&#233; au lendemain de l'occupation allemande, entend bien restaurer l'autorit&#233; r&#233;publicaine sur les possessions fran&#231;aises d'Extr&#234;me Orient. Le prestigieux r&#233;sistant d&#233;fend le principe d'une f&#233;d&#233;ration associant les protectorats et colonies contr&#244;l&#233;s de la France. Le 23 Septembre 1945, un premier contingent militaire envoy&#233; sur place sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Leclerc, reprend le contr&#244;le de Saigon, dans le Sud du Vietnam. N&#233;anmoins, malgr&#233; le succ&#232;s remport&#233;, l'homme comprend rapidement la n&#233;cessit&#233; d'accorder &#224; l'Indochine l'ind&#233;pendance que Ho Chi Minh r&#233;clame. A Paris, nombreux sont ceux qui partagent une opinion identique : la d&#233;mission de De Gaulle, le 20 Janvier 1946, conforte les partisans de n&#233;gociations avec les nationalistes. En contrepartie d'une autonomie pleine et enti&#232;re, le pays accepterait d'adh&#233;rer &#224; une f&#233;d&#233;ration coloniale conduite par la France. H&#244; Chi Minh est d'autant plus favorable &#224; la solution propos&#233;e qu'il craint le voisinage encombrant de la Chine. L'organisation d'une rencontre diplomatique &#224; Fontainebleau laisse esp&#233;rer un r&#232;glement pacifique de la question indochinoise mais les d&#233;bats tra&#238;nent en longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Un &#233;v&#232;nement impr&#233;vu brise brutalement les r&#233;sultats obtenus par les voies de la n&#233;gociation : le 19 Novembre 1946, une sanglante fusillade se produit dans le port d'Ha&#239;phong entre une patrouille fran&#231;aise et une jonque transportant quelques partisans nationalistes. Le bilan de l'accrochage est tr&#232;s lourd puisque l'on rel&#232;ve 24 morts dont un officier. L'incident a-t-il &#233;t&#233; provoqu&#233; par ceux qui n'acceptent pas la perte programm&#233;e de l'Indochine ? En tous les cas, le drame sert particuli&#232;rement bien le gouverneur nomm&#233; &#224; la t&#234;te du pays : r&#233;solu &#224; conserver le territoire dont il a la charge au sein de la R&#233;publique, l'amiral d'Argenlieu r&#233;pond par la fermet&#233;. Le 23 Novembre, plusieurs b&#226;timents de guerre bombardent Ha&#239;phong en guise de repr&#233;sailles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La concertation et le dialogue ne sont d&#233;sormais plus possibles : le 19 D&#233;cembre 1946, H&#244; Chi Minh organise le d&#233;clenchement d'une insurrection g&#233;n&#233;rale. Des centaines de partisans du Vietminh (La principale organisation ind&#233;pendantiste d'orientation communiste) s'attaquent aux Europ&#233;ens. Les &#233;meutes sont particuli&#232;rement sanglantes &#224; Hanoi, au Nord. Les magasins &#233;trangers sont attaqu&#233;s, pill&#233;s. Pr&#232;s de 400 personnes p&#233;rissent au cours de terribles massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Paris envoie sur place un important contingent : les troupes rassemblent essentiellement des militaires professionnels, des &#233;l&#233;ments de la l&#233;gion &#233;trang&#232;re voire quelques Allemands nostalgiques des temps de la Wehrmacht. Peu m&#233;diatis&#233;, le conflit ne suscite gu&#232;re l'int&#233;r&#234;t de la m&#233;tropole, davantage concern&#233;e par les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la reconstruction. Une minorit&#233; de pacifistes critiquent n&#233;anmoins la politique brutale men&#233;e en Orient et se signalent par des coups d'&#233;clat ponctuels : blocage de troupes s'embarquant pour l'Extr&#234;me Orient, manifestations....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Sur place, la situation se complique dangereusement : retranch&#233;s au c&#339;ur de la jungle, les maquis communistes livrent une r&#233;sistance efficace et meurtri&#232;re. Les soldats s'&#233;puisent &#224; pacifier un territoire difficile d'acc&#232;s offrant aux insurg&#233;s de multiples possibilit&#233;s de refuge. En Octobre 1950, les forces coloniales, incapables de tenir le Nord du pays doivent s'&#233;carter de la fronti&#232;re chinoise. L'op&#233;ration est un vrai d&#233;sastre : sur les 8000 hommes engag&#233;s dans la retraite, 7000 p&#233;rissent en route. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du g&#233;n&#233;ral De Lattre de Tassigny qui commandait l'ensemble des troupes fran&#231;aises, Paris confie &#224; Salan la d&#233;licate mission de r&#233;tablir une situation d&#233;j&#224; compromise. L'homme obtient plusieurs succ&#232;s et inflige &#224; l'ennemi une s&#233;rie de revers. Son astucieuse id&#233;e de b&#226;tir au c&#339;ur des for&#234;ts un dispositif de villages fortifi&#233;s enraye la progression du Vietminh.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Malgr&#233; tout, le conflit s'enlise et il appara&#238;t &#224; la longue que les contingents envoy&#233;s par la m&#233;tropole ne pourront jamais venir &#224; bout d'un ennemi insaisissable et bien organis&#233;. A Paris, l'id&#233;e fait son chemin : celle d'une rencontre diplomatique aboutissant &#224; la reconnaissance d'une Indochine ind&#233;pendante. Une conf&#233;rence de paix est finalement pr&#233;vue pour le mois de Mai 1954. Bien que la fin prochaine du conflit soit &#224; pr&#233;sent devenue une certitude, les autorit&#233;s souhaitent n&#233;anmoins emporter sur le terrain un dernier succ&#232;s militaire qui leur offrirait de se pr&#233;senter aux n&#233;gociations en position de force.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le successeur de Salan, rappel&#233; par le gouvernement, le g&#233;n&#233;ral Navarre pense pouvoir porter un coup d&#233;cisif &#224; l'adversaire par une ultime victoire. Le 20 Novembre 1953, un groupe de parachutistes sautent dans &#171; la cuvette de Dien Bien Ph&#251; &#187;, un morceau de jungle entour&#233; de hauteurs bois&#233;es. Le bataillon a&#233;roport&#233; prend facilement le contr&#244;le du terrain dont il chasse en quelques heures une colonne du Vietminh plac&#233;e l&#224; en garnison. Aussit&#244;t, les Fran&#231;ais organisent sur place un v&#233;ritable camp retranch&#233; contre lequel, selon les espoirs du haut commandement, viendront se briser les offensives de l'adversaire. Trois fortins aux noms &#233;vocateurs, B&#233;atrice, Gabrielle et Isabelle prot&#232;gent la piste d'atterrissage qu'il a fallu am&#233;nager en h&#226;te pour accueillir les avions de ravitaillement. N&#233;anmoins, de profondes divisions concernant la conduite des op&#233;rations g&#234;nent l'action de l'&#233;tat major. La d&#233;cision du g&#233;n&#233;ral Navarre d'installer ses troupes dans la plaine encaiss&#233;e de Dien Bien Ph&#251; suscite bien des critiques. Certains officiers, plus clairvoyants que d'autres, craignent une terrible d&#233;convenue. L'un d'eux d&#233;clare m&#234;me &#224; propos de la position tenue : &#171; Mais c'est un pot de chambre ! On va nous pisser dessus de partout ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'expression, quoique famili&#232;re, traduit l'inqui&#233;tude des pessimistes. Elle sonne aussi comme le douloureux avertissement d'une proph&#233;tie qui finit par se r&#233;aliser. La situation tr&#232;s dangereuse dans laquelle les troupes coloniales se sont enferm&#233;es n'&#233;chappe pas au g&#233;n&#233;ral Giap (A la t&#234;te des arm&#233;es du Vietminh). Celui-ci fait encercler Dien Bien Ph&#251; par 35000 soldats et 300 kilom&#232;tres de tranch&#233;es &#224; partir de Janvier 1954. Les semaines suivantes, il pr&#233;voit le ravitaillement de ses r&#233;giments en nourriture et organise l'acheminement de pi&#232;ces d'artillerie vers le front. Les op&#233;rations de logistique n&#233;cessitent le concours de centaines d'hommes transportant sur de simples bicyclettes le mat&#233;riel utile.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Deux mois entiers s'&#233;coulent sans que rien ne se passe mais les Fran&#231;ais sont d&#233;finitivement bloqu&#233;s dans leur camp retranch&#233; Le 13 Mars 1954, le Vietminh lancent l'offensive : la surprise est totale. Les 10000 l&#233;gionnaires du colonel Castries sont pris de cours. Les batteries ennemies bombardent sans un r&#233;pit la piste d'atterrissage que les Fran&#231;ais ont r&#233;alis&#233;e. Le 28 Mars, elle est &#224; peu pr&#232;s inutilisable. Plus aucun avion de ravitaillement ne peut rejoindre Dien Bien Ph&#251;. Les troupes sont d&#233;sormais coup&#233;s de l'ext&#233;rieur, livr&#233;s &#224; elles m&#234;mes. Les combats les plus sanglants se prolongent quelques semaines autour des trois fortins strat&#233;giques. Le 7 Mai 1954, l'assaut final est enfin donn&#233; : il s'ach&#232;ve sur la capitulation du colonel Castries aux alentours de 17h30. L'humiliante d&#233;faite marque le point final d'un conflit engag&#233; huit ans auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les accords de Gen&#232;ve, en Juillet 1954, r&#232;glent la situation : il est pr&#233;vu que le Vietnam (Le nouveau nom de l'Indochine ind&#233;pendante) soit temporairement partag&#233; en deux &#233;tats. Tandis que H&#244; Chi Minh obtient la pr&#233;sidence au Nord du pays, avec pour capitale Hanoi, le Sud accepte le gouvernement de l'empereur Bao Dai. Des &#233;lections g&#233;n&#233;rales, attendues pour Juillet 1956, doivent donner aux populations l'occasion de se prononcer sur le r&#233;gime qu'elles souhaitent adopter et conduire &#224; la r&#233;unification d&#233;finitive du territoire. La France engage le rapatriement de ses troupes en m&#233;tropole. La premi&#232;re guerre d'Indochine est officiellement achev&#233;e. Elle aura co&#251;t&#233; tr&#232;s cher &#224; Paris : 60000 soldats ont p&#233;ri au cours des combats (Dont 3000 tu&#233;s &#224; Dien Bien Ph&#251;). A cela s'ajoutent les centaines de captifs transf&#233;r&#233;s au c&#339;ur de la jungle, dans des camps d'o&#249; beaucoup de combattants ne reviendront pas. Marches forc&#233;es, mauvais traitements, faim, soif emportent des centaines de prisonniers. Du c&#244;t&#233; Vietnamien, le bilan est encore plus lourd (un demi million de personnes n'ont pas surv&#233;cu aux &#233;v&#232;nements : civils victimes de bombardements, fantassins disparus lors des affrontements). Bien que victorieux, le pays est saign&#233; &#224; blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le r&#233;pit est de courte dur&#233;e, un autre conflit se profile. Cette fois, il concerne le g&#233;ant am&#233;ricain. Au lendemain de la paix, le Vietnam du Sud tombe aux mains de Diem, un dictateur soutenu de Washington. Le personnage refuse d'organiser les &#233;lections comme le pr&#233;voyaient les accords de Gen&#232;ve et ne cache pas son hostilit&#233; &#224; l'id&#233;e d'une r&#233;unification avec le Nord du Vietnam pass&#233; sous contr&#244;le communiste. L'intransigeance du r&#233;gime fragilise ses appuis et provoquent l'agitation des partisans d'H&#244; Chi Minh demeur&#233;s dans le Sud. Ces derniers s'organisent rapidement et entrent dans le maquis. Soutenus de la Chine et des Nord Vietnamiens, ils conduisent dans le c&#339;ur des for&#234;ts une gu&#233;rilla incessante que les troupes de Diem s'&#233;puisent en vain &#224; r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A Washington, les autorit&#233;s craignent qu'&#224; terme le Sud Vietnam ne finisse par basculer dans le camp sovi&#233;tique. Les Etats-Unis envoient quelques conseillers militaires au service de Saigon d&#232;s 1961. Trois ans plus tard, l'agression de deux b&#226;timents de guerre am&#233;ricains dans les eaux territoriales de Hanoi pr&#233;cipite l'escalade des violences. Le pr&#233;sident Jonson envoie sur place l'aviation : le 7 F&#233;vrier 1965, les premiers bombardements frappent le Nord Vietnam. Les op&#233;rations a&#233;riennes visent essentiellement la longue piste &#171; H&#244; Chi Minh &#187;, dorsale routi&#232;re strat&#233;gique emprunt&#233;e pour acheminer jusqu'aux maquis les armes livr&#233;es par la Chine. N&#233;anmoins, malgr&#233; tout le soin apport&#233; aux raids qu'ils conduisent, les chasseurs am&#233;ricains ne parviennent pas &#224; interrompre les ravitaillements militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les premi&#232;res troupes de Marines arrivent sur place en Juin 1965 tandis que Hanoi subit les pires bombardements de la guerre. En dix ans de conflit, ce sont au total 500000 soldats que la Maison Blanche envoie au c&#339;ur de la jungle combattre les maquis communistes. Les pays frontaliers du Vietnam, le Laos et le Cambodge, n'&#233;vitent pas les d&#233;bordements des affrontements et endurent les bombardements am&#233;ricains parce que les maquisards y ont install&#233; leurs bases arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En Janvier 1968, l'offensive g&#233;n&#233;rale du Vi&#234;t-Cong (Nom donn&#233; aux troupes communistes du Sud Vietnam) marque un tournant de la guerre. Il appara&#238;t de plus en plus que les Etats-Unis ne pourront jamais venir &#224; bout d'un adversaire insaisissable, tr&#232;s &#224; l'aise dans les for&#234;ts &#233;quatoriales qu'il conna&#238;t bien. L'arm&#233;e am&#233;ricaine s'&#233;puise et subit de tr&#232;s lourdes pertes. Les reportages de la t&#233;l&#233;vision, le retour des militaires bless&#233;s ou mutil&#233;s rendent le conflit impopulaire. Au premier rang, les &#233;tudiants m&#232;nent la contestation : les campus universitaires deviennent le th&#233;&#226;tre de manifestations violentes et de protestations unanimes. Press&#233;es par une opinion publique agressive et bouillonnante, Washington se r&#233;sout au retrait de ses forces stationn&#233;es en Asie. L'&#233;lection de Nixon &#224; la pr&#233;sidence en 1970 acc&#233;l&#232;re les &#233;v&#232;nements. En 1975, les derniers r&#233;giments am&#233;ricains quittent le Vietnam. Le 30 Avril, Saigon tombe aux mains des Communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les accords de Paris confirment la r&#233;unification du territoire et ach&#232;vent un conflit au cours duquel pr&#232;s de 58000 soldats am&#233;ricains ont perdu la vie. La victoire du Vi&#234;t-Cong s'accompagne des plus terribles d&#233;sordres : des milliers de personnes, craignant les repr&#233;sailles des vainqueurs, quittent le sud Vietnam &#224; bord d'embarcations fragiles pour l'Europe ou l'Am&#233;rique. Ce sont les Boat People.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;De nombreuses ann&#233;es sont n&#233;cessaires au pays r&#233;unifi&#233; pour panser ses plaies. Aujourd'hui, bien que timidement engag&#233; sur la voie d'une d&#233;mocratisation de son r&#233;gime, le pays profite de l'ouverture r&#233;cente de son &#233;conomie sur l'ext&#233;rieur. A l'image de ce qui se passe en Chine, les Vietnamiens les plus privil&#233;gi&#233;s d&#233;couvrent les effets positifs de la prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE MARTYR DU CAMBODGE : 1975-1979.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La premi&#232;re guerre d'Indochine s'ach&#232;ve sur la partition des territoires coloniaux repris &#224; la France. En m&#234;me temps que le Vietnam naissent deux autres &#233;tats : le Laos et le Cambodge o&#249; le pouvoir politique revient au prince Norodom Sihanouk. Le nouveau gouvernement d&#233;couvre une situation confuse : aux ravages du conflit (Bombardements, destructions massives...) s'ajoute la dissidence de communistes, r&#233;fugi&#233;s au c&#339;ur des jungles mais trop faibles encore pour menacer s&#233;rieusement le r&#233;gime. L'intervention des Etats-Unis au Sud Vietnam &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1960 meurtrit le peuple cambodgien tout autant que ses voisins. Les combats men&#233;s par les Marines d&#233;bordent les fronti&#232;res parce que les Communistes vietnamiens installent au Cambodge leurs bases arri&#232;re dont ils re&#231;oivent le mat&#233;riel militaire n&#233;cessaire &#224; la poursuite de leur lutte. L'aviation am&#233;ricaine conduit plusieurs raids sur les camps de l'adversaire tandis que les troupes de Sihanouk consacrent leurs efforts &#224; &#233;liminer les maquis ennemis r&#233;fugi&#233;s sur le territoire national.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Une crise politique vient bient&#244;t compliquer la situation troubl&#233;e du pays. En 1970, le chef du gouvernement, le g&#233;n&#233;ral Lon Nol, destitue le monarque devenu impopulaire, installe sa propre dictature et poursuit la lutte contre les bandes communistes. L'homme dispose du soutien des Am&#233;ricains mais il se heurte la dissidence marqu&#233;e des Khmers Rouges, une organisation d'inspiration marxiste. Conduit par un chef charismatique, Pol Pot, le mouvement s'appuie sur l'aide militaire de la Chine et des Nord Vietnamiens. En quelques ann&#233;es de combats au c&#339;ur des &#233;paisses for&#234;ts &#233;quatoriales, les Khmers prennent le contr&#244;le d'une part importante du territoire et mettent en &#233;chec les troupes gouvernementales. En Avril 1975, ils marchent sur la capitale, Phnom Penh dont l'imminence de la chute provoque une terrible panique : les ambassades occidentales &#233;vacuent &#224; la h&#226;te leurs ressortissants tandis qu'un vaste pont a&#233;rien rapatrie les derni&#232;res divisions que Washington a envoy&#233;es sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 17 Avril 1975, les troupes de Pol Pot entrent triomphalement dans la ville effray&#233;e. D&#232;s le lendemain, pr&#233;textant la menace d'un important bombardement am&#233;ricain sur Phnom Penh, une information mont&#233;e de toute pi&#232;ce, les vainqueurs jettent le long des routes de l'exode des milliers de citadins. Hommes, femmes et enfants, charg&#233;s de tout ce qu'ils ont pu emporter avec eux, s'engagent pour un voyage incertain dont ils ne savent rien de la destination finale. En fait, l'un des plus odieux g&#233;nocides de l'histoire se pr&#233;pare. Les dirigeants Khmers estiment le moment venu d'appliquer le programme auquel ils ont eu tout loisir de r&#233;fl&#233;chir pendant les ann&#233;es pass&#233;es dans le maquis. Il s'agit pour le Cambodge d'adopter les principes ultimes du Marxisme : la destruction des classes poss&#233;dantes et de leurs privil&#232;ges, la suppression des in&#233;galit&#233;s et des distinctions sociales. Les id&#233;ologues du Parti estiment que les Cambodgiens sont corrompus par les lumi&#232;res brillantes de la ville et les mirages d'un enrichissement facile. Un n&#233;cessaire retour aux sources peut seul garantir le salut du peuple : d&#233;sormais, ce sont des campagnes que chacun doit tirer de quoi vivre, c'est dans le travail agricole quotidien que r&#233;side le bonheur de tous. Des millions de personnes, originaires des principales agglom&#233;rations du pays, partent en d&#233;portation pour des villages o&#249; elles apprennent &#224; entretenir les rizi&#232;res. Les conditions d'existence des &#171; nouveaux paysans &#187; sont particuli&#232;rement affreuses : plac&#233;s sous la surveillance de sentinelles z&#233;l&#233;es, beaucoup succombent aux mauvais traitements, &#224; la faim, &#224; la soif, aux ex&#233;cutions sommaires....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le r&#233;gime recherche &#233;galement ses ennemis, r&#233;els ou suppos&#233;s. Ceux dont les activit&#233;s professionnelles d'autrefois accusent de conspiration contre la dictature sont particuli&#232;rement vis&#233;s : les cadres administratifs pass&#233;s au service de Lon Nol, disparaissent au lendemain de la chute de Pnomh Penh, ex&#233;cut&#233;s dans l'obscurit&#233; d'une for&#234;t puis enterr&#233;s dans quelques fosses communes oubli&#233;es. D'autres Cambodgiens font &#224; leur tour les frais de la politique brutale de Pol Pot : les enseignants, les m&#233;decins, les officiers de l'arm&#233;e, les fonctionnaires de justice accus&#233;s de se compromettre avec l'ennemi capitaliste et dangereux pour une soci&#233;t&#233; o&#249; le savoir intellectuel ne trouve plus sa place. Beaucoup payent de leur existence une carri&#232;re glorieuse ou un cursus universitaire r&#233;ussi. Durant tout le temps que les Khmers se maintiennent au pouvoir, les traques ne connaissent aucun r&#233;pit : des enqu&#234;tes sur le pass&#233; particulier de chacun aboutissent souvent &#224; des arrestations et des interrogatoires sanglants. L'absurdit&#233; va tr&#232;s loin : &#224; la recherche de signes distinctifs permettant de confondre ceux qui tentent de dissimuler un v&#233;cu g&#234;nant, les autorit&#233;s d&#233;cr&#232;tent que le port de lunettes est une preuve suffisante pour soup&#231;onner une personne d'avoir exerc&#233; un m&#233;tier incompatible aux principes de l'id&#233;ologie officielle. Des centaines de personnes sont assassin&#233;es parce qu'elles portent des vers correcteurs.....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les responsables Khmers ne ch&#244;ment pas : en quatre ann&#233;es de r&#232;gne, ils proc&#232;dent &#224; des dizaines de milliers d'interpellations pour divers motifs : paroles ou actes hostiles au r&#233;gime, attitude compromettante, d&#233;nonciations..... En g&#233;n&#233;ral, la majorit&#233; des victimes sont conduites dans le plus grand centre de d&#233;tention du pays, tristement connu sous le nom de S 21. Il s'agit d'un ancien lyc&#233;e de Phnom Penh, transform&#233; pour les besoins du r&#233;gime en prison. Les classes ont &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;es en cellules pouvant accueillir des dizaines de prisonniers. Les conditions de vie y sont atroces : les privations de tout ordre, le manque d'hygi&#232;ne, les coups, les humiliations abr&#232;gent consid&#233;rablement les chances de survie de chacun. Dans d'autres salles, les ge&#244;liers ont aussi mont&#233; des cloisons en briques d&#233;limitant de minuscules cellules d'&#224; peine deux m&#232;tres carr&#233;s pour les coupables de d&#233;lits plus graves. Certains y sont abandonn&#233;s des semaines sans eau ni nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Un b&#226;timent de l'&#233;tablissement scolaire est r&#233;serv&#233; aux bureaux o&#249; se d&#233;roulent les interrogatoires. Tous les d&#233;tenus de S 21 passent, &#224; un moment ou un autre de leur s&#233;jour, par ce lieu sinistre. Au cours des s&#233;ances, les tortionnaires utilisent les m&#233;thodes les plus brutales pour soutirer &#224; leurs victimes des r&#233;v&#233;lations souvent imaginaires : immersion prolong&#233;e dans une baignoire emplie d'eau, d&#233;charges &#233;lectriques, br&#251;lures de cigarettes sur tout le corps, coups, humiliations, viols.... Ceux qui passent aux aveux ne sont pas &#233;pargn&#233;s pour autant : emmen&#233;s dans quelque lieu isol&#233;, ils finissent sous les balles d'une sentinelle et on ne les revoie jamais plus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le r&#233;gime encadre la population jusqu'&#224; un degr&#233; extr&#234;me. Les jeunes font l'objet de toutes les attentions du Parti. D&#232;s leurs premi&#232;res ann&#233;es, gar&#231;ons et filles sont embrigad&#233;es au service de l'&#233;tat. L'instruction intellectuelle est r&#233;duite &#224; sa plus simple expression. L'essentiel des le&#231;ons consistent en l'apprentissage de pri&#232;res, de chants &#224; la gloire de Pol Pot. Les Khmers enseignent les attitudes qui conviennent et apprennent &#224; leurs &#233;l&#232;ves les m&#233;thodes pour confondre les ennemis dissimul&#233;s du Marxisme. L'&#233;ducation transmise d&#233;truit les relations et les liens filiaux : respectueux des consignes re&#231;ues de leurs ma&#238;tres, les adolescents surveillent leurs parents, n'h&#233;sitant pas &#224; d&#233;noncer p&#232;re, m&#232;re, oncle, tante pour une parole hostile au r&#233;gime. Un climat de m&#233;fiance s'installe jusqu'au c&#339;ur du logis et brise litt&#233;ralement le cercle familial.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les autorit&#233;s mettent aussi en sc&#232;ne jusque dans le plus petit village des s&#233;ances collectives d' &#171; autocritique &#187;. Sous la conduite d'un officier &#224; la solde du r&#233;gime, les habitants, r&#233;unis ensemble, sont invit&#233;s &#224; examiner leur conscience et faire amende honorable d'une entorse commise aux principes marxistes. La propagande officielle orchestre du d&#233;but &#224; la fin le d&#233;roulement de la c&#233;r&#233;monie. Devant ses compagnons, le coupable se l&#232;ve et reconna&#238;t une faute. Le chef Khmer s'approche alors de lui et le prend dans ses bras, en signe de r&#233;conciliation et de pardon puis encourage les autres participants &#224; ouvrir leur c&#339;ur de la m&#234;me mani&#232;re. N&#233;anmoins, quelques jours apr&#232;s, les courageux repentis disparaissent dans la nuit, emmen&#233;s &#224; la h&#226;te par des gardiens et ne reviennent jamais plus. Des milliers de personnes p&#233;rissent ainsi au coin d'un bois ou au d&#233;tour d'un chemin isol&#233; pour l'aveu d'un mauvais geste ou d'une mauvaise parole.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La dictature de Pol Pot contr&#244;le le pays jusqu'en 1979. L'ambition du personnage pr&#233;cipite en fin de compte la chute de son r&#233;gime : les responsables du Parti revendiquent en effet des territoires ancestraux pass&#233;s sous le contr&#244;le du Vietnam. Une tentative d'invasion rapidement avort&#233;e s'ach&#232;ve sur l'intervention des forces vietnamiennes au Cambodge. Mal pr&#233;par&#233;s, mal encadr&#233;s, les bandes Khmers sont incapables de repousser leur adversaire et doivent &#233;vacuer en h&#226;te Pnomh Penh (8 Janvier 1979). Le pouvoir s'effondre sans r&#233;sistance s&#233;rieuse, Pol Pot et ses compagnons reprennent le chemin du maquis au c&#339;ur de la jungle o&#249; ils organisent une gu&#233;rilla sanglante contre le mouvement de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le bilan des quatre ann&#233;es de terreur est tr&#232;s lourd : un million et demi de Cambodgiens ont perdu la vie, assassin&#233;s dans d'affreuses conditions. D'immenses charniers restent encore &#224; d&#233;couvrir au c&#339;ur du territoire. Aujourd'hui, les principaux responsables du r&#233;gime, en fuite ou r&#233;fugi&#233;s dans les maquis, n'ont toujours pas r&#233;pondu de leurs crimes devant la justice. Pol Pot est mort paisiblement en 1998. L'ancien centre de d&#233;tention, le S 21, transform&#233; en mus&#233;e t&#233;moigne des exactions commises jusqu'au c&#339;ur des campagnes tandis que de nombreux survivants, souvent partis en exil dans les pays occidentaux, attendent encore le jour o&#249; leurs bourreaux compara&#238;tront &#224; la barre d'un tribunal...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1936-1939 : Les heures difficiles du peuple espagnol.</title>
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&lt;p&gt;De tous les conflits du XX&#176; si&#232;cle, la guerre d'Espagne est sans aucun doute l'un des plus terrifiants. D'abord parce qu'il brise durablement l'unit&#233; de la p&#233;ninsule ib&#233;rique et conduit aux d&#233;chirements fratricides d'une peuple entier. Ensuite parce qu'il d&#233;cha&#238;ne une violence sans limite menant les combattants &#224; n'envisager la victoire qu'avec l'extermination physique de l'adversaire. Enfin parce qu'il laisse, des ann&#233;es plus tard, de profondes cicatrices dans la conscience nationale espagnole. L'installation (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;De tous les conflits du XX&#176; si&#232;cle, la guerre d'Espagne est sans aucun doute l'un des plus terrifiants. D'abord parce qu'il brise durablement l'unit&#233; de la p&#233;ninsule ib&#233;rique et conduit aux d&#233;chirements fratricides d'une peuple entier. Ensuite parce qu'il d&#233;cha&#238;ne une violence sans limite menant les combattants &#224; n'envisager la victoire qu'avec l'extermination physique de l'adversaire. Enfin parce qu'il laisse, des ann&#233;es plus tard, de profondes cicatrices dans la conscience nationale espagnole. L'installation du r&#233;gime franquiste en 1939 enveloppe le pays d'une pesante chape de plomb. Aux centaines d'ex&#233;cutions militaires de la r&#233;pression s'ajoute un silence contraint. Au cours des trente six ann&#233;es que dure la dictature du G&#233;n&#233;ral Franco, personne n'ose ou ne veut se souvenir des heures sanglantes du pass&#233;. Comme si chacun cherchait &#224; oublier les fosses communes, les disparus, les villages d&#233;truits.... Aujourd'hui, l'installation de la d&#233;mocratie modifie les comportements. A la recherche d'apaisement et de s&#233;r&#233;nit&#233;, des dizaines de familles entreprennent ensemble un douloureux parcours vers la v&#233;rit&#233;, en qu&#234;te d'explications, de r&#233;ponses. Si la France apprend &#224; vivre avec l'ombre du r&#233;gime de Vichy ou de la guerre d'Alg&#233;rie, si la Gr&#232;ce assume la blessure de ses divisions entre 1941 et 1949, l'Espagne affronte elle aussi les moments douloureux de la d&#233;cennie 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;1931-1936 : LE CONFLIT S'ANNONCE....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Depuis les d&#233;buts du XIX&#176; si&#232;cle, l'Espagne n'en finit plus de se d&#233;battre dans d'interminables querelles politiques. La victoire sur Napol&#233;on en 1808, la lib&#233;ration du territoire ne ram&#232;nent pas l'apaisement souhait&#233; par chacun. Les incertitudes de la Monarchie, l'hostilit&#233; consomm&#233;e que se vouent Isabelle II (La fille de Ferdinand VII) et son oncle Don Carlos, pr&#233;tendant r&#233;solu au pouvoir, entretiennent un climat permanant de guerre civile. La faiblesse des institutions et du tr&#244;ne profite aux g&#233;n&#233;raux les plus ambitieux. Coups d'Etat et r&#233;bellions de l'arm&#233;e ajoutent &#224; la situation d&#233;j&#224; troubl&#233;e beaucoup de confusion. Incapable de r&#233;tablir une autorit&#233; qu'il n'a d'ailleurs plus depuis longtemps, le r&#233;gime s'effondre en 1868, la Reine accepte son abdication.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'installation d'une r&#233;publique &#233;ph&#233;m&#232;re en 1873 n'apporte aucune solution satisfaisante. L'ann&#233;e suivante, Alphonse XII reprend la couronne. Mais dans le fond, les probl&#232;mes politiques de la p&#233;ninsule ne sont pas r&#233;solus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le XX&#176; si&#232;cle s'inscrit dans la continuit&#233; de la longue s&#233;rie de d&#233;sordres auxquels le XIX&#176; si&#232;cle &#233;tait coutumier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'instabilit&#233; du pouvoir se poursuit, les gouvernements se succ&#232;dent &#224; la recherche de solutions. En vain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La diffusion des th&#232;ses marxistes &#224; travers le continent europ&#233;en amplifie en Espagne l'agitation sociale : un puissant courant anarchiste, surtout implant&#233; dans les grandes r&#233;gions industrielles du pays, travaille les couches ouvri&#232;res et anime des mouvements de contestation populaire dont les forces conservatrices (Grande bourgeoisie, Eglise, Arm&#233;e) s'&#233;meuvent. En 1923, le coup d'Etat militaire du G&#233;n&#233;ral Primo de Rivera (encore un) donne aux plus inquiets l'espoir d'un retour &#224; la paix civile. La dictature que l'ambitieux militaire organise re&#231;oit le soutien de la Monarchie. N&#233;anmoins les r&#233;formes du pouvoir m&#233;contentent une large partie de la soci&#233;t&#233; espagnole. La suppression des libert&#233;s et des moyens d'expression n'a pas raison des meneurs anarchistes ou communistes : gr&#232;ves et mouvements de col&#232;re &#233;loignent chaque fois un peu plus la perspective d'un apaisement politique. En 1930, Primo de Rivera est remerci&#233; par le roi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales de 1931 retentissent pour le tr&#244;ne comme un tragique verdict : les R&#233;publicains l'emportent de beaucoup sur les forces conservatrices. Le 15 avril, le souverain remet son abdication. La R&#233;publique est proclam&#233;e aussit&#244;t apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le nouveau r&#233;gime rassemble autour de lui les principales organisations d'une Gauche socialiste, radicale et r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les mesures du premier ministre Azana indiquent clairement que le gouvernement entend prendre une nouvelle orientation politique : la constitution vot&#233;e aux Cort&#232;s s'inspire du mod&#232;le de Weimar, les r&#233;formes issues des d&#233;bats parlementaires rejoignent ce qui existe d&#233;j&#224; de l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es : la&#239;cisation de la soci&#233;t&#233; espagnole, s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat. N&#233;anmoins, la p&#233;ninsule ib&#233;rique n'est pas la France : les deux pays n'ont pas le m&#234;me pass&#233;, la m&#234;me culture. En Espagne, les attaques que les anticl&#233;ricaux les plus r&#233;solus portent &#224; l'institution eccl&#233;siastique sont particuli&#232;rement mal v&#233;cues. L'interdiction des manifestations religieuses traditionnelles dresse contre l'Assembl&#233;e l'ensemble du Haut Clerg&#233; et ceux qui voient dans le catholicisme un puissant &#233;l&#233;ment de coh&#233;sion nationale. ( La Grande Bourgeoisie, les milieux de l'arm&#233;e...).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les &#233;checs et les d&#233;ceptions issus de la politique de partage agraire d&#233;stabilisent un r&#233;gime, d&#233;j&#224; fragilis&#233; par la violente dissidence, au sein de la Gauche, du courant anarchiste que les r&#233;formes r&#233;publicaines ne satisfont pas. En Septembre 1933, Azana d&#233;missionne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A l'issue des nouvelles &#233;lections, la Droite conservatrice enregistre une forte progression et contr&#244;le un peu plus de la moiti&#233; des si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e. Les r&#233;sultats du scrutin conduisent &#224; une radicalisation marqu&#233;e des oppositions. Dans les rangs parlementaires, le foss&#233; se creuse. Les profonds clivages du monde politique retentissent dans la rue : les groupes d'extr&#234;me gauche se mobilisent. En D&#233;cembre 1933, l'agitation sociale gagne les principaux foyers industriels du territoire. En Octobre 1934, une vaste insurrection ouvri&#232;re s'&#233;tend &#224; travers les Asturies. Le gouvernement de Gil Robles r&#233;prime le mouvement dans le sang. L'affolement des milieux conservateurs, la d&#233;termination des organisations communistes et anarchistes aggravent le cycle sans fin des affrontements. Deux Espagne irr&#233;conciliables naissent &#224; mesure que les d&#233;chirements politiques d&#233;truisent l'unit&#233; de la nation. Chaque camp poursuit sa fuite en avant tandis que le pays sombre dans une brutalit&#233; devenue quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La perspective de nouvelles &#233;lections en 1936 n'est pas fa&#238;te pour apaiser les esprits surchauff&#233;s. Au contraire, les &#233;ch&#233;ances du scrutin ajoutent un peu plus &#224; la confusion g&#233;n&#233;rale. L'heure est aux alliances : pour l'emporter sur les adversaires de Droite, les forces de Gauche suspendent leurs querelles fratricides et se rassemblent dans un Front Populaire men&#233; par Azana. La strat&#233;gie est payante : en Mai 1936, la victoire revient aux R&#233;publicains, Azana re&#231;oit la pr&#233;sidence du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Pour les partisans des milieux conservateurs, la d&#233;ception est immense. L'amertume ravive les ranc&#339;urs et la col&#232;re. Les urnes ont rendu leur verdict dans le respect de la l&#233;galit&#233; constitutionnelle mais la p&#233;ninsule ib&#233;rique n'a pourtant jamais &#233;t&#233; aussi loin de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 13 Juillet 1936, l'assassinat du d&#233;put&#233; monarchiste Sot&#233;lo provoque l'&#233;tincelle responsable du brasier qui s'appr&#234;te &#224; consumer l'Espagne pendant trois ans. Dans les rues de Madrid ou de Barcelone, les r&#232;glements de compte politiques sont monnaie courante depuis longtemps. Mais la mort du malheureux personnage survient dans un contexte tr&#232;s particulier : effray&#233;s par une R&#233;publique qu'ils ne jugent pas en mesure de contenir les progr&#232;s de la R&#233;volution Sociale, les militaires n'acceptent plus les r&#232;gles du jeu parlementaires. A pr&#233;sent, c'est de la force arm&#233;e que viendra la solution d&#233;finitive aux divisions du peuple espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;TROIS ANS D'UNE GUERRE SANS MERCI.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 18 Juillet 1936, les g&#233;n&#233;raux du Maroc espagnol (dont les principaux meneurs sont Franco et Mola) d&#233;clenchent un vaste soul&#232;vement militaire. L'&#233;v&#232;nement n'est pas en lui-m&#234;me in&#233;dit. Par le pass&#233;, des dizaines d'officiers ambitieux ont tent&#233; l'aventure d'une r&#233;bellion, le plus souvent au p&#233;ril de leur vie. Mais le mouvement initi&#233; par les cadres de l'arm&#233;e s'&#233;tend en quelques semaines. En plusieurs points du territoire, des garnisons entr&#233;es dans la conspiration prennent le contr&#244;le de villes enti&#232;res sur lesquelles pourront s'appuyer ensuite les Nationalistes (S&#233;ville, Salamanque, Burgos...).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#232;s le premier mois du conflit, l'Andalousie, le Pays Basque, une partie de l'Aragon et la Galice passent aux mains des insurg&#233;s. En d&#233;cembre, la moiti&#233; Ouest du territoire est d&#233;j&#224; tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Madrid, la Catalogne et la Nouvelle Castille r&#233;sistent encore derri&#232;re les troupes r&#233;publicaines. Fin 1937, le gouvernement l&#226;che ses ultimes positions du Sud (Malaga) et de la c&#244;te atlantique (Santander, Bilbao). En 1938, l'Aragon est d&#233;finitivement perdu. Madrid et la r&#233;gion catalane sont les derni&#232;res &#224; offrir leur reddition.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L133xH82/images-15jpg8789-901e6.jpg?1704072765' title=&#034;Des miliciens r&#233;publicains au cours d'un combat de rue.&#034; width='133' height='82' /&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aux combats acharn&#233;s et meurtriers que les adversaires se livrent sur l'Ebre, en Navarre ou autour de la capitale s'ajoute l'interminable liste des exactions commises par l'un ou l'autre des deux camps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#232;s les premi&#232;res heures du conflit, le g&#233;n&#233;ral Mola annonce &#224; ses collaborateurs que la piti&#233; n'est pas &#224; l'ordre du jour. Prisonniers, bless&#233;s et partisans r&#233;publicains doivent syst&#233;matiquement &#234;tre &#233;limin&#233;s : pour se maintenir dans les r&#233;gions qu'ils contr&#244;lent, les insurg&#233;s frappent les imaginations par une mise en sc&#232;ne spectaculaire de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans les provinces tomb&#233;es aux mains des Nationalistes, les ex&#233;cutions sommaires, les massacres se multiplient. Des milliers d'ouvriers sont arr&#234;t&#233;s, jug&#233;s puis fusill&#233;s pour leurs sympathies r&#233;publicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les organisations phalangistes de Franco s'appuient sur l'Eglise pour asseoir leur pouvoir : le catholicisme traditionnel encadre la population. Dans les rues, les manifestations de foi sont quotidiennes : d&#233;fil&#233;s religieux &#224; l'occasion d'enterrements ou de f&#234;te sainte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les forces conservatrices envisagent la guerre comme une croisade : l'ennemi n'est pas seulement socialiste, communiste, anarchiste ou syndicaliste. C'est aussi celui qui ne croit pas, qui pers&#233;cute le Clerg&#233; et contrarie le Ciel par son attitude. De m&#234;me que l'on pourchassait sans piti&#233; les h&#233;r&#233;tiques du Moyen Age, les Nationalistes estiment devoir remplir une mission spirituelle consistant &#224; combattre sans merci les ennemis de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Des violences identiques ensanglantent les territoires sous contr&#244;le r&#233;publicain. La liste des victimes y est tout aussi longue. Au cours de l'&#233;t&#233; 1936, des centaines de religieux, de cur&#233;s ou de moniales sont mises &#224; mort dans d'atroces conditions. Les t&#233;moignages de quelques rescap&#233;s signalent les m&#234;mes actes de barbarie d'un village &#224; l'autre : viols, mutilations, tortures, assassinats....Des dizaines de monast&#232;res et d'&#233;glises disparaissent dans les flammes d'un incendie. Porter sur soi une croix, un chapelet conduit invariablement devant les pelotons d'ex&#233;cution. L'anticl&#233;ricalisme du r&#233;gime, perceptible d&#232;s son installation, produit les pires exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Propri&#233;taires terriens et cadres de l'arm&#233;e sont impitoyablement pourchass&#233;s. Dans les campagnes, l'heure est aux r&#232;glements de compte : on massacre les notables, ceux &#224; qui on doit de l'argent ou qui disposent d'un bien foncier. Les d&#233;bordements prennent une telle ampleur que le gouvernement ne parvient plus &#224; freiner la spirale sanglante. Des bandes de miliciens, aux titres &#233;vocateurs, Les Lions Rouges, Les Lynx de la R&#233;publique, parcourent les routes, &#224; la recherche de sympathisants nationalistes. Un peu partout naissent &#231;a et l&#224; des tribunaux populaires d&#233;pourvus de toute l&#233;galit&#233;, parfois peupl&#233;s d'anciens criminels : les malheureux qui comparaissent devant leurs juges de circonstance ont bien peu de chance de se sauver. La plupart finissent leurs jours au d&#233;tour d'un chemin, abattus d'une balle dans la nuque.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A Madrid, les ex&#233;cutions n'en finissent plus : chaque jour des dizaines de personnes meurent jusque sous les fen&#234;tres de la r&#233;sidence du pr&#233;sident Azana.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1936, quand parvient la nouvelle du soul&#232;vement militaire au Maroc, une &#233;meute populaire secoue les rues de la ville. La foule se livre aux violences d'une chasse &#224; l'homme improvis&#233;e. Les partisans des g&#233;n&#233;raux en r&#233;volte, phalangistes ou militaires, sont activement recherch&#233;s. Ces derniers trouvent refuge dans l'une des casernes de la capitale, La Montana. Des milliers de Madril&#232;nes enrag&#233;s forcent les grilles du b&#226;timent puis investissent les couloirs. Une intense fusillade cr&#233;pite quelques instants. D&#233;bord&#233;s par le nombre, les assi&#233;g&#233;s d&#233;posent les armes. Aucune cl&#233;mence n'est &#224; esp&#233;rer, m&#234;me pour les bless&#233;s : tous sont imm&#233;diatement abattus ou jet&#233;s du haut des toits.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A Tol&#232;de, prestigieuse capitale de l'Espagne m&#233;di&#233;vale, les m&#234;mes sc&#232;nes se rejouent. Les partisans nationalistes, entr&#233;s dans la conspiration franquiste, se sont soulev&#233;s aux premi&#232;res heures du mouvement. Mal soutenus et isol&#233;s dans une ville acquise au r&#233;gime, ils trouvent refuge dans le ch&#226;teau de l'Alcazar. Les troupes r&#233;publicaines encerclent la forteresse sans oser donner l'assaut final. Commence alors une bataille de plus de deux mois. Les assi&#233;g&#233;s endurent la faim, les souffrances physiques, les explosions d'obus qui ne viennent pas &#224; bout des fortifications. A la fin Ao&#251;t 1936, les assaillants font finalement sauter l'un des murs de la b&#226;tisse et s'infiltrent dans le palais. Ils se heurtent &#224; la r&#233;sistance tout autant acharn&#233;e que d&#233;sesp&#233;r&#233;e des d&#233;fenseurs. Les ruines du magnifique &#233;difice deviennent l'enjeu d'atroces combats s'achevant souvent au corps &#224; corps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'&#233;nergie d&#233;ploy&#233;e par les Nationalistes surprend les forces gouvernementales : ces derni&#232;res &#233;vacuent le th&#233;&#226;tre des affrontements. Quelques jours plus tard, les arm&#233;es de Franco apportent les renforts que les derniers survivants de l'Alcazar attendent depuis des semaines. Les unit&#233;s marocaines du g&#233;n&#233;ral prennent le contr&#244;le de la ville. Les soldats r&#233;publicains qui n'ont pas eu le temps de fuir sont pass&#233;s par les armes. Ordre est donn&#233; de nettoyer les h&#244;pitaux : les bless&#233;s sont massacr&#233;s dans leurs lits. Les membres d'une organisation anarchiste s'enferment dans l'un des s&#233;minaires de la cit&#233;. On leur propose de se rendre, ils refusent. L'instant d'apr&#232;s, ils disparaissent dans l'incendie que les vainqueurs allument.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L193xH300/miliciensjpg9771-65eda.jpg?1704072765' title=&#034;Des miliciens r&#233;publicains&#034; width='193' height='300' /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;L'INTERNATIONALISATION DU CONFIT.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La guerre est certes une affaire espagnole. N&#233;anmoins, d&#232;s les premi&#232;res semaines de la lutte, il semble clair que les enjeux du conflit ont une dimension internationale. Les puissances europ&#233;ennes s'int&#233;ressent de pr&#232;s aux &#233;v&#233;nements de la p&#233;ninsule parce qu'elles en per&#231;oivent la port&#233;e id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;On dit trop souvent qu'au-del&#224; des troupes r&#233;publicaines et nationalistes, deux syst&#232;mes politiques s'affrontent : le fascisme et le communisme. Cela est en partie inexact.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si Franco reprend quelques &#233;l&#233;ments propres au nazisme ou au fascisme italien (La phalange peut se rapprocher par certains aspects des organisations paramilitaires d'Hitler), il n'imagine pas installer un totalitarisme aussi pouss&#233; qu'en Allemagne. L'encadrement de la population semble n&#233;cessaire mais celui-ci ne peut se r&#233;aliser qu'avec l'appui du catholicisme traditionnel. Le meneur du soul&#232;vement militaire de 1936 n'a pas comme le F&#252;hrer l'ambition de cr&#233;er un homme nouveau. Le r&#233;gime qu'il entend construire la victoire acquise rev&#234;t en fin de compte l'apparence d'une dictature de type m&#233;diterran&#233;en, soutenue par l'Eglise et b&#226;tie sur les valeurs de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Faire du combat des R&#233;publicains le combat du communisme n'est pas davantage exact. Les rangs du gouvernement l&#233;gal rassemblent toutes les tendances de la Gauche : socialistes, radicaux, communistes, anarchistes....Les partisans d'un pouvoir construit sur le mod&#232;le stalinien n'occupent qu'une place r&#233;duite parmi leurs camarades de circonstance. Les Socialistes se m&#233;fient tout particuli&#232;rement des id&#233;es venues d'URSS et nourrissent pour les extr&#233;mistes une &#233;vidente hostilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L300xH216/300px-Legion6f96-401cd.jpg?1704072765' title=&#034;Volontaires allemands de la L&#233;gion Condor&#034; width='300' height='216' /&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si R&#233;publicains et Nationalistes ne cachent pas leurs divergences id&#233;ologiques avec les totalitarismes auxquels on a trop souvent l'habitude de les rattacher, il n'en demeure pas moins qu'ils obtiennent rapidement l'aide int&#233;ress&#233;e des nations europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#232;s Juillet 1936, quelques troupes allemandes, la l&#233;gion Condor, viennent appuyer les insurg&#233;s. L'aviation du Reich s'investit dans le conflit : les bombardements qu'elle effectue sur les bastions tenus par les forces gouvernementales facilitent la progression des Nationalistes. Les pilotes envisagent l'Espagne comme un terrain id&#233;al d'exp&#233;rimentation et d'apprentissage. Ils y d&#233;couvrent la puissance et les limites de leurs appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 26 Avril 1937, la destruction injustifi&#233;e de la paisible ville de Guernica au Pays Basque r&#233;sonne comme un douloureux pr&#233;lude aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A la pr&#233;sence nazie s'ajoute celle de Mussolini. Rome envoie quelques &#233;l&#233;ments de sa flotte navale bloquer les c&#244;tes tenues par les autorit&#233;s r&#233;guli&#232;res. Sur le terrain des combats terrestres, des unit&#233;s italiennes assistent les forces franquistes.&lt;/p&gt;
&lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L300xH207/guernicajpg-c962-9060b.jpg?1704072765' title=&#034;Les ruines de Guernica au lendemain du bombardement de 1937.&#034; width='300' height='207' /&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;De leur c&#244;t&#233;, les R&#233;publicains obtiennent le soutien de Staline : le dirigeant sovi&#233;tique fait acheminer en Espagne les armes que lui r&#233;clame Madrid. Des experts militaires accompagnent les livraisons et encadrent les rangs gouvernementaux dont ils purgent les &#233;l&#233;ments ind&#233;sirables. Mais toute aide &#224; un prix : Moscou profite de l'occasion pour faire main basse sur les r&#233;serves d'or du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au soutien logistique s'ajoute l'appui des Brigades Internationales, cette organisation con&#231;ue pour rassembler les Communistes europ&#233;ens d&#233;sireux de porter leur aide aux camarades de la p&#233;ninsule.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le conflit espagnol est tr&#232;s largement m&#233;diatis&#233;. Des dizaines de journalistes europ&#233;ens franchissent les Pyr&#233;n&#233;es et rapportent de leur s&#233;jour sur les fronts du territoire des clich&#233;s saisissants de r&#233;alisme. Les grands &#233;crivains de l'&#233;poque font des &#233;v&#232;nements auxquels ils assistent en tant que t&#233;moin le sujet de magnifiques ouvrages. Ernest Hemingway rejoint les rangs r&#233;publicains au plus fort des hostilit&#233;s. Il demeure en Espagne de longs mois. A son retour, il publie l'un des plus beaux chefs d'&#339;uvre de sa carri&#232;re : Pour Qui Sonne Le Glas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE BILAN DU CONFLIT.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En Mars 1939, la chute de Madrid marque la d&#233;faite du camp r&#233;publicain. Les forces gouvernementales ont affront&#233; un adversaire mieux organis&#233;, plus exp&#233;riment&#233; (Les Nationalistes sont pour la plupart militaire de formation), davantage soutenu. (Allemands et Italiens se battent aux c&#244;t&#233;s de Franco jusqu'&#224; la fin des affrontements. La l&#233;gion Condor participe d'ailleurs aux d&#233;fil&#233;s de la victoire).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les organisations de Gauche ont essentiellement &#233;t&#233; victimes de leurs divisions id&#233;ologiques : en plein conflit, alors que la l'engagement contre l'ennemi franquiste demande la mobilisation de toutes les &#233;nergies, les Communistes et les Anarchistes se d&#233;chirent violemment. En Catalogne, les rivalit&#233;s tournent &#224; la lutte arm&#233;e et s'ach&#232;vent sur l'&#233;limination du courant anarchiste. D'autre part, suivant &#224; la lettre les directives venues de Moscou, les partisans de Staline op&#232;rent dans leurs propres rangs de vastes purges : des centaines de combattants disparaissent au cours de r&#232;glements de compte sanglants. La haine du communisme que nourrissent les Nationalistes est largement partag&#233;e des Socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aux tragiques divisions s'ajoutent aussi les limites du soutien sovi&#233;tique. L'intervention de l'URSS aux c&#244;t&#233;s des R&#233;publicains demeure ti&#232;de. Les livraisons en armes du dirigeant slave ne compensent pas le d&#233;part rapide des Brigades Internationales. En France, le Front Populaire se divise sur la question espagnole : si les Communistes souhaitent un appui militaire marqu&#233; aupr&#232;s de Madrid, les Socialistes de la SFIO h&#233;sitent et se rangent derri&#232;re le choix d'une politique attentiste.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le bilan des pertes, qu'elles soient humaines ou mat&#233;rielles, est tr&#232;s incertain. Personne ne pourra jamais comptabiliser pr&#233;cis&#233;ment le nombre exact des victimes : bien des personnes ont disparu sans laisser de trace, au d&#233;tour d'un chemin isol&#233;, ex&#233;cut&#233;es pour un motif qui, parfois, n'est pas li&#233; aux &#233;v&#232;nements politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les historiens ne sont pas tous d'accord entre eux : les estimations varient fortement d'un ouvrage &#224; l'autre. N&#233;anmoins, tous s'accordent &#224; dire que les chiffres ne d&#233;passent vraisemblablement pas les 500000 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si l'on ajoute les effets terribles de la r&#233;pression men&#233;e par Franco au lendemain de sa victoire, et ce jusqu'en 1943, il faut incontestablement revoir les &#233;valuations &#224; la hausse. (200000 personnes selon certains sp&#233;cialistes disparaissent dans les ge&#244;les du r&#233;gime).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A ce compte macabre, il faut aussi associer les destructions de villages et de villes (Guernica), de prestigieux &#233;difices (Comme l'Alcazar de Tol&#232;de), de routes, de ponts et de villes enti&#232;res. Les bombardements de l'aviation allemande, les combats acharn&#233;s livr&#233;s autour de Madrid ont particuli&#232;rement endommag&#233; le paysage urbain du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'installation de la dictature conduit des milliers d'opposants sur les routes de l'exil : des populations enti&#232;res franchissent les Pyr&#233;n&#233;es et trouvent un asile pr&#233;caire dans les camps du Sud Ouest de la France. D'autres traversent l'Atlantique pour l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le pouvoir que les vainqueurs installent en 1939 se maintient pr&#232;s de quarante ans. Un record si l'on consid&#232;re les incertitudes politiques du continent au cours de la seconde moiti&#233; du XX&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Alors que le monde sombre dans les tueries d'une autre guerre mondiale, l'Espagne sauve sa neutralit&#233;. Ruin&#233; et bless&#233;, le pays n'a pas les moyens militaires et financiers de participer au conflit. Si Franco noue quelques relations diplomatiques avec Hitler (celles-ci d'ailleurs n'aboutissent pas), il refuse de s'engager pleinement aux c&#244;t&#233;s de Berlin contre les Alli&#233;s. En 1943, quelques volontaires phalangistes partent se battre sur le front sovi&#233;tique dans les rangs de la Wehrmacht. Mais le soutien de Madrid s'arr&#234;te l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le ma&#238;tre de l'Espagne a-t-il per&#231;u que les totalitarismes italien et allemand n'avaient pas d'avenir ? En tous les cas, la prudence de son attitude lui permet de ne pas se compromettre dans l'alliance que lui propose le F&#252;hrer. En 1945, quand les Anglo-am&#233;ricains et les Sovi&#233;tiques abattent les id&#233;ologies fascistes et leurs partisans, son autorit&#233; ne vacille pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les tensions internationales que produit la Guerre Froide servent remarquablement le &#171; Caudillo &#187;. Certes les d&#233;mocraties europ&#233;ennes critiquent les mani&#232;res brutales du Franquisme, ses exc&#232;s, son manque de transparence. Elles lui reconnaissent n&#233;anmoins le m&#233;rite de prot&#233;ger la p&#233;ninsule du d&#233;ferlement communiste que beaucoup redoutent. Bien que d&#233;veloppant une id&#233;ologie politique tr&#232;s &#233;loign&#233;e de celle de Franco, les Etats-Unis s'appuient pourtant sur le dictateur : l'Espagne n'adh&#232;re pas &#224; l'OTAN mais elle passe avec Washington des accords militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 20 Novembre 1975 (Date de la mort du dirigeant) annonce au pays qu'une page se tourne. La nation en termine avec une p&#233;riode difficile de son Histoire. Les fractures issues de la Guerre Civile peuvent commencer &#224; cicatriser lentement. La restauration de la Monarchie accompagne l'installation de la D&#233;mocratie. L'ouverture des fronti&#232;res, l'entr&#233;e du royaume dans la communaut&#233; europ&#233;enne ancre solidement la p&#233;ninsule au continent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'histoire oubli&#233;e des Pieds Noirs d'Alg&#233;rie.</title>
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&lt;p&gt;Il y a peu, une &#233;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e offrait la parole aux Pieds Noirs d'Alg&#233;rie. Devant le journaliste qui les &#233;coutait sans un mot, comme s'il craignait rompre le fil des t&#233;moignages, des hommes, des femmes d'une cinquantaine d'ann&#233;es, revenus en m&#233;tropole au moment des &#233;v&#232;nements de 1962, ranimaient, avec &#233;motion et sinc&#233;rit&#233;, les heures douloureuses d'un pass&#233; aujourd'hui mal connu. &lt;br class='autobr' /&gt; A &#233;couter les propos des anciens colons, dont beaucoup furent victimes des exactions du FLN, tous le rappelaient, il (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Il y a peu, une &#233;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e offrait la parole aux Pieds Noirs d'Alg&#233;rie. Devant le journaliste qui les &#233;coutait sans un mot, comme s'il craignait rompre le fil des t&#233;moignages, des hommes, des femmes d'une cinquantaine d'ann&#233;es, revenus en m&#233;tropole au moment des &#233;v&#232;nements de 1962, ranimaient, avec &#233;motion et sinc&#233;rit&#233;, les heures douloureuses d'un pass&#233; aujourd'hui mal connu. &lt;br /&gt; A &#233;couter les propos des anciens colons, dont beaucoup furent victimes des exactions du FLN, tous le rappelaient, il &#233;tait difficile de ne pas songer aux articles parus dans la presse fran&#231;aise apr&#232;s la fusillade meurtri&#232;re de la rue d'Isly &#224; Alger, le 26 Mars 1962 (Ce jour l&#224;, un rassemblement de Fran&#231;ais hostiles aux accords d'Evian est dispers&#233; dans le sang). &#171; Fascistes &#187;, &#171; Colonisateurs &#187;, &#171; Exploiteurs &#187;, les m&#234;mes mots revenaient sous la plume des journalistes quand ils d&#233;crivaient les manifestants du d&#233;fil&#233;. Quarante ans plus tard, les survivants de la trag&#233;die expliquaient ne pas se reconna&#238;tre dans le portrait dress&#233; d'eux &#224; l'&#233;poque. Nul n'avait, selon eux, fait davantage que d'exprimer le d&#233;sir sinc&#232;re de vivre en paix sur la terre de son enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La retransmission des reportages, o&#249; les Pieds Noirs ont l'occasion de livrer le r&#233;cit de leur v&#233;cu, est r&#233;v&#233;latrice d'une attitude nouvelle quant au pass&#233; de la pr&#233;sence fran&#231;aise en Afrique du Nord. Les brutalit&#233;s commises par les maquisards ou les militaires pendant la guerre d'Alg&#233;rie sont aujourd'hui bien connues. Des livres, des rapports alimentent r&#233;guli&#232;rement la question de la torture dans les prisons de l'arm&#233;e, &#233;voquent pr&#233;cis&#233;ment les attentats sanglants perp&#233;tr&#233;s par les organisations du FLN, de l'OAS, ou rappellent les r&#232;glements de compte meurtriers survenus entre nationalistes eux- m&#234;mes. &lt;br /&gt; N&#233;anmoins, les souffrances endur&#233;es par les colons &#224; l'&#233;poque de l'ind&#233;pendance ou apr&#232;s le rapatriement en m&#233;tropole sont toujours ignor&#233;es. Comme si renon&#231;ant &#224; l'Alg&#233;rie, la R&#233;publique souhaitait ne plus se souvenir de ces citoyens (Alsaciens, Corses, M&#233;ridionaux&#8230;) partis un jour vivre au del&#224; de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A cela, plusieurs explications. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D'abord, depuis la conqu&#234;te de 1830, une &#233;vidente coupure g&#233;ographique (Des centaines de kilom&#232;tres s&#233;parent l'hexagone de sa colonie) isole les Fran&#231;ais install&#233;s au Maghreb. L'&#233;loignement, que les liaisons maritimes ne peuvent pas compenser, complique le dialogue et entretient un sentiment ancien d'indiff&#233;rence (Puis une profonde incompr&#233;hension quand se produisent les &#233;v&#232;nements de 1954). Assur&#233;ment, en Europe, l'opinion publique, d'ailleurs confort&#233;e dans ses certitudes par les propos d'une partie de la presse, n'approuve plus, &#224; l'instant o&#249; la perte des d&#233;partements nord africains appara&#238;t in&#233;vitable, l'attitude de Pieds Noirs r&#233;solus &#224; d&#233;fendre le principe d'une Alg&#233;rie fran&#231;aise. L'utilisation habituelle de sobriquets pour d&#233;signer l'une ou l'autre des deux communaut&#233;s (&#171; Pieds Noirs &#187;, &#171; Alg&#233;riens &#187;) t&#233;moigne qu'effectivement, une m&#233;fiance tenace s'est install&#233;e entre les rivages de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les r&#233;ticences, voire le refus cat&#233;gorique de la soci&#233;t&#233; coloniale lorsque certains parlementaires envisagent prudemment la mise en &#339;uvre d'une &#233;galit&#233; politique au Maghreb, d&#233;gradent indiscutablement les repr&#233;sentations que la m&#233;tropole construit de ses lointains compatriotes. Les articles violents des journaux quand ils &#233;voquent les victimes de la fusillade rue d'Isly sont le reflet de cette image v&#233;hicul&#233;e &#224; Paris, &#224; Bordeaux ou ailleurs. Si on ne les qualifie pas de &#171; fascistes &#187;, ou d' &#171; exploiteurs &#187;, les Pieds Noirs sont alors vus comme des citoyens de seconde zone. R&#233;duire les Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie &#224; une minorit&#233; vivant des souffrances de la population arabe est bien &#233;videmment fournir une vision tr&#232;s caricatur&#233;e de la r&#233;alit&#233; (M&#234;me si l'on ne peut contester les d&#233;rapages de quelques uns). Beaucoup appartiennent &#224; des groupes sociaux relativement modestes : petits fonctionnaires, employ&#233;s, ouvriers, artisans. Ce constat pos&#233;, l'image du Fran&#231;ais propri&#233;taire de vastes domaines agricoles sur lesquels s'&#233;puiseraient des salari&#233;s arabes mal pay&#233;s perd de son cr&#233;dit. (M&#234;me si elle n'est pas totalement fausse).&lt;br /&gt; Parce qu'ils sont m&#233;connus des m&#233;tropolitains, l'int&#233;gration des rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie en Europe pose probl&#232;me. D&#233;barqu&#233;s sur le port de Marseille ou &#224; Orly, encombr&#233;s des seuls bagages qu'ils ont pu emporter avec eux, les exil&#233;s se heurtent &#224; l'indiff&#233;rence, &#224; la m&#233;fiance ou au ressentiment de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quarante ans apr&#232;s les Accords d'Evian, il faut bien le dire, la parole des colons d'autrefois trouve toujours peu d'&#233;cho. Ceux que l'on appelait par d&#233;rision ou m&#233;pris &#171; les Alg&#233;riens &#187; rappellent l'humiliation d'une nation confront&#233;e au pass&#233; douloureux de la d&#233;colonisation. Eprouv&#233;s par les difficult&#233;s de leur int&#233;gration, les Pieds Noirs se sont longtemps r&#233;fugi&#233;s dans le silence : personne ne souhaitait entendre la parole d'hommes et de femmes qui, tout autant que les Musulmans, avaient cruellement ressenti les violences de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Deux &#233;v&#232;nements, oubli&#233;s de l'histoire officielle, m&#233;riteraient pourtant une plus large &#233;tude car ils soulignent le sentiment de d&#233;sarroi des Europ&#233;ens d'Alger apr&#232;s l'ind&#233;pendance. &lt;br /&gt; V&#233;cue comme un soulagement l&#233;gitime en m&#233;tropole, la signature des Accords d'Evian retentit aux oreilles des colons comme un sinistre glas : celui de la pr&#233;sence fran&#231;aise au Maghreb. Pour les Pieds Noirs, la question est d'une effrayante simplicit&#233; : rester sur place, dans le pays de son enfance ? Quitter la terre familiale ? Abandonner tout ce que l'on a b&#226;ti ? Le GPRA (Gouvernement Provisoire de la R&#233;publique Alg&#233;rienne) garantit en principe la s&#233;curit&#233; aux Occidentaux qui souhaitent demeurer sur place. L'accumulation des ranc&#339;urs et l'attitude extr&#234;me de l'OAS (Organisation de l'Arm&#233;e Secr&#232;te), qui n'accepte pas les n&#233;gociations engag&#233;es &#224; Evian, rendent malgr&#233; tout l'avenir tr&#232;s instable. Les partisans du FLN pr&#233;viennent : pour les Fran&#231;ais d'Alger, d'Oran et d'ailleurs, il faudra choisir entre &#171; la valise ou le cercueil &#187;. Tandis que des centaines de personnes s'embarquent &#224; la h&#226;te pour l'hexagone, les derniers colons d'Alger esp&#232;rent encore un retournement, bien improbable, de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En fait, les Accords du 18 Mars 1962 relancent plus qu'ils ne les r&#232;glent les violences. La partie est d&#233;sormais perdue, mais les membres de l'OAS poursuivent un combat sans issue : persuad&#233;s qu'un soul&#232;vement massif des Musulmans finirait par entra&#238;ner l'intervention de l'arm&#233;e et la rupture des n&#233;gociations d'Evian, l'Arm&#233;e Secr&#232;te multiplie les provocations : assassinats d'Arabes, attentats aveugles&#8230;.Le stratag&#232;me ne fonctionne pas : non seulement les brutalit&#233;s accentuent la fracture entre communaut&#233;s europ&#233;enne et maghr&#233;bine mais elles isolent un peu plus encore l'OAS. Recherch&#233;s et traqu&#233;s par les forces de l'ordre, dont la seule consigne est de maintenir le calme jusqu'&#224; l'&#233;vacuation du pays, les activistes se r&#233;fugient dans le quartier de Bab El Oued, &#224; Alger. Les autorit&#233;s font boucler le secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les colons r&#233;agissent vivement. Le 26 Mars, beaucoup r&#233;pondent aux appels de l'OAS et montent sur Bab El Oued. Des cordons militaires bloquent le passage et emp&#234;chent la foule d'avancer. Un mouvement de col&#232;re parcourt les rangs, la tension monte. La trag&#233;die se produit lorsqu'une fusillade &#233;clate. Il est encore d&#233;licat d'en d&#233;celer l'origine pr&#233;cise : provocation ultime des partisans de l'OAS ? Affolement d'un jeune officier d&#233;pass&#233; par la situation ? Quelques mitrailleuses balayent pendant un quart d'heure les rues du quartier. Au milieu de la panique g&#233;n&#233;rale et des cris, des dizaines de personnes s'effondrent sur le pav&#233;. Les bilans officiels avancent un chiffre de 46 morts. Selon certains historiens, le nombre de victimes pourrait &#234;tre comparable &#224; celui du 17 Octobre 1961 parce que des bless&#233;s d&#233;c&#232;dent encore apr&#232;s leur transfert dans les h&#244;pitaux de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'&#233;v&#232;nement produit, on s'en doute, de nombreuses r&#233;actions. En m&#233;tropole, quelques journalistes interpr&#232;tent les manifestations comme le soul&#232;vement d&#233;sesp&#233;r&#233;e et inutile de colons mobilis&#233;s par l'OAS. L'arm&#233;e aurait alors l&#233;gitimement r&#233;prim&#233; l'agitation. &lt;br /&gt; A entendre les rescap&#233;s du massacre, il est clair que les articles de la presse correspondent mal &#224; la r&#233;alit&#233; des faits. Une femme interrog&#233;e sur sa pr&#233;sence dans les d&#233;fil&#233;s expliquait avoir voulu gagner Bab El Oued pour soutenir et apaiser les habitants bloqu&#233;s dans le quartier. &lt;br /&gt; D'autres survivants de la trag&#233;die &#233;voquent quant &#224; eux une machination pour briser les derni&#232;res r&#233;sistances de la communaut&#233; coloniale et acc&#233;l&#233;rer le processus de rapatriement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La fusillade de la rue d'Isly est le produit d'un d&#233;rapage incontestable. Si les sp&#233;cialistes ont maintenant &#233;clairci les m&#233;canismes de la r&#233;pression du 17 Octobre 1961, la journ&#233;e du 26 Mars 1962 reste &#224; explorer. Il est donc, en l'&#233;tat des travaux actuels, assez difficile d'obtenir une vision exacte des circonstances du drame. Les historiens devront &#233;tablir les responsabilit&#233;s de chacun. Il est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r que cet &#233;pisode sanglant de la guerre d'Alg&#233;rie n'a pas fini de susciter d'actives pol&#233;miques. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Autre moment fort de la trag&#233;die v&#233;cue par les Pieds Noirs, les violences survenues dans la r&#233;gion d'Oran, le 5 Juillet 1962. Quelques jours apr&#232;s l'ind&#233;pendance, des centaines d'Alg&#233;riens d&#233;filent dans les rues de la ville, drapeaux en t&#234;te. L'ambiance semble plut&#244;t pacifique. Mais un coup de feu inattendu pr&#233;cipite brutalement les &#233;v&#232;nements. Les esprits sont encore marqu&#233;s des exactions commises depuis plusieurs semaines par les partisans de l'OAS. Aussi imagine-t-on que l'Arm&#233;e Secr&#232;te ex&#233;cute le plan d'un complot pr&#233;par&#233; de longue date. Une panique inexplicable, incontr&#244;l&#233;e s'empare des manifestants. Les c&#233;l&#233;brations de la victoire tournent en chasse &#224; l'homme. Les cibles : les colons que l'on rencontre au hasard des rues. Les tueries se prolongent jusqu'aux environs de 17 heures. Dans leurs casernes, les 18000 soldats fran&#231;ais pr&#233;sents sur place assistent aux massacres sans s'interposer. Le g&#233;n&#233;ral responsable des troupes a re&#231;u l'ordre de ne pas intervenir. En fin d'apr&#232;s midi, quelques militaires se risquent &#224; sortir et porter les premiers secours. Mais il est bien trop tard : les bilans officiels font &#233;tat de 400 morts. Sans doute les chiffres ne prennent-ils pas en compte les dizaines de disparus recens&#233;es. Certains t&#233;moins avancent un nombre de 3000 victimes. La r&#233;alit&#233; se situerait plut&#244;t aux alentours de 800.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les massacres d'Oran, une manifestation pacifique qui aurait mal tourn&#233;. Les survivants de la trag&#233;die n'y croient pas : des r&#233;cits soulignent que des armes circulaient entre manifestants le matin des c&#233;l&#233;brations de l'ind&#233;pendance. &lt;br /&gt; Toute la lumi&#232;re n'a pas encore &#233;t&#233; faite : les &#233;v&#232;nements restent toujours un &#233;pisode obscur de la guerre d'Alg&#233;rie...&lt;br /&gt; Egalement m&#233;connus et peu m&#233;diatis&#233;s en m&#233;tropole, les enl&#232;vements d'Europ&#233;ens ce m&#234;me mois de Juillet 1962. Des dizaines de personnes, issues de la communaut&#233; occidentale, disparaissent sans laisser de trace. Peu nombreux seront ceux que l'on retrouvera vivants. Des autres, moins chanceux, personne n'aura jamais plus de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les tueries d'Oran sont le dernier acte de la d&#233;colonisation en Afrique du Nord. Les op&#233;rations de rapatriement s'acc&#233;l&#232;rent. A la fin de l'&#233;t&#233;, il ne reste plus en Alg&#233;rie que 100000 Fran&#231;ais (Sur un total d'un million). Les exil&#233;s d&#233;barquent &#224; Marseille, &#224; Paris sur un sol qu'ils ne connaissent pas, dans un pays peu dispos&#233; &#224; les accueillir. Les arrivants ne poss&#232;dent plus rien, ils ont tout laiss&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. &lt;br /&gt; Dans les premiers temps, il faut se contenter d'un logement de fortune, parfois dormir dans les rues. L'int&#233;gration sera difficile, les Pieds Noirs auront &#224; affronter l'indiff&#233;rence et le ressentiment de leurs compatriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Reconstruire l'histoire douloureuse des Europ&#233;ens d'Alg&#233;rie au moment de la d&#233;colonisation n'est pas nier les souffrances et les brimades de la communaut&#233; arabe. Les historiens commencent juste &#224; se pencher sur une question longtemps ignor&#233;e de notre pass&#233;. Ils auront certainement &#224; montrer ce que les guerres du XX&#176; si&#232;cle nous ont appris : les d&#233;chirements sanglants d'un peuple, d'un pays ne font jamais aucune distinction. Pas de &#171; Bons &#187;, pas de &#171; M&#233;chants &#187;, juste des hommes et des femmes confront&#233;s aux souffrances qu'un conflit produit n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#233;v&#232;nements de S&#233;tif ou l'autre 8 Mai 1945.</title>
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&lt;p&gt;Le succ&#232;s emport&#233; par le film Indig&#232;nes lors de sa sortie sur les &#233;crans de cin&#233;ma t&#233;moigne, s'il en &#233;tait encore besoin, que le pass&#233; colonial de la France est plus que jamais un sujet d'actualit&#233;. L'int&#233;r&#234;t nouveau port&#233; &#224; la question traduit les interrogations et les doutes d'une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise confront&#233;e aux heures les plus sensibles de son histoire. Fouiller la m&#233;moire d'un pays pour y d&#233;couvrir des v&#233;rit&#233;s ignor&#233;es, falsifi&#233;es ou manipul&#233;es produit souvent de violentes pol&#233;miques, ranime les passions et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le succ&#232;s emport&#233; par le film Indig&#232;nes lors de sa sortie sur les &#233;crans de cin&#233;ma t&#233;moigne, s'il en &#233;tait encore besoin, que le pass&#233; colonial de la France est plus que jamais un sujet d'actualit&#233;. L'int&#233;r&#234;t nouveau port&#233; &#224; la question traduit les interrogations et les doutes d'une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise confront&#233;e aux heures les plus sensibles de son histoire. Fouiller la m&#233;moire d'un pays pour y d&#233;couvrir des v&#233;rit&#233;s ignor&#233;es, falsifi&#233;es ou manipul&#233;es produit souvent de violentes pol&#233;miques, ranime les passions et fragilise &#224; certains &#233;gards la coh&#233;sion de la nation. Les douloureux souvenirs de Vichy n'ont pas encore fini d'alimenter les d&#233;bats entre sp&#233;cialistes et t&#233;moins de l'Occupation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le constat est le m&#234;me quant &#224; la pr&#233;sence des Fran&#231;ais en Afrique du Nord. Quarante ans apr&#232;s la guerre d'Alg&#233;rie, il est toujours aussi d&#233;licat d'aborder sereinement le conflit tant les enjeux mis en &#339;uvre sont nombreux et puissants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les historiens le savent bien : travailler sur la d&#233;colonisation demande beaucoup de prudence et de mesure. Il n'est pas forc&#233;ment simple d'&#233;voquer les Accords d'Evian avec le d&#233;tachement d'un intellectuel &#233;tudiant des textes vieux de quelques centaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconstruction du pass&#233; colonial de la France est d'autant plus n&#233;cessaire qu'elle ach&#232;ve des d&#233;cennies d'oubli, de silence et, parfois, de mensonges. Les heures tragiques de 1962 ont envelopp&#233; la m&#233;moire collective d'un voile opaque. Parce qu'ils ne voulaient pas raviver les blessures du pass&#233;, parce qu'ils avaient le sentiment d'&#234;tre incompris ou marginalis&#233;s, ignor&#233;s d'une soci&#233;t&#233; humili&#233;e, les acteurs de la guerre d'Alg&#233;rie (Soldats responsables ou non des tortures commises sur les prisonniers du FLN, Pieds Noirs rapatri&#233;s dans les conditions les plus difficiles) se sont tus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans le fond, l'histoire heurt&#233;e de la d&#233;colonisation du Maghreb int&#233;resse beaucoup de monde : colons ou militaires soucieux de transmettre un t&#233;moignage personnel, harkis en qu&#234;te de reconnaissance nationale, jeunesse issue de l'immigration &#224; la recherche d'explications quant &#224; ses origines, hommes politiques confront&#233;s aux attentes d'Anciens Combattants pour l'instauration officielle d'une journ&#233;e consacr&#233;e au souvenir des soldats tu&#233;s en Afrique du Nord, personnel de l'Education (Comment enseigner un fait &#224; partir d'informations incompl&#232;tes, d&#233;form&#233;es ou manipul&#233;es ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle implique dans le d&#233;bat historiens et t&#233;moins directs des &#233;v&#232;nements, la question alg&#233;rienne entretient les passions. A la subjectivit&#233; naturelle d'un protagoniste pr&#233;sentant une vision, n&#233;cessairement r&#233;duite, d'un &#233;v&#232;nement comme la garantie certaine de LA v&#233;rit&#233;, l'historien oppose, quand il ne travaille sous aucune pression politique ou religieuse, la froide r&#233;alit&#233; d'un fait, sans &#233;motion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entre le t&#233;moin, attach&#233; au r&#233;cit personnel qu'il a construit de son v&#233;cu, de son ressenti, de ses opinions et le sp&#233;cialiste convaincu d'un travail rigoureux et m&#233;thodique, l'entente est parfois difficile. Les pol&#233;miques sont d'autant plus vives que les enjeux affectifs sont puissants. Comment &#233;voquer les tortures exerc&#233;es sur certains membres du FLN sans rappeler qu'au lendemain de l'ind&#233;pendance (Et m&#234;me avant) des dizaines de colons ont disparu, enlev&#233;s par les maquisards d'une organisation ind&#233;pendantiste ? Comment parler des op&#233;rations sanglantes de l'arm&#233;e dans la Casbah d'Alger sans souligner les atroces repr&#233;sailles men&#233;es par le FLN &#224; l'encontre de rivaux politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proposer une histoire coloniale de la France n'est donc pas une mince affaire. Les enjeux politiques se m&#234;lent aux enjeux passionnels et compliquent les d&#233;bats. Car il y a effectivement autour de la d&#233;colonisation des enjeux politiques. L'attitude m&#234;me des autorit&#233;s fran&#231;aises apr&#232;s la perte du Maghreb traduit les difficult&#233;s de la nation &#224; envisager sereinement les marques douloureuses des ann&#233;es 1954-1962. Quarante ann&#233;es sont n&#233;cessaires &#224; la reconnaissance officielle d'une notion que la IV&#176; R&#233;publique n' emploie jamais lorsqu'elle &#233;voque les faits survenus en Alg&#233;rie : celle d'une guerre authentique. Tout au plus, les dirigeants consentent-ils &#224; parler &#034;d'&#233;v&#232;nements&#034; quand les troupes du g&#233;n&#233;ral Massu interviennent dans la Casbah d'Alger. Une attitude porteuse d' arri&#232;re- pens&#233;es, un moyen de dissimuler la gravit&#233; de la situation dans les Aur&#232;s ou &#224; Oran, une mani&#232;re aussi de nier l'existence d'un &#233;tat alg&#233;rien souverain puisque seul un &#233;tat ind&#233;pendant et reconnu peut livrer une guerre. L'instauration, tr&#232;s attendue, de la journ&#233;e consacr&#233;e au souvenir des combattants morts en Afrique du Nord (La date du 5 D&#233;cembre, choisie par le gouvernement suscite un vif d&#233;bat dans les associations de v&#233;t&#233;rans) proc&#232;de de la m&#234;me volont&#233; de red&#233;couvrir un pan oubli&#233; du pass&#233; national. Dans les manuels scolaires le conflit, longtemps pr&#233;sent&#233; sur un paragraphe de quelques lignes comme une simple p&#233;rip&#233;tie de la d&#233;colonisation, trouve enfin sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup reste &#224; accomplir. Le difficile travail de m&#233;moire entrepris en est encore &#224; son prologue. Il revient aux historiens d'envisager sous tous ses aspects la question coloniale, sans timidit&#233;, sans repentance excessive. Certains &#233;pisodes enfouis dans la m&#233;moire collective sont &#224; red&#233;couvrir, des tabous sont &#224; lever. Tels les &#233;v&#232;nements meurtriers survenus dans la r&#233;gion du Constantinois le 8 Mai 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Mai 1945. Un moment conserv&#233; dans les esprits comme celui de la victoire sur le nazisme. Partout en Europe, des millions de personnes descendent dans les rues et c&#233;l&#232;brent la fin de six ann&#233;es d'occupation allemande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis qu'&#224; Paris la foule se rassemble sur les Champs Elys&#233;e et d&#233;file, drapeaux en t&#234;te, de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e, le sang coule. Un drame oubli&#233;. Un drame cach&#233;. Un drame longtemps ignor&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, une s&#233;rie de manifestations organis&#233;e &#224; l'occasion de la victoire alli&#233;e s'ach&#232;vent en &#233;meute : quelques milliers de Musulmans, surexcit&#233;s et r&#233;solus, s'en prennent aux Europ&#233;ens du Constantinois. Le bilan est lourd, les autorit&#233;s coloniales d&#233;plorent une centaine de morts, autant de bless&#233;s, une dizaine de femmes outrag&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression engag&#233;e d&#232;s le lendemain par l'arm&#233;e fran&#231;aise est &#224; la mesure de la peur que les Pieds Noirs ont ressenti. Il est toujours tr&#232;s difficile de dresser une comptabilit&#233; fiable des op&#233;rations conduites : tandis que l'Alg&#233;rie avance des chiffres ne reposant sur aucune certitude (45000 tu&#233;s), les autorit&#233;s de la IV&#176; R&#233;publique &#233;voquent un nombre de disparus en de&#231;&#224; des r&#233;alit&#233;s (1500 personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits survenus animent aujourd'hui encore de vifs d&#233;bats entre sp&#233;cialistes parce qu'au fil des t&#233;moignages recueillis et des documents d&#233;pouill&#233;s, il est bien difficile de d&#233;gager les causes profondes de la trag&#233;die. D&#233;fil&#233;s spontan&#233;s de manifestants musulmans qui auraient mal tourn&#233; pour certains, complot imagin&#233; par les organisations ind&#233;pendantistes de l'&#233;poque ou provocation colonialiste pour d'autres, chacun avance son interpr&#233;tation des faits, avec parfois en t&#234;te certaines arri&#232;re pens&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'historien revient donc le travail essentiel mais d&#233;licat d'&#233;claircir le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, un puissant courrant nationaliste agite le Maghreb. Cela n'est pas nouveau : la pr&#233;sence europ&#233;enne en Afrique du Nord est mal ressentie. Des &#233;lites de la communaut&#233; arabe, instruites des principes de la culture occidentale, r&#233;clament la mise &#339;uvre d'une &#233;galit&#233; politique pour tous : la citoyennet&#233; nationale ne serait plus le seul privil&#232;ge de la soci&#233;t&#233; coloniale. En m&#233;tropole, certains parlementaires (Blum entre autres) appuient le projet d'une int&#233;gration des Musulmans &#224; la R&#233;publique. Le front r&#233;solu des d&#233;put&#233;s Pieds Noirs d&#233;termin&#233;s &#224; n'accepter aucun compromis sur la question, bloque toutes les r&#233;formes envisag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat men&#233; contre les forces du nazisme provoque la rupture : le sacrifice de milliers de soldats arabes consenti au nom de la France Libre sur les fronts d'Italie, de Provence ou d'Alsace radicalise les revendications. Les milieux nationalistes n'&#233;voquent plus seulement la possibilit&#233; d'une Alg&#233;rie autonome f&#233;d&#233;r&#233;e &#224; la France. L'id&#233;e d'une souvrainet&#233; pleine et enti&#232;re fait son chemin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ferhat Abbas imagine en 1944 une organisation politique in&#233;dite, &#171; Les Amis du Manifeste et de la Libert&#233; &#187; (AML). De nombreux sympathisants rejoignent les rangs du mouvement et se rangent assez vite aux c&#244;t&#233;s de Messali Hadj, leader du PPA (Parti du Peuple Alg&#233;rien). Les exigences du personnage sur la question nationale (Obtention d'une ind&#233;pendance totale et imm&#233;diate, si n&#233;cessaire par les armes) lui permettent de rallier ceux que la politique plus mod&#233;r&#233;e de Abbas d&#233;&#231;oit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La tenue d'un congr&#232;s de l' AML, en Mars 1945 &#224; Alger est l'occasion pour Hadj d'emporter l'adh&#233;sion d'une importante fraction du mouvement. C'est aussi pour les autorit&#233;s fran&#231;aises un avertissement s&#233;rieux : la solution d'une autonomie alg&#233;rienne obtenue dans le cadre de n&#233;gociations avec la m&#233;tropole ne s&#233;duit plus. Le message est d&#233;sormais sans &#233;quivoque : le succ&#232;s de Hadj traduit l'influence croissante des partisans d'une ind&#233;pendance sans condition. L'inqui&#232;tude s'installe chez les Europ&#233;ens : le gouverneur g&#233;n&#233;ral Chataigneau, responsable au nom de la r&#233;publique, des d&#233;partements nords africains, chosit d'appaiser les tensions et fait exiler au Congo le leader du PPA. Le geste provoque plusieurs incidents graves &#224; Alger au d&#233;but du mois de Mai 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand survient la capitulation allemande, les accrochages cons&#233;cutifs &#224; l'arrestation de Hadj r&#233;sonnent comme une mise en garde adress&#233;e &#224; la m&#233;tropole : les nationalistes sont parfaitement conscients de leur audience aupr&#232;s des populations musulmanes. Les rumeurs d'une insurrection g&#233;n&#233;rale en Alg&#233;rie circulent un peu partout dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 Mai 1945, &#224; S&#233;tif, comme ailleurs dans le Constantinois, les c&#233;l&#233;brations de la victoire alli&#233;e mobilisent la ville. Vers huit heures du matin, de cinq &#224; six mille Musulmans se r&#233;unissent dans les rues, pr&#233;c&#233;d&#233;s de drapeaux am&#233;ricains, britanniques ou fran&#231;ais. Les forces de l'ordre encadrent les d&#233;fil&#233;s. La situation d&#233;g&#233;n&#232;re lorsque surgissent de la foule des banderoles aux couleurs alg&#233;riennes et que r&#233;sonnent les premiers slogans nationalistes : &#034;Nous sommes tous &#233;gaux !&#034;, &#034;A bas le colonialisme !&#034;. La police rep&#232;re rapidement les meneurs et intervient aussit&#244;t. Une vague de col&#232;re parcourt les rangs des manifestants. L'instant d'apr&#232;s, une fusillade &#233;clate sans que l'on en connaisse pr&#233;cisemment les responsables. A ce sujet, rien n'a jamais &#233;t&#233; clairement &#233;tabli : tandis que certains incriminent les gendarmes arriv&#233;s sur place (L'un d'eux aurait abattu le porteur d'un drapeau alg&#233;rien), d'autres &#233;voquent la provocation de colons, qui depuis leurs balcons, auraient ouvert le feu. Quant aux participants eux-m&#234;mes, nul ne peut assurer que des armes n'aient pas circul&#233; de mains en mains. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs personnes s'&#233;ffondrent sur le pav&#233;, touch&#233;es par les tirs. Les repr&#233;sailles sont imm&#233;diates : sous le regard impuissant de policiers d&#233;bord&#233;s, des &#233;meutiers arabes s'en prennent aux Europ&#233;ens qu'ils rencontrent dans les rues. Vingt neuf personnes succombent sous les coups, dans des conditions particuli&#232;rement atroces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#232;nements r&#233;sonnent comme un signal &#224; travers le Constantinois. L'apr&#232;s midi, des troubles similaires se produisent &#224; Guelma o&#249; une manifestation s'&#233;branle vers 16 heures. L'apparition de drapeaux alg&#233;riens pr&#233;cipitent les &#233;v&#232;nements. Les nouvelles venues de S&#233;tif amplifient l'agitation. Les troubles gagnent &#233;galement les campagnes proches : plusieurs fermes isol&#233;es sont attaqu&#233;es puis incendi&#233;es, des colons massacr&#233;s avec leurs familles. Les m&#234;mes sc&#232;nes se jouent un peu partout dans la r&#233;gion. Les bilans dress&#233;s font &#233;tat d'une centaine d'assassinats et de plusieurs cas de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la r&#233;pression engag&#233;e quelques jours plus tard par l'arm&#233;e exprime les vives inqui&#232;tudes des autorit&#233;s. Dix mille militaires sont mobilis&#233;s pour les op&#233;rations. Les zones o&#249; se sont produits les premiers soul&#232;vements font l'objet d'un ratissage syst&#233;matique : ex&#233;cutions sommaires, bombardements aveugles de l'aviation ou de la marine (Deux croiseurs tirent 800 coups de canon depuis la rade de Bougie), d&#233;rapages inqualifiables pass&#233;s inaper&#231;us au c&#339;ur des repr&#233;sailles entra&#238;nent la mort de centaines de personnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les derniers foyers d'agitation tombent le 25 Mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes ult&#233;rieures, men&#233;es pour &#233;valuer les conditions dans lesquelles fut conduite la r&#233;pression, soulignent les attitudes et les responsabilit&#233;s des fonctionnaires de la R&#233;publique. A Guelma, les directives du sous-pr&#233;fet Achiary sont particuli&#232;rement dures. &#171; Lui seul a d&#233;clench&#233; puis entretenu par ses exigences la plus impitoyable r&#233;pression que l'Alg&#233;rie n'ait jamais connu &#187; affirme un rescap&#233; des massacres. Ailleurs, des t&#233;moignages signalent la disparition de nombreux cadavres dans des fours &#224; chaux, disparitions dont le pr&#233;fet de Constantine semble avoir eu connaissance au moment des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens s'accordent tous sur l'ampleur in&#233;dite des repr&#233;sailles men&#233;es &#224; l'encontre des Musulmans. Mais beaucoup se divisent quant aux bilans des tueries. 1500 victimes, comme l'ont affirm&#233; les sources officielles de la IV&#176; R&#233;publique ? Sans doute bien plus. Sans avoir de certitudes pr&#233;cises, les sp&#233;cialistes estiment qu'au moins 5000 personnes ont trouv&#233; la mort au cours des journ&#233;es de Mai 1945. Quelques uns proposent un chiffre oscillant entre 20000 et 30000 disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des exactions commises, que de nombreux t&#233;moins ont &#233;voqu&#233;, les explications des faits survenus font l'objet de controverses tr&#232;s d&#233;battues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain m&#234;me des massacres, chacun tente, comme il le peut, d'apporter un d&#233;but de r&#233;ponse aux questions que l'opinion publique, du reste assez mal inform&#233;e, se pose. Pour les communistes et les socialistes, des provocations colonialistes, d&#233;lib&#233;r&#233;es et r&#233;fl&#233;chies, seraient &#224; l'origine des violences. Un moyen efficace de mettre en &#339;uvre la r&#233;pression militaire qui seule pouvait briser le courrant nationaliste. Le gouverneur g&#233;n&#233;ral de l'Alg&#233;rie invoque &#233;galement l'hypoth&#232;se du complot, mais d'un complot orchestr&#233; par les milieux ind&#233;pendantistes. Les partisans du PPA auraient profit&#233; des c&#233;l&#233;brations du 8 Mai pour d&#233;clencher une insurrection g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens ont apport&#233; leurs conclusions. C&#244;t&#233; alg&#233;rien, plusieurs sp&#233;cialistes estiment que les d&#233;fil&#233;s de S&#233;tif expriment l' immense liesse populaire cons&#233;cutive &#224; la capitulation allemande. L'intervention aussi brutale qu'inexpliqu&#233;e des forces de l'ordre serait &#224; l'origine des premiers d&#233;rapages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux r&#233;alis&#233;s en France interpr&#232;tent les &#233;v&#232;nements autrement. Un peu comme le supposait le gouverneur d'Alg&#233;rie en son temps, un projet de soul&#232;vement occupait les milieux nationalistes depuis le d&#233;but 1945. Hadj r&#233;fl&#233;chissait &#224; l'organisation d'une insurrection et avait rencontr&#233; plusieurs fois ses compagnons. Son arrestation et son exil au Congo en Mars 1945 &#233;branlaient certes les plans du PPA mais la rumeur qu'un appel &#224; la r&#233;volte &#233;tait pr&#233;vu pour la fin Mai 1945 circulait dans le Constantinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 Mai 1945, profitant des manifestations pacifiques de la victoire, des partisans nationalistes se seraient d&#233;cid&#233;s &#224; d&#233;clencher le soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral que le PPA pr&#233;voyait un peu plus tard (Ce qui fournit une explication satisfaisante quant &#224; l'apparition rapide de drapeaux aux couleurs alg&#233;riennes dans les rangs des manifestants).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble donc &#224; la lumi&#232;re des conclusions fournies par les sp&#233;cialistes de la question que les organisations ind&#233;pendantistes, encore mal pr&#233;par&#233;es &#224; la lutte arm&#233;e, aient &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;es par une puissante d&#233;termination populaire. En fin de compte, l'efficacit&#233; de la propagande nationaliste para&#238;t avoir parfaitement fonctionn&#233; et mobilis&#233; au service de la cause alg&#233;rienne une large partie de la communaut&#233; arabe. Mais, le 8 Mai 1945, les dirigeants du AML n'avaient donn&#233; aucun mot d'ordre pr&#233;cis. Il &#233;tait trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu m&#233;diatis&#233;s en France parce que l'arm&#233;e n'y joue pas le plus beau r&#244;le et parce qu'ils surviennent aussi le jour de la capitulation allemande, les &#233;v&#232;nements de S&#233;tif sont longtemps rest&#233;s ignor&#233;s de l'histoire officielle. A l'&#233;poque, ils retentissent comme un douloureux avertissement : entre colons europ&#233;ens et Arabes, la rupture est maintenant consomm&#233;e. A l'incompr&#233;hension, &#224; la m&#233;fiance s'ajoute aussi la certitude que la cohabitation de deux cultures sur un m&#234;me territoire n'est pas possible. Un climat de tensions alourdit les rapports compliqu&#233;s des communaut&#233;s occidentales et maghr&#233;bines. Bien avant la Toussaint 1954, les massacres du Constantinois offrent aux nationalistes l'occasion de formuler leurs revendications et d'exp&#233;rimenter les m&#233;thodes que le FLN emploiera quelques ann&#233;es plus tard. A S&#233;tif, ce 8 Mai 1945, vient de se jouer le premier acte de la d&#233;colonisation. D'autres suivront.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nazis et collaborateurs devant leurs juges.</title>
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&lt;p&gt;Quand, le 8 Mai 1945, les derniers d&#233;fenseurs de Berlin acceptent le choix r&#233;aliste d'une reddition sans condition, il reste aux Europ&#233;ens &#224; g&#233;rer l'imm&#233;diate apr&#232;s- guerre. Partout sur le continent, des millions de familles vivent le deuil de ceux qui ne sont par revenus du front ou de la d&#233;portation. Des villes sont enti&#232;rement &#224; reconstruire, des centaines de villages ont subi la f&#233;rocit&#233; sauvage des troupes nazies. Sans-abris, d&#233;racin&#233;s, r&#233;fugi&#233;s errent sur les routes de l'exode, &#224; la recherche (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand, le 8 Mai 1945, les derniers d&#233;fenseurs de Berlin acceptent le choix r&#233;aliste d'une reddition sans condition, il reste aux Europ&#233;ens &#224; g&#233;rer l'imm&#233;diate apr&#232;s- guerre. Partout sur le continent, des millions de familles vivent le deuil de ceux qui ne sont par revenus du front ou de la d&#233;portation. Des villes sont enti&#232;rement &#224; reconstruire, des centaines de villages ont subi la f&#233;rocit&#233; sauvage des troupes nazies. Sans-abris, d&#233;racin&#233;s, r&#233;fugi&#233;s errent sur les routes de l'exode, &#224; la recherche d'un foyer improbable. Se nourrir, se chauffer, soigner ses plaies, autant physiques que morales, voici la seule pr&#233;occupation de ceux qui ont surv&#233;cu. Le conflit se poursuit sur les &#233;tendues infinies du Pacifique, le Japon, &#224; genoux, et au bord de l'&#233;puisement, offre aux Am&#233;ricains une r&#233;sistance autant acharn&#233;e que d&#233;sesp&#233;r&#233;e, Allemands, Fran&#231;ais, Belges, Italiens, Polonais, Britanniques, Hongrois, Grecs ont &#224; l'esprit d'autres inqui&#233;tudes que les nouvelles parvenues d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L&#224; o&#249; les combats ont &#233;t&#233; les plus violents, partout o&#249; les op&#233;rations militaires ont pr&#233;cipit&#233; dans le feu et le sang des populations enti&#232;res, l'heure est aux r&#232;glements de compte. Affam&#233;s, incertains quant &#224; l'avenir, bris&#233;s d'amertume, ceux qui ont ressenti jusque dans leur chair la barbarie fasciste ne songent qu'&#224; la vengeance. A l'Ouest, &#224; l'Est, la Lib&#233;ration s'accompagne d'exactions terrifiantes. En France, l'approche des troupes anglo-am&#233;ricaines, le reflux des arm&#233;es du Reich produisent leur corollaire meurtrier : malheur aux collaborateurs ! Des milliers de personnes, convaincues, parfois &#224; tord il faut le souligner, de compromission avec l'ennemi, sont pass&#233;es par les armes ou plus simplement assassin&#233;es. Parfois, quand elle est prise d'un brusque mouvement d'hyst&#233;rie, la foule proc&#232;de elle-m&#234;me au ch&#226;timent supr&#234;me : des condamn&#233;s d&#233;sign&#233;s sont extirp&#233;s de leurs cachots et lynch&#233;s sur place. Le sombre souvenir de ce que les historiens appellent &#171; l'&#233;puration sauvage &#187; hante encore les m&#233;moires d'aujourd'hui. N&#233;anmoins, l'installation du Gouvernement Provisoire de la R&#233;publique Fran&#231;aise enraye assez vite le cycle des brutalit&#233;s incontr&#244;l&#233;es. Revenu de son exil londonien, De Gaulle ne peut tol&#233;rer plus longtemps le climat d'anarchie dans lequel ont sombr&#233; plusieurs d&#233;partements du pays. Certes, la restauration de la coh&#233;sion nationale r&#233;clame la condamnation des principaux responsables de Vichy. Mais, celle-ci doit &#234;tre prononc&#233;e dans le cadre de tribunaux l&#233;gaux et reconnus comp&#233;tents. A l'&#233;t&#233; 1945, des centaines d'accus&#233;s (dont P&#233;tain et Laval sont les plus m&#233;diatis&#233;s) comparaissent &#224; la barre et justifient leur choix pass&#233;s. Certains p&#233;rissent au pied d'un simple poteau d'ex&#233;cution mais la mod&#233;ration des magistrats souligne en fin de compte combien le Gouvernement Provisoire souhaite refermer au plus vite la p&#233;riode des d&#233;chirements.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En Allemagne, que les Alli&#233;s occupent au lendemain de la d&#233;faite, les dignitaires du Reich vivent des heures difficiles. Ceux qui n'ont pas voulu, comme Gobels, suivre le F&#252;hrer dans la mort se cachent o&#249; ils le peuvent. Plusieurs d'entre eux (Goering, Ribentropp, Hesse, Donitz, Keitel&#8230;) tombent aux mains des Am&#233;ricains. L'immense &#233;v&#232;nement judiciaire du proc&#232;s de Nuremberg (Novembre 1945- Septembre 1946) offre au tribunal international des vainqueurs l'occasion de juger puis de punir les collaborateurs d'Hitler. Les t&#233;moignages des rescap&#233;s des camps de concentration et d'extermination jettent sur les agissements nazis une lumi&#232;re effroyable. Les r&#233;quisitoires puis les verdicts prononc&#233;s (trop cl&#233;ments pour les Sovi&#233;tiques qui souhaitaient la condamnation de Hesse &#224; la peine capitale) s'appuient sur une notion in&#233;dite : celle de &#171; crime contre l'Humanit&#233; &#187;. &lt;br /&gt; N&#233;anmoins, ce proc&#232;s unique (dont la m&#233;diatisation doit beaucoup aux moyens de la diffusion cin&#233;matographique) s'accompagne de proc&#233;dures tout aussi importantes, conduites en parall&#232;le &#224; l'encontre de personnalit&#233;s plus secondaires et pourtant responsables de terribles massacres en Europe. Tandis que les Britanniques infligent &#224; quelques gardiens SS un ch&#226;timent exemplaire pour prix d' exactions commises dans le cadre de leurs fonctions &#224; Auschwitz, Ravensbr&#252;ck ou Dachau, les cours militaires am&#233;ricaines, &#233;galement install&#233;es &#224; Nuremberg, punissent des personnes impliqu&#233;es dans les atrocit&#233;s de l'Occupation : &#171; m&#233;decins &#187; responsables des programmes d'exp&#233;rimentation sur des d&#233;tenus, des malades mentaux ou des handicap&#233;s, officiers des Einzatsgruppen coupables d'affreuses tueries sur le front de l'Est&#8230;..&lt;br /&gt; L'organisation des proc&#232;s de l'apr&#232;s- guerre accentuent les rivalit&#233;s entre Etats- Unis et URSS. A Nuremberg, les tensions sont d&#233;j&#224; palpables et annoncent les crises internationales des ann&#233;es 1950- 1960. Staline critique l'indulgence des juges occidentaux et le &#171; blanchiment &#187; d'&#233;l&#233;ments nazis en Allemagne de l'Ouest. &lt;br /&gt; Bien que tr&#232;s s&#233;rieusement recherch&#233;s, des criminels chanceux r&#233;ussissent le pari incertain d'une fuite &#224; l'&#233;tranger. Avant m&#234;me la chute de Berlin, le Reich a pris ses pr&#233;cautions : des fili&#232;res d'&#233;vasions, remarquablement con&#231;ues, garantissent aux plus compromis un refuge en Espagne ou en Am&#233;rique Latine. Mengele, Eichmann, et d'autres encore, munis de faux papiers d'identit&#233; s'embarquent pour l'h&#233;misph&#232;re Sud. Seul Eichmann en reviendra, il faut dire malgr&#233; lui, enlev&#233; par les services secrets isra&#233;liens. Son voyage de retour se terminera &#224; J&#233;rusalem devant ses juges. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; En Italie, l'effondrement du fascisme s'accompagne, comme en France, d'une &#233;puration tr&#232;s violente. La fin horrible de Mussolini, ex&#233;cut&#233; par des partisans avec sa compagne puis expos&#233; aux insultes de la population, annonce le sort que l'on r&#233;serve aux sympathisants du Duce. La r&#233;pression organis&#233;e &#224; travers le pays (des centaines de condamnations sont prononc&#233;es puis appliqu&#233;es) atteint un degr&#233; de s&#233;v&#233;rit&#233; particuli&#232;rement &#233;lev&#233;. &lt;br /&gt; En Norv&#232;ge, m&#234;me constat. L'occupation allemande se cl&#244;t sur l'&#233;limination des collaborateurs pass&#233;s &#224; l'ennemi. Quissling, responsable d'un gouvernement compromis avec le Reich, est pass&#233; par les armes. L'impopularit&#233; du dirigeant est telle que son nom m&#234;me devient l'expression courante que l'on emploie quand on veut d&#233;signer un tra&#238;tre.&lt;br /&gt; En Roumanie, le g&#233;n&#233;ral Antonescu paye lui aussi de sa vie ses choix politiques : engag&#233; aupr&#232;s d'Hitler, l'homme fournit &#224; la Wehrmacht plusieurs divisions. Des centaines de Roumains partent se battre en Union Sovi&#233;tique contre les forces communistes. &lt;br /&gt; En Belgique, o&#249; la pr&#233;sence nazie a &#233;t&#233; tr&#232;s longue et douloureuse, les dossiers d'instruction s'accumulent : les tribunaux examinent le pass&#233; obscur de centaines de personnes. Des miliciens, int&#233;gr&#233;s aux SS, sont ici aussi fusill&#233;s. &lt;br /&gt; Macabre tour d'Europe que ce bilan sanglant des lendemains du conflit. Pologne, URSS, Bulgarie, Hongrie, Yougoslavie, Gr&#232;ce&#8230;.Des sc&#232;nes identiques se rejouent, des hommes, des femmes r&#233;pondent de leurs attitudes criminelles, de leurs choix devant la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans la lointaine Asie, le moment est aussi venu de ch&#226;tier ceux qui ont trahi. L'occupant japonais laisse apr&#232;s son d&#233;part un souvenir tout aussi tragique que les Allemands en Europe. Pour les criminels, nulle piti&#233;. A Tokyo, les Am&#233;ricains organisent sur le mod&#232;le de Nuremberg les proc&#232;s des dirigeants du r&#233;gime imp&#233;rial. La potence conclue, comme en Occident, les r&#233;quisitoires prononc&#233;s &#224; l'encontre des responsables militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Soixante ans plus tard, les comptes ne sont pas encore sold&#233;s. Des Nazis ont &#233;chapp&#233; &#224; la justice. Des associations engagent &#224; partir des ann&#233;es 1950 recherches et proc&#233;dures devant aboutir &#224; l'inculpation de ceux qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'avaient jamais &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s. En France, les affaires Barbie, Touvier ou Papon montrent, s'il fallait s'en convaincre, que la sombre p&#233;riode de Vichy n'est pas encore referm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LE PROCES DE NUREMBERG : UN EVENEMENT JUDICIAIRE SANS PRECEDENT.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les Alli&#233;s n'ont pas attendu la fin de la guerre pour se soucier du sort des responsables nazis. D&#232;s 1943, Am&#233;ricains et Britanniques r&#233;fl&#233;chissent &#224; une liste indiquant les noms de ceux qui, une fois la paix revenue, auraient &#224; r&#233;pondre de leurs crimes. La conf&#233;rence de Postdam, en Juillet 1945, r&#233;affirme le principe d'un tribunal international devant instruire le proc&#232;s des principaux dirigeants du Reich. &lt;br /&gt; Il est convenu que la cour de justice si&#232;gera &#224; Nuremberg avant la fin de l'ann&#233;e. Le choix n'est pas innocent : c'est dans la ville o&#249; retentirent jadis les clameurs d'un r&#233;gime promis &#224; durer mille ans (Selon l'expression d'Hitler) que les vainqueurs souhaitent exposer aux regards du monde la d&#233;faite d&#233;finitive du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_531 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L129xH104/images-21-2a63f.jpg?1704181827' width='129' height='104' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une s&#233;ance du proc&#232;s de Nuremberg
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Jamais proc&#232;s n'aura autant fait coul&#233; d'encre que celui des collaborateurs du F&#252;hrer. Les organisateurs ont vu grand : une salle est sp&#233;cialement appr&#234;t&#233;e pour la tenue des d&#233;bats. Des dizaines d'ouvriers, en g&#233;n&#233;ral prisonniers de guerre, am&#233;nagent les lieux. On pr&#233;voit des centaines de participants : les accus&#233;s d'une part, les juges, les avocats et les greffiers mais aussi des t&#233;moins, rescap&#233;s des camps de la mort. Les s&#233;ances seront publiques : une foule de journalistes, venue des quatre coins du monde, rendra compte des d&#233;bats, des d&#233;clarations, des discours et des r&#233;quisitoires. Un local est m&#234;me dress&#233; pour les &#233;quipes de tournage. Fait in&#233;dit, les images de l'&#233;v&#232;nement seront diffus&#233;es &#224; travers la plan&#232;te. Rien ne doit &#234;tre cach&#233; des agissements puis du ch&#226;timent des coupables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La premi&#232;re s&#233;ance s'ouvre le 20 Novembre 1945. Un &#224; un, &#224; l'appel de leur nom, les pr&#233;venus p&#233;n&#232;trent dans le box install&#233; pour eux :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;-Goering, mar&#233;chal du Reich et responsable de la Luftwaffe&lt;br /&gt; - Ribbentrop, ministre des Affaires Etrang&#232;res, organisateur des plans d'agression contre plusieurs pays europ&#233;ens. &lt;br /&gt; - Hesse, adjoint de Hitler jusqu'en 1941 puis captur&#233; par les Britanniques.&lt;br /&gt; - Kaltenbrunner, chef du RSHA.&lt;br /&gt; - Rosenberg, th&#233;oricien et id&#233;ologue du Nazisme, ministre des Territoires occup&#233;s de l'Est.&lt;br /&gt; - Franck, gouverneur g&#233;n&#233;ral de Pologne. &lt;br /&gt; - Sauckel, commissaire g&#233;n&#233;ral de la main d'&#339;uvre, responsable de la d&#233;portation de milliers d'ouvriers europ&#233;ens en Allemagne. &lt;br /&gt; - Speer, ministre de l'Armement et de la Production de guerre.&lt;br /&gt; - Funk, ministre de l'&#233;conomie. &lt;br /&gt; - Schacht, ministre de l'Economie jusqu'en 1937. &lt;br /&gt; - Von Papen, ex-chancelier du Reich.&lt;br /&gt; - Neurath, ministre des Affaires Etrang&#232;res jusqu'en 1938. &lt;br /&gt; - Schirach, chef des Jeunesses Hitl&#233;riennes.&lt;br /&gt; - Seyss- Inquart, commissaires du Reich pour les Pays- Bas. &lt;br /&gt; - Streicher, directeur de presse, auteur d'articles violemment antis&#233;mites. &lt;br /&gt; - Keitel, chef du Haut- Commandement des Forces arm&#233;es. &lt;br /&gt; - Jodl, chef de l'Etat- Major.&lt;br /&gt; - Raeder, commandant de la Marine jusqu'en 1943. &lt;br /&gt; - Donitz, commandant de la Marine et successeur officiel du F&#252;hrer apr&#232;s son suicide. &lt;br /&gt; - Fritzsche, responsable de la radio au minist&#232;re de la Propagande.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'audience d'ouverture est consacr&#233;e &#224; la lecture minutieuse de l'acte d'accusation. Une lecture de cinq heures compl&#232;tes, ralentie par les n&#233;cessit&#233;s de la traduction. Les juges am&#233;ricains, britanniques, fran&#231;ais et sovi&#233;tiques se relayent au long de la journ&#233;e. &lt;br /&gt;
Le lendemain, chacun des inculp&#233;s plaide non coupables des charges retenues contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les premi&#232;res semaines de d&#233;bats s'attachent &#224; l'interminable description des faits. Une succession de t&#233;moins, revenus de d&#233;portation ou survivants de massacres organis&#233;s, d&#233;filent un &#224; un devant les magistrats et r&#233;pondent &#224; des dizaines de questions. Fin Novembre, les images film&#233;es par les Am&#233;ricains au moment de la lib&#233;ration des camps sont diffus&#233;es dans l'enceinte du tribunal : cadavres de d&#233;tenus abandonn&#233;s, fours cr&#233;matoires, chambres &#224; gaz, victimes des exp&#233;rimentations m&#233;dicales, rien n'est dissimul&#233; au public, tout est r&#233;v&#233;l&#233;. Les accus&#233;s r&#233;agissent comme s'ils d&#233;couvraient l'affreuse r&#233;alit&#233; du g&#233;nocide. A l'issue de la projection, un climat de tension extr&#234;me est tomb&#233; sur la salle. Hans Franck, mais il est le seul parmi ses compagnons, d&#233;clare se sentir &#171; terriblement coupable &#187; des exactions commises en Pologne, sous son autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le lent d&#233;roulement des s&#233;ances fournit aux juges l'occasion de mieux appr&#233;cier la personnalit&#233; des accus&#233;s. Les t&#233;moignages post&#233;rieurs des acteurs du proc&#232;s soulignent l'accablement, l'agitation et la passivit&#233; des coupables. Si les d&#233;sordres nerveux dont souffre Hesse s'aggravent &#224; mesure qu'approche l'&#233;ch&#233;ance du verdict, Ribbentrop ne fournit qu'une d&#233;fense &#233;vasive et maladroite. &lt;br /&gt; Goering se d&#233;marque n&#233;anmoins singuli&#232;rement de ses compagnons. L'ancien chef de la Luftwaffe utilise la meilleure arme qu'il ait &#224; sa disposition : ses talents d'orateur. Jusqu'au bout, il se d&#233;fend, soul&#232;ve les incoh&#233;rences de la proc&#233;dure, intervient sur chaque dossier m&#234;me quand il n'est pas directement concern&#233;. Son premier passage &#224; la barre se prolonge six heures enti&#232;res ! Il y retrace ses ann&#233;es de jeunesse, explique son r&#244;le dans le gouvernement du Reich. La ligne de d&#233;fense qu'il suit est en fin de compte celle des autres accus&#233;s (Keitel mis &#224; part. L'homme assume plus volontiers ses d&#233;cisions &#224; l'Etat- Major) : il n'a jamais &#233;t&#233; que le simple ex&#233;cutant des ordres du F&#252;hrer. Il n'a pris aucune r&#233;solution, n'a d&#233;cid&#233; de rien. Assur&#233;ment, il l'affirme aux magistrats, il ne se sent pas responsable des crimes pour lesquels on le juge.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Apr&#232;s les plaidoiries, les r&#233;quisitoires et les derni&#232;res interventions des accus&#233;s, arrive l'heure des d&#233;lib&#233;rations. Les accrochages r&#233;guliers entre juges am&#233;ricains et sovi&#233;tiques refl&#232;tent le climat de tensions internationales que produit la rivalit&#233; grandissante entre l'Est et l'Ouest. Le cas de Hesse produit beaucoup de discussions passionn&#233;es. Si les magistrats d&#233;p&#234;ch&#233;s par Staline souhaitent l'ex&#233;cution de l'ancien collaborateur d'Hitler, les Anglo-Saxons obtiennent finalement son emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le verdict est rendu le 30 Septembre : dix accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; la potence (Goering- mais il se suicide peu avant l'application de la sentence- Ribbentrop, Franck, Rosenberg, Streicher, Sauckel, Jodl, Seyss- Inquart, Keitel et Kaltenbruner), trois finissent leurs jours en prison (Funk, Raeder et Hesse), quatre &#224; divers peines d'enferment (Speer, Donitz, Schirach et Neurath), trois obtiennent un non-lieu (Schacht, Von Papen et Fritzsche).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Depuis l'Automne 1946, soixante ans se sont &#233;coul&#233;s. N&#233;anmoins, le proc&#232;s de Nuremberg n'a toujours pas fini d'entretenir les d&#233;bats qui divisent entre eux les historiens parce qu'&#224; l'heure du g&#233;nocide rwandais ou bosniaque, il reste plus que jamais d'actualit&#233;. Les sp&#233;cialistes s'accordent certes &#224; dire que le tribunal des Alli&#233;s constitue un &#233;v&#232;nement sans pr&#233;c&#233;dent, de port&#233;e mondiale, un mod&#232;le &#224; poursuivre pour les g&#233;n&#233;rations futures. Mais beaucoup en soulignent les incoh&#233;rences.&lt;br /&gt; Am&#233;ricains, Britanniques, Fran&#231;ais et Sovi&#233;tiques ont-ils rendu la justice qu'un vainqueur exerce &#224; l'encontre du vaincu ? Certains le pensent volontiers et regrettent que les d&#233;bats n'aient pas &#233;t&#233; men&#233;s par des magistrats issus de pays moins directement impliqu&#233;s dans le conflit. Y a-t-on perdu en impartialit&#233; ? Peut-&#234;tre. En tous les cas, la tr&#232;s violente pol&#233;mique n&#233;e autour du massacre de Katyn (Staline souhaitait rajouter aux charges pesant contre les Nazis la responsabilit&#233; d'une tuerie perp&#233;tr&#233;e sur son ordre personnel) montre &#224; quel point les int&#233;r&#234;ts nationaux ont compliqu&#233; les travaux de la Cour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les juristes soul&#232;vent aussi un point particulier de la proc&#233;dure : pouvait-on, &#224; posteriori, juger des hommes, quelle que soit la responsabilit&#233; de chacun dans les atrocit&#233;s commises en Europe, pour un crime qui, au moment des faits, n'avait pas encore &#233;t&#233; d&#233;fini ? (Celui de crime contre l'humanit&#233;). Valait-il mieux juger les dirigeants du Reich selon la l&#233;gislation en vigueur dans l'Allemagne des ann&#233;es 1930 ? Que la r&#233;ponse soit positive ou n&#233;gative, cela aurait sans doute simplifi&#233; le d&#233;roulement d'un proc&#232;s dans lequel chaque magistrat travaillait selon les lois juridiques de son pays. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le proc&#232;s de Nuremberg, tel qu'il a &#233;t&#233; conduit, n'est peut-&#234;tre pas un exemple de perfection. Mais, &#224; l'aube de notre si&#232;cle, il montre toujours la voie que les peuples du futur auront &#224; b&#226;tir : celle d'une justice internationale pens&#233;e et imagin&#233;e pour ch&#226;tier les crimes les plus graves et poursuivre, par del&#224; les fronti&#232;res, les coupables les plus recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;LES AUTRES PROCES NAZIS DE L'APRES GUERRE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si Nuremberg marque les archives judiciaires de son souvenir, de nombreux autres coupables, captur&#233;s au moment de la capitulation du 8 Mai, comparaissent devant leurs juges. Ils n'ont certes pas l'envergure d'un Hermann Goering ou d'un Rudolf Hesse. Ils n'ont pas non plus &#233;t&#233; les d&#233;cisionnaires du Reich. Mais ils ont activement particip&#233; aux exactions de l'arm&#233;e allemande dans les pays occup&#233;s : SS affect&#233;s &#224; la surveillance des camps de la mort, membres des Einsatsgruppen, les funestes divisions envoy&#233;es sur le front sovi&#233;tique derri&#232;re les troupes de premi&#232;re ligne pour nettoyer les maquis et &#233;liminer les &#233;l&#233;ments jud&#233;o- communistes, m&#233;decins responsables des pires exp&#233;riences m&#233;dicales&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Des interminables listes de condamn&#233;s surgissent les visages et les noms de personnalit&#233;s dont la seule &#233;vocation, aujourd'hui encore, ranime dans la m&#233;moire de ceux qui ont surv&#233;cu les plus sombres souvenirs. Rien ne pr&#233;disposait ces hommes et femmes au destin de tortionnaire qui fut le leur. Ils venaient souvent de familles modestes, sans grande richesse et ils men&#232;rent une jeunesse des plus ordinaires. Jusqu'&#224; ce que le Nazisme et ses id&#233;es monstrueuses ne les aient finalement subjugu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Josef Kramer (1906- 1945). De ce bourreau impitoyable reste une photographie noire et blanc prise lors de son proc&#232;s. Les yeux enfonc&#233;s dans les orbites, le regard assombri d'une ligne de sourcils &#233;pais, la m&#226;choire crisp&#233;e et puissante, tout chez ce personnage peu commun refl&#232;te la haine et le m&#233;pris. &lt;br /&gt; Originaire de Munich, Kramer s'engage tr&#232;s t&#244;t au service de l'Etat hitl&#233;rien. En 1934, il est simple garde &#224; Dachau. Rep&#233;r&#233; de ses sup&#233;rieurs et bien not&#233;, il gravit ensuite tous les &#233;chelons de la profession qu'il s'est choisi et qu'il accomplit avec enthousiasme : titulaire d'un poste important &#224; Mauthausen, il obtient en 1940 la responsabilit&#233; d'assister le commandant en chef d'Auschwitz. Affect&#233; au fonctionnement des chambres &#224; gaz du complexe, il est bient&#244;t mut&#233; &#224; Bergen- Belsen o&#249; l'attend un grade de commandant g&#233;n&#233;ral. C'est &#224; ce titre qu'il commet les crimes pour lesquels il sera jug&#233;. Son terrible surnom, &#171; la b&#234;te de Bergen &#187; en dit beaucoup de sa cruaut&#233;. Des milliers de personnes succombent sous son autorit&#233;. &lt;br /&gt; L'arriv&#233;e des Alli&#233;s en Allemagne cl&#244;ture sa triste carri&#232;re : arr&#234;t&#233; parmi d'autres, il compara&#238;t devant un tribunal britannique. Le proc&#232;s s'ouvre en Septembre 1945. Deux mois de d&#233;bats suffisent &#224; le condamner. Le 13 D&#233;cembre, il est pendu dans une prison de Hamelin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Des femmes ont &#233;galement pris une part active aux atrocit&#233;s de la guerre. L'une d'elles est Irma Grese, adolescente d'allure &#233;l&#233;gante (Elle n'a gu&#232;re davantage qu'une vingtaine de printemps) mais affreusement cruelle. N&#233;e en 1923 dans une famille d'agriculteurs, celle qui sera la plus jeune des tortionnaires nazis condamn&#233;s, abandonne tr&#232;s t&#244;t les &#233;tudes. Pour gagner sa vie, elle exerce plusieurs petits m&#233;tiers successifs : domestique dans une ferme, vendeuse, infirmi&#232;re. S&#233;duite par la personnalit&#233; d'Hitler, elle adh&#232;re au NSDAP et s'engage chez les SS. Envoy&#233;e &#224; Auschwitz comme t&#233;l&#233;phoniste, elle re&#231;oit pour prix de son enthousiasme le poste de surveillante en chef. Ce grade place sous sa responsabilit&#233; et son autorit&#233; 30000 d&#233;tenus. Les t&#233;moignages recueillis lors du proc&#232;s soulignent son sadisme et le plaisir qu'elle &#233;prouve &#224; la vue des souffrances humaines. Les d&#233;positions des rescap&#233;s d&#233;crivent la longue et affreuse litanie de ses forfaits : tr&#232;s habile au fouet, elle s&#233;lectionne elle-m&#234;me les candidats &#224; la chambre &#224; gaz, abat de son revolver des centaines de personnes, inflige tous les s&#233;vices, toutes les humiliations, que son esprit tourment&#233; con&#231;oit. &lt;br /&gt; Affect&#233;e &#224; Bergen- Belsen, elle n'&#233;chappe pas aux Alli&#233;s. Un tribunal britannique la condamne &#224; mort : elle est ex&#233;cut&#233;e en m&#234;me temps que Kramer, le 13 D&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L118xH89/2-7-c48c2.jpg?1704181827' width='118' height='89' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Josef Kramer et Irma Grese au cours de leur proc&#232;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A Nuremberg, le proc&#232;s des principaux dignitaires du Reich s'ach&#232;ve &#224; peine que de nouvelles proc&#233;dures s'engagent. Cette fois, les accus&#233;s ne sont plus les collaborateurs directs d'Hitler. Mais, ils ont &#224; leur mani&#232;re particip&#233; aux atrocit&#233;s de la guerre. &lt;br /&gt; Un premier groupe de criminels comparait &#224; la barre du tribunal : ce sont les officiers des Einsatzgruppen, ces divisons de l'arm&#233;e allemande sp&#233;cialis&#233;es dans le nettoyage des r&#233;gions &#224; l'arri&#232;re du front, en Union Sovi&#233;tique. Les d&#233;tachements affect&#233;s &#224; l'&#233;limination des populations juives ou des prisonniers russes portent la culpabilit&#233; d'une longue suite de massacres, d'ex&#233;cutions sommaires et de d&#233;portations. &lt;br /&gt; Parmi les pr&#233;venus, Otto Ohlendorf se d&#233;tache de ses compagnons. Ce fils de fermier rejoint le parti nazi en 1925 puis la SS. Ses &#233;tudes de droits accomplies, il s'&#233;l&#232;ve dans la hi&#233;rarchie militaire. Quand la Wehrmacht envahit l'URSS, il re&#231;oit le commandement des unit&#233;s du Einsatzgruppen D. A ce titre, il organise sur le front de l'Est de vastes tueries. Pr&#232;s de 90000 personnes p&#233;rissent sur ses ordres. &lt;br /&gt; En 1943, il obtient un poste au minist&#232;re de l'&#233;conomie et travaille sur un projet de reconstruction de l'&#233;conomie allemande apr&#232;s la guerre. &lt;br /&gt; Captur&#233; par les Alli&#233;s au moment de la Lib&#233;ration, il est traduit avec d'autres Nazis devant la Haute Cour internationale de Nuremberg. Son attitude joue clairement en sa d&#233;faveur. Le regard m&#233;prisant et ironique, l'homme n'exprime aucun regret. Condamn&#233; &#224; &#234;tre pendu, il est ex&#233;cut&#233; en Juin 1951. Trois de ses compagnons partagent ce sort peu enviable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Sont &#233;galement poursuivis les quelques &#171; m&#233;decins &#187; nazis, responsables des programmes d'exp&#233;rimentations scientifiques sur les prisonniers des camps. Mobilis&#233;s au service du Reich, les scientifiques travaillent &#224; d&#233;montrer l'exactitude des principes biologiques &#233;nonc&#233;s par la doctrine officielle. Mesures, analyses, observations minutieuses, le monde m&#233;dical s'investit dans la recherche des crit&#232;res distinctifs d'une pr&#233;tendue race aryenne. &lt;br /&gt; Derri&#232;re les portes closes des blocs chirurgicaux d'Auschwitz ou d'ailleurs, des milliers de d&#233;port&#233;s p&#233;rissent dans d'effroyables conditions. Aux injections de virus mortels, aux manipulations g&#233;n&#233;tiques, aux op&#233;rations aussi absurdes que meurtri&#232;res s'ajoutent les &#233;tudes du comportement de prisonniers soumis &#224; des conditions extr&#234;mes : froid, chaud, d&#233;shydratation, baisse brutale de la pression atmosph&#233;rique&#8230;..&lt;br /&gt; La finalit&#233; des exp&#233;rimentations ne varie pas : d&#233;couvrir les solutions permettant de soigner les souffrances de soldats allemands engag&#233;s sur les diff&#233;rents fronts du conflit, &#233;laborer les vaccins offrant au peuple &#171; des Seigneurs &#187; (Selon l'expression d'Hitler) une protection efficace contre la maladie et les &#233;pid&#233;mies.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au lendemain de la guerre, les grands biologistes et scientifiques du Reich sont jug&#233;s &#224; Nuremberg. Les proc&#233;dures s'ach&#232;vent sur plusieurs condamnations &#224; mort dont celle de Karl Brandt, m&#233;decin personnel d'Hitler et responsable de programmes d'exp&#233;rimentations. N&#233;anmoins, Josef Mengele, l'un des plus impliqu&#233;s, &#233;chappe aux poursuites. Il est le grand absent du proc&#232;s mais les t&#233;moignages des victimes rescap&#233;es raniment son ombre angoissante. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L109xH135/18-c86b7.jpg?1704181827' width='109' height='135' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Karl Brandt, m&#233;decin de Hitler.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au total, la justice des Alli&#233;s en Allemagne n'est pas sp&#233;cialement meurtri&#232;re. Si quelques dizaines de personnes finissent leurs jours sur l'&#233;chafaud de la potence, les peines inflig&#233;es t&#233;moignent malgr&#233; tout d'une certaines mansu&#233;tude : bien des coupables payent leurs comportements criminels d'un s&#233;jour plus ou moins long dans la cellule d'une prison. D'autres obtiennent leur acquittement pour non-lieu. Les plus habiles, les plus discrets r&#233;ussissent &#224; fuir hors d'Europe ou &#224; se m&#234;ler un temps au flot incontr&#244;lable des r&#233;fugi&#233;s. Les &#233;tapes de la d&#233;nazification, con&#231;ues par les vainqueurs, si elles ont eu le m&#233;rite d'exister n'ont pourtant pas &#233;t&#233; compl&#232;tes : jusqu'&#224; nos jours, des personnalit&#233;s, de plus ou moins grande envergure- industriels, d&#233;put&#233;s, simples particuliers- sont parvenus &#224; dissimuler les traces d'une carri&#232;re criminelle au service du Reich.&lt;br /&gt; A l'occasion, un journaliste curieux, une association de victimes du Nazisme d&#233;voilent le pass&#233; trouble d'un responsable politique ou d'une figure m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;CES NAZIS QUI ONT SURVECU&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au milieu du chaos et de la d&#233;solation cons&#233;cutive &#224; la d&#233;faite de leur pays, des dizaines de Nazis esp&#232;rent &#233;chapper au sort que les Alli&#233;s ont r&#233;serv&#233; pour eux. Dissimul&#233;s dans le flot continu des r&#233;fugi&#233;s qui se r&#233;pandent le long des routes, abrit&#233;s au creux des ruines laiss&#233;es par la guerre, v&#234;tus comme les milliers de prisonniers allemands tomb&#233;s aux mains des Am&#233;ricains ou des Sovi&#233;tiques, les coupables attendent la venue de jours meilleurs. Certains, accompagn&#233;s de leurs familles, profitent des fili&#232;res d'&#233;vasion que le Reich avait con&#231;ue lorsqu'il apparaissait que la victoire n'&#233;tait plus possible. Munis de faux papiers, conduits par des passeurs qu'il a fallu payer tr&#232;s cher, de nombreuses personnes passent les fronti&#232;res en toute clandestinit&#233;. Les destinations sont multiples : l'Espagne franquiste ou les pays d'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'Argentine accueille volontiers les exil&#233;s. Le dictateur Juan Peron offre d'autant plus volontiers son aide aux anciens SS que son r&#233;gime s'inspire en partie des principes du fascisme : une utilisation habile des m&#233;dias &#224; des fins de propagande, un d&#233;veloppement prononc&#233; du culte de la personnalit&#233;, une adh&#233;sion populaire, que de nombreux pl&#233;biscites soulignent r&#233;guli&#232;rement, autour du pr&#233;sident et de sa femme. A leur arriv&#233;e sur place, les fugitifs disposent des liquidit&#233;s n&#233;cessaires &#224; leur installation : une part du tr&#233;sor amass&#233; par la Wehrmacht a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e dans les grandes banques de Buenos- Aires. &lt;br /&gt; C'est &#224; des milliers de kilom&#232;tres de leur patrie que les r&#233;fugi&#233;s coulent une retraite, somme toute, paisible. Les investigations et les enqu&#234;tes des Services Secrets am&#233;ricains ou isra&#233;liens conduisent quelques uns d'entre eux &#224; changer de domicile, de nom ou de pays. Mais, Eichmann mis &#224; part, les anciens criminels nazis install&#233;s dans les r&#233;gions sud- am&#233;ricaines ne seront pas retrouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Parmi eux, Josef Mengele, celui que les survivants de la d&#233;portation appelaient &#171; l'Ange de la Mort &#187;. Le nom de cet abominable &#171; m&#233;decin &#187; affect&#233; aux programmes d'exp&#233;rimentations men&#233;s sur les d&#233;tenus est cit&#233; &#224; de nombreuses reprises lors des proc&#232;s de Nuremberg. L'homme, originaire de Bavi&#232;re, (Il est n&#233; en 1906), dipl&#244;m&#233; d'universit&#233;, contribue activement &#224; la disparition de centaines de patients. Apr&#232;s sa mobilisation en 1940 et sa blessure re&#231;ue sur le front sovi&#233;tique en 1942, Mengele est envoy&#233; &#224; Auschwitz. Ses connaissances scientifiques lui offrent la charge de diriger plusieurs exp&#233;riences sur des prisonniers choisis. Ses recherches, absurdes et sans aucune &#233;thique, s'appuient sur de sanglantes op&#233;rations chirurgicales ou d'affreuses manipulations g&#233;n&#233;tiques. Les myst&#232;res de la g&#233;mellit&#233; exercent sur lui une &#233;trange fascination : beaucoup de malheureux p&#233;rissent de sa passion. (Parmi ses tentatives autant inutiles que meurtri&#232;res, celle d'avoir voulu cr&#233;er artificiellement deux fr&#232;res siamois&#8230;..On laisse deviner le tragique r&#233;sultat de cet essai.)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand les Alli&#233;s arrivent en Allemagne, Mengele a eu le temps de fuir. D&#233;guis&#233; en simple soldat de la Wehrmacht, il tombe entre les mains des Am&#233;ricains et passe un court s&#233;jour de d&#233;tention dans la r&#233;gion de Nuremberg. L'absence sur son bras du tatouage r&#233;glementaire que portait en principe chaque membre de la SS le sauve. Il n'est pas reconnu, ses ge&#244;liers le lib&#232;rent un peu plus tard. Sans aucune illusion sur le sort que les vainqueurs lui r&#233;servent, il se cache dans une ferme de Haute- Bavi&#232;re. En 1949, il obtient son billet pour l'Argentine&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L76xH106/3-6-b7247.jpg?1704181827' width='76' height='106' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Josef Mengele.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;G&#233;rant d'un magasin de jouets puis associ&#233; d'une entreprise pharmaceutique, Mengele ne vit pas l'exil dor&#233; qu'il esp&#233;rerait. Les recherches actives du Mossad ne lui laissent qu'un r&#233;pit de courte dur&#233;e. Rep&#233;r&#233; au moment de l'arrestation d'Eichmann, le fugitif passe au Paraguay puis au Br&#233;sil. Il y ach&#232;ve d'ailleurs son existence en 1979 quand il p&#233;rit accidentellement en mer. Son inhumation, sous le nom d'emprunt qu'il s'&#233;tait choisi, se d&#233;roule dans le plus grand secret et complique les investigations de ceux qui le traquent. Les efforts des enqu&#234;teurs am&#233;ricains, isra&#233;liens et allemands finissent n&#233;anmoins par r&#233;v&#233;ler l'emplacement de sa tombe. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, un test g&#233;n&#233;tique r&#233;alis&#233; sur les ossements retrouv&#233;s fournit la certitude de son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Au cours des proc&#232;s de Nuremberg, un autre nom, celui d'Adolf Eichmann revient r&#233;guli&#232;rement au cours des d&#233;bats. Pendant la guerre, le personnage (Il est n&#233; en 1906) d&#233;tient une place essentielle du gouvernement hitl&#233;rien. Fonctionnaire scrupuleux et appliqu&#233;, il participe en partie au terrible programme d'extermination des populations juives (La Solution Finale) et organise la d&#233;portation dans les camps de la mort. Au moment de la capitulation de son pays, il est entre les mains de l'arm&#233;e am&#233;ricaine. Le faux nom qu'il porte, Otto Eckmann, lui garantit un temps de tranquillit&#233;. Mais conscient que les vainqueurs sont tout proches de d&#233;couvrir sa v&#233;ritable identit&#233;, il tente une &#233;vasion qu'il r&#233;ussit. Il demeure cach&#233; plusieurs mois en Allemagne. En 1950, il passe en Italie et adopte le nouvel allias qu'il conservera jusqu'&#224; sa capture : Ricardo Klement. La m&#234;me ann&#233;e, b&#233;n&#233;ficiant d'un visa pour l'Argentine obtenu des services humanitaires de la Croix- Rouge, il d&#233;barque avec sa famille &#224; Buenos Aires. &lt;br /&gt; Quelques temps s'&#233;coulent sans que le fugitif ne soit inqui&#233;t&#233; : la reconstruction en Europe et en Asie, les crispations dangereuses des relations internationales rel&#232;guent la recherche des anciens Nazis &#224; un plan secondaire. Pourtant, des associations de d&#233;port&#233;s juifs ne se lassent pas d'enqu&#234;ter et de pourchasser les tortionnaires des camps de la mort. Il semble aujourd'hui que la CIA ait rep&#233;r&#233; d&#232;s 1958 la trace d'Eichmann.&lt;br /&gt; Pourtant deux ans suppl&#233;mentaires sont n&#233;cessaires &#224; l'aboutissement des investigations men&#233;es contre le criminel. Un rescap&#233; de Dachau finit par entrer en contact avec lui (Sa fille fr&#233;quente le fils a&#238;n&#233; d'Eichmann). Il en avertit aussit&#244;t le gouvernement isra&#233;lien : les responsables politiques de l'&#233;tat juif autorisent l'organisation d'une op&#233;ration d'enl&#232;vement. Un petit groupe d'agents du Mossad se rend en Argentine et surveille, dans le secret le plus absolu, les all&#233;es et venues du Nazi. C'est finalement le 11 Mai 1960 que les hommes passent &#224; l'action : Eichmann est enlev&#233; en pleine rue puis s&#233;questr&#233; quelques jours dans une villa lou&#233;e pour la circonstance. Son transfert &#224; J&#233;rusalem s'effectue sur un vol r&#233;gulier : drogu&#233; par ses ravisseurs, le prisonnier ne manifeste aucune vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance au moment de franchir la douane de l'a&#233;roport. Le 21 Mai, les agents et leur pr&#233;cieux compagnon sont de retour en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L89xH129/10-c8e18.jpg?1704181827' width='89' height='129' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'op&#233;ration, conduite au prix d'une entorse inflig&#233;e aux lois internationales, soul&#232;ve les protestations de l'Argentine et de plusieurs pays. Bien que niant toute implication dans l'enl&#232;vement, l'Etat isra&#233;lien s'empresse d'organiser le proc&#232;s du SS que la justice recherchait depuis longtemps. &lt;br /&gt; Les d&#233;bats s'ouvrent &#224; J&#233;rusalem le 11 Avril 1961. La pr&#233;sence d'une foule de journalistes arriv&#233;s des quatre coins du monde offre &#224; l'&#233;v&#232;nement une m&#233;diatisation identique &#224; celle de Nuremberg. La diffusion d'images et de photographies donne aux acteurs des audiences une large place de l'actualit&#233; internationale du moment. &lt;br /&gt; Eichmann appara&#238;t insignifiant. Enferm&#233; dans une cage au vitrage blind&#233;, le collaborateur d'Hitler n'a visiblement pas le charisme que l'on a voulu lui pr&#234;ter. Sa d&#233;fense, plut&#244;t malhabile et incertaine, se b&#226;tit sur une m&#234;me id&#233;e : fonctionnaire z&#233;l&#233;, il n'a &#233;t&#233; que le simple ex&#233;cutant des ordres re&#231;us de sa hi&#233;rarchie, sans en conna&#238;tre la port&#233;e v&#233;ritable. Au long des interrogatoires, l'accus&#233; ne se d&#233;partit pas de cette morne image qu'il renvoie aux juges. Pourtant, les t&#233;moignages des rescap&#233;s sont accablants et ne laissent gu&#232;re de doute quant aux responsabilit&#233;s d'Eichmann dans le processus de &#171; La Solution Finale &#187;. L'opinion publique est en fin de compte d&#233;&#231;ue : le proc&#232;s n'est pas celui d'une personnalit&#233; charismatique, forc&#233;e aux formules rh&#233;toriques les plus fameuses pour sauver sa t&#234;te. L'homme est clairement d&#233;pass&#233; par les enjeux de l'&#233;v&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les plaidoiries de la d&#233;fense, les r&#233;quisitoires des procureurs aboutissent &#224; un verdict de mort le 15 D&#233;cembre 1961. Dans la nuit du 31 Mai au 1er Juin 1962, Eichmann est pendu dans la prison de Ramla. Son corps est ensuite incin&#233;r&#233;, ses cendres dispers&#233;es dans la M&#233;diterran&#233;e. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;ETE 1945 : REGLEMENTS DE COMPTE EN FRANCE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La Lib&#233;ration s'accompagne en France des exc&#232;s que pouvaient &#224; juste titre redouter les collaborateurs. L'occupation allemande a particuli&#232;rement marqu&#233; les esprits, des r&#233;gions, des villages, des villes ont subi les exactions incompr&#233;hensibles du vainqueur nazi et de la Milice. Les assassinats de Tulle, le massacre d'Oradour Sur Glane, les tueries du maquis des Gli&#232;res, les d&#233;portations massives organis&#233;es et encadr&#233;es par Vichy sont dans toutes les m&#233;moires. Les Allemands enfin chass&#233;s, l'heure du ch&#226;timent retentit. Plusieurs d&#233;partements, essentiellement ceux o&#249; la R&#233;sistance a &#233;t&#233; active et d&#233;cim&#233;e, sombrent dans les tourments d'une chasse &#224; l'homme improvis&#233;e. Ce que les historiens appellent par habitude &#171; l'&#233;puration sauvage &#187; ensanglante au cours de l'&#233;t&#233; 1944 une partie du territoire national. Des groupes de maquisards prennent la r&#233;solution de faire justice eux- m&#234;me, avant que ne soit r&#233;tablie la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine. Brutalit&#233;s, ex&#233;cutions sommaires, les violences se multiplient un peu partout. D'anciens miliciens, des anonymes qui ont trouv&#233; profit &#224; se lier aux int&#233;r&#234;ts de la wehrmacht, des personnalit&#233;s de dimension locale (Quelques maires un peu trop complaisants pour l'ennemi) sont arr&#234;t&#233;s et fusill&#233;s apr&#232;s un simulacre de proc&#232;s. Ailleurs, des sc&#232;nes de lynchage collectif rassemblent autour d'un coupable d&#233;sign&#233; pour son pass&#233; trouble ou ses attitudes &#233;quivoques une foule surexcit&#233;e et ivre de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;N&#233;anmoins, il ne s'agit pour autant de pr&#233;senter le tableau d'une France enti&#232;rement livr&#233;e &#224; l'anarchie et au chaos. Si les bilans de la p&#233;riode de &#171; l'&#233;puration sauvage &#187; font &#233;tat de 10000 personnes ex&#233;cut&#233;es en dehors de tout cadre l&#233;gal, le ph&#233;nom&#232;ne ne se prolonge pas au-del&#224; de l'Et&#233; 1944. A peine d&#233;barqu&#233; sur le sol national, De Gaulle consacre toute son activit&#233; &#224; imposer l'autorit&#233; du gouvernement provisoire (En attendant la tenue prochaine d'&#233;lections). L'urgence de la situation n'&#233;chappe pas &#224; l'Homme du 18 Juin. Le climat de guerre civile qui semble avoir pris le pays n&#233;cessite l'installation rapide d'un pouvoir r&#233;gulier, capable de taire les divisions de la Lib&#233;ration, juger les responsables de la collaboration et clore au plus vite le malheureux chapitre de l'Occupation. &lt;br /&gt; Le temps d'une &#171; &#233;puration l&#233;gale &#187; s'ouvre quand le Gouvernement Provisoire ach&#232;ve la mise en place sur le territoire de plusieurs cours de justice. Une t&#226;che &#233;crasante et fastidieuse accueille les magistrats &#224; peine nomm&#233;s dans leurs nouvelles fonctions : 40000 dossiers attendent d'&#234;tre instruits. Dans la foule des pr&#233;venus que l'on s'appr&#234;te &#224; entendre, des personnalit&#233;s venues d'horizons tr&#232;s divers et poursuivis pour des faits vari&#233;s : des responsables du r&#233;gime de Vichy, des membres de la Milice, des industriels qui ont trouv&#233; l'occasion de lier leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux de l'Occupant, des commer&#231;ants peu scrupuleux et profiteurs, des d&#233;lateurs pensant agir en bon patriote, des femmes compromises dans le lit d'un Allemand, juges et jurys ont &#224; se prononcer sur des affaires de nature diff&#233;rente. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les travaux de la Haute- Cour, une juridiction sp&#233;ciale, sont les plus m&#233;diatis&#233;s. A la barre comparaissent le Mar&#233;chal P&#233;tain et ses collaborateurs proches. Le proc&#232;s du vieux vainqueur de Verdun s'ouvre au mois d'Ao&#251;t 1945. Sur ses &#233;paules p&#232;sent des charges suffisamment graves pour le conduire au peloton d'ex&#233;cution : trahison, intelligence avec l'ennemi, complot men&#233; contre la R&#233;publique. La passivit&#233; qu'il conserve au long des d&#233;bats (Il a 89 ans) indique qu'il ne se sent coupable de rien. S'il admet s'&#234;tre pli&#233; aux exigences de Hitler, il estime n'avoir agi que pour adoucir le sort douloureux de son pays et pr&#233;parer les voies de la Lib&#233;ration. (Sa formule fameuse, &#171; L Histoire dira tout ce que j'ai &#233;vit&#233; &#187; conforte ses certitudes). Cette ligne de d&#233;fense, d'autres accus&#233;s l'adoptent. N&#233;anmoins, magistrats, r&#233;sistants, parlementaires, qui occupent souvent les si&#232;ges des jurys populaires, ont du mal &#224; tol&#233;rer de tels arguments. Les Statuts Juifs de 1940, les camps de transit pour d&#233;port&#233;s, la rafle du Vel d'hiv rappellent &#224; chacun la nature profond&#233;ment antis&#233;mite du r&#233;gime de Vichy. &lt;br /&gt; A l'issue des r&#233;quisitoires et des plaidoiries de la d&#233;fense, P&#233;tain est condamn&#233; &#224; mort. Son grand &#226;ge lui &#233;pargne l'application de la sentence. Le G&#233;n&#233;ral De Gaulle commue la peine en d&#233;tention &#224; perp&#233;tuit&#233; : c'est sur les rivages de l'&#238;le d'Yeu que le vieillard ach&#232;ve son existence en 1951. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_525 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L107xH98/96-3d563.jpg?1704181827' width='107' height='98' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;P&#233;tain au cours de son proc&#232;s.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Autre inculp&#233; de marque, Pierre Laval. L'ancien ministre de Vichy a bien tent&#233; de fuir en Allemagne puis en Espagne &#224; la recherche d'une retraite heureuse. Mais Franco n'est gu&#232;re dispos&#233; &#224; se brouiller avec les Alli&#233;s, d'autant plus que ceux-ci semblent ne pas vouloir voir les exc&#232;s sanglants de la dictature : il fait donc livrer le fugitif aux Am&#233;ricains. Le 1er Ao&#251;t 1945, Laval est enferm&#233; dans une cellule de la prison de Fresnes. L'attente du proc&#232;s ne se prolonge pas. &lt;br /&gt; Quand il p&#233;n&#232;tre dans la salle d'audience, l'accus&#233; cristallise contre lui la ranc&#339;ur de ses juges et de l'opinion publique. Pour les Fran&#231;ais, il est l'homme de main des &#171; Boches &#187;, celui qui a parfaitement su tromper P&#233;tain et souhait&#233;, selon ses propres termes, &#171; la victoire de l'Allemagne &#187; (pour &#233;viter que le Bolchevisme ne l'emporte partout en Europe).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Laval se sent suffisamment certain de ses capacit&#233;s pour assurer lui-m&#234;me sa d&#233;fense. Aux juges de la Haute- Cour, il oppose une farouche d&#233;fense soulignant son inlassable activit&#233; au service de la France malheureuse. Ses brillantes d&#233;monstrations, ses discours enflamm&#233;s ne convainquent pas les magistrats. Le proc&#232;s tourne d'ailleurs rapidement &#224; une parodie de justice : tandis que des membres du jury, anciens r&#233;sistants, s'&#233;crient, au m&#233;pris du devoir d'impartialit&#233; qu'exige d'eux leur charge, &#171; Salaud, douze balles dans la peau &#187;, Laval renonce &#224; compara&#238;tre &#224; la barre. Finalement condamn&#233; &#224; mort, l'homme refuse de signer son recours en gr&#226;ce. Le matin de son ex&#233;cution (15 Octobre 1945), il r&#233;ussit &#224; avaler une pilule de cyanure. Ses ge&#244;liers le d&#233;couvrent sans connaissance. Un m&#233;decin le ram&#232;ne &#224; la vie in extremis, pour un court instant. C'est dans un &#233;tat lamentable, incapable de marcher par lui-m&#234;me et secou&#233; de violents vomissements qu'il est conduit devant le peloton, vers midi trente.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L130xH96/p-2-54045.jpg?1704181827' width='130' height='96' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pierre Laval devant la Haute Cour de Justice
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les tribunaux de la Lib&#233;ration ne jugent pas seulement le personnel politique de Vichy. Journalistes et hommes de plume sont &#233;galement poursuivis pour des opinions favorables &#224; la collaboration et des &#233;crits compromettants. &lt;br /&gt; En Janvier 1945, le r&#233;dacteur du magazine, Je Suis Partout, Robert Brasillach est pr&#233;sent&#233; &#224; la Cour de Justice de Paris. Le reproche des magistrats qui ont &#224; se prononcer sur son dossier : des articles nettement favorables aux Allemands et &#224; la politique de P&#233;tain. Les charges retenues sont claires : crime de haute trahison en temps de guerre, passible de la peine capitale. &lt;br /&gt; Robert Brasillach se d&#233;fend avec beaucoup d'&#233;nergie. S&#251;r de son talent &#224; manier les mots, il a choisi d'exposer personnellement les arguments de son innocence. Ses propos le pr&#233;cisent : il n'a jamais fait autre chose que le m&#233;tier d'un intellectuel au service de son pays. S'il a accept&#233; le principe de la collaboration, et l'a m&#234;me encourag&#233;, il ne l'a fait que pour offrir &#224; la France une place honorable de l'Europe nazie. N&#233;anmoins, les juges ne l'entendent pas ainsi : Brasillach aurait d&#251; mettre son autorit&#233; morale et m&#233;diatique au service des maquisards. Il n'en est que davantage responsable. L'intervention d'un groupe d'&#233;crivains en sa faveur et la lettre de Fran&#231;ois Mauriac n'enraye pas le cours du proc&#232;s : d&#233;clar&#233; coupable sans circonstances att&#233;nuantes, le journaliste est fusill&#233; au fort de Montrouge le 6 F&#233;vrier 1945.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_532 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L124xH86/images-22-3997b.jpg?1704181827' width='124' height='86' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le proc&#232;s de Robert Brasillach.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le c&#233;l&#232;bre romancier Jean Giono n'&#233;chappe pas non plus aux soup&#231;ons que les comit&#233;s d'&#233;puration nourrissent &#224; son encontre. Jet&#233; dans l'enfer des tranch&#233;es en 1914-1918, l'homme n'a jamais cach&#233; ses opinions pacifiques et son m&#233;pris de la brutalit&#233; nazie. Malgr&#233; tout, &#224; l'&#233;poque de l'Occupation, il commet l'erreur de publier quelques nouvelles dans le magazine, La Gerbe, partisan d'une collaboration tr&#232;s engag&#233;e au profit du Reich. Giono n'a pas de sympathies pr&#233;cises pour le r&#233;gime de Vichy mais le journal est le seul &#224; lui offrir une place pour ses publications. Les lignes de l'&#233;crivain proven&#231;al c&#244;toient des articles nettement antis&#233;mites. &lt;br /&gt; Quand les partisans communistes d&#233;livrent Manosque &#224; l'Et&#233; 1944, Giono est l'un des premiers inqui&#233;t&#233;s. D&#233;nonc&#233; pour sa participation aux colonnes de La Gerbe, il est emprisonn&#233; plusieurs mois. Sa lib&#233;ration n'intervient qu'en F&#233;vrier 1945 sans qu'aucune charge n'ait &#233;t&#233; retenue contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'&#233;puration rattrape aussi les industriels. Louis Renault paye au prix fort ses relations avec l'Occupant. En partie responsable de la victoire de 1918 (Il fournit aux Alli&#233;s un mat&#233;riel militaire de qualit&#233;), l'homme dirige d'une main de ma&#238;tre la vaste entreprise familiale pendant l'Entre- Deux- Guerre. La production des usines de Billancourt atteint des chiffres record et lui donne la possession d'un immense empire commercial. Quand &#233;clate le conflit en 1939, c'est naturellement vers lui que se tourne le gouvernement. Renault fournit &#224; l'arm&#233;e chars et v&#233;hicules, comme vingt ans plus t&#244;t. &lt;br /&gt; La d&#233;faite de 1940 et l'entr&#233;e de la Wehrmacht &#224; Paris n'interrompent pourtant pas les activit&#233;s de l'entreprise : les Nazis ont fort bien compris le parti qu'ils peuvent tirer des ateliers de montage de Billancourt. La soci&#233;t&#233; passe sous gestion allemande : d&#233;sormais les ouvriers assemblent les camions de transport que les troupes du Reich utiliseront sur tous les fronts de la guerre. &lt;br /&gt; Louis Renault n'est plus le patron de ses usines mais, plut&#244;t que de fuir en zone libre, il demeure sur place. S'il remplit les commandes que lui passent les Allemands, il refuse n&#233;anmoins tout contact personnel avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L73xH104/po-2-14856.jpg?1704181827' width='73' height='104' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Louis Renault
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand survient l'heure de la Lib&#233;ration, la presse le d&#233;signe comme l'un des plus coupables de la collaboration. De violents articles se d&#233;cha&#238;nent et r&#233;clament pour lui une justice exemplaire. Les communistes en font le symbole des luttes pass&#233;es contre le capitalisme et l'enrichissement de la bourgeoisie d'affaires. Les accusations pleuvent de toutes parts : Renault aurait profit&#233; du conflit pour accro&#238;tre sa production et r&#233;aliser d'intol&#233;rables profits avec les Nazis. &lt;br /&gt; Les d&#233;nonciations finissent par &#233;veiller les soup&#231;ons de la justice : le Garde des Sceaux du gouvernement provisoire transmet le dossier aux magistrats. On conseille &#224; l'industriel de fuir en Suisse, le temps que les passions s'apaisent. Il refuse, estimant ne rien avoir &#224; se reprocher. C'est donc librement qu'il se rend &#224; la convocation du juge. Aussi, au terme de l'entretient, est-il stup&#233;fait quand on lui signifie son inculpation. Il a beau protester de son innocence, il est incarc&#233;r&#233; &#224; la prison de Fresnes le 23 Septembre 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les conditions de la d&#233;tention sont &#233;pouvantables : dans les cellules surpeupl&#233;es, les gardiens font r&#233;gner une indicible terreur. Malheur &#224; ceux que l'on soup&#231;onne de compromission avec l'Occupant. Les r&#232;glements de compte sont nombreux la nuit venue. Louis Renault r&#233;v&#232;le &#224; son &#233;pouse les craintes qu'il nourrit &#224; juste titre pour sa vie. Il la presse d'obtenir au plus vite sa lib&#233;ration. &lt;br /&gt; Le 4 Octobre, on le trouve sans connaissance, la t&#234;te envelopp&#233;e d'un bandage sanglant. Un t&#233;moin affirme avoir vu des surveillants lui ass&#233;ner plusieurs coups sur le cr&#226;ne au cri de &#171; Vieux salaud &#187;. On le fait examiner : un m&#233;decin d&#233;couvre les blessures d'un traumatisme cr&#226;nien compliqu&#233; d'une crise aigue d'ur&#233;mie. Les douleurs sont telles qu'il se d&#233;bat comme un poss&#233;d&#233;. Il est transf&#233;r&#233; dans un h&#244;pital psychiatrique puis dans une clinique. Priv&#233; de soins, il sombre dans le coma et d&#233;c&#232;de quelques jours plus tard. &lt;br /&gt; Aujourd'hui encore, nul ne conna&#238;t l'identit&#233; des responsables de l'agression mortelle. Les pi&#232;ces qui auraient pu fournir des pistes aux enqu&#234;teurs ont disparu. Louis Renault n'a jamais &#233;t&#233; jug&#233; ni condamn&#233; pour les faits dont on l'accusait. En 1945, son usine passe aux mains de l'Etat. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les tribunaux de la lib&#233;ration ne jugent pas seulement des hommes. Le proc&#232;s de Joseph Darnand donne aussi l'occasion aux magistrats de condamner les activit&#233;s criminelles de la Milice. Cette organisation militaire fond&#233;e en 1943 rassemble 35000 adh&#233;rents. Jusqu'&#224; sa dissolution, elle s'engage au c&#244;t&#233; de l'Occupant, participe aux op&#233;rations conduites contre la R&#233;sistance, traque et d&#233;busque aussi bien les Juifs que les Communistes. Le chef embl&#233;matique en est Darnand, ancien combattant de 14-18, d&#233;cor&#233; pour sa bravoure et son enthousiasme. Dans les ann&#233;es 1930, il rejoint les ligues d'Extr&#234;me-Droite. De ses opinions politiques, il ne fait aucun myst&#232;re : hostile au r&#233;gime r&#233;publicain, profond&#233;ment nationaliste et antis&#233;mite, il a pour P&#233;tain une admiration sinc&#232;re. Quand &#233;clate la guerre, il reprend du service et obtient son affectation dans un r&#233;giment de chasseurs alpins. Il y accomplit plusieurs missions p&#233;rilleuses. &lt;br /&gt; La d&#233;faite de 1940 le rend &#224; la vie civile mais l'installation du R&#233;gime de Vichy marque un tournant essentiel de sa carri&#232;re. C'est avec conviction qu'il se rallie &#224; la R&#233;volution Nationale. En Ao&#251;t 1941, il fonde le SOL (Service d'Ordre L&#233;gionnaire), une organisation militaire ouvertement favorable aux principes de la collaboration dont les membres consacrent leur activit&#233; principale &#224; pourchasser et livrer aux Allemands les ennemis politiques de Vichy.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Bien que proche de P&#233;tain, Darnand h&#233;site &#224; rejoindre les rangs du maquis lorsque les relations entre Laval et les Nazis se tendent. Mais la fid&#233;lit&#233; absolue qu'il t&#233;moigne au Mar&#233;chal le dissuade d'abandonner la cause de la R&#233;volution Nationale. Jusqu'au bout, il restera au service de son ma&#238;tre. &lt;br /&gt; En Janvier 1943, il r&#233;organise le SOL qu'il remplace par la Milice. Il en devient le chef charismatique. Les adh&#233;rents sont tenus de prononcer un serment de fid&#233;lit&#233; : l'engagement aupr&#232;s de l'Occupant suppose la participation aux combats men&#233;s contre les maquisards et les communistes. &lt;br /&gt; Certains sp&#233;cialistes de la p&#233;riode estiment que les intentions politiques de Darnand sont &#224; ce moment de sa carri&#232;re d'utiliser le mouvement pour en faire l'ossature d'un r&#233;gime authentiquement totalitaire. C'est d'ailleurs au cours de la m&#234;me ann&#233;e que l'homme entre chez les SS. Sur les insistances d'Hitler, P&#233;tain le nomme en 1944 &#171; secr&#233;taire d'Etat de l'Int&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le souvenir de la Milice hante aujourd'hui encore la m&#233;moire de ceux qui ont v&#233;cu la seconde guerre mondiale. L'organisation se donne toute enti&#232;re &#224; la collaboration : quand les Allemands attaquent le maquis des Gli&#232;res, des troupes de miliciens se joignent &#224; eux. Tortures, assassinats et brutalit&#233;s sont les m&#233;thodes employ&#233;es par les officiers &#224; l'encontre de ceux que le mouvement traque sans se lasser. Les Miliciens portent la responsabilit&#233; de plusieurs massacres de civils (&#224; Saint-Amand-Montrond le 11 Juin 1944 o&#249; plus de 80 habitants sont ex&#233;cut&#233;es). C'est &#233;galement sur leurs soins que des personnalit&#233;s sont supprim&#233;es, tel Georges Mandel pour ses sympathies &#224; la R&#233;sistance. &lt;br /&gt; Les miliciens viennent de tous les horizons politiques et sociaux : d&#233;&#231;us de la R&#233;publique, admirateurs du Mar&#233;chal, r&#233;fractaires au STO, mais aussi repris de justice et autres d&#233;linquants qui trouvent sous l'uniforme l'occasion de se livrer en toute impunit&#233; aux exactions les plus terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand les Alli&#233;s entrent en France, le vent tourne brusquement. D&#233;savou&#233; par P&#233;tain pour les exc&#232;s de ses troupes, Darnand part se battre en Italie du Nord contre les Partisans. C'est l&#224; qu'il est arr&#234;t&#233; en Juin 1945 par les Britanniques. Son transfert en France pr&#233;c&#232;de de peu son proc&#232;s qui s'ouvre le 3 Octobre 1945 devant la Haute- Cour de Justice. Une semaine plus tard, il est fusill&#233; au Fort de Ch&#226;tillon.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L120xH111/1258-0fa98.jpg?1704181827' width='120' height='111' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Joseph Darnand, chef de la Milice.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;titre2&#034;&gt;L'HEURE DU CHATMENT RETENTIT AUSSI EN ASIE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand les derni&#232;res troupes japonaises offrent enfin leur reddition, les Alli&#233;s doivent, comme en Europe &#224; la m&#234;me &#233;poque, g&#233;rer l'imm&#233;diate apr&#232;s- guerre. Les r&#233;gions du Pacifique ont violemment ressenti les agressions successives de l'Empire du Soleil Levant : destructions de villes et de villages, massacres syst&#233;matiques de populations, d&#233;portations, exp&#233;rimentations r&#233;alis&#233;es sur des prisonniers, le Japon n'a pas davantage &#233;pargn&#233; les vaincus que les Nazis en Occident. &lt;br /&gt; La lib&#233;ration produit des effets identiques &#224; ceux de l'&#233;puration en France, en Italie ou en Allemagne : les collaborateurs sont &#233;limin&#233;s, les criminels traqu&#233;s, retrouv&#233;s puis arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Si les Etats-Unis affirment sans ambigu&#239;t&#233; possible leur volont&#233; de juger puis de punir les principaux tortionnaires japonais, la pr&#233;sence encombrante de l'empereur Hirohito soul&#232;ve maintes interrogations. Doit-on, au m&#234;me titre que ses ministres, poursuivre le souverain ? Est-il bon de le destituer de ses fonctions politiques et en finir avec une dynastie vieille de plusieurs si&#232;cles ? Ce serait &#224; coup s&#251;r bouleverser en profondeur les traditions du pays, briser des rep&#232;res sans &#226;ge, d&#233;sorienter un peu plus encore une population an&#233;antie par le poids insupportable de la d&#233;faite. &lt;br /&gt; Les Am&#233;ricains envisagent surtout l'avenir : la crispation progressive des relations avec l'URSS inqui&#232;te le pr&#233;sident Truman. Certes, il est indispensable d'imposer au Japon une tutelle s&#233;v&#232;re pour que ne se reproduisent pas les &#233;v&#232;nements de la d&#233;cennie 1940. Mais Washington saisit le danger que pourrait produire une dislocation totale des cadres politiques de l'archipel. Staline guette les &#233;volutions de la situation en Extr&#234;me- Orient : nul doute qu'une maladresse occidentale lui offrirait l'occasion d'entra&#238;ner le Japon dans le communisme. L'exemple de la Cor&#233;e du Nord hante les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Hirohito profite donc de la situation tendue en Asie au lendemain de la guerre. En &#233;change du renoncement &#224; l'aura divin que lui offre sa fonction, principe incompatible &#224; la culture Occidentale, il se maintient au pouvoir. S'il apporte de solides garanties quant &#224; la d&#233;mocratisation de son r&#233;gime, il d&#233;tourne de lui et de son entourage proche (Souvent lourdement impliqu&#233; dans les exactions de l'arm&#233;e) toute poursuite judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En revanche, pour les principaux responsables militaires de la dictature, nulle conciliation possible. Le 19 Janvier 1946, &#171; un tribunal international pour l'Extr&#234;me- Orient &#187; est cr&#233;e sur le mod&#232;le de Nuremberg. Les magistrats nomm&#233;s sont originaires des pays vainqueurs de la Guerre du Pacifique : Etats- Unis, Grande- Bretagne, France, URSS, Chine, Inde, Australie, Canada, Nouvelle- Z&#233;lande, Pays- Bas, Philippines. &lt;br /&gt; Les faits jug&#233;s sont de trois cat&#233;gories distinctes : la classe C pour les crimes contre la paix, la classe B pour les crimes de guerre et la classe A pour les crimes contre l'humanit&#233;.&lt;br /&gt; Au total, pr&#232;s de 80 personnes comparaissent &#224; la barre. Il s'agit essentiellement de militaires ou de responsables politiques (Ministres, ambassadeurs, conseillers&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_529 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L133xH104/12589-67677.jpg?1704181827' width='133' height='104' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une s&#233;ance du proc&#232;s de Tokyo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les d&#233;bats s'ouvrent &#224; Tokyo le 3 Mai 1946. Ils s'ach&#232;vent le 12 Novembre 1948. A l'issue de la proc&#233;dure, sept accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; mort et pendus (23 D&#233;cembre 1948), les autres &#233;copent de peines d'emprisonnement allant de 7 ans &#224; la perp&#233;tuit&#233;.&lt;br /&gt; Parmi les coupables ex&#233;cut&#233;s, le g&#233;n&#233;ral Tojo. Ses responsabilit&#233;s minist&#233;rielles (En 1940 il obtient le portefeuille de la Guerre) lui donnent la paternit&#233; de l'alliance militaire conclue avec Hitler et Mussolini. Les d&#233;faites successives de l'arm&#233;e sur le front le contraignent &#224; pr&#233;senter sa d&#233;mission. Son surnom familier, Kamisori (Ce qui signifie le rasoir), indique clairement s'il en &#233;tait besoin sa participation aux crimes innombrables commis dans le Pacifique. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_530 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/local/cache-vignettes/L106xH136/1489745-a47c6.jpg?1704181827' width='106' height='136' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le g&#233;n&#233;ral Tojo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Autre accus&#233;, &#233;galement pendu, Koki Hirota. Cet homme politique accomplit une longue carri&#232;re de diplomate (Il dirige l'ambassade du Japon en URSS) avant d'occuper le poste de ministre des Affaires Etrang&#232;res puis de Premier Ministre en 1936. Sous son autorit&#233;, les troupes japonaises se livrent au massacre de Nankin en 1937. L'&#233;v&#232;nement lui vaut la potence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les verdicts rendus au terme du proc&#232;s ont fourni mati&#232;re &#224; de nombreuses critiques. Si certains regrettent que Hirohito n'ait pas eu &#224; r&#233;pondre de son implication dans les exactions du conflit, il est maintenant certain que quelques coupables ont obtenu des Alli&#233;s une indulgence &#233;vidente en &#233;change d'informations. Ainsi, les responsables de programmes d'exp&#233;rimentations sur des prisonniers de l'unit&#233; 731 (Un terrible camp install&#233; en Mandchourie) ne sont pas inqui&#233;t&#233;s parce qu'ils remettent aux vainqueurs les rapports consignant le r&#233;sultat de leurs recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les travaux judiciaires du tribunal international sont achev&#233;s depuis tr&#232;s longtemps. Mais, ils suscitent aujourd'hui encore de vifs d&#233;bats en Asie. Les visites r&#233;guli&#232;res des premiers ministres japonais au sanctuaire de Yasukuni ravivent les blessures du pass&#233;. Le temple, cr&#233;&#233; en 1869, abrite les &#226;mes de deux millions de soldats japonais morts pour la patrie au cours de guerres livr&#233;es dans le Pacifique. La d&#233;cision d'admettre dans les lieux la pr&#233;sence de quatorze criminels condamn&#233;s au proc&#232;s de Tokyo complique &#224; pr&#233;sent le d&#233;bat. Bien que les responsables politiques venus en p&#232;lerinage &#224; Yasukuni aient &#224; chaque fois pr&#233;cis&#233; le faire &#224; titre personnel, les d&#233;placements sont sujets &#224; de tr&#232;s vives protestations des pays voisins. Se recueillir au sanctuaire est porteur de sens ; une fa&#231;on, selon les plus impliqu&#233;s dans la controverse, d'exprimer ses opinions nationalistes et tout ce que cela induit. Haut lieu du r&#233;visionnisme japonais, des comportements x&#233;nophobes de quelques uns ? Il est bien d&#233;licat d'y voir clair. D'autant plus que la pr&#233;sence d'un mus&#233;e sur la Guerre du Pacifique &#224; proximit&#233; du temple entretient la confusion : les exactions de l'arm&#233;e japonaise y sont minimis&#233;es, la politique de conqu&#234;tes vue comme un moyen de d&#233;fense contre l'influence occidentale.&lt;br /&gt; Les querelles, les protestations, les flamb&#233;es d'indignation ne sont pas encore &#233;teintes. Mais, il est n&#233;anmoins &#233;vident que c'est entre les murs de ce sanctuaire pol&#233;mique que la coh&#233;sion de la nation japonaise prend toute sa force.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La Seconde Guerre mondiale est &#224; juste tire consid&#233;r&#233;e comme la plus grande d&#233;chirure de l'Histoire humaine. Parce qu'elle introduit des traumatismes irr&#233;versibles (Le g&#233;nocide juif, la premi&#232;re utilisation de la bombe atomique), elle p&#232;se tr&#232;s fortement sur la fa&#231;on dont les soci&#233;t&#233;s envisagent l'avenir et per&#231;oivent leur pass&#233;. Les exactions commises sont d'une ampleur telle qu'elles n&#233;cessitent la d&#233;finition de nouveaux concepts juridiques et la tenue de juridictions exceptionnelles pour punir les responsables. Les magistrats de Nuremberg ou de Tokyo ont travaill&#233; dans un cadre in&#233;dit jusqu'alors, celui d'un tribunal &#224; dimension internationale impliquant la participation de centaines de personnes. Avocats, procureurs instruisent des milliers de dossiers, examinent des faits perp&#233;tr&#233;s &#224; une &#233;chelle mondiale. Leurs conclusions, leurs d&#233;cisions sont soixante ans apr&#232;s les faits un objet d'&#233;tudes in&#233;puisable pour les historiens. Les proc&#233;dures ont-elles &#233;t&#233; parfaitement conduites ? L'impartialit&#233; a-t-elle toujours &#233;t&#233; au rendez- vous ? A chacun ses opinions. Assur&#233;ment, une guerre mondiale ne s'ach&#232;ve pas d'un jour &#224; l'autre. Il faut du temps, beaucoup de temps...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les angoisses de Staline. </title>
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&lt;p&gt;Quand il se d&#233;place, Staline sait mobiliser les &#233;nergies autour de sa personne. Le plus modeste voyage du dirigeant sovi&#233;tique prend souvent une allure d'affaire d'Etat. La conf&#233;rence de Potsdam, organis&#233;e par les Alli&#233;s victorieux en Juillet- Ao&#251;t 1945, est l'occasion d'une mise en sc&#232;ne in&#233;dite : confin&#233; dans un train aux parois blind&#233;es et perc&#233;es de meurtri&#232;res, le vainqueur de Stalingrad, fait installer le long des 1923 kilom&#232;tres de voie ferr&#233;e qui conduisent en Allemagne pas moins de 18000 hommes, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand il se d&#233;place, Staline sait mobiliser les &#233;nergies autour de sa personne. Le plus modeste voyage du dirigeant sovi&#233;tique prend souvent une allure d'affaire d'Etat. La conf&#233;rence de Potsdam, organis&#233;e par les Alli&#233;s victorieux en Juillet- Ao&#251;t 1945, est l'occasion d'une mise en sc&#232;ne in&#233;dite : confin&#233; dans un train aux parois blind&#233;es et perc&#233;es de meurtri&#232;res, le vainqueur de Stalingrad, fait installer le long des 1923 kilom&#232;tres de voie ferr&#233;e qui conduisent en Allemagne pas moins de 18000 hommes, soit environ de 6 &#224; 15 soldats tous les milles m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Ce dispositif, quoique co&#251;teux et absurde, en dit long sur la personnalit&#233; du &#171; Petit P&#232;re des Peuples &#187;. Toute la carri&#232;re de Staline se construit autour d'une obsession unique et r&#233;currente : la peur absolue du complot, de l'assassinat. &lt;br&gt; Inqui&#233;tudes justifi&#233;es ? Craintes irrationnelles ? Il y a un peu des deux. &lt;br&gt; Dans la Russie du XIX&#176; si&#232;cle, l'organisation d'attentats sanglants est presque une pratique politique ordinaire lorsque que l'on veut pr&#233;cipiter la fin d'un r&#232;gne trop long ou impopulaire. La Tsarine Catherine II est la premi&#232;re &#224; indiquer la voie : son mari, Pierre III, succombe dans d'&#233;tranges circonstances, victime, selon les sources officielles de l'&#233;poque, &#171; d'une colique h&#233;morro&#239;dale compliqu&#233;e d'un transport au cerveau &#187;. Expression ambigu&#235; qui dissimule bien davantage les sympt&#244;mes d'un empoisonnement fort discret. &lt;br&gt; Si Paul 1er p&#233;rit &#233;trangl&#233; en 1801, son fils Alexandre 1er meurt paisiblement dans son lit. Nicolas 1er &#233;chappe de peu aux man&#339;uvres criminelles d'un groupe d'officiers tandis que quelques ann&#233;es plus tard, en 1881, Alexandre II tombe sous les balles d'un r&#233;seau secret, &#171; La volont&#233; du Peuple &#187;. Quant &#224; Nicolas II, il obtient cette fin peu glorieuse que chacun lui conna&#238;t : une nuit de juillet 1918, il disparait en compagnie des siens dans les caves de sa r&#233;sidence surveill&#233;e, abattu par la rafale d'une mitrailleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Staline a certainement connaissance de ce pass&#233; agit&#233; et sanglant : aussi, lorsque en Janvier 1924, il prend la place de L&#233;nine, l'enfant de G&#233;orgie n'ignore rien des dangers que ses fonctions nouvelles de dirigeant suspendent au dessus de ses &#233;paules.&lt;br&gt; L'homme redoute particuli&#232;rement les agissements de ses plus proches collaborateurs parce que lui-m&#234;me est remarquable manipulateur. Pour s'imposer &#224; ses ennemis, il ne recule devant aucune n&#233;cessit&#233; : &#233;liminations physiques de rivaux g&#234;nants, assassinats maquill&#233;s en suicide, dissimulation de preuves sont autant de moyens que l'ambitieux personnage emploie &#224; son profit quand les circonstances l'exigent. Le malheureux Trotski, banni d'Union Sovi&#233;tique et r&#233;fugi&#233; &#224; Mexico ne survit pas aux man&#339;uvres machiav&#233;liques de son adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Recherche et liquidation de pr&#233;tendus agents &#224; la solde de l'Occident que l'on imagine infiltr&#233;s jusque dans les bureaux du Kremlin r&#233;sonnent comme un leitmotiv de la politique stalinienne. Comme si pour se maintenir, le pouvoir devait se d&#233;couvrir chaque jour de nouveaux opposants. &lt;br&gt; D&#232;s 1928, un groupe d'ing&#233;nieurs Ukrainiens est arr&#234;t&#233; puis jug&#233; pour sabotage et espionnage &#224; la faveur des puissances &#233;trang&#232;res. A l'issue d'une instruction truqu&#233;e et conduite au m&#233;pris de toute l&#233;galit&#233; juridique, onze des accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; mort et ex&#233;cut&#233;s. &lt;br&gt; Cette premi&#232;re affaire annonce les Grands Proc&#232;s de Moscou quelques ann&#233;es plus tard. L'assassinat de Serge Kirov, membre du bureau politique, signale le d&#233;but des grandes purges que le r&#233;gime conduira r&#233;guli&#232;rement jusqu'au d&#233;c&#232;s de son dirigeant. Aujourd'hui encore, les circonstances de l'attentat ne sont pas claires : nul ne peut prouver avec certitude que Staline n'ait pas lui-m&#234;me pr&#233;par&#233; le meurtre. En tous les cas, le ma&#238;tre du Kremlin trouve dans l'&#233;v&#232;nement l'occasion de se d&#233;barrasser de quelques collaborateurs g&#234;nants.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Entre 1936 et 1938, des dizaines de personnes comparaissent devant les tribunaux. Les sp&#233;cialistes qui ont travaill&#233; sur la p&#233;riode trouble des ann&#233;es 1930 en URSS distinguent trois temps forts autour desquels se structure la r&#233;pression men&#233;e par le Parti Communiste. &lt;br&gt; En Ao&#251;t 1936, les anciens partisans de Trotski, que Staline a fait exiler, tombent sous les accusations de sabotage : tentative d'attentats contre les principaux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques du pays (Usines chimiques, voies ferr&#233;es...). Il faut garder &#224; l'esprit le climat d'extr&#234;me tension dans lequel se d&#233;roulent les audiences : terreur des condamn&#233;s dispos&#233;s &#224; toutes les r&#233;v&#233;lations qui pourront les sauver, nervosit&#233; palpable des magistrats surveill&#233;s par le pouvoir, circulation de dossiers mont&#233;s de toute pi&#232;ce, dissimulation de preuves.....Les interrogatoires tournent souvent &#224; l'absurde et r&#233;v&#232;lent les failles grossi&#232;res de l'instruction. Une s&#233;rie d'ex&#233;cutions capitales ach&#232;ve les d&#233;bats agit&#233;s des jurys.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En Juin 1937, les principaux cadres de l'arm&#233;e succombent &#224; leur tour : g&#233;n&#233;raux et mar&#233;chaux sont d&#233;f&#233;r&#233;s devant une justice plus que jamais exp&#233;ditive. Le crime des malheureux : intelligence avec le r&#233;gime Nazi. Les irr&#233;gularit&#233;s de l'enqu&#234;te men&#233;e sont tellement &#233;videntes que le public n'est pas autoris&#233; &#224; assister aux s&#233;ances. Plusieurs hauts grad&#233;s sont fusill&#233;s. Leur disparition d&#233;sorganise dangereusement l'Etat major sovi&#233;tique &#224; quelques mois seulement de la Seconde Guerre mondiale. Quand la Wehrmacht envahit l'URSS en Juin 1941, elle ne d&#233;couvre face &#224; elle que des r&#233;giments mal command&#233;s et entra&#238;n&#233;s. Les proc&#232;s de 1937 expliquent en partie les d&#233;sastres initiaux de l'Arm&#233;e Rouge au cours des premiers mois de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les obsessions morbides de Staline s'expriment tr&#232;s t&#244;t dans sa carri&#232;re politique : persuad&#233; d'&#234;tre la cible de complots imaginaires, le dirigeant renonce aux longs d&#233;placements &#224; travers le pays que ses fonctions lui imposent. Enferm&#233; entre les murs du Kremlin une partie de l'ann&#233;e, il s&#233;journe n&#233;anmoins r&#233;guli&#232;rement dans ses datchas des bords de la Mer Noire. Ses voyages ne sont jamais m&#233;diatis&#233;s et s'accomplissent dans le plus absolu des secrets. &#171; Le Petit P&#232;re des Peuples &#187; est devenu inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aux lendemains de la guerre, le fascisme vaincu, les heures douloureuses de l'occupation allemande pass&#233;es, les purges reprennent, plus violentes que jamais. Avec la victoire dispara&#238;t la n&#233;cessit&#233; d'une union nationale aupr&#232;s du chef charismatique de l'URSS. &lt;br&gt; En Janvier 1951, un groupe de lyc&#233;ens, coutumier de r&#233;unions au cours desquelles chacun lit devant ses camarades un passage des &#339;uvres de L&#233;nine, est arr&#234;t&#233;. Le crime : la pr&#233;paration d'un attentat visant &#224; supprimer Staline et ses principaux collaborateurs. Trois d'entre eux, juifs (ce d&#233;tail annonce d'ailleurs la vaste campagne antis&#233;mite que le Kremlin pr&#233;pare dans la plus grande discr&#233;tion) p&#233;rissent sous les balles des pelotons d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#233;but Janvier 1953. La Pravda (La v&#233;rit&#233; en Russe...), l'un des rares journaux autoris&#233;s en URSS, annonce aux Sovi&#233;tiques le d&#233;mant&#232;lement d'un complot in&#233;dit. Neuf m&#233;decins du Kremlin, pass&#233;s au service d'une puissante association juive am&#233;ricaine, auraient assassin&#233; deux des principaux dirigeants du parti et pr&#233;vu l'&#233;limination de quelques personnalit&#233;s militaires. Les accus&#233;s sont aussit&#244;t arr&#234;t&#233;s. Ce que la presse internationale de l'&#233;poque d&#233;signe comme &#171; Le complot des blouses blanches &#187; signale le premier acte d'une nouvelle purge. Cette fois, la communaut&#233; juive d'Union Sovi&#233;tique est clairement menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Pourtant, le d&#233;c&#232;s brutal de Staline, le 5 Mars 1953, interrompt brutalement les enqu&#234;tes. Les failles de l'instruction sont tellement &#233;videntes, les manipulations si grossi&#232;res, que les successeurs du dictateur referment le dossier et lib&#232;rent les inculp&#233;s. Aucune suite n'est donn&#233;e aux &#233;v&#232;nements. Avec la disparition du dirigeant slave, s'ach&#232;ve l'&#233;poque trouble des proc&#232;s truqu&#233;s et d'une justice partiale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'Histoire est souvent tr&#232;s ironique. Staline n'a finalement pas &#233;chapp&#233; au pire de ses ennemis : lui-m&#234;me. Quand il ordonne l'emprisonnement des m&#233;decins attach&#233;s &#224; son service personnel, il se condamne seul. Plus personne ne peut, ou ne veut, le soigner. Les graves probl&#232;mes cardio-vasculaires dont il souffre laissent pourtant pr&#233;sager sa mort prochaine. &lt;br&gt; Le 28 F&#233;vrier, le vieil homme (Il a maintenant 74 ans) doit quitter avant la fin une repr&#233;sentation du &#171; Lac des Cygnes &#187; donn&#233;e pour lui. Apr&#232;s un repas bien arros&#233; en compagnie de quelques uns de ses collaborateurs les plus proches, il se retire dans sa chambre. Personne ne le voit para&#238;tre du Dimanche. On finit par s'inqui&#233;ter. On frappe respectueusement &#224; sa porte, aucune r&#233;ponse. Les gardes du corps s'enhardissent alors &#224; forcer l'entr&#233;e de la pi&#232;ce. Staline est &#233;tendu, sans connaissance, sur le tapis. Un rapide examen m&#233;dical r&#233;v&#232;le les signes d'une congestion c&#233;r&#233;brale. A la v&#233;rit&#233;, les docteurs convoqu&#233;s &#224; son chevet, ne montrent gu&#232;re d'empressement &#224; le tirer du coma. Il meurt quelques heures plus tard sans que l'on ait tent&#233; quoique ce soit pour le sauver. Pour beaucoup, sa disparition intervient au bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La diffusion de la nouvelle dans la presse internationale produit une onde de choc mondiale. En URSS, les fun&#233;railles du dictateur sont l'occasion de d&#233;sordres que les forces de police ne peuvent contenir. Des millions de personnes se pressent dans les rues de Moscou pour assister au passage du convoi mortuaire. Mouvements de foule et bousculades font des centaines de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La stupeur et le d&#233;sarroi (Comme si nul n'avait voulu songer que Staline lui-m&#234;me pouvait un jour dispara&#238;tre) frappe aussi les pays europ&#233;ens. En France, l'Assembl&#233;e autorise une suspension de s&#233;ance &#224; la m&#233;moire du dirigeant Sovi&#233;tique. Dans les D&#233;mocraties Populaires, les drapeaux sont mis en berne plusieurs semaines et l'on d&#233;cr&#232;te quelques jours de deuil national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Pourtant, quelques mois plus tard, la tenue du XXI&#176; congr&#232;s du Parti Communiste sovi&#233;tique et la lecture des rapports consignant les crimes cach&#233;s du r&#233;gime brisent la puissante vague de ferveur. &lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jours et nuits d'apocalypse sur Dresde. </title>
		<link>https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?article205</link>
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&lt;p&gt;Plus que tout autre conflit, la seconde guerre mondiale m&#233;rite de porter le titre malheureux mais justifi&#233; que les historiens lui attribuent g&#233;n&#233;ralement : celui de &#171; guerre totale &#187;. Au cours des six ann&#233;es que durent les affrontements militaires, des millions de soldats partent se battre aux quatre coins du monde, des &#233;tendues glac&#233;es de l'Union Sovi&#233;tique aux sables br&#251;lants des d&#233;serts nord africains, des plages pluvieuses de Normandie aux jungles &#233;touffantes du Pacifique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Victimes des privations (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Plus que tout autre conflit, la seconde guerre mondiale m&#233;rite de porter le titre malheureux mais justifi&#233; que les historiens lui attribuent g&#233;n&#233;ralement : celui de &#171; guerre totale &#187;. Au cours des six ann&#233;es que durent les affrontements militaires, des millions de soldats partent se battre aux quatre coins du monde, des &#233;tendues glac&#233;es de l'Union Sovi&#233;tique aux sables br&#251;lants des d&#233;serts nord africains, des plages pluvieuses de Normandie aux jungles &#233;touffantes du Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Victimes des privations alimentaires et des r&#233;quisitions de l'arm&#233;e, les civils, vieillards, femmes et enfants endurent les pires souffrances morales : &#224; la crainte de perdre un mari, un p&#232;re engag&#233; sur un front lointain, s'ajoutent la peur de tomber entre les mains des services de la Gestapo lorsque l'on est juif, communiste ou r&#233;sistant et la panique incontr&#244;l&#233;e quand les sir&#232;nes hurlantes annoncent l'approche d'avions ennemis charg&#233;s de bombes meurtri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#232;s l'invasion de la Pologne, en Septembre 1939, l'Allemagne indique la voie que les Alli&#233;s vont s'empresser de suivre quelques ann&#233;es plus tard : des centaines de bombardiers s'acharnent sur les grands centres urbains du pays, et particuli&#232;rement Varsovie. En quelques heures, immeubles, usines, ponts, routes disparaissent sous un d&#233;luge de feu et d'acier. L'opinion internationale d&#233;couvre, horrifi&#233;e, une mani&#232;re in&#233;dite de parvenir &#224; la conqu&#234;te d'un territoire ennemi. Jamais auparavant les populations civiles n'avaient &#233;t&#233; aussi brutalement m&#234;l&#233;es aux combats. A peine ouvert, le conflit bouscule les conventions traditionnelles de la guerre que les bellig&#233;rants s'effor&#231;aient jusqu'alors d'observer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La Pologne est la premi&#232;re victime d'une longue liste de pays bless&#233;s par les ravages que la Luftwaffe inflige sans &#233;tat d'&#226;me. En Mai 1940, tandis que la Wehrmacht s'engage en France et marche sur Paris, les populations de l'arri&#232;re se heurtent aux dures r&#233;alit&#233;s d'un conflit r&#233;solument moderne. Caen, Bordeaux, Chartres (quelques exemples parmi tant d'autres) subissent les assauts syst&#233;matiques des formations a&#233;riennes allemandes. Les habitants des villes les plus touch&#233;es apprennent &#224; se r&#233;fugier aux premi&#232;res alertes dans les caves et les abris am&#233;nag&#233;s pour la circonstance. Durant toute la p&#233;riode de l'Occupation, les cris stridents des sir&#232;nes accompagnent l'existence quotidienne de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la Manche, la Grande Bretagne vacille plus que toute autre nation sous les bombes de l'ennemi nazi. A l'automne 1940, Londres et ses banlieues endurent les assauts r&#233;p&#233;t&#233;s de l'aviation du Reich. Les destructions sont terrifiantes, les victimes se comptent par milliers. N&#233;anmoins, derri&#232;re Churchill qui ne leur promet que &#171; des larmes, du sang et de la sueur &#187;, les Britanniques tiennent bon et ne s'abandonnent pas au d&#233;sespoir. Chaque matin, au milieu des ruines fumantes, le laitier d&#233;pose sur le seuil de maisons &#233;ventr&#233;es la bouteille quotidienne pour le breakfast. A Berlin, les dirigeants nazis en sont pour leurs frais : Hitler pensait sinc&#232;rement que les bombardements de la Luftwaffe abattraient la r&#233;sistance anglo-saxonne. Au contraire, le peuple s'est rassembl&#233; autour du gouvernement et du couple royal. Les effets psychologiques de la guerre a&#233;rienne ne fonctionnent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les ann&#233;es passent, les Alli&#233;s avancent sur tous les fronts et accentuent leur pression aux fronti&#232;res du Reich. Le pays subit &#224; son tour les op&#233;rations destructrices de la RAF (Royal Air Force) et en ce domaine, Britanniques et Am&#233;ricains se r&#233;v&#232;lent tout aussi efficaces que les pilotes allemands. En 1943, des tonnes d'engins explosifs r&#233;duisent en cendres le c&#339;ur de Cologne et provoquent un incendie que les services de la protection civile mettent plusieurs jours &#224; &#233;teindre. L'ann&#233;e suivante, Berlin endure un sort identique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A Londres, les Alli&#233;s esp&#232;rent, comme Hitler en 1940, que les attaques conduites par l'aviation parviendront &#224; dresser les populations contre leurs dirigeants. C'est mal conna&#238;tre les talents de la propagande fanatique d'un Gobels qui instrumentalise avec succ&#232;s les souffrances du pays au profit du r&#233;gime nazi. L'adh&#233;sion autour du F&#252;hrer se resserre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le Haut Commandement Britannique poursuit n&#233;anmoins sa politique de frappes massives. Jusqu'en 1943, seules les cibles strat&#233;giques sont retenues : les usines, les gares, les ponts, les entrep&#244;ts. Les r&#233;sultats se r&#233;v&#232;lent d&#233;cevants : le potentiel militaire allemand n'est que partiellement affect&#233; par les op&#233;rations de l'aviation anglo-am&#233;ricaine. Les missions engag&#233;es co&#251;tent en outre de lourdes pertes aux Alli&#233;s : la DCA ennemie prot&#232;ge efficacement le territoire et abat de nombreux avions. Les pilotes mettent leur vie et leur appareil en jeu pour un bilan m&#233;diocre. Churchill et le gouvernement britannique estiment qu'il n'est plus l'heure de privil&#233;gier la destruction des seuls points strat&#233;giques. Il faut bien davantage, selon la phrase consacr&#233;e, &#034;recouvrir les villes du Reich d'un v&#233;ritable tapis de bombes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En 1945, Dresde fait l'am&#232;re exp&#233;rience de cette nouvelle conception de la guerre men&#233;e dans les airs. La vieille capitale de Saxe est encore &#224; cette date relativement &#233;pargn&#233;e : trop &#233;loign&#233;e des bases de Grande Bretagne, &#171; la Florence de l'Elbe &#187;, expression rappelant le fabuleux patrimoine culturel de la ville, &#233;chappe aux objectifs de la RAF. Des milliers de personnes, fuyant l'avance sovi&#233;tique &#224; l'Est, sont venus se r&#233;fugier dans l'agglom&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le 13 F&#233;vrier 1945, vers 17h30, 244 bombardiers Lancaster d&#233;collent de Reading, &#224; l'Ouest de Londres et mettent le cap sur Dresde. A l'issue d'un vol de mille kilom&#232;tres, les appareils arrivent en vue de l'objectif aux alentours de 22H00. A 22H13 les premi&#232;res bombes s'&#233;crasent sur les toits. Un v&#233;ritable d&#233;luge de feu et d'acier balaye les rues tandis que d&#233;j&#224;, plusieurs incendies se d&#233;clarent en divers lieux de la ville. La surprise est compl&#232;te, ceux qui n'ont pas eu le temps de gagner les abris disparaissent dans la fournaise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Vers une heure trente du matin, alors que les secours s'organisent tant bien que mal, une seconde vague frappe les b&#226;timents rest&#233;s debout. Cette fois, les avions larguent des bombes incendiaires. Un affreux brasier enveloppe des quartiers entiers. Les temp&#233;ratures atteignent plus de 800&#176;c. A midi, le 14 F&#233;vrier, un troisi&#232;me et dernier assaut, que personne n'attendait, ach&#232;ve la destruction de Dresde. Plus de 400 appareils am&#233;ricains lib&#232;rent sur les ruines fumantes de la veille 3500 tonnes d'engins explosifs. Une panique incontr&#244;l&#233;e saisit la population : des centaines de survivants, hagards et terroris&#233;s, tentent de quitter la ville en flammes. Peine perdue. Beaucoup d'entre eux p&#233;rissent sous le mitraillage impitoyable des chasseurs am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le d&#233;sastre est terrible : en une nuit et une matin&#233;e, les Alli&#233;s d&#233;versent sur un espace de 18 kilom&#232;tres carr&#233;s plus de 650000 bombes. Les estimations quant au nombre de victimes varient fortement : aux environs de 35000 morts pour certains historiens elles grimpent pour d'autres &#224; 130000. L'efficacit&#233; meurtri&#232;re des explosions est telle que des milliers de personnes se volatilisent sans laisser de traces. Les abris n'offrent qu'une protection d&#233;risoire contre l'incendie qui ravage l'agglom&#233;ration sept jours et sept nuits : dans les caves et les lieux confin&#233;s, les temp&#233;ratures montent &#224; plusieurs centaines de degr&#233;s. Beaucoup de civils p&#233;rissent asphyxi&#233;s ou br&#251;l&#233;s vifs. Des t&#233;moignages de rescap&#233;s signalent la d&#233;couverte de cadavres fondus dans l'asphalte.....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aujourd'hui, tous les sp&#233;cialistes s'accordent pour dire que l'op&#233;ration sur Dresde a &#233;t&#233; aussi inutile que meurtri&#232;re. Les zones industrielles et le pont sur l'Elbe n'ont que partiellement &#233;t&#233; touch&#233;s. Il n'existait aux abords de la capitale saxonne aucune usine d'armement, aucun entrep&#244;t de mat&#233;riel militaire justifiant la n&#233;cessit&#233; d'un bombardement. Alors pourquoi ce drame ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Lorsque vient l'heure de la paix, les responsabilit&#233;s de la RAF dans cette tragique affaire g&#234;nent consid&#233;rablement les Alli&#233;s. Tandis que les dignitaires nazis comparaissent devant leurs juges &#224; Nuremberg, il est bien difficile pour les Anglo-am&#233;ricains d'expliquer les horreurs du 14 F&#233;vrier 1945. Il semble, soixante ans plus tard, que Londres ait agi &#224; la demande de l'URSS. Dresde est &#224; l'&#233;poque un n&#339;ud ferroviaire de premi&#232;re importance entre Hambourg et Leipzig par lequel transitent les r&#233;giments de la Wehrmacht envoy&#233;s contenir l'avance sovi&#233;tique dans l'Est de l'Allemagne. La destruction de la ville devait essentiellement d&#233;sorganiser les transports de troupes pour le front. D'autre part, Churchill esp&#233;rait sans doute frapper par un coup d'&#233;clat le moral des populations civiles : il n'en f&#251;t rien. Gobels ne se priva pas d'utiliser les cons&#233;quences du d&#233;sastre pour les besoins de la propagande officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Du sort tragique que les Alli&#233;s ont r&#233;serv&#233; &#224; la &#034;Florence de l'Elbe&#034;, il faut aujourd'hui retenir une chose : &#224; l'issue de ce conflit que l'on peut avec raison consid&#233;rer comme le plus meurtrier de toute l'histoire de l'humanit&#233; et que l'on appelle la Seconde Guerre Mondiale, chacun des bellig&#233;rants doit assumer la responsabilit&#233; de comportements condamnables et injustifi&#233;s. Si le souvenir odieux du g&#233;nocide juif p&#232;se en grande partie sur l'Allemagne, les Alli&#233;s ont eux aussi &#224; reconna&#238;tre le bilan terrifiant de bombardements dont la l&#233;gitimit&#233; fait maintenant encore d&#233;bat...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les oubli&#233;s de 1917.</title>
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&lt;p&gt;1917. La premi&#232;re guerre mondiale dure depuis maintenant trois ann&#233;es. Fran&#231;ais, Allemands et Britanniques livrent dans la boue des tranch&#233;es d'affreux combats. Les offensives men&#233;es dans la Somme ou &#224; Verdun se brisent sur les lignes de l'adversaire et n'emportent pas la d&#233;cision du conflit. Le front ne rompt pas. Du fond de leurs abris, des millions de soldats attendent le jour d'un armistice improbable : la nostalgie du village, de la maison, de la famille p&#232;se lourdement. La lassitude est (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;1917. La premi&#232;re guerre mondiale dure depuis maintenant trois ann&#233;es. Fran&#231;ais, Allemands et Britanniques livrent dans la boue des tranch&#233;es d'affreux combats. Les offensives men&#233;es dans la Somme ou &#224; Verdun se brisent sur les lignes de l'adversaire et n'emportent pas la d&#233;cision du conflit. Le front ne rompt pas. Du fond de leurs abris, des millions de soldats attendent le jour d'un armistice improbable : la nostalgie du village, de la maison, de la famille p&#232;se lourdement. La lassitude est g&#233;n&#233;rale, les discours de la propagande officielle, les articles enthousiastes de la presse sont impuissants &#224; r&#233;conforter les troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;A l'Etat Major fran&#231;ais, un homme croit tenir le moyen d'en finir au plus vite avec les forces du Kaiser et d'obtenir la victoire d&#233;cisive que le pays esp&#232;re depuis de longs mois. Le g&#233;n&#233;ral Nivelle, il s'agit de lui, ach&#232;ve la pr&#233;paration d'une op&#233;ration de vaste envergure. L'objectif est simple : percer les d&#233;fenses de l'ennemi &#224; l'endroit o&#249; elles paraissent les plus fragiles (Du moins le suppose-t-il), sur le Chemin Des Dames, dans la r&#233;gion de Soissons. Une succession de cr&#234;tes que les Allemands ont eu soin de verrouiller au moyen d'un r&#233;seau complexe de positions imprenables couvrent le terrain et longent la modeste route fort appr&#233;ci&#233;e des filles du roi Louis XV quand celles-ci y venaient en promenade. Nivelle est persuad&#233; que quelques jours d'effort suffiront &#224; forcer le passage. N&#233;anmoins, ses collaborateurs ne partagent pas son optimisme : organis&#233;e avec bien trop d'approximation et de l&#233;g&#232;ret&#233;, l'offensive risque de tourner au bain de sang. Pour atteindre les tranch&#233;es adverses, les Fran&#231;ais doivent progresser &#224; d&#233;couvert et gravir, sans pouvoir se prot&#233;ger, les pentes abruptes des hauteurs. Peu importe, le g&#233;n&#233;ral est certain de son succ&#232;s. Nul ne parvient &#224; le convaincre des dangers &#233;normes que comporte l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aux premi&#232;res heures du 16 Avril 1917, des bataillons entiers se jettent &#224; l'assaut des cr&#234;tes. Les bombardements des jours pr&#233;c&#233;dents, impr&#233;cis et hasardeux, n'ont pas d&#233;truit les lignes ennemies. Au contraire, le d&#233;luge de feu et de fer n'a eu d'autre effet que celui de pr&#233;venir les Allemands de l'imminence d'une attaque. Mise en alerte, l'arm&#233;e du Kaiser a eu le temps n&#233;cessaire pour renforcer ses positions. Malgr&#233; des succ&#232;s initiaux, l'offensive s'enraye rapidement : les vagues d'assaut se heurtent &#224; un r&#233;seau de tranch&#233;es imprenables. La progression de l'infanterie est bloqu&#233;e en quelques heures &#224; peine. Des centaines d'hommes tombent sur les versants des collines : sans couverture, sans moyen de repli, ils deviennent pour les mitrailleuses embusqu&#233;es des cibles id&#233;ales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;En seulement quatre journ&#233;es, les forces fran&#231;aises consentent pour des gains d&#233;risoires la perte de plus de 120000 hommes. Les r&#233;giments coloniaux sont les plus s&#233;v&#232;rement touch&#233;s. Le 20 Avril, il appara&#238;t &#224; peu pr&#232;s certain que l'op&#233;ration engag&#233;e ne pourra plus remplir les objectifs fix&#233;s par le Haut Commandement. N&#233;anmoins, au m&#233;pris du bon sens le plus &#233;l&#233;mentaire, Nivelle s'acharne. A la recherche d'une victoire qui lui offrirait la glorieuse reconnaissance du pays, l'homme refuse d'admettre une r&#233;alit&#233; qui pourtant s'impose &#224; lui : loin de se r&#233;soudre au repli des r&#233;giments mobilis&#233;s, il exige tout au contraire la poursuite des combats. Le bilan s'alourdit : fin Avril, pr&#232;s de 270000 fantassins ont d&#233;j&#224; p&#233;ri. L'&#233;clatant succ&#232;s que l'Etat Major pr&#233;voyait se r&#233;duit &#224; la prise de quelques centaines de m&#232;tres sur l'ennemi. Par endroit, les Allemands ont m&#234;me reconquis les positions perdues dans les premi&#232;res heures de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Cette fois, la mesure est pleine. Depuis trois ans, les poilus subissent les pires souffrances. Le sentiment de n'&#234;tre que quantit&#233; n&#233;gligeable aux yeux des autorit&#233;s militaires envahit les c&#339;urs. Les hommes n'acceptent plus les offensives inutiles et sans issue, les ordres absurdes, cette marche in&#233;luctable vers la mort que les officiers leur imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;D&#233;but Mai, &#233;clatent plusieurs mouvements de col&#232;re. Le 128&#176; r&#233;giment d'infanterie refuse de se mettre en route pour le front. Le 19, un bataillon entier se r&#233;volte tandis que, aux environs de Soissons, les 36&#176; et 129&#176; r&#233;giments projettent de marcher sur Paris. Dans la capitale, les gr&#232;ves de soutien aux mutins paralysent les usines d'armement. En Juin, des compagnies de r&#233;serve au repos &#224; l'arri&#232;re se d&#233;robent aux exercices d'entra&#238;nement. En divers secteurs du front, des milliers de tracts circulent et invitent les unit&#233;s encore disciplin&#233;es &#224; se soulever contre leurs sup&#233;rieurs. En voici un exemple : &#171; Camarades, nous sommes 3 r&#233;giments qui n'avons pas voulu monter en ligne. Nous allons &#224; l'arri&#232;re. A vous d'en faire autant si nous voulons sauver notre peau. Sign&#233; : 5eme division. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La multiplication inqui&#233;tante des actes d'insubordination conduit l'Etat Major &#224; engager une brutale r&#233;pression. Des centaines de soldats sont arr&#234;t&#233;s puis d&#233;f&#233;r&#233;s devant la justice militaire. Refus de monter en ligne, abandon de poste devant l'ennemi, d&#233;sertion, violences sur officier, les tribunaux instruisent un volume consid&#233;rable de dossiers. Les peines prononc&#233;es atteignent un degr&#233; extr&#234;me de s&#233;v&#233;rit&#233; et t&#233;moignent du sentiment de crainte que nourrissent les g&#233;n&#233;raux : plus de 500 mutins sont condamn&#233;s &#224; mort. Les demandes de recours en gr&#226;ce substituent la majorit&#233; des coupables aux pelotons d'ex&#233;cution mais une cinquantaine de malchanceux, sans doute les plus impliqu&#233;s, sont pass&#233;s par les armes pour l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La presse de l'&#233;poque politise la contestation : les meneurs sont pr&#233;sent&#233;s comme les sympathisants de milieux anarchistes ou marxistes. Rien n'est en fait plus &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233; que les propos absurdes et partisans publi&#233;s dans les journaux de 1917. Ceux qui tombent sous les balles de leurs camarades au pied d'un poteau ne sont pas seulement ouvriers et instituteurs. Beaucoup viennent du monde rural et exercent les m&#233;tiers les plus divers : paysans, boulangers, artisans..... Quelques mutins profitent effectivement des d&#233;sordres pour diffuser parmi leurs compagnons les discours et les articles d'intellectuels favorables &#224; une r&#233;volution prol&#233;taire, n&#233;anmoins l'immense majorit&#233; des soldats poursuivis n'a aucune motivation politique v&#233;ritable. Les flamb&#233;es de col&#232;res qui enveloppent l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;puis&#233;e par trois ans de combats sont essentiellement l'expression d'une lassitude g&#233;n&#233;rale et d'une crise grave de la confiance port&#233;e aux autorit&#233;s militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quoique s&#233;v&#232;re, la r&#233;pression est passag&#232;re : elle s'accompagne du renvoi de Nivelle et de ses collaborateurs. Aur&#233;ol&#233; des succ&#232;s qu'il a obtenus sur la Meuse, P&#233;tain remplace celui qui porte en grande partie la responsabilit&#233; morale des tueries du Chemin Des Dames. Le &#171; vainqueur de Verdun &#187; entend avant toute chose redonner confiance et enthousiasme &#224; ses troupes. Une succession de mesures populaires t&#233;moignent de l'attention sinc&#232;re qu'il porte aux conditions d'existence des poilus : allongement du temps de repos &#224; l'arri&#232;re, multiplication des permissions, am&#233;lioration de la vie quotidienne (Toutes relatives certes) dans les tranch&#233;es.... Les directives pass&#233;es aux officiers sont claires : le temps des offensives mal con&#231;ues et mal pr&#233;par&#233;es est clos. Les objectifs envisag&#233;s seront &#224; pr&#233;sent r&#233;alistes. Le mot d'ordre est on ne peut plus simple : &#233;conomiser autant que possible les vies. La reprise en main &#233;nergique du Haut Commandement enraye les mutineries. P&#233;tain r&#233;ussit la t&#226;che ardue que le pays lui confie : sortir au plus vite les combattants du d&#233;sespoir et de la lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Quand retentit l'heure de l'armistice, commence la longue et tragique comptabilit&#233; du nombre de victimes. Au c&#339;ur des ann&#233;es 1920, les monuments aux morts fleurissent un peu partout sur le territoire : le nom des malchanceux tomb&#233;s sur les champs de batailles du front y trouvent une place m&#233;rit&#233;e. En revanche, les quelques 600 soldats fran&#231;ais ex&#233;cut&#233;s entre 1914 et 1918 pour insubordination ou acte de d&#233;sertion n'obtiennent aucune reconnaissance posthume. Exclus des listes grav&#233;es sur le marbre des &#233;difices de comm&#233;moration, ils disparaissent dans le m&#233;pris d'une nation qui, toute enti&#232;re &#224; sa victoire, refuse d'accorder son pardon &#224; ceux qui ont failli. Veuves et orphelins assument longtemps apr&#232;s la guerre la faute d'un p&#232;re ou d'un mari fusill&#233; pour l'exemple. Montr&#233;s du doigt, les malheureux ne peuvent pr&#233;tendre aux pensions que les autorit&#233;s versent &#224; des familles endeuill&#233;es pour prix des souffrances subies.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Aujourd'hui encore, quatre vingt dix ans plus tard, certaines personnalit&#233;s politiques ne cachent pas leurs r&#233;ticences &#224; la seule &#233;vocation d'une r&#233;habilitation des fusill&#233;s de 1917. La question suscite encore bien des d&#233;bats dans le monde parlementaire et la soci&#233;t&#233; : les passions sont loin d'&#234;tre toutes retomb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les mutineries ne sont pas un ph&#233;nom&#232;ne proprement fran&#231;ais. Au cours des quatre ann&#233;es que dure le conflit, les pays engag&#233;s doivent eux aussi affronter la col&#232;re de combattants &#233;puis&#233;s et n&#233;glig&#233;s. Si les autorit&#233;s allemandes reconnaissent l'ex&#233;cution d'une cinquantaine de d&#233;serteurs (Chiffre douteux au regard des autres nations), pr&#232;s de 300 soldats britanniques sont pass&#233;s par les armes. Avec plus de 700 condamn&#233;s, l'Italie d&#233;tient un triste record.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;L'ouverture prochaine des archives militaires encore interdites aux historiens le montrera sans doute : les mouvements de col&#232;res de 1917 n'ont jamais &#233;t&#233; autre chose que l'expression du d&#233;sespoir de soldats jet&#233;s dans l'enfer des tranch&#233;es...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les amoureuses de la Rue Des Roses.</title>
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&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e du 27 f&#233;vrier 1943, une sc&#232;ne inhabituelle se joue &#224; Berlin : des Allemandes, tr&#232;s agit&#233;es et prises d'une violente col&#232;re, occupent les trottoirs de la Rosenstrasse (La rue des Roses). Agripp&#233;es aux grilles d'entr&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral de la Gestapo, les manifestantes lancent &#224; l'adresse des sentinelles en faction un m&#234;me cri de d&#233;sespoir repris comme un refrain : &#171; Rendez nous nos maris et nos enfants ! &#187;. Ces femmes rassembl&#233;es l&#224;, sur la voie ont, au regard du r&#233;gime hitl&#233;rien, une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://clg-doisneau-gonesse.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Pour les plus curieux&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans la journ&#233;e du 27 f&#233;vrier 1943, une sc&#232;ne inhabituelle se joue &#224; Berlin : des Allemandes, tr&#232;s agit&#233;es et prises d'une violente col&#232;re, occupent les trottoirs de la Rosenstrasse (La rue des Roses). Agripp&#233;es aux grilles d'entr&#233;e du quartier g&#233;n&#233;ral de la Gestapo, les manifestantes lancent &#224; l'adresse des sentinelles en faction un m&#234;me cri de d&#233;sespoir repris comme un refrain : &#171; Rendez nous nos maris et nos enfants ! &#187;. Ces femmes rassembl&#233;es l&#224;, sur la voie ont, au regard du r&#233;gime hitl&#233;rien, une situation matrimoniale particuli&#232;re : elles sont en effet les &#233;pouses d'hommes de confession juda&#239;que, rafl&#233;s quelques heures auparavant sur ordre du F&#252;hrer. Depuis la promulgation des lois de Nuremberg et la mise en &#339;uvre de &#034; la Solution Finale&#034;, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les Nazis vident m&#233;thodiquement la capitale du Reich de sa population juive : les descentes r&#233;guli&#232;res de la police alimentent les tragiques convois de d&#233;port&#233;s en partance pour la Pologne et ses sinistres camps d'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;N&#233;anmoins, les services de la Gestapo &#233;pargnent jusqu'en 1943 ceux des Juifs qui, par sentiment v&#233;ritable ou calcul r&#233;aliste, ont fait le choix d'une conjointe de sang aryen. Certes, les malheureux endurent les vexations et les humiliations d'un &#233;tat antis&#233;mite (Interdiction de pratiquer certains emplois, marginalisation syst&#233;matique...) mais aucun ne partage le terrible sort de ses coreligionnaires. L'administration encourage inlassablement les divorces moyennant compensation financi&#232;re. Peine perdue. Les liens qui unissent la plupart des couples sont sinc&#232;res. Aussi, les Nazis doivent-ils tol&#233;rer dans les rues de Berlin, bon gr&#233; mal gr&#233;, la pr&#233;sence de 20000 juifs (Hommes et enfants) qu'un heureux statut familial prot&#232;ge de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;La situation &#233;volue pourtant et se d&#233;grade. Le d&#233;sastre essuy&#233; par la Wehrmacht sur le front de Stalingrad radicalise les positions id&#233;ologiques des hauts dignitaires du r&#233;gime : l'Allemagne est maintenant en danger. Dans peu de temps, les Sovi&#233;tiques seront aux fronti&#232;res, pr&#234;ts &#224; abattre l'&#339;uvre d'Hitler. L'heure n'est plus au compromis, &#224; la mollesse. Les discours de Gobels d&#233;voilent une m&#234;me obsession que l'opinion publique chauff&#233;e &#224; blanc par la propagande officielle partage : il faut de toute urgence en finir avec cet ennemi int&#233;rieur qui ronge le moral des troupes engag&#233;es. Les derniers juifs berlinois doivent dispara&#238;tre et endurer le sort tragique que le r&#233;gime leur r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Dans la matin&#233;e du 27 F&#233;vrier 1943, la Gestapo, r&#233;pondant aux ordres de Himmler, mobilise ses forces pour une op&#233;ration spectaculaire : des dizaines d'agents SS p&#233;n&#232;trent dans les immeubles, d&#233;valent les escaliers, brisent les portes des appartements et proc&#232;dent avec la violence qui leur est coutumi&#232;re &#224; des dizaines d'arrestations. Les victimes, p&#232;res et enfants, aussi effray&#233;es que surprises, sont transf&#233;r&#233;es par camions au principal centre de d&#233;tention de la capitale, rue des Roses, dans l'attente d'une d&#233;portation prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Rentr&#233;es de leur journ&#233;e de travail, les &#233;pouses d&#233;couvrent stup&#233;faites le triste spectacle dont elles n'auraient pu se douter une heure auparavant : un logis ravag&#233; par les traces d'une lutte acharn&#233;e, des fen&#234;tres bris&#233;es, et surtout l'absence effrayante du mari, du fils ou de la fille ch&#233;ris. S'organise alors un mouvement spontan&#233; que les Nazis n'ont absolument pas pr&#233;vu : des centaines de femmes &#233;perdues, en col&#232;re, se rassemblent et prennent ensemble le chemin de la Rosenstrasse. Agglutin&#233;es devant les b&#226;timents de la Gestapo, les infortun&#233;es crient, s'agitent, menacent : toutes veulent retrouver leurs familles respectives. Quelques d&#233;tenus parviennent &#224; se hisser aux fen&#234;tres des cellules et adressent &#224; leurs &#233;pouses qu'ils aper&#231;oivent des signes de r&#233;confort. Le soir tombe, la nuit passe. Le lendemain matin, le cort&#232;ge ne s'est pas dispers&#233; : la d&#233;termination ne semble pas vouloir faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Les dirigeants du Reich ne cachent pas leur surprise : jamais ils n'auraient cru devoir affronter une foule de citoyennes allemandes survolt&#233;es et r&#233;solues. Persuad&#233; que la seule d&#233;monstration de sa fermet&#233; suffira &#224; ramener le calme, Himmler fait d&#233;ployer sur les trottoirs de la rue un d&#233;tachement de soldats. Intimid&#233;es sur le moment, les manifestantes se replient et quittent les lieux. Mais un nouveau regroupement se forme plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Pendant une semaine enti&#232;re, jusqu'au 6 Mars 1943, le mouvement de col&#232;re ne c&#232;de rien. Les troupes ne parviennent plus &#224; maintenir l'ordre, les autorit&#233;s finissent par s'inqui&#233;ter s&#233;rieusement. Hitler, craignant que l'&#233;v&#232;nement ne porte un coup brutal &#224; une coh&#233;sion nationale plus que jamais n&#233;cessaire, revient sur sa d&#233;cision. Il fait lib&#233;rer les d&#233;tenus. Chacun regagne le logis familial, soulag&#233; : le spectre angoissant des convois de la d&#233;portation s'&#233;loigne en m&#234;me temps que retentit l'heure de la d&#233;livrance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;paragraphe&#034;&gt;Le d&#233;nouement heureux et inattendu de l'affaire jette sur l'Allemagne nazie une touche d'optimisme bienvenue. Au c&#339;ur d'un pays bless&#233; par la guerre et soumis &#224; la dictature impitoyable de l'Etat SS, il pouvait tout de m&#234;me se produire parfois de belles histoires...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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